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MACON

Macon présente aux yeux une ville médiocre d'aspect, et offre aux consommateurs des petits vins aimables, quoique médiocres de goût; mais il est un nom qui rayonne lumineux au-dessus de toutes ces vignes modestes qui peuplent les coteaux environnants.

Ce nom est celui de Lamartine.

La statue anguleuse, emphatique, qui, placée sur la place publique, livre à un vent fictif les plis tourmentés de son manteau de bronze, ne satisfait pas la pensée de ceux qui rêvent à celte sublime poésie, à ce grand esprit, à ce grand cœur, descendu, par la fatalité des temps, sur le sol mouvant et rocailleux de la politique.

La robe blanche du poëte s’est brutalement déchirée aux ronces du chemin, Et le poëte n’a pas eu la consolation de voir comprendre par ses contemporains le sacrifice qu'il faisait en la livrant, par amour du pays, aux douloureuses épines d’un calvaire qu’il pouvait éviter.

« Je crois, pour ma part, écrivait un jour Dumas fils, que Lamartine « est le plus grand homme des temps modernes, et je ne le compare pas, je « le sépare. Pour le moment, il est plus que mort; il est oublié, il est « inconnu à ceux qui vont en avant. Sa résurrection sera éblouissante, Quand « aura-t-elle lieu? »

Je suis complétement de l'avis de ce judicieux et brillant esprit, et éprouve

comme une humiliation à voir se prolonger si longtemps cette ingratitude et cet oubli.

Le château de Saint-Point, asile favori de Lamartine, est à quelques lieues de Mâcon, au milieu des vignes et des vignerons dont le poëte aimait à s’entourer.

Et voilà comme il le décrit :

« En quittant le lit de la Saône, creusé au milieu de vertes prairies et sous les fertiles coteaux de Mâcon, et en se dirigeant vers la petite ville et vers les ruines de lantique abbaye de Cluny, où mourut Abélard, on suit une route monlueuse à travers les ondulations d’un sol qui commence à s’enfler à l’œil comme les premières vagues d’une mer montante. A droite ct à gauche blanchissent des hameaux au milieu des vignes. Au-dessus de ces hameaux, des montagnes nues et sans culture étendent en pentes rapides et rocailleuses des pelouses grises où l’on distingue, comme des points blancs, de rares troupeaux. Toutes ces montagnes sont couronnées de quelques masses de rochers qui sortent de terre, et dont les dents, usées par le temps et par les vents, présentent à l'œil les formes et les déchirures de vieux châteaux démantelés. En suivant la route qui circule autour de la base de ces collines, à environ deux heures de marche de. la ville, on trouve à gauche un petit chemin élroit, voilé de saules, qui descend dans les prés vers un ruisseau où lon entend perpétuellement battre la roue du moulin. Ce chemin serpente un moment sous les aunes, à côté du ruisseau, qui le prend aussi pour lit quand les eaux courantes sont un peu grossies par les pluies; puis on traverse l’eau sur un petit pont, et l’on s’élève par une pente tournoyante, mais rapide, vers des masures couvertes de tuiles rouges, qu'on voit groupées au-dessus de soi, sur un pelit plateau. C’est notre village. Un clocher de pierres grises, en forme de pyramide, y surmonte sept ou huit maisons de paysans. Le chemin pierreux s’y glisse de porte en porte entre ces chaumières. Au bout de ce chemin, on arrive à une porte un peu plus haute et un peu plus large que les autres; c’est celle de la cour au fond de laquelle se cache la maison de mon père. »

La description était parfaite ; nous l’avons constaté de visu, el nous avons été nous incliner avec respect devant la tombe de celui qui l'avait consignée dans son œuvre avec une émotion filiale.

Avec nous était un Parisien d’une cinquantaine d’années, qui venait faire comme nous ce pieux pèlerinage.

- — Je tenais à venir offrir cet hommage au grand poëte qui fut aussi un grand citoyen, nous disait-il. Né à Paris, j'ai assisté douloureusement à toutes les convulsions qui ont signalé le milieu de notre siècle. En mars 1848, j'étais place de l’'Hôtel-de-Ville au moment où les forcenés qui, eux ou leurs fils, ont brûlé plus tard cet édifice, venaient pour y arborer le drapeau rouge et peut-être l’incendier; je ai vu s’avancer courageusement au-devant d’eux, et les dompter par l'attitude de son énergie et de sa parole.

