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ET ACCOMPAGNER LA PLANTATION DU VIGNORLE

« Celui dont le projet est de former un vignoble , doit surtout prendre garde de s’en rapporter aux soins des autres plutôt qu’aux siens propres... » Telle était la recom-

ÉTABLISSEMENT Dü VIGNOBLE

mandation d’an auteuT ancien, déjà plusieurs fois cité, et l’on reconnaîtra, par les détails dans lesquels nous devons encore entrer, combien elle étaitjusle; et l’ensemble de ces détails est elTectivement de nature à faire estimer, comme il le dit encore, « si un chef de famille a bien ou mal fait de confler son argent à sa terre, plutôt que de le faire valoir dans l’oisiveté (1). »

Quel qu’ait été l’emploi précédent de la terre que l’on veut mettre en vigne ; quelles que soient également ses propriétés diverses, il est impossible de ne pas la préparer à sa nouvelle destination, par un certain nombre de travaux.

Cette nécessité est particulièrement impérieuse, quand il s’agit de terres jusque là sans emploi régulier et qui vont recevoir, pour la première fois, le joug d’une culture suivie.

Elle peut l’être encore quand leur emploi antérieur n’avait pas exigé tous les travaux constitutifs et fonciers que comporte un vignoble et même quand il s’agit d’une affectation de ce -genre que l’on veut régénérer, soit immédiatement et sans égard au principe ci-dessus, soit après les délais également recommandés par la théorie et par la pratique.

Au reste, il n’en est pas d’un vignoble comme d’une culture annuelle, à l’égard de laquelle on ne risque jamais que le produit de l’année. Ici le défaut de mesures nécessaires, ou l’adoption de mesures complètes, peuvent avoir une très haute portée et convertir en une mauvaise opération ce qui semblait devoir en être une bonne; ou

(I) CoLUMBLU : L. UI, cb. 4.

même créer une charge onéreuse, alors que l’on comptait sur de longues années d’avantages réels.

Défonremeiit. — On donne le nom de défoncement à une opération qui a pour but de fouiller, de remuer une terre à une profondeur que n’atteignaient pas ordinairement les instruments aratoires et môme les racines de la plupart des plantes cultivées. C’est le travail que conseillait à ses enfants le vieillard de la fable, quand il leur disait :

Remuer votre champ dès qu'on aura fait l’août.

Creuser, fouiller, bêcher, ne laisser nulle place Où la main ne passe et repasse.

On comprend sans peine que cette opération doit avoir plusieurs conséquences capitales.

4“ Elle augmente la couche de terre dont 1 action, sur les plantes cultivées, est active et directe.

2“ Elle détruit les obstacles résultant d’un sous-sol ou trop rapproché de la couche arable, ou trop homogène, ou trop compacte, ou trop imperméable.

3» Enfin dans plusieurs cas, elle assure à la terre un véritable amendement. '

Soit qu’effectivement grand nombre de cultures puissent se passer de défoncements préalables; soit que les dépenses de celte opération deviennent trop souvent un obstacle à son accomplissement, en réalité on n’y a recours que dans des cas exceptionnels et pour des cultures particulières. Or, comme le fait observer Bosc, un défoncement doit toujours précéder l’établissement d’un jardin, d’une pépinière et la plantation d'une vigne.

Dans le Bordelais effectivement, on a recours au défoncement , pourvu toutefois qu’il ne s’agisse pas de vigne

• ÉTABLISSEMENT. DU VIGNOBLE ^^7

succédant à des cultures annuelles, sur une terre déjà bien entretenue ; ou de celles que l’on peut établir dans les excellents fonds alluvionés désignés sous le nom de Palus.

Il sufflt de se rappeler ce que nous avons dit ci-devant au sujet delà constitution géologique des terres affectées à la vigne, dans le Bordelais : Côtes, Hautes plaines. Graves, et Palus, pour comprendre dans la plupart des cas, toute la nécessité, toute l'opportunité de cette opération et sa moindre valeur dans certains autres.

Elle est indispensable quand il s’agit de ces terres, comme en offrent tant les Côtes, reposant directement sur du calcaire soit compacte, soit fragmentaire. Combien de fois en effet la vigne n’est-elle pas la cause de l'enlèvement de ces masses de calcaire qui servent à b&tir, à ferrer les routes, ou à établir des clôtures presque toujours sans mortier et comme en offrent tant les penchants des coteaux faisant face à Bordeaux, ceux du Bourgeais, du Blayais et les plaines de Barsac, Preignac, etc...

