ALAMBIC DE FERME POUR EXTRAIRE LES EAUX-DE=VIE
Grande champagne (Charente).
— CE que nous avons vu hier de ce côté de la Charente, nous dit notre
hôte, c’est le commencement de ce que l’on appelle dans le pays les boës,
grands bois et petits bois.
Maintenant il s’agit de passer la Charente, et d'aller nous promener dans la grande champagne, qui se trouve de lPautre côté. Là, nous verrons les
vignes qui produisent ce qu’il y a de plus exquis en fait d’eaux-de-vie dites
de Cognac.
La Braïize ne s’est pas refroidie depuis hier; elle aüra l’obligeance de nous conduire dans un bon endroit, qu’elle connaît bien, car elle sait que là,
comme chez M. Rainbaud, de Bassac, on ne néglige pas de lui offrir Pavoine
de l'amitié.
Voilà donc la grande champagne. Comme dans le pays des bois, la vigne, plantée en rang comme des choux, se conduit comme elle veut, et ne se sert d'aucun appui pour ses sarments, qui ne s’élèvent que peu au-dessus du sol, grâce à la taille, qui, laissant au cep beaucoup de bourgeons à fruits, utilise sa force à produire du fruit plutôt que du bois.
L'année paraît devoir être fort abondante, si le phylloxera ne se montrait pas çà et là en taches inquiétantes. Les ceps attaqués sont jaunes, tristes et stériles; les autres sont d’un vert sombre et vigoureux, et chargés de
grappes.
Le travail de labour se fait, suivant la nature des plantations, partie à la main avec une houe, partie à la charrue.
La vendange n’a pas de caractère spécial; elle se fait comme dans les pays à vignes ordinaires. Le raisin se recueille dans des paniers en bois, comme au Médoc, se verse dans les bannes ou petites cuves étanches placées sur des chariots, et se porte dans les pressoirs, où il est foulé immédiatement soit aux pieds, soit au rouleau, sans être égrappé préalablement.
Tout cela s'exécute tranquillement , sans grande précaution. On sait que le vin n’est pas l'objectif, et que le résultat cherché ne s’arrête pas à lui.
Nous sommes arrivés à la ferme vers laquelle M. Curlier et la Braize nous dirigeaient, à travers les routes bordées de vignes
— Ça ne vous froisse pas de vous rencontrer avec des millionnaires ? nous dit-il gravement.
— Mon Dieu! non, on s’y fait. Il faut bien s’habituer à tout. Nous venons d’un pays où l’on en trouve embusqués au coin de chaque route.
— Alors c’est bien. Justement voici celui de l'endroit.
— Bonjour, père Saunier, dit-il en s'adressant à un petit vieillard qui, dans la ‘cour de la ferme, venait de décharger une voiture de fourrage, et s’essuyait le front de sa manche de chemise.
— Bonjour, monsieur Jules; ça va bien? Vous voilà en route. Et chez vous, tout est bien aussi?
— Parfaitement. Voilà que je vous amène des visiteurs.
— Ces messieurs sont les bienvenus, dit le père Saunier,
VISAGES
ET
COSTUMES
VENDANGEUSE
Pays de la grande champagne (Charente).
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