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LE VIN DE CHAMPAGNE, PARTIE HISTORIQUE

J'ai voulu, naturellement, me rendre compte de toutes choses, et j'ai vu que si la réputation du vin de Bourgogne, son voisin, se perd dans la nuit des temps, celle des vins mousseux de Champagne (car la fonction du champagne est d’être mousseux) est relativement très-moderne.

Cest sous le pape Urbain IL, élu en 1088 et mort en 1099, que le vin de Champagne d’Ay eut son premier et remarquable succès. Urbain II le préférait

à tous les vins du monde.

Je lis dans un livre aimable et savant, de M.' Auguste Luchet, qu’en 1598 il y eut à Reims une entrevue du roi Charles VI avec le roi de Bohème

Wenceslas VI, empereur d'Allemagne, et buveur très-précieux, comme disait messire Rabelais.

L'Empereur ne fit tout le temps que boire le vin de Reims et d’Ay, approuant d'autant ce que le Roi disait et voulait, si bien que chaque soir on le remportait ivre et convaincu.

Au seizième siècle, nous voyons les quatre maîtres de l'Europe, Charles- Quint, Henri VIT, François I, Léon X, avoir des vignes à Ay. Un climat entre Ay et Dizy s'appelle encore aujourd’hui le Léon ou champ Léon, en souvenir du pape, ami des arts et de la bouteille, qui avait continué ainsi les errements de son prédécesseur Urbain IL. Henri IV se disait glorieusement tiré d’Ay et de Gonesse, du meilleur vin et meilleur du pain de France.

En 1582, le docteur Jean Liebault déclare qu’ils sont subtils, fauvelets, délicats et d'un goût agréable au palais, souhaités pour la bouche des rois.

Mais il n’est pas quest'on alors ni de mousse ni de vins mousseux ; l’ay d'alors était un vin dans le genre des vins de Bourgogne, avec un bouquet particulier et un goût de terroir à lui.

Vers la fin du dix-septième siècle, l'ordre des Coteaux, fondé par les trois gourmets, le capitaine Saint-Évremond, le comte d'Olonne et le marquis de Bois-Dauphin, n’admeitait que trois vins : ay, hautvillers et avenay, tous trois champenois.

C’est pourquoi entre la Bourgogne et la Champagne commença une guerre furieuse de médecins, de parasites et de poëtes, qui dura cent ans et finit par ce traité de conciliation :

« Que si le vin de Beaune inspirait plus de couplets d'amour, celui de « Reims faisait chanter et aimer en meilleure musique; que, pour se bien « porter donc et rester joyeux, il fallait à un homme ces deux vins-là, « comme ses deux jambes. »

La guerre des Coteaux était née avant le règne de la mousse; c’est sans doute l’intervention de la mousse qui y mit un terme.

Les Champenois, gens industrieux , cherchaient toujours des améliorations à introduire dans leur précieuse récolte.

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