Sur quelques points mêmes des terres de cette catégorie, comme à St-Emilion, le défoncement devient l’œuiôre d'un art tout spécial , de celui du carrier. Il faut, dans la terre à planter, faire ainsi autant de trous que de pieds de vigne et disputer au calcaire à milliolites qui forme l’axe do ce riche coteau, la place de chaque cep.

Sur les plateaux que forment les hautes plaines de l’Entre-deux-Mers et de la Benauge, le défoncement aurait aussi sa nécessité, à cause de l'argile compacte dont se trouve ordinairement formé le sous-sol; mais ici il s’agit do vignes à culture économique , ordinairement à rangs espacés (Jouales) que l’on appelle à jouir du bénéOce de la culture du blé, plutôt qu’on ne les rend elles-mêmes l'objet d’une culture spéciale.

us

D’ailleurs c’est ici encore le cas des vignes mises dans des terres déjà affectées aux plantes annuelles et en possession, par conséquent, des travaux et des fumures exigés par ces plantes.

Dans les Graves, l’état de la terre, bien souvent sans affectation précédente, sont des causes commandant le défoncement et le rendant indispensable.

Ce défoncement en effet a toujours lieu lorsque la terre, déjà en vigne depuis plus ou moins longtemps, est encore destinée à un même emploi et surtout sans qu’il lui soit accordé le repos, si nécessaire cependant en pareil cas et dont nous avons parlé ci-dessns.

Dans ces circonstances, toute la terre qu’atteint le défoncemeut, qu’il ajoute à la culture qu’il mêle à l’ancienne, est une nouvelle terre. £t dès lors on comprend que ce défoncement peut assurer le succès de la plantation ; en quelque sorte lui garantir un nouveau sol, au moins pour quelques tempe.

On comprend également, et ceci est vrai dans tous les cas, qu’un défoncement qui peut aller jusqu’à 50 et 70 centimètres, a encore pour conséquence d’amender le fonds. De mêler à la grave sabloneuse des localités dont nous nous occupons en ce moment, des matériaux tels que les détritus organiques de l’Alios, quelquefois desargiles ou des marnes, etc.., selon l’état particulier du sous-sol.

Enfin dans les Palus un défoncement s’il a lieu , ce qui est plus rare, peut aussi, et dans bien des cas, amender le sol et lui donner d’ailleurs le degré de divisions toujours nécessaires au succès d’une plantation.

On comprendra du reste que la profondeur à donner au défoncement est une condition essentiellement variable ; que si cette profondeur peut aller jusqu’à un mètre, dans

le plus grand nombre de cas elle peut être aussi beaucoup moindre, etqu’en&n lanature particulière de la terre, son état hygrométrique, la composition de son sous-sol, son exposition au nord ou au midi, son empioi antérieur, etc, etc., sont autant de conditions capables de guider en pareils cas.

En général, pour nos contrées O^eo à 0'°70 paraissent être des limites de profondeur en harmonie avec les exigences de nos terres sèches et l’action de notre climat, souvent excessivement desséchante. Cela dépasse encore le travail ordinaire d’environ 40 à 50 centimètres.

Comme en agriculture la sagesse veut que l’on se gor rantisse également de l’exagération et de la généralisation , disons ici avec Columelle : « D’ailleurs la plantation de telle plante que ce soit n’exige sûrement pas, généralement parlant, qu’il se trouve sous elle un lit de terre ameublie bien profond, et il sufGt, si ce sont des vignes, d’en étendre sous leurs racines un demi pied (0"16), ahn qu’elles y trouvent, pour ainsi dire l’hospitalité, et qu’elles y prennent leur accroissement, comme des enfants dans le sein de leur mère (1). »

Nous n’entrerons pas ici dans tous les détails d’exécution des défoncements. Ces sortes d’opérations peuvent être partielles ou générales; c’est-à-dire, pour les vignes, se borner aux piate-bandes que devront occuper les ceps, ou comprendre le champ tout entier. Ordinairement exécutées à la main, elles peuvent cependant se faire en totalité ou en partie à la charrue. On peut y employer aussi la charrue-soqs-sol, instrument précieux appelé à rendre en pareil cas de très grands services.

(I) Eûoaoime nuxtle, L. IV, ch. 1.

NUvellemeiit. — Niveler une terre, c’est disposer sa surface, c’est lui donner un tel relief que les eaux pluviales ne puissent pas s’y arrêter ; ne puissent pas y croupir et que leur éloignement, non plus, ne puisse pas la raviner, y produire des affouillements.

