VISITE DU MAITRE
— Dites donc, mon ami, ils mangent beaucoup de raisin. Ne craignez-vous pas que cela leur fasse mal?
de violence, ni un incendie pendant tout le temps où ces oiseaux de passage s’abattent sur les propriétés pour cueillir et récolter, ce qu’on ne pourrait faire avec les seuls bras de chaque établissement.
C'est une fête et une réjouissance parmi les pauvres de Bordeaux et les paysans des Landes de venir vendanger dans le Médoc. On rit, on mange bien de bonne et succulente soupe aux choux où nagent d’appétissants quartiers de bœuf, on a du bon vin, non pas du laffitte, ou du beychevelle, ou du léoville, etc., mais du vin solide du côté d'Agen. Le soir, on danse au son du flageolet et du violon; on couche après cela sur de bonne. paille bien fraiche , et le lendemain on recommence, jusqu’à ce que ce soit fini. Une dizaine de jours environ de liesse, après lesquels on retourne chez soi bien
nourri, bien repu, avec un petit magot composé de 2 francs par jour pour les hommes, 1 franc pour les femmes et les enfants. Voilà pourquoi ces petites parties sont si goûlées parmi les pauvres gens des environs.
Mais, sapristi! comme disait mon jeune frère, tu sais, mon cher petit Gontran, sont-ils assez affreux !
Comme ce serait plus charmant.avec une série de jolies jeunes filles, comme savent si bien les choisir Offenbach et Koning, court-vêtues, moitié en pages, moitié en nymphes, coupant ces précieux raisins dans des corbeilles dorées, avec un orchestre monté sur des chars à bœufs enguirlandés de fleurs, et chantant des chœurs comme celui-ci :
Allons donc! buvons donc De ce vin le meilleur du monde.
Allons donc! buvons donc De ce vin, car il est bon.
Ou bien celui-là :
Si Dieu nous défendait de boire, Aurait-il fait le vin si bon!
Ma parole, ce Gontran est impayable avec ses idées parisiennes. Pour moi, je trouve cela charmant tel que c’est, et j’en suis ravie.
Je continue ma description pour ton instruction et ton édification personnelles.
Un!
4 CL Y & rl
Suivons un de ces chars portant ce qu’on appelle deux charges chacun, et qui se rendent majestueusement et lentement au pressoir.
Le char, arrivé dans la cour du château, recule avec précision devant une de ces larges baies ouvertes sur le grand bâtiment où les cuves sont rangées
dans un ordre militaire.