‹ La vigneChapitre 3 sur 176 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

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<P À 05 de Noé, sauvé de ce déluge où il TETE :2 s'était versé tant d’eau, fut de plan-

ter la vigne pour y trouver de bienfaisantes compensations.

Les Égyptiens attribuent cette À gloire à Osiris.

Les Grecs à Bacchus.

Le Bacchus indien, jeune beau rayonnant, couronné de pampres, debout dans un char traîné par les panthères tachées de pourpre et d’or, entouré de

bacchantes qui dansent en chantant l'hymne au dieu triomphant, personnifie la puissance victorieuse de ce jus divin, tiré de la vigne, célébré par tous les poëles , depuis Anacréon, depuis Horace jusqu’à ceux de nos jours.

Évohé !.. Évohé !.…. |

Le rayonnant Bacchus, parti de la Grèce où il fut élevé par les Muses, a non-seulement conquis les Indes, mais encore l’Asie Mineure, les îles de la Méditerranée , la Sicile, Rome, l'Italie tout entière, l’Ibérie, les Espagnes ct la Gaule.

Il semble que partout où se dresse le thyrse éclatant qui est le sceptre du dieu, il sorte de ses pampres baignés de soleil comme un fanal lumineux destiné à éclairer les peuples qu’il visite et comme un foyer d'art, d'éloquence et d'esprit.

La vigne, le dieu Bacchus l’a semée sur les collines et sur les coteaux d'Athènes, de Rome, de Florence et de Paris.

Et c’est là que visiblement elle a fructifié le plus heureusement pour l'expansion des dons heureux qui sont la gloire de Phumanité.

" Brillat-Savarin, dans son remarquable livre la Physiologie du goût, à formulé cet aphorisme :

Dis-moi ce que tu manges, et je le dirai ce que tu es.

Il est encore plus juste et plus vrai d'écrire :

Dis-moi ce que tu bois, et je te dirai ce que tu es.

Ce que lon boit exerce évidemment plus d'action que ce que lon mange sur le cerveau, sur l’organisation tout entière. Le phénomène de Pivresse est le point culminant de cette action, dont l'excès, à force de surexciter le cerveau, en trouble momentanément les facultés.

Depuis Pinfluence cordiale et réchauffante jusqu’à l'ivresse, il existe une gamme ascendante et chromatique dont chaque note et chaque demi-ton ont leur valeur précise. .

L'usage répété d’une boisson prise avec modération et d’une façon usuelle produit dans la constitution et dans l'équilibre général des facultés une aclion indiscutable qui accentue ou modifie les caractères essentiels d'une race et d’un peuple.

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Il est facile de voir que les peuples buvant la bière, le porter, l’hydromel, le gin, le wiskey, etc., etc., présentent de sensibles différences avec ceux qui boivent le vin et ses dérivés.

Le savant qui a prétendu que le génie élait une sorte de névrose, pouvait en grande partie dire avec plus de raison que les qualités de l'esprit général chez un peuple pourraient être dues à une influence assidue sur la substance médullaire et sur le cerveau. Et ce n’est pas pour rien que cette merveilleuse ct intelligente langue française a donné le nom d'esprit à l'essence mère que fournit la concentration des forces vitales du vin, ainsi que le nom d’eau-de-vie à la chaleureuse et vivifiante liqueur qui en résulte.

Le vin a de tout temps été célébré comme la boisson de premier ordre. Les poëtes, depuis Horace et avant lui, Pappelaient la divine liqueur et

chantaient sa gloire en couronnant leur coupe de vers et de fleurs. Mais que sont devenus ces crus célèbres chantés par les anciens? Qu'est devenu le eécube? où est le falerne? qui nous donnera des nouvelles du

samos et du chio? Tous ces coteaux, illustres jadis, où la grappe mürit encore, ne donnent plus des produits dignes de l'admiration du présent, comme ils l’ont été du passé.

Leur histoire s'éteint tristement dans le vide, et nous savons à peine quels étaient leur caractère, leur couleur, et sur quels endroits précis poussaient les vignes généreuses qui aiguisaient l'esprit et la poésie d'Horace.

Maintenant la France est le pays béni du ciel où croît par excellence cette bienfaisante moisson.