Pour la vigne, ces deux conditions sont également importantes; car, d’une part, s'il est nécessaire, pour les racines de cette plante, de sentir les atteintes bienfaisantes des eaux de pluie; de l’autre aussi il est non moins important qu’elles soient à l’abri des atteintes de l’humidité excessive et constante : circonstance qu’elles redoutent par-dessus tout, ainsi que nous aurons à le signaler ci-après.

Sans donc qu’il soit nécessaire d’entrer à cet égard dans dé plus grands détails ; sans qu’il soit nécessaire de rechercher les effets avantageux de l’entretien de ce nivellement , ce que nous aurons à examiner également plus tard, nous pensons que rien ne sera plus facile que d’en comprendre la nécessité, pour l’établissement d’un vignoble auquel on veut garantir d’avance toutes les chances de succès.

D’ailleurs pour établir le plan d’une plantation régulière et pour qu’il soit possible de suivre ce plan, il faut nécessairement avoir complètement nivelé d’avance la surface du terrain sur lequel on veut agir.

AMtainiMwment. — Assainir une terre, c’est la mettre à l’abri des causes permanentes ou accidentelles, susceptibles de vicier ses propriétés chimiques; susceptibles de nuire ainsi ou de mettre obstacle, tant aux réactions diverses qui doivent s’accomplir dans son sein au profit des plantes, qu’au libre développement de ces plantes ellesmêmes. Parmi ces causes, la plus générale, la plus ordi-

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naire de ces sortes d’inconvénients, c’est l’eau. L’eau que certaines dispositions, certains phénomènes font affluer sur un point en trop grande abondance, ou qu’ils y retiennent au-delà du temps nécessaire.

Toutes les plantes cultivées, à différents degrés, craignent l’excès de l’eau, et cependant il semble que la vigne redoute cet excès plus encore qu’aucune d'elles. Circonstance suffisamment démontrée par le goût de cette plante pour les terres sèches et arides; par son peu de succès dans les fonds et dans les années humides ; par l’observation traditionnelle qui a dicté aux vignerons du Bordelais cette façon de s’exprimer, générale parmi eux.

La vigne n'aime pas à avoir les pieds dans l'eau.

En principe et comme le prouvent les détails dans lesquels nous sommes déjà entrés, sur la nature particulière des terres à vignes dans ia Gironde, il est peu de ces terres, à cause de leur situation et de l’imperméabilité du sous-sol, qui no puissent exposer la vigne à un tel inconvénient. Ce qui explique pourquoi également, dans cette mémo contrée, tant de moyens sont employés, soit avant la plantation, soit dans le mode même de cette plantation, soit après , pour soustraire la vigne à ses funestes conséquences.

L’eau qu’ils rencontrent dans la terre est d’autant plus nécessaire aux végétaux que ceux-ci se trouvent naturellement doués d’une grande puissance d'évaporation. Or, à cet égard, on a vu déjà quelle est la puissance de la vigne (I) et l’on doit comprendre combien serait grande sa privation si ce précieux concours lui manquait.

« (I) D'apiès les expcriences de Haies, 1 m. carré de leuilles de vigne évaporent en 12 heures 0, A, 146 mllligr. d'eau et, d’après les nôtres.

D'un autre côté, les plantes dont l’existence annuelle est vive et rapide; les plantes dont nous attendons des produits d’une élaboration complète, comme les raisins susceptibles de faire de bons vins; ces plantes, disonsnous, semblent plus difficiles que les autres, par rapport aux proportions qui doivent régler à leur égard la répartition d'un agent aussi indispensable que l’eau.

Voyez la vigne, elle craint l’eau, c’est là un de ses grands ennemis et cependant, d’un autre cAté, il lui en faut beaucoup. Aussi sa disposition dans la terre est telle qu’elle peut, à la fois et avec la môme facilité, repousser cet inconvénient et satisfaire à cette nécessité.

Les terres arides ne lui font pas peur, elle les recherche au contraire, témoin nos Graves. Mais dans ces terres, elle a la propriété de projeter ses racines très-avant dans les profondeurs du sous-sol, et de s’assurer ainsi, sans danger pour elle, et en quelque sorte à sa volonté, l’humidité qui lui est nécessaire ; que réclament, dans des proportions variables, les élaborations successives par lesquelles elle fait passer annuellement son bois et son fruit.

Elle accepte aussi les terres humides, naturellement humides, comme nos Palus. Mais ici elle procède différemment et ses racines sont beaucoup plus superficielles et essentiellement traçantes.

