‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 15 sur 73 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

CHOIX DE L’EHPLACEUXKT DD VIGNOBLE, FAB BAPPORT AIX LUPLOIS ANTÉBIEURS DE LA TEBBB,

Ici et déjà se présente un exemple de ce que nous disions ci-dessus , touchant l’impossibilité d’exercer un choix libre et absolu de la terre à mettre en vigne; puisque, dans ce choix, il fautméme tenir compte bien souvent du genre d’emploi auquel avait été aiTectée cette terre, avant de recevoir la nouvelle destination qu’il s’agit de lui imposer.

Cette considération en eiTel a une très-grande valeur et la pratique prouve, et la théorie explique, combien il peut être dangereux de la négliger.

Examinant à ce point-de vue les terres qui conviennent à la vigne, Olivier de Serres dit : « Plus fructueusement se plante la vigne en un endroit qu’en l’autre.... donc le premier lieu est donné à la terre navale, n’ayant jamais été défrichée : le second à celle à grains : et le dernier à vigne vieille (1). »

Gomme le disent les autres agronomes contemporains et comme l'indique d’ailleurs Olivier de Serres lui-même, de son temps on donnait la qualification de navales, terres novales, à des terres nouvellement défrichées et auxquelles on appliquait, pour la première fois, la loi de la culture.

(<) Théâtre d’agriaiUture, liv. 111, ch. iv.

ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE

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Or, ces terres ont le double avantage, d’abord de n’avoir jamais été occupées par des plantes telles que celles qu’on veut leur confler et, en second lieu, d’avoir pu acquérir, des végétaux sauvagesqu’elles ont nourri et qui se sont successivement abymés sur leur sein, des conditions . de richesse et de fertilité extrêmement précieuses.

, Par terres à grains, il faut entendre des terres Jusque là affectées aux grains et aux autres plantes annuelles et que l’on couvre de vignes. Ici, il est encore facile do comprendre tout ce qu’il y a d’avantageux, pour ces vignes, à succéder à des plantes dont l’espèce est trop éloignée do la leur pour pouvoir leur répugner et qui ont exigé, pour se développer, des travaux multipliés et des engrais abondants.

II y a là, il serait facile de le démontrer, toutes les conditions les plus avantageuses d’assolement, toutes les conditions d’une succession de cultures combinées d’après les meilleurs principes de l’art.

La plus mauvaise position effectivement, dans laquelle puisse être placée une vigne que l’on plante, c’est celle qui résulte de son établissement sur une terre, quelle que soit sa qualité d’ailleurs, qui vient immédiatement de nourrir une autre vigne; celle qui consiste à la faire se succéder à elle-même.

Déjà, et depuis longtemps, l’autorité des anciens et des modernes avait condamné cette manière de procéder, lorsque la physiologie végétale, l’art des assolements, des rotations de cultures, est venue donner aux inconvénients de cette manière d’agir une nouvelle et éclatante démonstration.

a Quant aux vignobles, disait Columelle, qui sont détruits par le laps de temps, tous les auteurs conviennent que si l’on recommençait à les planter en vignes, ils ne

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réussiraient jamais ; parce que l’intérieur de leur sol se trouve comme empêtré dans des filets formés par la multitude de racines qui l’embarrassent, outre qu’il est imprégné de ce venin et de cette moisissure qu’imprime la vieillesse, dont l’espèce de poison émousse la terre et l’engourdit (t). »