Le vin est Jà comme un sang fécond et généreux qui circule dans tous ses membres, les réchauffe, les aiïguise, les met en gaieté, en art, en esprit et en harmonie. Si parfois une ivresse passagère vient troubler et déranger de précieuses facultés, qui ne pardonne quelques folies en considération de tant de réjouissantes et laborieuses sagesses?

Le vin est le sang de la France.

C’est sa richesse, sa joie, son expansion généreuse et féconde.

On lui envie partout ces bienfaits du Créateur, origine de tant d’autres richesses; et de tous les côtés du monde on vient apporter son or en échange de ces vins, promesse de poésie, d'esprit et de gaieté.

Ce sont ces richesses et ces joies que nous avons entrepris de décrire, en nous promenant partout où elles se récoltent, depuis les splendides châteaux du Médoc, où s’élabore pieusement la divine liqueur, jusqu'aux merveilles de la côte d'Or, aux coteaux savoureux du Rhône, du midi de la France, des Charentes, de Anjou, et à ces opulentes régions de la Champagne qui produisent et expédient par le monde entier comme la petillante expression de esprit français.

On l'a dit et répété souvent, les Français ne connaissent pas ou connaissent peu la France. |

Ces richesses et ces dons précieux dont ils jouissent, la plupart ne savent ni d'où ni comment ils viennent. Insouciants de ce qui fait, pour ainsi dire, leur rayonnement au dehors, ils vivent accrochés tranquillement au sol, buvant les chaudes effluves du terroir: et s’imprégnant des rayons du soleil sans s'inquiéter de ce qui se passe au loin ou à côté.

Les chemins de fer, les canaux, les moyens si perfectionnés de transport ont eu peine à vaincre cette atonie. Les Français sont toujours restés parmi les peuples qui voyagent le moins, même dans leur propre pays.

C’est tout au plus si, à certains moments, ils se déplacent pour courir les eaux ; il nous a paru intéressant, après avoir visité ces eaux, dont l’action est si restreinte, d'aller voir sur place toutes ces régions bénies où croissent ces vignes et où leur vin précieux s’exprime pour la satisfaction du genre humain tout entier.

La vigne, en France, nous la trouvons presque partout ; elle est pour ainsi dire partie intégrante de notre histoire et de notre sol.

Quel beau voyage à faire que celui qui promène le curieux, le touriste, l'historien lui-même, au milieu de ces pays si charmants, si riches ou si pittoresques , où elle étend les sarments vainqueurs à travers toutes ces populations aux types variés qui lui donnent leurs soins !

Quel intérêt à suivre le développement, l’histoire et la physionomie de tous ces vignobles, et les procédés si curieux, si divers, employés pour en tirer ces vins si divers eux-mêmes!

Nos vins français, grâce aux nouvelles idées économiques, grâce aux canaux, aux chemins de fer et aux navires de toute sorte, voyagent beaucoup plus que nous autres Français.

Certes, ils plaident eux-mêmes victorieusement leur cause, mais ils ne racontent ni leur origine, ni leur histoire, ni leur berceau, ni ceux qui les ont élevés et les ont lancés dans le monde.

Les dilettanti, qui sous les brumes ou les glaces du Nord se plaisent à boire, pour ainsi dire, les rayons du soleil bienfaisant que ces vins ont accumulés dans leur sein, se plaisent aussi à savoir d’où ils viennent, comment ils viennent, et quel dieu leur a fait ces loisirs et ces plaisirs.

Aussi rencontre-t-on dès maintenant, au moment si délicieux des vendanges, nombre de voyageurs étrangers ou non qui font ces pèlerinages.

Mais le nombre de ceux qui le peuvent ainsi est bien restreint.

Ce que les vins ne peuvent raconter, ce que la plupart des curieux ne peuvent regarder, c’est à nous de le raconter et autant que possible de le décrire et de le faire voir.

Que Bacchus nous protége !

Jusqu'ici ces vins, malgré l’envie qu’ils excitent, n’avaient que des adeptes, des admirateurs et des amis.

Hélas! il a fallu qu’ils subissent la loi commune ; un ennemi terrible leur

est survenu, ennemi qui, suivant les désespérés, menace de larir la source de leur puissance et de leur vie.

Espérons que lon trouvera les armes suffisantes et que l'ennemi sera vaincu.

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Malgré tout, on pourra dire encore : Dieu protége la France!

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