Si donc, comme le dit Olivier de Serres, la terre à vigne

moitié en sus pour la ouil, on 0, k., 319 milligr. par 24 heures. Nous avons trouvé qûe la vigne snr laquelle nous faisions nos observations avait 1 30 feuilles par ceps moyen ; la surface moyenne des feuilles était 0, m. 90 carrés; elles présentaient donc toutes ensemble G m. carrés, et leur évaporation était de 0 k., 1311. La vigne contenait 4,000 ceps par hectare qui taisaient ainsi une consommalion journalière de 939 kilog. d'eau. »

(Us Caspariu, T. 4, p. 626.)

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est aquatique , l’eau en sera épuisée par tranchées ouvertes ou fermées, avec des pierres dedans, etc...

Mais avant d’entrer dans les détails de ces moyens et de ceux que l’industrie moderne y a ajoutés, comme le drainage surtout, faisons observer que dans nos localités, aussi bien pour la vigne que pour le blé (1), il est dans les quelques modes de culture adoptés, des moyens dont, le but est aussi l’éloignement de l’eau surabondante,

l’assainissement delà terre.

D’abord, comme nous le verrons ci-après, presque toutes nos vignes sont plantées par rangs alignés, et celles qui font exception à cette règle générale ont encore l’avantage, comme les autres du reste, de se trouver placées sur des bandes de terres parallèles, relevées et bombées.

Par ce moyen, qu’il s’agisse de vignes travaillées à la main, ou de vignes travaillées à la charrue, cette disposition garantit toujours l’égouttemeut de la partie supérieure du sol et prévient l’inconvénient grave de la sta- • gnation des eaux, môme en hiver, môme après les pluies les plus longues et les plus abondantes.

Ainsi les raies ménagées entre les rangs, comme dans le Hédoc, ou entre les planches , comme dans les Graves, les Palus, etc... sont déjà un puissant moyen d’assainissement. Généralement, même, lorsque la terre ne sort pas à cet égard de la règle commune, on se borne à ce seul moyen.

(1) Le billonna^ des terres est, comme on sait, nn usage général dans le sud-ouest. La raison de cet usage existe, elle est dans le climat ; dans le danger, surtout pour les plantes annuelles, d'avoir i subir des gelées sans neige, immédiatement après la pluie. Dans un temps où les plantes d'biver, le blé, étaient l'unique but de la culture ; dans un temps où les moyens d'égoutter les terres étaient moins connus et moins pratiqués, ce grave danger trouvait dans le billonnage, qni permettait à l'eau des pluies de s'éloigner immédiatement, un beureux préservaUf.

Quand le cas l’exige, on a recours aux sentiers plus ou moins nombreux, aux fossés, aux saignées couvertes et enfin au drainage.

Les sentiers sont des sortes d’allées ; ménagées en divers sens selon l’exigence du terrain et remplissant le double but de servir à l’exploitation et d’aider à l’assainissement. Toujours sous ce premier rapport, les sentiers, selon que l’assainissement l’exige, sont plus ou moins

multipliés.

Nous verrons aussi que l’entretien, le creusement nouveau de ces sentiers, lorsque l’écoulement dés eaux, l’action de la charrue et autres instruments de travail ont commencé à les obstruer, est une opération nonseulement utile en elle-même, mais encore profitable à la vigne, qui se trouve favorisée par la terre nouvelle qu’il faut en extraire.

Les fossés sont des moyens d’assainissement trop connus et trop employés pour avoir besoin d’être décrits. Leur nombre, leur dil-ection, leur étendue, sont encore autant de considérations commandées par les circonstances locales et sur lesquelles il serait inutile de s’appesantir ici. Quant à leur profondeur, bien que commandée également par l’état des lieux et la nature du sol, il n’est p6is inutile néanmoins de faire observ'er qu’il y a deux inconvénients à éviter : le trop et le trop peu.

Un fossé est trop profond ; lorsque sa limite en ce sens dépasse de beaucoup le point où peuvent se fixer les eaux surabondantes et d’où elles peuvent s’épancher pour tomber dans ce fossé. Ce point, on le comprend, est celui de la rencontre de lu couche arable proprement dite, de la terre meuble, avec celle que sa nature particulière, ou sa position hors de l’atteinte des instruments aratoires, rendent compacte et plus ou moinsimperméable.

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Ainsi et comme on le voit dans la flg, 5, ci-après, pour une vigne établie sur un défoncemeut préalable de O m. 50, le fossé devra avoir au moins une profondeur de O m. 75 et mieux celle de 1 m. C’est-à-dire qu’au dessous de la ligne A B, limite du défoncement et point d’où l’eau s’épanche, il devrait y avoir encore, pour la recevoir et favoriser sou écoulement, une profondeur de 0 m. 25 à 0 m. 50.

