‹ La vigneChapitre 5 sur 176 · PREMIÈRE BOISSON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE BOISSON

— Faut dire que le petit n'est pas dégoûté ! Et puis c'est le bou bourgogne

qui fait le bon lait, n'est-ce pas, Catherine ?

« accrue au point d'atteindre près de deux millions cinq cent mille hectares, « plus de la moitié de l’étendue totale des vignes à vin cultivées dans les cinq « parties du monde, la vingt et unième partie de tout le territoire français et « la seizième partie de son sol cultivable.

« Le produit brut des vignobles de France s’élève à plus d’un milliard « cinq cents millions de francs. Leur culture occupe et entretient un million « cinq cent mille familles de vignerons, c’est-à-dire six millions d'habitants ; « plus de deux millions de fournisseurs industriels, transporteurs et com- « merçants, constituant ensemble le cinquième au moins de notre population « totale et représentant une production et une consommation de plus de « deux milliards ! »

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Le vin, depuis les temps les plus reculés, est en honneur dans notre bon pays de France. Laissons un instant la parole à Pun de nos vieux auteurs, qui vous dira ce que l’on pensait de lui vers Pan 1580 :

« Toute la France, l'Italie, la Sicile, PEs- « pagne et {ous autres pays qui sont esloignez « du septentrion se plaisent au vin, sauf la

« nation turquoise, laquelle, ou insensée de la superstition de Mahomet, « ou stimulée par l’ancienne coustume des Turqs, abhorre du tout le vin et « use d'hydromel.

« L'Angleterre, l'Écosse, la Dalmatie, la Polongne, la Salmatie et autres « pays septentrionaux usent en partie des vins amenez d’ailleurs, en partie « de bière, de facon que de tant plus que les régions sont froides, d'autant « plus sont adonnez au vin et à yvrongnerie. Tesmoin en est non-seulement

« VAllemaigne, mais aussi la Frise, la Dalmatie, la Flandre, lesquels pays, « les habitants, non-seulement combattent à qui boira le mieux et exaltent « jusqu'aux cieux l’yvrongnerie, mais aussi se mocquent de sobriété et con- « temnent de telle sorte les gens sobres et temperans qu’ils les estiment du « tout indignes de leur aillance et compagnie. Or, encores que tant de sortes « de boissons soient venues en usaige au lieu de l’eau en plusieurs pays, si « est-ce que le vin me semble tenir le premier rang, entre icelles, comme «le plus plaisant, plus agréable et plus excellent breuvage qui se puisse « trouver, 2y excogiler.

« Les Hébreux et lettres sainctes tesmoignent que Noé a été le premier « autheur du vin. Nécander Colophonius dit en ses carmes que le vin est « appelé en grec Oivos, d’un personnage qui s’appelait Oënus, lequel premier « exprima le moust du raisin dans sa tasse. Austres escrivent que Icarus en « fut le premier inventeur, et que bien tost après qu’il fut inventé, en fut « puny, d'autant qu'il fut tué de ses vignerons enivrés. « Athenæus dit que la vigne fut premièrement trouvée près la montaigne « d’Ethna; qu’un chien, se pourmenant par là, arracha un rameau de terre, «et que Oresteus, fils de Deucalion, qui régnoit en ceste contrée, fis! « replanter dans terre ce rameau, dont plusieurs rejestons de vigne sortirent, « lesquels il appela Oënas, du nom du chien qui avoit arraché ce rameau de « terre, dont aussi les anciens Grecs appeloient les vignes Oënas. « Les Latins disent que la vigne est appelée vitis, quasi vita, parce que le « vin restaure soudainement les esprits vitaux dissipés, et conforte, répare, « augmente et fortifie la chaleur naturelle débiletée, qui est le principal «instrument de vie, tellement que par l'usage du vin il est rendu plus « gaillard qu'auparavant à toutes les actions nécessaires à la vie. »

Comment la vigne fit-elle son apparition dans les Gaules? Voici ce que racontent les historiens.

Rome était encore barbare, lorsque des vaisseaux phocéens jetèrent sur les côtes de la Provence les navigateurs qui fondèrent Marseille et plantèrent les premières vignes cultivées dans les Gaules.

