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L'ESPRIT-DE-VIN, L'EAU-DE-VIE

St l’origine du vin se perd dans la nuit des temps, avec Noé, Bacchus, Osiris et compagnie, il n’en est pas de même de sa découverte, son essence première. Ainsi que nous l'avons écrit précédemment, cette intelligente langue française, qui dit bien ce qu’elle veut dire lorsqu’on peut la conduire à son gré, a donné le nom d’esprit à l'essence mère qui fournit la concentration des forces vitales du vin, ainsi que le nom d’egu-de-vie à la chaleureuse et vivifiante liqueur qui en résulte.

C’est au moyen âge seulement que les savants, à la recherche de l’or potable et de l’élixir de longue vie, trouvèrent, par Ja distillation, le secret d'extraire du vin, célébré depuis de si longues années, l'esprit qui l'anime et qui, depuis de si longues années aussi, déliait les langues, les intelligences, et savait illuminer le cerveau jusqu’au moment où l'excès tend à lobscurcir.

Ce sont les savants arabes qui, les premiers, ont enseigné l’art de la distillation, qu'ils avaient inventée pour extraire le parfum des fleurs et surtout des roses, tant célébrées dans leurs écrits. De là à tirer l'essence du vin et son esprit, il n’y avait qu’un pas, et c’est celui que firent Arnaud de Villeneuve,

au treizième siècle, puis Raymond Lulle et ses successeurs, qui s’en servaient pour leurs travaux d’alchimie.

Au quinzième siècle, lesprit-de-vin n’était encore qu'un médicament et ne se trouvait que dans l’officine des pharmaciens. C’est vers la fin du seizième siècle seulement qu'il fit son apparition dans la vie usuelle, se répandit par le monde entier et aida puissamment, sous le nom d’eau-de-feu, à la conquête de l'Amérique. L'Amérique a bien pris sa revanche depuis en nous envoyant, en échange, une foule de choses fâcheuses , et en dernier licu le phylloxera, qu’elle a peutêtre chargé d’éteindre cette eau-de-feu jusque dans sa source.

Ainsi va le monde.

Le goût de cette liqueur, que Brillat-Savarin appelle le monarque des liquides, franchit rapidement toutes les distances.

La réputation faite au dehors de la France par les eaux-de-vie françaises prêta tout d’abord une renommée au port d'embarquement où elles se trouvaient déposées.

C’est ainsi que les eaux-de-vie de Nantes prirent une grande célébrité à l'étranger.

Et dès 1687, d’après des documents authentiques, Nantes en expédiait quelque chose comme 7,000 pipes, c’est-à-dire près de 25,000 hectolitres. |

Les caboteurs hollandais venaient, à cette même époque, remonter la Charente pour chercher les vins blancs des métuiries de Cognac situées sur la droite de la rivière.

Un beau jour, on s’aperçut que ces vins blancs de Cognac, distillés, donnaient une liqueur bien supérieure à tout ce qui s’était bu jusqu’alors, et réunissaient une délicatesse de goût, une suavité de bouquet et de parfum, une harmonie générale dont on n’avait précédemment aucune idée.

L’excellence de ces produits fut aussitôt reconnue, et depuis ce temps la renommée n’a fait que s’accroitre.

Car en aucun lieu du monde n’ont pu se rencontrer, jusqu’ici, les condi tions générales de terroir, d’atmosphère, d'exposition et de cépages dont Ja réunion produit le cognac et la fine champagne.

Aussi le monde entier est-il tributaire de ce coin de terre privilégié des Charentes, et des fortunes énormes se sont basées sur l’excellence et

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