Fig. 3.

Une plus grande profon^leur serait inutile, dangereuse peut-être. Elle pourrait donner lieu à des éboulements et multiplierait les frais sans profit.

Une moindre profondeur aurait aussi ses inconvénients. Si elle n’atteignait pas la ligne A B , et même si elle ne la dépassait pas dans une assez forte proportion , de 0>« 23 au moins, comme l’indique la figure, le fossé resterait sans utilité et les frais d’établissement seraient perdus.

Une autre considération importante, c’est l’issue à ménager aux eaux des fossés; ce doit être un arrangement tel , dans l’ensemble de ses moyens d’assainissement, qu’en réalité l’eau s’éloigne des points où elle pourrait nuire, qu’elle ait pour cela un trajet facile.

Il semblerait puérile d’insister sur de pareils faits, et cependant combien de cultivateurs qui croient avoir satisfait à toutes les exigences que nous avons en vue en ce moment, lorsqu’ils ont creusé des fossés, et mieux encore

lorsqu’ils les voient se remplir d’eau. Si cette eau n’a pas d’issue, si elle demeure stagnante, au lieu d’assainir, au lieu d’égoutter, elle produit des effets entièrement contraires, tant sur la terre que sur la vigne.

Les saignées couvertes sont des moyens d’assainissement dont le grand avantage est de ne laisser aucune trace à la surface du sol et de dégager ainsi la culture de tout obstacle.

Ces sortes de travaux .sont JLatp eonnus juuir que nous nous air.%ûons id à en Idre une fiescriiJtion :: <âéjà consignée dlaüleuis dans les onvrages d^agncidtare moins spéciaux que le =nôtre.

Seulement, nous «Brons quîà I’égai<â du-mnobre, de la disposition, de la dimection «t .de la iproîondeur de ces sortes de saignées, il faut rigoureusement observer les règles déjà exposées ci-dessus à l’égard des fossés. Nous dirons surtout qu’il est essentiel de leur assurer une issue toujours facile, afin que l’eau qu’elles recueillent puisse suivre leur pente et s’éloigner ainsi des points où elle devait nuire.

Ces sortes de saignées peuvent quelquefois et quand l’importance des domaines et la valeur du vin le comportent, devenir des aqueducs ou canaux souterrains maçonnés et tels qu’on les établit dans les grandes villes. C’est ainsi , notamment, qu’il en a été établi dans le domaine de Latour , l’un des premiers crûs du Médoc.

Plus économiquement et presque toujours avec les mêmes avantages, on peut employer pour ces sortes de constructions, du moellon, des briques soit ordinaires, soit préparées de sorte à s’ajuster, à se lier entre elles de manière à former un canal très-solide et d’une longue durée.

Enfin le bois est aussi employé dans ce genre de construction.

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C’est ainsi que des In'anchages de chêne, de pin, même des sarments, placés au fond des rigoles et recouverts de terre, assurent l’écoulement des eaux, tant qu’ils résistent à la décomposition et qu’ils ne se convertissent pas en terreau.

C’est ainsi également que des tiges entières des mêmes essences, chêne et pin surtout , couchées au fond de ces mêmes rigoles en nombre suffisant pour en remplir la capacité, quand ces tiges ont de 40 à 20 centimètres de diamètre et une longueur proportionnée, constituent un moyen d’égouttement des plus simples, des plus durables et aussi, dans quelques contrées, des moins coâtenx.

Enfin, citons le drainage, comme le plus poissant moyen d’assainir les terres à vigne, quand cette nécessité est 'démontrée, et renvoyons, pour tout ce qui a trait à la pratique de cet art, aux ouvrages spéciaux publiés tant en France qu’à l’étranger.

Ameiuiemeat. — Amender une terre, c’est agir sur sa composition intime de manière à rendre cette composition plus favorable au genre de culture que l’on veut lui confier.

Or, cette action n’est possible qu’en cherchant à ajouter ou à retrancher à quelqu’un des principes constitutifs de cette terre, qui s’y trouve soit en défaut, soit en excès. Ou, plus exactement encore, elle n’est possible que par le premier de ces deux moyens; car on peut bien ajouter au sable, à l’argile, à la chaux contenus ; mais pour y retrancher cela n’est pas possible d’une façon directe, et il n’y a encore ici d’autre manière de procéder que celle qui consiste à augmenter une de ces substances, pour diminuer l’importance relative de l’autre dans le mélange terreux.

