‹ La vigneChapitre 42 sur 176 · A SL EX · texte numérisé non relu

A SL EX

Des hommes vêtus de simples chemises, de pantalons retroussés jusqu’à mi-cuisses, les jambes rouges du jus de la vigne, sont là qui altendent. Ils s'emparent du raisin contenu dans les larges vaisseaux et le versent dans les pressoirs. Ils sont là une douzaine de montagnards vigoureusement taillés,

aux mollets saillants et tachés de vin.

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C’est le tour des égrappoirs, instruments portés sur des tréteaux, où les

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grappes noires sont placées à grand renfort de pelles. Tous à l'envi se placent autour des égrappoirs; ils se précipitent sur les grappes, les pétrissent avec. fureur. Le grain mélé de jus tombe dans le pressoir, le jus tombe par une rigole dans les petites cuves placées en dessous.

Puis tout à coup le signal est donné, le violon fait entendre un trille,

— Si madame et mademoiselle veulent entrer, la musique vient d'arriver,

nous allons danser.

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comme invitation à la danse, et voilà une douzaine de danseurs dont les pieds

nus, agités comme par le dieu du vin, piétinent la vendange et l’écrasent ; ils sont gais, prennent des poses plastiques, tournent et polkent plus ou moins

en mesure sur les flonflons de l'orchestre : le jus coule plus abondant par les rigoles ouvertes.

C’est un jus rose et trouble qui sent la grappe et le fruit. C’est le vin que vous et moi nous boirons avec délices dans quatre ou cinq ans, quand la

fermentation aura fait son œuvre, et que le dieu Bacchus aura màûri ses dons. |

Je regarde les pieds de messieurs les danseurs; cela, malgré moi, jette un froid dans mon imagination, et au point de vue du passé, et au point de vue de Pavenir. Mais cela, depuis que le monde est monde, a toujours été fait ainsi. La fermentation, m’assure-t-on, a toujours tout purifié.

— C’est égal, reprend mon petit Gontran, quelle différence si lon pouvait

trier sur le volet quelques séduisantes danseuses, de celles dont on chante les charmes dans les clubs et dans les journaux, des danseuses de choix, aux jambes blanches et rondelettes, ornées de ces petits pieds aux ongles roses, lesquelles pétriraient en cadence ces jolies grappes, et en extrairaient un jus alors doublé de charme et de prix!

Laissons le jeune et poétique Gontran à ses rêves; je préfère, quant à moi, laisser ces donzelles parader en musique devant leurs paysages de carton, et suivons la série des opérations dont le vin et les buveurs très-précieux ne se sont pas plaints jusqu'alors.

Ce vin recueilli dans les pressoirs est porté dans les cuves; on les emplit non-seulement de ce moût dù au premier foulage, mais des débris écrasés du raisin que l’on vient de fouler en cadence.

On ferme hermétiquement la cuve, qui contient généralement quelque chose comme douze tonneaux, c'est-à-dire quarante-huit pièces de vin; c’est maintenant à la chimie supérieure, à celle du dieu des vins, qu’il appartient de faire son œuvre.

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