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QUELS ÉTAIENT LES CRUS LES PLUS ESTIMÉS JADIS

« Les vins de Vanves, d'Argenteuil, de Montmartre et autres vins qui « croissent en terroir sablonneux, ès environs de Paris, sont des plus « salubres.

« Entre les vins de Bourgongne, les vins de Beaune tiennent le premier « rang, lesquels j’oserois bien préférer aux vins d'Orléans et d'Ay, desquels « on fait si grand cas à Paris, d'autant qu’ils sont de tenue substance, d'une « couleur d'œil de perdrix, non fumeux ny vaporeux, et par ce donnant « moins en teste et offençant le cerveau que ceux d'Orléans. Aussi, de tous « temps, l’on a tenu pour véritable ce carme vulgaire des vins de Beaune :

Vinum Belnense super omnia vina recense.

« Ceux qui goustent fort bien les vins les comparent avec ceux du Roy à « Coussy, desquels les complants ont été apportez jadis de Grèce, tellement « que les vins de Coussy et de Beaune approchent de bien près à la bonté et « perfection des vins de Grèce. Aucuns aussi comparent les vins de Beaune « aux vins qui naissent au clos de vigne du roy de Navarre, qui est à cinq « lieues de Vendosme, appelé Prépaton, ainsi nommé, parce que les com- « plans de ce clos de vigne ont esté choisis et pris partout. Le vin est clairet, « d'œil de perdrix, de terme substance, d’un goust plaisant et délicat à « boire si aucun vin y a.

« Toutes ces trois sortes de vins de Coussy, de Beaune et de Prépaton ont « les vins les plus excellents qui soient par toute la France, et ce d'autant « qu’en bonne ou mauvaise année sont trouvez bons par dessus tous autres «et les plus prêts à boire que pas un.

« Entre les vins de Beaune, les vins de Dijon doivent être nombrez, ceux « qui naissent au clos du Roy à Chenone, à Fontaine, à Plombière, à Talent.

« Les vins d’Ay sont clairets et fauvelets, sublils, délicats et d’un goust « fort agréable au palais; pour en causer, souhaitez pour la bouche des roys, « princes et grands seigneurs, et cependant oligophores, c’est-à-dire si « délicats, qu’ils ne portent l’eau qu’en petite quantité.

« Les vins de la haute Normandie approchent aucunement aux vins fran- « çois, non plus que ceux qui croissent à Compiègne et autres pays de la « Picardie ou voisins de la Picardie.

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« Le pays de Guienne nous envoie diversitez de vins. Les meilleurs sont « ceux du terroir de Vérac, lesquels approchent fort à la bonté des vins

« françois de Coussy, lesquels, à la raison de la couleur de rosette, sont « appelez au pays Aosctiques, et, comme iceux, sont désirez et requis ès « tables des grands seigneurs.

« Concluons donc qu'entre tous les vins dont nous usons à Paris : Quant « aux rouges, les meilleurs sont ceux de Coussy, de Suresne, de Vanves, de « Meudon. Quant aux blancs, ceux d'Argenteuil, puis ceux d’Ay, d’Ysancy, « de Beaune, en Bourgogne, bien murs.

« Et après ceux d'Orléans.

« Quant aux blancs, les vins de Longjumeau, de Palezau, de Massy, de « pont d'Anthoiny, puis ceux de Bar-sur-Aube, d'Anjou et autres qui nous « sont apportés d’Arbois, de Gascogne et de Lanquedoc.

« Les vins de certains terroirs aux environs de Paris, comme de Vullejuif, « Vitry, Ivry, qui sont blancs; de Fontenay et de Montreuil, qui sont «rouges, ne doivent être beaucoup prisez, à raison qu’ils sont verdelets et « d’un goust mal plaisant.

« Les vins de Gascongne sont, sans comparaison, plus chauds et plus secs « que les vins d'Orléans ; toutefois ils ne sont si vaporeux et ne donnent si « fort en teste, ainsi que je l’ai expérimenté, que les vins d'Orléans. »

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