Ordinairement les terres aifectées à la vigne doivent être rangées dans la catégorie de celles que l’on nomme

excessives, à cause qu’elles offrent la prédominance marquée de l’une de leurs substances constitutives, chaux, sable, argile sur les autres. Cette prédominance peut être constatée, soit physiquement, soit chimiquement, et bien souvent de ces deux manières.

Cette circonstance, on le voit, agricolement considérée, explique pourquoi la vigneutilise en général les terres que ne pourraient accepter la plupart des autres cultures; avec cette considération bien importante, que c’est là surtout où elle se plait le mieux, où elle donne ses résultats les plus remarquables.

Ce serait donc bien souvent se tromper, que d’agir pour la vigne, en cette matière, comme l’on agirait pour des plantes plus délicates ou plus exigeantes; que de chercher, par des amendements, à priver les terres qu’on lui réserve des caractères tranchés, excessifs mêmes, qn’elles peuvent offrir.

Sous le rapport physique, nous avons déjà signalé cidessus cette circonstance, que les meilleurs vins, dans tous les pays, se récoltaient sur des terres renfermant de gros fragfments de natures diverses : cailloux, galets, pierrailles, etc.

Dans la Gironde, où cette circonstance est commune, où elle doit être considérée, ainsi que nous l’avons vu, comme uire des causes de la supériorité de ses produits oenologiques, on comprend combien il serait imprudent, sans compter les difficultés à surmonter, de chercher à dépouiller les terres à vignes du Barsaquais, du Bourgeais ou de Saint-Emilion , etc. , de leurs fragments calcaires; les terres à vigne du Médoc et des Graves, en général, de leurs cailloux roulés.

A cet égard, Théophraste raconte, et Pline après lui, un fait très-curieux : « Venu de Corinthe à Syracuse, dit le

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premier, un fermier voulut cultiver les terres de ce pays à la manière de Corinthe. Il enleva soigneusement les pierres de ses champs de blé, ce qui les rendit plus mauvais qu’ils n’étaient; attendu que les pierres ne protégeant plus le grain, il fut brûlé par le soleil (1). »

Un auteur moderne non moins recommandable, sir John Sinclair, dit aussi « Qu’un propriétaire, qui avait enlevé les pierres d’un champ par voie d’expérience, trouvant que ce champ se refusait absolument à produire ses récoltes ordinaires, fut forcé d’y ramener les pierres qu’il y avait enlevées (2). »

Au reste, parmi nous, la pratique est bien fixée sur la valeur des cailloux dans les terres à vignes, et cette expression de Belles-Graves, usitée dans le Médoc pour désigner les meilleures terres à vignes, fait comprendre que là effectivement les cailloux doivent être abondants et souvent fort gros. On a cité cependant des propriétaires qui ont voulu aussi faire enlever ces cailloux, mais dont le zélé s’est bientôt ralenti quand ils ont vu que leurs raisins ne mûrissaient plus ni aussitôt ni aussi bien.

Comme amendements proprements dits, nous pouvons citer des exemples d’emploi de la marne. Dans les terres siliceuses et légères, des applications d’autres terres plus argileuses, plus riche^; dans les terres fortes et compactes des Palus, des applications de sable.

Nous n’avons ici, ni à faire une définition chimique de la marne, ni à nous étendre longuement sur la théorie de

(t) De caus. Vlüiit, , liv. III, chap. 25. Cette proteclioQ que signale l’auteur, noos nous en sommes déjà occupés. Nous avons vu effectivement que durant l’été, les pierres et cailloux recouvrant le sol, faisaient l’office d'un écran et mettaient obstacle au dégagement de rbumidité contenue.

(2) L'agrictUlure pratique et raisomiée, T. I, p. 34.

l'action de ce produit naturel. Nous dirons simplement que la marne peut agir dans les terres à vignes, principalement par le carbonate de chaux qu’elle contient et que l'on à des exemples nombreux de l’efficacité de cette action.

Bien souvent en eflet, soit que la terre manquât de calcaire, soit qu’elle en eut été insensiblement dépouillée par une longue affectation à une plante qui en exige une grande proportion, on a constaté que le marnage produisait les meilleures effets. On a constaté que l’application de cette substance à des vignes vieilles et épuisées, leur rendait une nouvelle vigueur, les disposait à donner d’abondants produits. On a constaté aussi, d’après M. Pu vis, que la marne améliorait sensiblement la qualité du vin et rendait le raisin moins sujet à la pourriture. Enfin on a constaté, d’après M. le C. Odoart, que ce pouvait être là encore un moyen de hâter la maturation de ce même raisin.