• Si, par nécessité, disait à son tour Olivier de Serres, convient de replanter (sur la terre qui vient de nourrir de la vigne), ce sera à condition d’en arracher si profondément et universellement les racines des vieux ceps, qu’avec elle s’en aille le venin précédent du déchet de vieillesse; car faillir en ceci, ce serait se tromper trop évidemment, attendu que la nouvelle vigne, par l’importunité des reliques de la vieille ne pourrait se reprendre; ou du moins que de vivre en langueur sans nul profitable accroist. Ne vous arrêtez à l’avis de ceux qui pour renouveler les vieilles vignes se contentent, après en avoir coupéles ceps entre deux terres, d’en labourer le champ et y faire du blé pour quelques années : car ils se déçoivent, ne pou-

vaut les racines de la vigne par ce seul moyen se perdre de fort longtemps, voire y en demeurera-t*il quelque blé qu’on y sème, plus de vingt-cinq ans après (2), »

Nous sommes d’autant plus heureux de pouvoir citer ici et sur un sujet si important l’opinion de deux auteurs si recommandables que Columelle et Olivier do Serres, auxquels du reste il nous eût été facile d’en joindre bien d’antres, que bien souvent ayant émis l’opinion qu’ils appuient de leur autorité, il nous est arrivé d’avoir été accueilli avec défiance; d’avoir été accusé d’outrer les

(1) Liv. III, ch. XI.

(2) Théâtre d’agriculture, liv. III, chap. iv.

ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE

principes ; de chercher dans la science, dans la théorie, la solution du problème que tout le monde connaît et que le moindre praticien est capable de résoudre.

Cependant que d’exemples pourraient être rapportés à l’appui de la manière de voir de ces agronomes célèbres; * combien de fois, nous-mêmes, n’avonsmous pas été les confidents des doléances qu’arrachait aux propriétaires l’imprudence si commune de placer une vigne immédla-i tement sur une autre vigne : soit qu’il y eût pour eux convenance à ne pas changer l’aflectatiou des terres de leur domaine : soit que la réputation des vins engageât à ne pas diminner la quantité de produit annuellement livrée au commerce.

Cependant encore, combien il nous semblait facile de citer dans le Bordelais même, des portions de communes, même des communes entières, dans lesquelles la vigne semble ne plus réussir; où sa longue présence, sans inteiruption,sans repos, a tellement fatigué la terre, que celleci n’en veut plus porter; n’en accepte plus que d’une manière transitoire, quels que soient d’ailleurs les travaux, les avances, les sacrifices auxquels on a recours pour la lui imposer.

Certes, nous ne voulons pas semer ici deS alarmes dont la justification après tout, si elles étaient fondées, appartiendrait à des siècles que notre génération ne pourrait entrevoir que dans un avenir très éloigné. Et cependant, qui ne sait qu’une terre, toujours traitée do la même manière, toujours soumise au même genre de culture, finit par se fatiguer d’un tel régime, par s’en rebuter complètement? Qui ne sait que cette terre finit par s’épuiser des substances spéciales, des sels minéraux qu’exige ce produit et qu’ainsi, tout en res^nt avantageuses pour d’autres emplois, il n’est plus possible cependant de lui demander

encore immédiatement ce qui Qt autrefois sa réputation.

L’histoire est là pour démontrer cette vérité, pour l'établir par des faits incontestables, surtout lorsqu’on l’examine dans ses expressions générales et par rapport aux durées qui comprennent plusieurs générations.

Pour le cas beaucoup plus restreint qui nous occupe en * ce moment, ce que l’on peut avoir à craindre ce n’est pas toujours l’épuisement radical du sol, mais son épuisement momentané. « Or, l’épuisement du sol a lieu lorsqu’un grand nombre de végétaux ont tiré d’un terrain donné toute la matière extractive, et l’effritement, lorsqu’un certain végétal détermine la stérilité du sol ,■ soit pour les individus de même espèce que lui, soit pour ceux de même genre ou ceux de même famille, mais le laisse fertile pour d’autres végétaux (1). «

Au surpi us, et sans entrer ici plusavant dans l’importante théorie des assolements, nous pouvons dire combien il est dangereux de fatiguer une terre, de la pousser à bout de forces par un même genre de produit et combien, au contraire, il est sage et prudent, quand elle a déjà porté de la vigne et quand on veut en remettre de nouveau, d’accorder quelques temps à des cultures différentes. Tel est du reste le conseil de Virgile !

