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de cet homme de bien qui, petit paysan orphelin, privé de son père, vint à Paris il y à quarante et quelques années, à l’âge de treize ans, ignorant de toutes choses, mais plein de cœur, du désir de savoir et de la soif d’être utile à sa mère restée veuve et à ses jeunes frères ; qui, débutant comme garçon de café à trente francs par mois, trouva moyen, à force de volonté et d'intelligence, non-seulement d'acquérir une véritable fortune, mais de conquérir en même temps les connaissances les plus variées ,.les plus étendues, sur tout ce qui a rapport à la science de lagriculture, de manière à mériter le grand prix à Exposition universelle de Paris pour ses remarquables améliorations agricoles et l'élevage des bestiaux charolais, diplôme d'honneur à Vienne pour même motif, grandes médailles à Londres, à Paris, à la Société centrale d'agriculture, la grande médaille d'honneur donnée par la Société d'encouragement au bien, — j'en passe sans doute, — et puis enfin la croix de la Légion d'honneur, qu’on eut, ma foi, bien de la peine, malgré tant de titres, à lui décerner, à cause de sa qualité de restaurateur, — comme si vraiment l'acte de faire de toute facon bien vivre ses semblables ne valait pas celui qui consiste à les bien tuer en qualité de soldat ou même de médecin.
— Tout cela est fort beau, et je joins de tout cœur mes applaudissements aux vôtres; mais je ne m'explique pas ce qu’il fait là, et pourquoi, avec son
régiment de piocheurs, il semble préparer une batterie pour repousser un ennemi du Médoc, à moins pourtant qu'il ne pense aux menaces du
phylloxera.
— Chut! celui-là semble jusqu'ici nous craindre et ne pas oser venir nous attaquer; mais ce n’est pas de lui dont il est question ici. Ce que fait Bignon, le voici :
Je vous ai parlé de cette propriété de Theneuil qu’il possède en Bourbonnais.
Lorsque M. Bignon acheta, en 1849, cette terre de Theneuil dans ce même Bourbonnais où il était né, il Vacheta à raison de 384 francs l’hectare; il n’y avait alors là ni froment ni fourrages artificiels; la propriété nourrissait avec peine vingt-cinq têtes d’un bétail maigre et sans valeur. Or, il s’est mis à piocher comme vous le voyez à, à chercher, à amender, à étudier, à travailler de toute manière, à donner l'exemple aux gens d’alentour, si bien que les propriétés de ces gens, qui l'ont tout bonnement imité, valent aujourd’hui quinze cents francs l’hectare, ce qui indique clairement que la valeur de la terre de Theneuil a tout au moins quadruplé.
Si bien que cette terre améliorée nourrit maintenant cent vingt bêtes à cornes, magnifiques spécimens de la race charolaise, qui ont pris la douce habitude de se faire primer à tous les concours; qu’elle produit et engraisse trois cents moulons, une douzaine de chevaux de trait et quelque chose comme quatre-vingts porcs; qu’on y récolte par quantités le foin, le seigle, l’avoine, le trèfle, la rave, la betterave, la carotte, etc., etc., et que pas un lopin de terre ne reste improductif.
Ce beau succès a valu à M. Bignon toutes les distinctions bien méritées dont vous le savez pourvu, mais a surexcité bien naturellement aussi son amour-propre et son ambition.
Un beau jour, nous l'avons vu débarquer ici; il venait d'acheter cette terre que vous voyez, la terre de Lahouringue.
Ce que M. Bignon avait tenté, ce qui lui avait si bien réussi en Bourbonnais, il a voulu venir le tenter aujourd’hui au Médoc et y réussir. Nous le regardons avec un vif intérêt exécuter son travail et dépenser son argent, nous proposant (out naturellement de limiter, comme ont fait ses voisins en Bourbonnais, s’il réussit, et cela est probable, car tout ce qu'il a entrepris jusqu'ici est actuellement en plein succès.
Du reste, il ne fait pas mystère de son travail : il pense que tout progrès doit profiter à la masse, et que chacun se doit à tous.
Ainsi qu’il avait opéré dans l’Allier, il a commencé par éludier son terrain et celui des environs, sur lesquels mürissent les crus les plus renommés.
Voici, pour cela, comment il s’y prend. Un tube de verre puissant et d’une longueur calculée est enfoncé de force, perpendiculairement, dans le terrain que l’on veut étudier.
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Ce tube recueille, naturellement et dans leur ordre, les différentes couches qui composent le sol, et en montre facilement la nature, grâce à la transparence de la paroi.
Il est facile dès lors, non-seulement de se rendre compte des dispositions des couches, mais encore de leur constitution chimique et de celle de ces couches ensemble. L'observation et l'analyse, faites avec soin, donnent des formules des plus intéressantes, et fournissent des éléments de comparaison qui doivent guider à coup sûr l’investigateur.
Ces diverses études ayant été faites dans les différents terrains renommés, tels que Château-Laffitte, Mouton, Château-Margaux, Latour, Léoville, etc. ete. puis rapprochées de celles faites aux terrains de Lahouringue, qui sont ceux de M. Bignon, il s’est dit : « La composition chimique du terrain est le seul mobile qui agisse pour établir les différences et les supériorités si remarquables de produits, puisque, à des distances si rapprochées, comme celles que l’on observe dans ce petit coin rare du Médoc, où l'exposition est la même, le soleil est le même également et agit de même facon, l'air ambiant est ici et Jà exactement pareil, et il n’y a pas de différence appréciable dans la température, qui se conduit dans -ces parages d’une manière tout à fait identique. Il faut donc constituer un terrain nouveau qui réunisse, autant que possible, les éléments chimiques de nature à le rapprocher des terrains supérieurs, sur lesquels la vigne donne les produits de premier ordre. »
Cest dans ce but et à laide de ces études que le propriétaire de Lahouringue est arrivé à combiner un compost particulier, destiné à compléter les éléments insuffisants du terrain et à y introduire ceux qui lui manquent.
Au Médoc, et partout ailleurs du reste, dans les crus qui en valent la peine, on a fait l’observation suivante : l'usage du fumier animal enlève au fruit de la vigne sa qualité spéciale, et, en augmentant, il est vrai, les quantités, tend à détruire dans le vin obtenu le caractère de finesse et de bouquet qui en constitue la valeur.
Le fumier animal est donc exclu rigoureusement dans le fumage régulier des terrains plantés, et n’est admis que comme un élément secondaire dans la constitution du compost qui lui est destiné.
Voici le tableau du compost particulier combiné par les soins et les recherches du propriétaire.
Nous le donnons ici, grâce à ses indications minutienses, pensant qu’il sera utile et pourra être facilement approprié par d’autres à l'amélioration de leurs
vignobles.
COMPOST APPROPRIÉ AUX BESOINS DE LA TERRE DE LAHOURINGUE (MÉDOC-GRAVES)