DANS UNE GRANDE MAISON DE CHAMPAGNE, A REIMS
re. 1btY “
Aux portes de Reims, sur la route qui conduit aux coteaux si renommés d'Ay, Bouzy, Verzenay, s'élève un vaste bâtiment d’une architecture à part et des plus originales; le style en est composite, à la fois renaissance, gothique et byzantin. Celte construction, faite moitié briques et moilié pierres, a, dans son aspect, je ne sais quelle allure à la fois grave et gaie, sérieuse et réjouissante ; des tours élégantes et d’une couleur rosée se dressent joyeusement vers le ciel avec des façons de tours de cathédrale.
UNE PROMENADE DANS UNE GRANDE MAISON DE CHAMPAGNE. d29
C'est en effet une sorte de cathédrale construite en l'honneur du plus jovial des dieux, du dieu Bacchus, et pour l'usage des fidèles au culte de ce dieu de la jeunesse et de la gaie science.
Cette cathédrale, c’est la maison de madame Pommery, connue sous le nom de veuve Pommery et Greno.
Quand on entre dans la vaste nef qui s'étend immense au-dessous des tours, el à laquelle on arrive par un porche élégant, on est tout d’abord saisi par l'aspect mouvementé d’une fourmilière grouillante et affairée. Ce sont des bruits étranges, des sortes de détonations, des petillements de cristal argentin, des bruits de roues qui grincent, de vapeur qui s'échappe, d’eau qui jaillit. |
Tout cela fait une harmonie bizarre et joyeuse qui n’est pas sans charme, et qui, jointe aux senteurs du vin sans cesse en mouvement, produit au speclateur une sorte d’éblouissement et de trouble voisin de ce que l’on trouve au fond des flacons ct des coupes.
M. Vasnier est à la fois l'architecte et le grand prêtre du temple. C’est lui qui, sous l'inspiration de la veuve Pommery, une femme remarquable de tous points, douée du génie créateur et commercial, comme jadis la veuve Cliquot, a combiné, dessiné et construit ce monument, devenu maintenant Je
type moderne et l’une des curiosités attrayantes du pays. \ P
l'aisons, en passant, cette observation, toute à l’honneur de ce sexe aimable, et que nous autres hommes déclarons le moins fort, c’est que le rayonnement moderne au dehors et la prospérité de l’industrie du champagne sont dus principalement à l'initiative et à la haute intelligence de deux femmes, deux veuves, dont les maris, sans elles, seraient complétement passés inaperçus, la veuve Cliquot et la veuve Pommery.
La noblesse du champagne est, on pourrait le dire, une noblesse de robe. La robe monacale de dom Pérignon, le créateur du champagne, a commencé le mouvement.
Madame Pommery nous semble avoir trouvé dans M. Vasnier un collaborateur qui, lui aussi, serait digne d’être veuve, à en juger par le talent, la science et l’habileté qu’il a déployés dans la mise en action de cette grande combinaison industrielle.
Et nous devons à la fois le remercier et nous applaudir de ce qu’il a bien voulu nous faire, à nous autres, modestes étrangers, les honneurs de ce temple dont il a posé la première pierre et aussi la dernière, et dans lequel il veille assidûment à tous les besoins du culte.
Sous ses ordres s’agite une armée, hommes, femmes et enfants.
Le chef d'élat-major ou le grand vicaire, l’homme essentiel et assidu, préposé au travail quotidien, c’est Victor Lambert, et le voici.
Ici, le costume des travailleurs de la Champagne est plus gai que celui que nous avons vu autre part porté par ceux de la Bourgogne.
Le vin rouge, fécond en taches douloureuses au regard, exige les tabliers noirs et tristes, et les vêtements sombres à l’abri des surprises. Ici, le vin est blanc et n’inspire point de crainte; par suite, une blouse bleue, un grand tablier blanc, un pantalon blanc ou bleu sont d’uniforme et préparent tout d’abord le visiteur à des impressions gaies.
Tous ces bleus et ces blancs s’agitent dans la nef, obéissant à la consigne donnée par Victor Lambert, garnissant les tonneaux, emplissant les bouteilles, bouchant, charriant les bouteilles vides, les bouteilles pleines, et descendant à mesure, par un système de treuils et de poulies combinés en forme d’ascenseurs, la récolte des flacons que l’on emplit.
* X x C'est, comme je vous lai dit, M. Vasnier qui nous explique à mesure tout ce travail fait par cette troupe d’ouvriers qui s’agitent pour notre plaisir. futur.
De
NN à