Vingt-trois ans plus tard, en mars 1871, j'ai vu partir pour Versailles, muet et caché au fond d’une voiture, celui qui occupait alors la place de Lamartine, M. Thiers, fuyant devant le drapeau rouge des insurgés qui allaient brûler l'Hôtel de ville et tout ce qu’il y a de grand, de riche et de beau à Paris. Suivant les hommes, les dévouements ont leur mesure.

C’est un hommage de reconnaissance et d’admiration que je devais à la mémoire de Lamartine, et je le porte avec émotion devant sa tombe et devant la demeure où il se plaisait à vivre, et où il eût voulu mourir

Dion est certes une ville remarquable.

Elle a des allures de capitale qui la distinguent tout particulièrement entre toutes les autres. Rien qu’à voir le palais des ducs de Bourgogne, qui, vers la fin du dix-septième siècle, est venu se greffer sur le vieux château, dont il reste la célèbre tour de

Bar, la grande tour de la Terrasse, la grande salle des gardes, et les salles voûtées

du rez-de-chaussée, on sent que l’on est sur un sol puissant, fécond et riche. Dijon est la capitale de la Bourgogne.

L'histoire de la Bourgogne a été féconde comme son sol, et quand on fouille dans le passé, on retrouve non-seulement les annales les plus brillantes, mais aussi, et surtout à partir du moment où la Bourgogne fit partie intégrante de la France, une série d'enfants dont la France et l'humanité tout entière ne peuvent que s’enorgueillir.

La vigne bourguignonne a été de tout temps, ou du moins depuis les temps les plus reculés, une richesse et une puissance.

Il semble que la supériorité de cette nature qui produit des vins si excellents et si renommés agisse parallèlement sur les êtres qui naissent à côté d'eux sur ce sol privilégié.

Il y a dans ce pays, si favorisé pour les grands crus qui sy groupent; une influence qui agit en même temps sur la production et le développement des intelligences.

À partir de saint BEr\aRD, qui entraîna par sa parole tous les hommes de son siècle, on rencontre l’un des plus grands écrivains et orateurs de la langue francaise, Bossugr; l’inimitable madame pe Séviewé, Burron, le naturaliste, le grand poëte LamarTive, Rameau, le musicien; PIRON, CRÉBILLON, SEDAINE, CazortE, lillustre savant Moxce, le président ne Brosses, VauBax, DESPERRIERS, LoxcgrierrEe, les peintres GREuzE et Prupnow, DauBENroN, Guyron-Morveau, Carnor, Juxor, Maruowr, etc., elc., échantillons variés et célèbres de ce grand cru bourguignon. Le soleil se plait ici à màrir les esprits comme à mürir les vins, et ces derniers paraissent exercer une haute influence sur ceux qui les boivent. C’est l’occasion de répéter plus que jamais :

Dis-moi ce que tu bois, je te dirai ce que tu es.

On ne saurait néanmoins conclure qu’il suffit de boire assidûment du romanée-conti, du chambertin ou du montrachet, pour parler comme Bossuet, écrire comme Buffon, madame de Sévigné ou Lamartine, avoir l'esprit de Piron, savoir comme Monge ou Daubenton, peindre comme Greuze ou Prudhon; mais, en bonne conscience, il est permis de croire que la familiarité de ces grands hommes avec leurs compatriotes les grands vins n'a pu que contribuer à leur épanouissement, et que la terre possède de précieuses effluves destinées à exercer la plus puissante action sur les uns et sur les autres.

Quand le voyageur qui suit le chemin de fer de Lyon a passé Dijon, se dirigeant vers le Midi, il traverse successivement les stations de Gevrey, Chambertin, Vougeot, Nuits, Beaune, Meursault. Cette chaîne non interrompue de montagnes pendant une dizaine de lieues, c’est la Côte-d'Or.

COSTUMES ET VISAGES

Du même äge que moi, et encore meilleur,

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. Chacun de ces villages qui s’y encaissent à de si courts intervalles porte un nom célèbre cher aux gourmets.

Tous les grands crus sont situés à mi-côte. C’est là, en effet, que le soleil agit avec plus d'intensité, là aussi que le terrain est assez profond pour fournir à la vigne toute la séve nécessaire; le vin perd de sa qualité à mesure qu'on s'éloigne du centre, soit en montant, soit en descendant.

In medio stat virtus,

comme eùl dit Jules Janin, si, comme démonstration, on lui eût fait goûter, ainsi qu’à nous, le grand montrachet, un chef-d'œuvre, dont le cru est placé au centre du coteau, après le chevalier montrachet, qui s'étale au-dessus, et le bâtard montrachet, qui pousse au-dessous.

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