Ces derniers faits néanmoins doivent être entendus d’une manière relative et l’on a vu, ci-dessus, que la présence de la chaux, dans le sol, produisait une action favorable sur le vin; mais non pas cependant celle qui peut déterminer de sa grande finesse, de sa distinction tout à fait supérieure.

Dans la Gironde, nous avons vu souvent appliquer la marne à des vignes. Soit comme terre de la nature de laquelle on ne s’était pas bien rendu compte, ainsi par exemple de l’argile plus ou moins marneuse ; soit quelques fois aussi comme marne proprement dite.

Sous ce dernier rapport, il nous a été plusieurs fois cité de très-heureuses applications. Il nous a été dit que des vignes vieilles, épuisées avaient été ramenées à un état * de vigueur et de production tout à fait inattendu, par

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l’application de la marne. Nous nous rappelons surtout qu’une communication de ce genre nous fut faite dans le canton de Grinols, arrondissement de Bazas.

Mais ce que nous pouvons mentionner de plus remarquable en ce genre, c’est ce que nous avons vu chez Jean Lapeyre, cultivateur de la commune de S. Ferme, canton do Pellegrue, arrondissement de La Réole (1).

11 s’agissait ici de terres de la nature de celles que nous avons qualifiées terres des Plateaux ou des hautes plaines, et dont on trouve l’analyse au tableau A, sous le n. 1 i. On comprend combien l’introduction de la chaux, dans un mélange qui en était absolument privé, devait produire de l’effet; combien cet effet devait être salutaire, pour une plante telle que la vigne, pour laquelle cette substance et les alcalis en général, paraissent indispensables.

Voici la composition de la marne employée par J. Lapeyre :

Chaux. . . . .-a, 00

Argile. ... 41,00 100,00.

Sable. ... 7,00 )

Ajoutons ici l’analyse d’une autre marne, ou plutOft d'une argile marneuse, employée sur les coteaux de Bergerac :

Chaux . . . 2,ü0 j

Argile. . . . 80,30 [ 100,00.

Sable.... 17,20 )

(I) Ce scratonjonrs avec bonheur que nous nous rappellerons avoir signalé cet estimable vieillard, d'abord il la Société d'agriculture de Bordeaux qui lui décerna une médaille d’argent, en iS4S; puis au ministre de l’agriculture qui lui en donna une d’or, et enfin après sa mort, survenue en l8ol, iU conseil général du département de la Gironde, qui fit les frais du modeste monument élevé sur sa tombe dans le cimetière de S. Ferme. (Voir ï’ AgriatUeur année f833, p. 152),

Enfin faisons connaître la composition d’une véritable marne, que M. de Forcade-Laroquette, ministre de l’agriculturc, a commencé h employer dans ses vignes du château de Malromé, canton de Saint-Macaire, sur une terre contenant 64,80 pour cent d’argile.

Chaux . . . 64,00 |

Argile . . . 27,20 [ 100.

Dans le Médoc, contrée où le sol est, comme on sait, principalement siliceux, il n’est pas rare de voir les propriétaires recourir à des terres capables de donner à celles qu’ils cultivent, de la consistance et de la fraîcheur, à des argiles plus ou moins marneuses.

A cet égard, nous pouvons citer ce que nous avons vu dans la commune de Pauillac, au lieu dit le Bois-d’Ar ligues. Sur ce point d’ailleurs très-pittoresque, le terrain éprouve une dépression sensible, et le diluvium ayant disparu, l’ancienne formation se révèle par des argiles plus ou moins marneuses et bientôt par des bancs de calcaires.

Ce sont ces argiles que l’on a enlevées, sur un périmètre déjà assez considérable et sur une profondeur moyenne d’environ 2 m. 40.

Voici au surplus l'analyse d’un échantillon do cette marne, pris dans la couche la plus puissante qu’offre la coupe.

Chaux 44, aO. ]

Argile 27,90. > 100,00.

Sable 27,60. )

Nous pouvons citer encore d’autres marnes employées dans la môme contrée. Ainsi les deux suivantes dont on

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a fait déjà de très-grandes applications, dans l’un des grands domaines de la commune de Margaux.

Chaux 87.00 47,00. j

Argile 10,«0 33,40. [ 100,00.

Sable 2,40 19,60. )

Comme marne, nous avons vu aussi faire usage, dans a commune de Saint-Laurent môme contrée, d’une sorte d’argile sablonneuse, de couleur verdâtre, très-friable et dont voici le dosage.

Chaux traces. |

Argile 52,00. [ 100,00.

