‹ La vigneChapitre 92 sur 176 · LES CHARENTES · texte numérisé non relu

LES CHARENTES

Chacun d’eux à sa statue sur la place de sa ville natale. Sur la place Royale de Pau est la statue du roi Henri, par Raggi.

Nous venons de voir la statue équestre de François I‘ sur la Grande Plice. Cette statue lourde, massive et sans distinction, à mon sens, ne représente guère l’élégant vainqueur de Marignan ni l’héroïque vaincu de Pavie.

Ce n’est pas la faute de la ville, qui à commandé la statue; l'intention était toute autre, assurément.

Il n’y a que l’auteur qui puisse être considéré comme coupable,

Ce coupable est M. Étex, et à celui-là il sera beaucoup pardonné, parce qu’il a beaucoup péché. |

N'est-ce pas lui, entre autres, qui, possédé un jour de Pambition de la politique, si étrange lorsqu’on a autre chose à faire dans cette vie, a imprimé ces mémorables paroles sur un placard destiné aux électeurs dont il sollicitait la voix pour la députation? C’était en 1848 :

« Je suis l’auteur de Caïn, ce premier prolétaire opprimé par r aristocralie naissante ! » |

Caïn premier prolétaire et opprimé! C’était un chef-d'œuvre! M. Étex n’a jamais fait rien de mieux en sculpture.

Il ne fut pas nommé par les bons zigs de 48. C’est une injustice.

Peut-être était-il encore animé des mêmes idées qui le travaillaient en 48 lorsqu'il a modelé son François I“ de Cognac. Peut-être son intention élait-elle de Popprimer en bronze et de l’éreinter à son tour. Il y a réussi.

Mais si la Charente s’enorgueillit de François I”, elle s’enorgucillit encore | plus et s’enrichit davantage avec son cognac. Cognac ! à ce nom seul toutes les nations tressaillent, même les plus sau- . vages. Il n’est pas de Canaque, d’'habitant de la terre de Feu, de nègre Boto- | coudos, de Patagon ou de Peau-Rouge des bords de l’'Hudson qui ne sache ce que veut dire ce mot magique. Le cognac ou l’eau de feu à fait plus d’esclaves | et plus de conquêtes que les armes.

Comme tout ce qui possède une valeur et une supériorité, le cognac a été | Outrageusement copié, imité, plagié de toutes parts. | Non-seulement des vignes misérables, mais des grains de toute sorte, des | poires, des pommes, et jusqu'à des betteraves et des pommes de terre, se sont

mis de la partie.

Les alambics complaisants se sont chargés de tirer de tous ces humbles fruits, grains ou légumes, lalcool grossier qu'ils renferment. Cela se travaille plus ou moins et se mélange honteusement de je ne sais quelles drogues et d’eau pure, ce qui est du moins une atténuation, ainsi préparée, cette liqueur sans nom se précipite sur les consommateurs et prend irrévérencieusement le nom de cognac, qu’elle s’efforce de compromettre dans le monde entier.

Heureusement, il est difficile de s’y tromper.

Le peuple, qui ne pourrait acquérir le véritable cognac, mais qui a besoin, néanmoins, de ces excilants alcooliques, sy résigne faute de pouvoir faire

autrement.

Mais la voix publique leur a donné sans vergogne le nom que ces produits

méritent :

Il y a le petit verre de dur ou petit verre de cogne; Le fil-en-quatre; Le casse-queule;

Le tord-boyaux.

Toutes ces dénominations se fondent, dans la bouche du marchand de

vin, du mannezingue ou du café borgne, en l'expression euphémique de

cognac.

Où qu'ea passe, faut qu'ea gratte : voilà tout. Le reste, c'est des bûtises.

Page 1