L'ESPRIT-DE-VIN, L'EAU-DE-VIE
rareté de cet esprit, toujours de plus en plus demandé au dedans et au dehors.
Cest un genre d'esprit qui, non content de courir les rues comme son homonyme, court toutes les routes, routes de mer, routes de terre, pour aller partout, certain d’être partout reconnu et applaudi à l’arrivée.
Les deux départements de la Charente et de la Charente-Inférieure sont la patrie de tout ce qui peut porter, sans outrecuidance , le nom générique de cognac. Mais la majeure partie de ces terres privilégiées se trouve dans la Charente.
Le sol et le sous-sol de celte région permettent de classer les eaux-de-vie dites de Cognac en quatre catégories ou qualités :
La grande champagne ou jine champagne ;
La petite champagne ;
Les fins bois ou premiers bois ;
Enfin les petits ou seconds bois.
À vrai dire, ces divisions n’en font que deux, les champagnes et les bois, chacune comportant des nuances.
Suivant l'observation de l’érudit écrivain vinicole M. Ch. de Lorbac, les régions productives de ces sortes d’eau-de-vie se figurent d’une manière toute particulière sur la carte de la contrée.
Au centre se trouve la fine champagne ; immédiatement autour de ce noyau règne une zone, ou pour mieux dire, un anneau, qui est la petite champagne. Un troisième anneau représente les grands bois et un quatrième les petits bois.
Si bien que, si l’on colorie diversement le noyau et les trois zones, on obtient une sorte de cocarde irrégulière.
La grande champagne, qui doit, dit-on, son nom à la ressemblance de son sol et de son sous-sol crayeux avec celui de la Champagne du nord-est de la France, est la perle de production du pays.
Cest là que le bouquet des eaux-de-vie atteint le plus haut degré de perfection.
Les principales communes qui jouissent de ce précieux privilége sont Légonzac, Saint-Preuil, Lignières, Bonneuil, Touzac, Ambleville, Créteuil, Verrières, Angeac, Salles, Gimeux et Gente. Sans âprelé, sans excès d'alcool, sans empyreume, douées d’un arome délicieux, ces eaux-de-vie sont les meilleures du monde.
La petite champagne entoure la grande champagne, particulièrement vers le sud, et comprend les cantons de Barbezieux, de Châteauneuf et de Jonzac. Elle s’étend vers Saintes et jusqu’à Saint-Sever.
Il est donc permis de dire que les eaux-de-vie les plus fines se récoltent sur la rive gauche de la Charente.
Les fins bois se récoltent dans une zone qui, partant de Blanzac, se prolonge, au sud de la zone de la petite champagne, par Baïignes, Pons et Saintes, sur la rive gauche de la Charente.
Les principales localités de la quatrième classe sont :
Angoulême, Aigre, Saint-Jean d'Angely, Gemozac, Saint-Hilaire et Saint- Genis. Telle est la géographie cognacicole des Charentes.
À Angoulême, le chemin de Paris à Bordeaux vous laisse, et reprend précipitamment sa course à perte d’haleine. On traverse une route, et l’on monte dans le train du chemin des Charentes, qui ne se pique pas de vitesse et trottine tout doucement sur ses rails paisibles, vous laissant le
| loisir d'admirer cette jolie ville d'Angoulême qui + s étage sur la hauteur et pique le ciel de ses clochers, espacés comme les fleurons d’une couronne ducale.
On passe ainsi tranquillement à travers un pays aimable, où les vignes commencent à se montrer timidement parmi les champs voués à toutes sortes de cultures variées. On s’arrête à chaque instant pour saluer une quantité de petites stations en ac, suivant la mode du pays.
Puis enfin on s'arrête à Jarnac, qui, placée à cheval sur ce coquet fleuve de la Charente, semble monter la garde à la porte de la région des fines champagnes.
Jarnac est comme la succursale et la rivale de Cognac. Au bout d’une longue avenue plantée d’admirables peupliers, un joli pont traverse la Charente, qui fait tableau à droite et à gauche, bordée de grands arbres qui se mirent dans ses eaux et de moulins qui battent gaiement la mesure.
Sur l'emplacement qui fait suite au pont s'élevait jadis le château des sires de Jarnac, dont nous donnons ici la silhouette d’après un vieux dessin.
Château de Jarnac, aujourd'hui détruit (d’après un dessin du temps).
Tout le monde sait l’histoire du duel de Guy de Chabot, sire de Jarnac, avec La Châtaigneraie, le favori du roi Henri I, en 1547, ainsi que de ce fameux coup de Jarnac, qui le rendit vainqueur, et devint par suite l'origine de la fortune de cette famille, qui fut plus tard celle des Rohan-Chabot.
C’est dans ce vieux château fortifié que les Chabot avaient le siége de leur baronnie; plus tard ils devinrent successivement comtes, ducs et pairs.
Le château est remplacé maintenant par une promenade, où l’orphéon du cru se livre, de temps à autre, à une musique qui n’est pas sans mérite.
C’est une boutique de pharmacien, le premier pharmacien du pays, qui fait briller ses bocaux là où se dressait jadis l’écusson des Chabot, barons et comtes de Jarnac.
Sur la droite de la place, au débouché du pont, se trouve une vaste maison dont la façade regarde couler la Charente et voit s’étager au loin les plaines et les coteaux de la fine champagne.
Cette maison est celle de M. Jules Curlier.
| Semen de |
DARNY ES JT