Sable 48,00. )

En Médoc encore, il est des propriétaires qui usent, comme amendement, des terres des marais, formées par les eaux de l’intérieur ou par colles de la Gironde. Dans ce dernier cas, ce sont simplement des vases.

Des terres de cette première nature nous ont donné :

Humus ou inalières incinérées 34,30. /

Argile et un peu de sable 65,50. I ’

Ces vases sont trajisportées, sur la terre à planter en vigne, dans des proportions variables. On en met jusqu'à I.OOO mètres cubes et au-delà par hectare.

En raisonnant sur cette quantité de 1,000 mètres et en tenant compte de ce fait que la vigne est travaillée sur une profondeur moyenne de 0 m. 25, on arrive aux résultats suivants :

La masse de terre active offerte par un hectare (10,000" carrés) travaillée à Om. 23 de profondeur, est de 2,500 m. cubes (10,000 X 0,23 = 2,500). Or, en mêlant ,à cette Wre 1,000 mètres cubes de terre transportée, c’est près

de la moitié de terre nouvelle, de terre amendante qu’on y a ajouté.

Sans qu’il soit nécessaire d’entrer ici dans de plus longs calculs, on comprend combien la terre primitive peut être profondément modifiée par un tel amendement : capable sans doute de lui donner de la qualité pour tout autre emploi, mais capable aussi de nuire à celle du vin qu'il s’agit d’en obtenir.

Nous donnons ici l’analyse des vases de la Garonne en général, mais il est des lieux où ces vases sont devenues un véritable engrais.

Cliaux 3,50. \

Argile 30,20. 100,00.

Sable lin et micacé 66,30. ;

Quelques fois aussi les vases employées ont des propriétés encore plus tranchées : ce sont des sortes de terreaux remplis de nombreuses coquilles , lymnées , planorbes etc..., et alors il est vrai on en applique des quantités bien moins considérables.

Voici encore l’analyse de ces sortes de vases provenant des marais de Saint-Estèphe en Médoc et employées par des propriétaires de cette commune. On remarquera leur richesse en chaux et l’on comprendra qu’ellectivement leur action doit être des plus tranchées.

Chaux 94,00. J

Argile, sable, humus. 6,00. (

Souvent aussi ce sont de véritables tourbes, dont l’application à la vigne ne saurait oITrir le même danger qu’aux plantes annuelles, susceptibles de souffrir du contact de l’acide dont ce genre de formation est imprégné.

La tourbe, dans les terrains secs et porreux des Graves du Médoc, se désagrège, se divise et les nombreux frag-

ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE

menls qui en résultent, doués de l’hygroscopicité particulière à la molécule organique, assurent d’abord une humidité salutaire à ces terrains et, plus tard, en achevant de se décomposer, un engrais non moins salutaire à la vigne.

Voici les quantités de matières organiques et inorganiques contenues dans ces tourbes.

Matières organiques. . . 91,50. 1 Matières inorganiques. . 8,50. j ’

Enfin il est, toujours dans le Médoe, d’antres propriétaires qui ont eu reeours à la terre des landes. Non à cause du sable qui en fait le fond, mais à cause de ce détritus noirâtre qu’elle contient en grande proportion et qui n’est autre que de la terre de bruyère.

On comprend que ce mode d’amendement n’est préci* Sliment pas de nature à ajouter à la richesse du sol, car ce détritus n’a rien qui puisse agir comme engrais proprement dit; mais le tannin, le fer qu’il renferme sont tout à fait propres à agir Sur la qualité du vin et à la développer.

« Feu M. le baron de Brane, dit H. d’Armailbacq, Dt porter dans une partie du fameux vignoble de Mouton^ une très-grande quantité de terre de lande, il y a trente à quarante ans. Gela n’altèra nullement son vin, mais il avait ainsi si fort amaigri sa vigne, qu’il fut bientôt après forcé d'y apporter d’autres engrais et du fumier, et depuis on a été obligé de la replanter (1). »

Voici au surplus quelle est la composition de cette terre

(1) La culture des vignes, etc..: dans le Médoe, p. 286.

de lande dans le Médoc, où elle ne peut guère diiïérer de celle de tout le reste de cette contrée.

Sable ^ 93,00. \

Argile et détritus végétaux . . 7,00. ! 100,00.

Chaux 0,00. ]

On voit que l’industrie des vignerons, dans la Gironde, n’est pas restée endormie. Nous aurons occasion de montrer cette industrie se livrant à des eiïorts analogues, soit lors de la plantation des vignes, soit lorsqu’il s’agira de leur rendre la vigueur et l’énergie qu’elles auraient perdues.

Art. II. — SOINS antérieurs a la plantation

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