PLANTS ET CÉPAGES, LE PINOT ET LE GAMET
Les cépages le plus généralement cultivés sont : en rouges, le notrieu et le pinot, qui peuplent seuls la presque totalité des vignes où l’on recueille les vins fins; le gamet, cépage très-productif, qui produit les vins communs.
En blancs : le chaudenay, qui fait les meilleurs vins ; le pinot blanc, le narbonne où chasselas, et aussi le gamet, qui, en rouge comme en blanc, ne donne que des qualités inférieures, mais en grande quantité.
Aussi l’infäme gamet, qui remplaçait la qualité par la quantité, est depuis des siècles voué au mépris des gens de haute culture et de fine bouche.
Dès le treizième siècle, ce cépage démocratique envahissait tellement la Bourgogne, aux dépens des nobles cépages qui en faisaient la gloire, que les communes vinicoles adressèrent leurs plaintes en haut lieu, déclarant que les vignes de la plaine leur faisaient une concurrence désastreuse, et que la production de vins inférieurs discréditait les bons vins de Bourgogne et aidait trop souvent à tromper le marchand étranger.
Aussi, en 1395, parut l’ordonnance célèbre du duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, qui, touché de ces plaintes et du mauvais effet produit par cette culture, proscrit le très mauvais et très desloyal plant nommé gamet, produisant vin, lequel est moult nuysible à créature humaine, et ordonne de
le couper et larracher partout où il se trouve, dans l’espace d’un mois, sous peine de soixante sous tournois d’amende pour chacune ouvrée de vignes.
Des ordonnances nombreuses se succédèrent de siècle en siècle sans pouvoir extraire cet infâme gamet, et cela jusqu’à la Révolution francaise, où on lui jeta définitivement la bride sur le cou.
La crainte de cet amoindrissement de qualité se compliquait encore de la crainte d’une abondance trop grande de culture, qui enlevait du terrain aux céréales et surtout au froment. La difficulté des moyens de communication ajoulait encore à cette crainte et contribuait à abaisser les prix, qui cessaient d'être suffisamment rémunérateurs pour les vins fins, dont la production est toujours en quantité relativement petite.
Maintenant le gamet, l'infäme, triomphe impuni, et s’étale sans facon sur les pentes inférieures, et jusque bien avant dans la plaine. Heureusement les chemins de fer et les canaux permettent qu’il s’en aille au loin porter ses produits à bon marché.
Le gamet, populaire à la fin du siècle dernier, a fait, lui aussi, sa révolulion aux dépens de l'aristocratie des pénots et des coteaux.
Puisse-t-il ne pas l’étouffer un jour dans les replis de ses sarments vulgaires ! C’est du moins le vœu que nous autres étrangers, admirateurs indépendants de tout ce qui est beau et bien chez vous, nous ne saurions trop formuler.
Pour nous, dix litres de gamet ne vaudront jamais un flacon de romanéeconti ou de chambertin, de même que dix ignorants ne seront jamais préférables à un savant, pas plus que dix imbéciles à un seul homme d’esprit.