‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 11 sur 73 · TEMPS A SE FAIR^. DURÉE · texte numérisé non relu

TEMPS A SE FAIR^. DURÉE

Palus 15 à ‘20 ans Iiidéniiie.

Côtes lOàlj » 2.S à no ans.

Graves 6à8 » lOàlS »

Plateaux (ordinairement consommés immédiatement).

Or, voici encore quelle est, pour chacune de ces catégories de vins, la quantité moyenne de tannin contenu :

Palus 13 dix millièmes.

Côtes Il »

Graves 10 •

Plateaux 9 >

L’ordre selon lequel nous venons d’inscrire doux fois nos quatre grandes classes de vins, ne correspond directement, quant aux terres qui les produisent, qu’à celui que nous avons également dû suivre par rapporté la proportion d’humus ou matière organique contenue dans chacune de ces terres. ^

D’où il semblerait tésulter, que plus une terre est riche, plus elle contient de terreau naturel, et plus les vins qu’elle produit offrent une grande proportion de tannin, plus iis sont longs à se faire, plus ils durent.

En principe, la bonne terre, pourvu qu’elle ne tombe pas sous ce rapport dans un véritable excès, assure à ses produits une plus grande quantité des matériaux qui doivent les constituer; l’élaboration, la mise en ordre de ces matériaux doit nécessairement exiger plus de temps, et la durée de la denrée obtenue doit aussi pou- • voir atteindre des bornes plus reculées. Tout cela est

dans la nature, tout cela est conforme à ses lois générales.

On a vu ci-dessus l’opinion émise par M. de Gasparin, touchant l’influence exercée sur nos vins de Graves, par le tannin contenu dans ces terres.

Dans les Graves effectivement, tant du Médoc que d’ailleurs, la matière qui donne à la terre fraîchement remuée une teinte noirâtre souvent très-prononcée, n’est autre que ce même terreau de bruyère si abondant dans les landes, qu’un humus astringent. < Cet humus acide, dit Thaër, est produit par des végétaux qui contiennent beaucoup de lannin, ou du moins quelque chose de pareil, et en particulier par la bruyère , lors môme qu’elle végète dans les lieux secs (1). »

Nous savons d’ailleurs que dans ces contrées on est dans l’usage et dans la nécessité d’user de la bruyère comme litière : conséquence capable d’ajouter encore aux faits dont il s’agit.

Quant aux Palus, la couleur et la richesse de ces fonds témoignent suffisamment de la grande quantité de débris végétaux qu’ils renferment. Sans compter que, sur une infinité de points', le sous-sol n’est autre qu’une tourbe (]^us ou moins complète, plus ou moins pure.

11 résulte des travaux d’analyse auxquels se livra M. Reisch (2), en 1842, sur la tourbe, qu’entr’autres matières constitutives de ce produit naturel, figure le tannin.

Il importe de faire remarquer ici que nos vins les plus riches en tannin, les vins des Queyries, sont aussi ceux que le commerce a le plus recherchés pour les expéditions d’outre-mer, ceux qui gagnaient le plus en ces sortes de circonstances. « Alors que les voyages de long-cours

(1) Tome II, p. 188.

(2) Journal de pharmacie, 1842, p. 34.

ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE 73

étaient moins rapides, les vins de Qnei/ries étaient trèsrecherchés; on aurait eu crainte d’exposer longtemps aux ardeurs tropicales des vins plus légers ; on en faisait même revenir d’outre-mer pour leur donner, par ce double voyage, une haute valeur très-renommée (1). »

Ce moyen répété depuis, pour ce que l’on qualifie par la phrase, retour de l’Inde, n’est pas nouveau, comme on voit, pas plus pour les vins de Palus que pour ceux de Graves.

Voici la preuve de ce dernier fait : « Etant à manger chez feu M. de Bozon, archevêque de Bordeaux, il nous faisait boire de son vin de Beauséjour (2) qui était trèsbon. Il nous disait que pour l’avoir rendu de cette délicatesse et bonté, il l’avait envoyé dans des vaisseaux do ses amis, jusqu’à 5 ou 600 lieues en mer; que c’était l’air de la mer qui l’avait rendu de cette bonté (3). »

Nous ferons remarquer enfin que le tannin, par sa quantité, répond parfaitement à la différence que l’on sait exister entre les trois grands crûs du Médoc, par rapport au temps exigé, par chacun, pour acquérir toutes leurs propriétés, et par rapport au temps également durant lequel ils peuvent les conserver. Voici dans quel ordre ces vins doivent être rangés, en commençant par celui dont le temps à se faire et la durée sont les plus longs.

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