LA VILLE MOET, À ÉPERNAY
Du même au même.
A Épernay, où la fabrication est d’une activité prodigieuse, et où il existe autant de maisons de commerce de vin de Cham- = pagne que de maisons d'habitation, la maison Moët règne en maitresse.
À vrai dire, ce n’est pas une maison :
c’est une ville, avec ses rues, ses places,
en ses galeries.
L'endroit où se fait la mise en bouteilles, où se fait le bouchage, est vaste comme une gare de chemin de fer. Les foudres qui contiennent les cuvées sont des monuments. La vapeur distribue le vin dans un réseau de conduits qui sillonne Pétendue des gares comme les cordages d'un gigantesque
navire,
Un peuple d'ouvriers frappe, bouche, ficelle à grand bruit et à grand fracas.
Une autre gare souterraine abrite le corps d'armée des dégorgeurs, déboucheurs à nouveau, décorateurs de bouteilles et colleurs de cartes.
Une autre gare est destinée au corps d'armée des menuisiers et des emballeurs.
Des places monumentales ct d'immenses rues sont remplies de camion-
neurs, de camions, de chevaux, de caisses en partance et de tonneaux en arrivage.
Cest une ruche cyclopéenne.
C’est une Babel où l’on s'entend.
Sous terre, le mouvement se continue; des caves immenses, creusées dans le tuf crayeux et résistant, rayonnent au loin dans toutes les directions par nombreux kilomètres. Des milliers de tonneaux, des milliers de bouteilles sont enrégimentés avec un ordre parfait dans ces sombres profondeurs. Là s’agite comme en haut une armée d'hommes, qui roulent les tonneaux, transportent les bouteilles, les manœuvrent sur les pupitres, les dégorgent ou les remplissent. Ces caves n’ont pas le caractère fantastique et surprenant des caves de la maison Pommery, mais elles étonnent par leur immensité.
C’est une ville souterraine, avec ses rues, ses places et ses gares, bâtie sous la ville Moët, que l’on vient de parcourir à la lumière du jour.
Fabrication énorme, commerce immense qui s’étend partout comme un réseau, et qui, jaloux de satisfaire à tous les goûts et à toutes les bourses, ne s’arrêle pas, comme les grandes maisons de Reims que nous avons citées, à donner uniquement des produits supérieurs, mais s’étudie à pouvoir livrer aussi aux commerçants du monde entier ce qu’on peut faire de mieux, et ce qu’on peut faire de plus humble et de plus accessible, en conservant toutefois le caractère sincère et vrai du vin de Champagne.
Mais, à vrai dire, quand on sort de cette immense usine, assourdi par ces bruits, troublé par ce mouvement, cette vapeur, cette machinerie, ces