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Porte d'entrée da chäteau Peyraguey.!
al-Rothschild , qui, nous dit-on, y vient quelquefois avec son vizir Goudal, lorsque le pacha, propriétaire du palais, séjourne quelque temps au pays. De plus, le vin y est de premier ordre, ce qui ne gâte rien, au contraire.
Visiter les autres grands crus du pays, dont M. Gremailly nous a donné la nomenclature, ne nous apprendrait rien de nouveau. La pratique est partout la même dans tous les vignobles et les châteaux qui bordent la route ou se mirent dans ce joli cours d’eau qui s Appelle le Ciron et court en frémissant sous les ombrages de la vallée,
Château Vigneau (M. de Pontac).
Nous saluons encore, en passant, le château Vigneau.
Nous passons un joli petit pont très-pittoresque; bientôt après nous traversons Pujols, et nous voici de retour au clos Saint-Robert.
Il nous reste encore nombre de choses à voir, les propriétaires sont ainsi faits. Mais M. Poncet-Deville est un de ceux avec lesquels il y a tant à apprendre!
Nous parcourons de nouveau les pressoirs, les celliers; nous regardons comment on soutire, comment on filtre les vins destinés à être expédiés; nous visitons les ateliers de tonnellerie, et nous nous rendons compte de l'attention et du soin qu’exige cette architecture, indispensable à la confection et à la conservation des vins.
— Et maintenant, nous dit M. Deville, je vous convie à venir voir ma bibliothèque. On vous a parlé de celle de M. Solar; j'ai aussi la mienne, qui ne le cède en rien à celle qu’avait formée M. Solar , alors qu’il avait encore des amis.
Sous le vieux bâtiment sont situées les caves de Saint-Robert, que M. Poncet- Deville appelle sa bibliothèque; 1à, sur des rayons placés à côté les uns des autres et se prolongeant au loin par d’interminables détours, se trouvent rangés, dans l’ordre le plus parfait, les ouvrages des meilleurs auteurs célèbres dans le pays et partout à la ronde. A la lueur de ces longs bougeoirs du pays, nous lisons ces noms rayonnants, et nous remarquons l'ordre logique dans lequel ils sont classés. -
— Ces auteurs, nous dit notre hôte, il faut que nous les consultions ce soir, non pas tous, car le temps et l’haleine pourraient nous manquer, mais ceux auprès desquels nous croyons, a priori, trouver les qualités les plus hautes, les plus délicates et les meilleures. Choisissez.
— Avec un maître tel que vous, disons-nous en chœur, nous ne pouvons mieux faire que solliciter votre choix; vous ne nous ferez assurément goûter que des poëtes hors ligne et des auteurs sans défaut.
Ce fut merveille de voir notre excellent hôte prendre délicatement les bouteilles endormies depuis de longues années dans les rayons poudreux, les ranger paternellement dans les alvéoles d’un panier qui attendait son bon plaisir , et, après avoir fait une abondante moisson, porter, sans secousse et religieusement, jusqu’à l’oflice, ces œuvres professoralement choisies.
— Vous avez vu, nous dit-il, quelles sont les précautions à prendre; elles sont indispensables, et celui qui ne les prend pas est indigne des bienfaits du Créateur. Ici, personne ne prend jamais ce soin que moi ou Marie.
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CHATEAU-PEYRAGUEY. 367
Or, nous avions déjà remarqué Marie. Marie est une maîtresse femme s’il en fut, grande, vigoureuse et intelligente; elle mène tout dans la maison, veille aux celliers et aux futailles, soigne les liqueurs et les fruitiers, gourmande les vignerons, commande les charretiers, les laboureurs, les bouviers et les garçons du chai, dirige les vendangeuses, reçoit les acheteurs et les courtiers, tient note des commandes et des envois; c’est un majordome.
Tout le monde obéit à cette volonté, toujours vigilante et dévouée, qui n’a ni repos ni trêve, tous, depuis le petit poulet qui vient de naître dans la basse-cour, jusqu’au maître de céans qui, depuis longues années, s'incline devant cette volonté persévérante et toujours éveillée à son profit.
Marie est un type.
Ajoutez que personne ne sait, comme elle, rôtir à point un perdreau
dans sa cuirasse dorée, enlever harmonieusement l’assaisonnement d’une entre-côle et préparer, dans toutes les règles, les condiments voués aux écrevisses à la bordelaise ; le café, traité par elle, a des aromes inouïs.
Grâce à Marie et à la bibliothèque du bon professèur, nous avons fait un de ces dîners que l’on n'oublie guère.
Diner de dégustation, diner d’adieu à la Gironde ; c'était elle, dans quelquesuns de ses plus précieux produits, qui en faisait tous les frais.
Voici la nomenclature exacte des œuvres tirées de la bibliothèque de M. Poncet-Deville, et que nous avons parcourues à ce dîner mémorable :
| Léoville Las Cases, 64.
Vixs ROUGES pu Mépoc. . Mouton-Rothschild, 64. ol Château-Laffitte, 64.
Château la Tour-Blanche, G4.
Clos Saint-Robert, 64, 69.
be Château-Peyraguey, 64.
Château-Yquem, 6%, 69 et 74.
Vixs BLANCS DU PAYS DES GRANDS SAUTERNES.
Jamais nous n'avons tant bu et tant goûté de choses supérieures à la fois.
La nomenclature ne se serait pas terminée ainsi, la bibliothèque n’avait pas dit son dernier mot. Nous fûmes forcés de demander grâce.
Notre ami Gontran avait voulu ne rien négliger pour apprécier les auteurs en connaissance de cause. D’étude en étude, il était arrivé à cette période d'émotion où les larmes de l’attendrissement rendent les yeux humides à force de satisfaction et de reconnaissance.
— Oh! monsieur Poncet-Deville, dit-il en levant son verre à demi
rempli de saint-robert 64, je bois à vous, à votre clos, à votre science, à votre prospérité.
Je bois aussi à Marie, à sa supériorité pour les écrevisses et les perdreaux rôlis.
Vous m'avez dessillé les yeux : je ne croyais qu’au vin rouge, maintenant je crois au vin blanc. Je célébrerai partout ta gloire, adorable château-yquem ; je te chanterai, toi, charmant saint-robert, que je ne puis distinguer de la tourblanche et du peyraguey; tu as pour toi l’avenir. J'ai une grande idée, dont le saint-robert, que j’acclame aujourd’hui, sera le pivot. Ce vin blanc délicat, élégant, parfumé, deviendra, grâce à moi, je l'espère, le vin cher à tout ce qui est pris par le sentiment de la grâce et celui de la beauté.
J'ai écrit précédemment du Médoc une lettre qui vous fera connaître toute ma pensée. Elle est inévitablement fixée désormais. Dans mes bras, brave Poncet-Deville, ÿ embrasse en toi le Sauterne tout entier, le Médoc complet, et la France qui est votre patrie à tous trois. Évohé! Évohél
Il fallut Parracher de ses bras.
La voiture nous attendait pour aller jusqu’au chemin de fer. Nous avons serré une dernière fois la main à l’aimable hôte et savant professeur.
De Barsac à Bordeaux, Gontran ne cessait de répéter avec enthousiasme : — C'est admirable, une affaire magnifique ! Quel joli vin ! Voyez-vous saintrobert cuvée Patti, cuvée Judic, cuvée Théo, cuvée Granier? Il n’y en aura pas pour tout le monde. — IL croit que c’est arrivé.
À bientôt, cher ami; écrivez-moi à Jarnac, je vais maintenant visiter les Charentes. A. n’A.