Les Phocéens apprirent aux gens du pays à tailler la vigne et à exprimer le vin de la grappe. De la Provence, la vigne gagna les provinces voisines.

Lorsque César conquit la Gaule, il trouva des vignobles dans plusieurs B)

contrées , et il nota que ceux de Marseille et de Narbonne ne le cédaient en rien à ceux de la Grèce et de PItalie.

Les progrès de la vigne furent si rapides que Domitien, prétextant d’une disette de blé et d’une trop grande abondance de vin, ordonna d’arracher tous les vignobles de Gaule.

Cet édit ne pouvait être qu’incomplétement exécuté, et l'empereur Probus, mieux avisé, révoqua l’édit de Domitien et enjoignit à ses légions de replanter les vignobles arrachés précédemment.

En 316, saint Martin de Tours apporta aux habitants de la vallée de la Loire l'Évangile et la vigne. En 330, l’empereur Julien favorisa sa culture aux environs de Paris.

Vers le milieu du même siècle, Antonius vante les huîtres que la mer laisse sur les rivages du Médoc; coquillages aussi estimés, dit-il, sur la table des empereurs, que les vins qu’ils tiraient d'Aquitaine (actuellement pays de Bordeaux et Gironde).

Ainsi, au quatrième siècle, la vigne fleurissait, comme aujourd’hui, dans les bassins du Rhône, de la Garonne, de la Loire et de la Saône.

La culture en fut libre et même protégée jusqu’à Charles IX et Henri IE, qui, toujours dans l'espoir de favoriser la culture du blé, firent arracher une grande quantité de vignes dans tous les terrains jugés propres à la culture des céréales.

Henri IV et Louis XIV enlevérent les entraves imposées à la culture; mais Louis XV, à la suite d’une famine, fit reparaître de nouveau ces prescriptions restrictives, notamment par un édit daté du 5 juin 1732, condamnant à trois mille francs d’amende quiconque planterait des vignes sans permission du Roi. |

Le roi Louis XVI, la République française, l'Empire et la Restauration restituèrent toute franchise et toute liberté aux cultivateurs de cette vigne qui s'était si puissamment et si heureusement implantée sur le vieux sol gaulois, qu'elle donnait des produits de plus en plus estimés supérieurs par le monde entier.

La révolution économique qui date du dernier Empire a fini par donner le plus puissant essor à la culture, à la production et au commerce extérieur des vins français, réputés de plus en plus les vins par excellence,

C’est alors que les viticulteurs entrèrent dans la période culminante de la production et de la richesse, à partir de ce moment où les moyens si multipliés de transport ne firent plus craindre les années stériles en céréales que on pouvait dorénavant remplacer sûrement par les moissons du dehors, et permettaient de livrer à la culture de la vigne tous les terrains qui lui étaient propres, certain qu’on était de pouvoir remplacer avantageusement avec son produit le blé qui aurait pu manquer à la consommation.

Les fortunes dans les pays vinicoles, notamment ceux du Midi, prirent dès ce moment des proportions inconnues jusqu'alors, et une prospérité inouïe vint régner dans toutes ces régions.

Cette prospérité ne saurait manquer de continuer, si toutefois lennemi, un ennemi terrible et jaloux de la France, le phylloxera, le permet.

Les classifications des différents vins de France n’ont point été œuvre dun jour, et l'opinion a varié en France au sujet des vins, comme elle a varié et variera sur toutes choses; il est fort intéressant de voir, en trois siècles de distance, quels étaient les favoris et sur quels coteaux se récol-

s taient les vins en réputation.

Néanmoins, voici ce que nous dit à ce sujet, en 1582, le docteur Jean Liébault, en son livre dédié au marquis de Crussol, duc d’Uzès :

« Les plus excellents de tous et sur tous les vins françois sont les vins de « Coussy, dédiez aux rois ; puis ceux de Sèvre, tous deux rouges ou clairets, « puissants, généreux ou vineux, très-commodes et convenables à ceux qui « sont du tout affaiblis et quasi dénaturez, qui tombent aussi souvent en « faillances ou syncopes, pour s’estre trop emancipez au jeu des dames « rabbalins, ou, par trop grande veille, ou, en quelque facon que ce soit, « ont enduré quelque grand affaiblissement.

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