‹ La vigneChapitre 79 sur 176 · CL · texte numérisé non relu

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Une diversion utile s’opéra : les bœufs amenaient une charge assortie que l’on versait par les baies ouvertes sur la cour, dans des pressoirs rangés tout

le long du chai, disposé en conséquence ; de petites presses sont adaptées à chaque cuvier; les vis de ces presses sont mues par des roues placées perpendiculairement, et qui se manœuvrent comme des roues de gouvernail de navire, dont elles ont à peu près la forme et l’aspect.

À mesure que le jus coule, il est recueilli dans des pièces neuves , préalablement imbues à l’intérieur de fine champagne; puis elles sont rangées par ordre, tout le long du chai, pour se livrer à la fermentation première, puis être ouillées successivement, à mesure que l’évaporation se produit, subir des filtrages, des soutirages en temps utile, et enfin être mises bonde de côté sous une surveillance pleine de sollicitude, et attendre ainsi le bon plaisir des consommateurs.

Au milieu du bâtiment placé sur la droite est un chai particulier. Un boudoir n’est pas plus soigné que ce chai

Des foudres sont rangés méthodiquement d’un bout à l’autre de la grande salle boisée et décorée avec une simplicité pleine de goût.

Ces foudres sont au nombre de treize; ils sont en chêne brillant, frotté et astiqué comme le bois des meubles de prix. Le cuivre des robinets et garnitures étincelle comme le cuivre des engins de service à bord des navires de guerre, et le sol est couvert précieusement de sable fin comme les écuries de grand style.

C’est dans ces foudres que l’on place ce qui reste du vin célèbre fourni par les grandes années. Il y en a treize qui contiennent chacun douze tonneaux.

Nous avons vu là entrer, presque en même temps que nous, un monsieur âgé dont la tournure était celle d’un vieux général. Son air semblait à la fois recueilli pieusement et attendri. Instinctivement il marchait sur la pointe du pied, comme on y marche par respect dans un lieu consacré ou dans la salle d’un trône. Ses yeux étaient humides de plaisir, et sa bouche avait un

sourire de béatitude profonde. Celui-là était évidemment un fidèle et un reconnaissant.

Gontran, lui, était ravi. Cependant il regardait plus froidement M. Poncet- Deville, depuis qu’il avait vu, après avoir pris une bonne gorgée d'yquem, la tourner plusieurs fois dans sa bouche, et la rejeter sans façon sur le sol.

— Monsieur Poncet-Deville, s’écriait-il, vous faites là au vin une injure impardonnable ! Qui eût jamais cru, en vous voyant, que vous fussiez capable d’un tel sacrilége? Quant à moi, plutôt mourir!

Et, en effet, il avalait tout avec conscience et avec un plaisir non dissimulé, si bien que, de dégustation en dégustation, il fallait presque le soutenir, et qu'avant de quitter M. Duboscq pour monter en voiture, il fut pris d'un profond attendrissement, et le pressa tendrement dans ses bras à différentes reprises.

Il n’est pas si bons amis qui ne se quittent, et nous sommes enfin partis, non pas aussi émus que notre ami, que le vin avait rendu si enthousiaste, mais néanmoins en saluant avec une effusion contenue le vieux château et, hommes ou produits, ce qu’il renferme de bon et de bien.

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Chäteau de la Tour-Blanche (M, Osiris).

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