La terre ainsi repose en cliangcant de richesse !

Nous savons bien, pour l’avoir vu pratiquer surtout dans le Médoc, que les plantations immédiates de vigne sur vigne sont toujours précédées par un défoncement plus ou moins complet du terrain.

De cette manière on change en quelque sorte la terre, an moins pour une certaine durée; car on place dessus

(1) Dk Candoi.i.e : Physiologie végétale, p. 1496.

ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE

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celle qui était dessous et réciproquement et même, si lu défoncement a été profond, s’il peut avoir atteint des terres tout à fait nouvelles, celles-ci, jointes à l’ancienne, lui communiquent une force qu’elle avait perdue, une jeunesse qui avait cessé d’être son partage.

Cependant, il faut faire attention que cette pratique, par rapport à ses dernières conséquences, n’est pas également applicable partout; que, dans bien des localités, la nature du sous-sol peuty mettre obstacle, en offrant soit des formations que les outils ne peuvent attaquer, comme des calcaires plus ou moins durs; soit d’autres formations diverses qu’on ne saurait mêler à la couche arable, sans al> térer sensiblement les qualités de celle-ci. 11 faut faire attention aussi que partout une sage économie ne saurait l’avouer.

Ainsi la règle, déjà posée par les anciens et de nouveau sanctionnée par les modernes, n’en reste pas moins dans toute sa force et, s’il est possible d’user de moyens capables d’adoucir ce qu’elle pourrait avoir de trop rigoureux pour des exploitations, ou qui ne peuvent faire utilement que du vin, ou qui obtiennent ainsi des produits d’une très-grande valeur, toujours est-il aussi que les avantages obtenus de la sorte n’ont qu’une durée limitée et que, bien souvent, les mécomptes qui les suivent font sincèrement regretter do ne pas s’être assujetti à la règle.

Un autre moyen auquel on a cru pouvoir recourir, dans les contrées de la Gironde où la terre est maigre et où la vigne commence à ne plus y trouver le concours don’ elle a besoin pour payer les frais qu’elle exige et offrir du profit, c’est celui qui consiste dans le transport d’autre terre, prise ailleurs ; là où sa position, son origine et sa composition, garantissent également une richesse et une fertilité supérieures.

LA Vir.NF, DANS LE BORDELAIS

Appliqué dans des proportions souvent considérables, sur un champ de vigne qu’il s’agit de replanter, cet amendement doit agir d’une manière heurense, non-seulement pour relever le sol ancien de sa fatigue, mais encore pour lui donner une énergie, au moins passagère, qui ne fut peut-être jamais son partage. Mais ici, il est un risque à courir auquel tous les viticulteurs ne voudraient pas s'exposer, surtout quand ils appartiennent à ces localités qui ont toujours préféré la qualité à la quantité ; qui ont toujours et avec juste raison, attribué à la nature particulière de leur terre la cause principale de la supériorité de leurs produits et qui se sont fait un devoir d’intérét et de conscience de ne rien changer à cette nature.

11 peut arriver en ciTet que cette manière de procéder agisse sur la qualité des produits; qu’elle l'altère plus ou moins profondément, qu’elle la dénature.

Dans les cas où l’on plante la vigne sur un défrichement sort de bois, soit de terres jusque-là inoccupées, on est sûr que rien, dans les faits antérieurs, ne sera de nature à nuire à cette plante, et cette condition, sauf les travaux d’appropriation qu’elle rendra nécessaires et dont nous nous occuperons plus bas , sera en réalité la meilleure de toutes. C’est là la terre qu’Olivier de Serres qualifiait ainsi que nous venons de le voir , » de terre novale , n’ayant jamais été défrichée. »

Art. I. — TRAVAUX et soiss diveAs oci doivkmt précéder

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