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LE PREMIER VIN DE MACON A PARIS

I n°y a pas longtemps que le vin de Mâcon a fait pour la première fois son apparition à Paris, où la renommée des grands vins de la Côte-d'Or était cependant assise depuis longtemps, grâce aux moines de Ciîteaux, qui leur avaient donné une réputation européenne.

Voici la légende telle que nous la trouvons racontée sur les premiers débuts, à Paris, du vin de Mâcon :

Au commencement du dix-septième siècle encore, Paris et la cour ne buvaient que les vins de lAuxois et de lOrléanais. C’est un vigneron de Charnay, petit village près de Mâcon, qui jeta les bases de ce commerce. Ce vigneron s'appelait Claude Brosse. En 1660, le beaujolais et le mâconnais mavaient d’autres débouchés que la consommation locale et celle des pays environnants, formant un cercle fort restreint. La culture de la vigne était négligée. Le vin ne se vendait pas. Claude Brosse, qui avait une cave bien garnie, concut le hardi projet d’aller dans la capitale chercher un débouché à sa récolte. Il mit deux pièces de son meilleur vin sur une charrette, attela à cette charrette les bœufs les plus robustes de son écurie, et se mit en route pour Paris. k

C'était un homme d’une stature colossale et d’un caractère énergique. Il

fit respecter sa marchandise en la couvrant, comme d’un pavillon, de son poing fermé, le meilleur argument sur les grandes routes, à cette époque; et le trente-troisième jour de son voyage, il entrait à Paris.

La semaine suivante, la messe du Roi, qu'on célébrait à Versailles, fut troublée par un curieux incident. Lorsque lofficiant arriva à un moment de la cérémonie durant lequel les assistants devaient être à genoux, le Roi, promenant son regard sur la foule, remarqua une tête d'homme qui dépassait toutes les autres. Il supposa qu’un des assistants était resté debout. Il ordonna à un de ses officiers d'aller faire agenouiller cet irrespectueux personnage. Lofficier revint quelques instants après annoncer au Roi que l’homme qui avait attiré son atlention était réellement agenouillé, mais que sa haute taille avait pu causer l’erreur de Sa Majesté. Louis XIV ordonna que cet homme lui fût amené à l'issue de la messe.

Une heure après, on introduisit auprès du Roi Claude Brosse, vêtu comme les paysans du Mâconnais, coiffé d’un large feutre et la poitrine couverte d’un grand tablier de peau blanche qui descendait jusqu'aux genoux, ne laissant voir que les jambes chaussées de longues guêtres de toile grise.

— Quel motif vous amène à Paris? dit le Roi.

Claude Brosse fit un beau salut et répondit, sans se troubler, qu’il arrivait de Bourgogne, avec un char traîné par des bœufs, amenant avec lui deux tonneaux de vin. Ce vin était excellent, et il espérait le vendre à quelque grand seigneur. Le Roi voulut le goûter sur-le-champ. Il le trouva bien supérieur à ceux de Suresnes et de Beaugency, qu’on buvait à la cour. Tous les courtisans demandèrent alors à Claude Brosse des vins de Mâcon, et Pintelligent vigneron passa le reste de sa vie à transporter et à vendre à Paris les produits de ses vignobles.

Le commerce des vins de Mâcon était fondé.

Aujourd'hui, ce commerce jette chaque année six à huit cent mille hectolitres de vins sur la place de Paris.

Sans compter tous ceux que l’on y vend à l'abri de son étiquette; car à Paris, comme marchandise courante, après le gros vin, le vin qui gratte et qui plaît aux gosiers populaires, il n’y a que deux vins, le vin de Bordeaux et le vin de Màcon.

Il y a loin de là, comme on le voit, aux deux tonneaux du vigneron de Charnay.

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Saint-Point (dernière demeure de Lamartine).

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