‹ La vigneChapitre 123 sur 176 · CHER AMI · texte numérisé non relu

CHER AMI

JE suis émerveillé de tout ce que j'ai vu, j'ajouterai, naturellement, de ce que j'ai bu dans ce beau et riche pays que je ne connaissais jus-

qu’alors que par certains de ses produits.

Tout cela était si nouveau et si intéressant pour moil

o1# . LES VINS DE FRANCE,

Comment se fait-il donc que si peu de gens soient soucieux parmi vous de voir et de connaître de si prestigieux pays, et d'assister à ce riche enfantement de la nature et à ces curieux travaux de l'homme qui dotent le monde civilisé de tant de joies?

En effet, il n’est rien de plus populaire, assurément, que le champagne. Par le monde entier, en quelque pays que ce soit, il n’est pas de fêtes, pas de réjouissances, pas d’agapes politiques ou privées, pas de banquet littéraire, commercial, diplomatique, pas de festin d’empereur ou de roi, qui ne viennent demander au champagne d’apporter comme bouquet final l'explosion de sa petillante gaieté.

Le bourgogne et le bordeaux ont pour nous leur valeur, à coup sûr, mais ils sont muets; l’éloquence et le bruit du champagne les dominent et les éteignent.

C’est le brillant et léger esprit français qui semble s'échapper de sa prison de verre pour nous porter à l'étranger comme un écho de sa vivante bonne humeur.

Salut au champagne!

Si, par malheur, un jour, cet esprit qui anime, ce souffle chaud et parfumé qui met en fête ses pelillants globules, venaient à s’éteindre, ce serait un deuil pour l’univers entier.

Vive le champagne!

Je l’aime et je l’'admire d'autant plus que je ’ai vu chez lui; je lai vu renfermé dans sa terre natale, sous son ciel à lui; je l'ai vu en fleur, en vendange; je l'ai vu rire dans les tonneaux et se clore joyeusement dans ces bouteilles qui vont lui permettre de porter jusqu'aux pays les plus lointains et les plus déshérités cette réjouissante part de soleil qui a illuminé son berceau.

La vigne, en Champagne, eut parfois une influence de premier ordre sur les destinées francaises.

La fatalité, c’est que les peuples possèdent encore des rivalités ou des préjugés qui les arment passionnément les uns contre les autres, et des bar

rières qui les séparent.

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