‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 25 sur 73 · Maturation. — Lente, tardive, mais sans pourrir · texte numérisé non relu

Maturation. — Lente, tardive, mais sans pourrir

14. Accidents. — Exposé par position aux gelées, mais très-bien disposé pour remplacer les boutons atteints quand la saison n’est pas trop avancée. Souvent contrarié dans sa maturation par les pluies.

15. V'bi. — Plein, ferme, agréable; riche et brillante couleur; parfum prononcé, bouquet rappelant la violette, long à acquérir toutes ses qualités, apte à les conserver longtemps.

16. Particularités. — La souche donne beaucoup de jets qu’il faut enlever pour prévenir son épuisement et qui seraient souvent disposés à donner du fruit immédiatement. Très peu productif dans les terredns médiocres, demande à être taillé à long bois.

C’est le Verdot qui donnait principalement les vins dits autrefois de cargaison et que la mer avait la propriété de bonifier.

CsrAGEs A VIN BUNc. — Ccs cépages sont encore au nombre de trois : celui des Graves, celui des Côtes, celui des

Plateaux. Il est vrai cependant qu'à leur égard la division que nous voulons établir est beaucoup moins tranchée, surtout pour les deux premiers. Néanmoins elle peut encore être maintenue; car, s’il est vrai que nos bons vins blancs de Graves sont le produit du Sauvignon et du Sémillion, il est non moins vrai aussi que ceux de Gâtes sont principalement dus au Sémillion et que le reproche que l’on a fait aux vins blancs de Graves, de jaunir en vieillissant, parait devoir être motivé par ce dernier cépage (1).

D. Le Sauvignon. Cépage des Graves. — Le Sauvignon -est, parmi les cépages blancs, ce qu’est le Gabemet parmi les cépages rouges : il fait le fond des vignobles des Graves, des vignobles qui donnent en ce genre les vins les plus délicats et les plus Justement renommés. C'est à lui, le plus parfumé des raisins après le Muscat, que sont dus, comme le fait observer M. de Secondât, le corps et la sève du vin de Bersac, Preignac, Sauternes, Carbonieux, etc...

1“ Histoire. — Le Sauvignon, on peut le dire, est d’abord un raisin essentiellement méridional et, en second lieu aussi, un raisin bordelais.

Quelle que soit son origine raisonnée ou accidentelle, c’est dans nos contrées, c’est sur nos terres et sous notre climat, qu’il a pu atteindre progressivement toutes les perfections qui le recommandent depuis si longtemps et fontqu’il est devenu la base de l’un de nos principaux vins.

Malheureusement il n’est, à notre connaissance, aucun fait à citer à l’appui de cette opinion, etlenom lui*même que porte ce cépage ne saurait non plus fournir aucun indice : il est gracieux, il rentre parfaitement dans les consonnances méridionales, mais voilà tout (2).

(1) Traité sur les vins du Médoc, etc... 2* ôd. p. 191 .

(2j Nous ne vondrions pas hasarder desétbymologiescommele fai; dent

ÉTABLISSEMENT DO VIGNOBLE ^C5

Quant au point de savoir si le Sauvignon s'est éloigné du vignoble bordelais et s’il a porté ailleurs ses bonnes qualités et sa légitime réputation, il semble efîectivement qu’il existe quelques preuves en faveur de ce fait.

D’abord on sait que le clos du Pripateur ou Prépatow en Vendomois (1), dont les produits jadis en grande réputation flguraient quelquefois sur la table de Henri IV, avait pour base ie Sauvignon. Ce raisin, dit Ghaptal, a été beaucoup plus commun dans les vignobles de France qu’il ne l'est aujourd’hui. Il y en avait même, ajoutet-il, qui n’étaient, pour ainsi diro, formés que de ce cépage; entre autres celui de Prépateur, près de Vendénie.

D’un autre côté des viticulteurs tel que Bosc, placent dans la famille des Sauvignon et considèrent comme identique, un cépage d’une grande renommée sur les bords du Rhin et au-delà : Le Riesling ou Riesler.

Il est vrai que il. le G. Odart n’approuve pas cette manière de voir. Encore moins le savant ampélographe se montre-t-il disposé à étendre cette parenté jusqu’à un autre cépage, également très-prisé sur les bords du Rhin et nommé Gentil- Aromatique.

Cependant tel semblerait être le sentiment de l’auteur de Y Âmpilographie rhénane, M. Stoltz, qui se livre, mais sans pouvoir arriver à rien de concluant il fàut bien le reconnaître, à de savantes recherches sur l’origine du

certains savants dn dernier siècle. Cependant noos ferons observer que dans le patois bordelais, on dit Saoùbiÿnoun et que l'infinitif du verbe sauver se traduit aussi par le mot Siioîtba, Saubar. Eu suivant ces transformations successives et plus ou moins hasardées, on pourrait presque arriver à considérer le nom patois Smûbignoun, comme un diminutif de sauveur, comme la traduction des deux mots français, petit sauveur ?

(t) LeVendomois possède quelques crûs de vin blanc qui ont eu une ce.taine réputation. Tels sont ceux de Troo, Couture, Sainte-Catherine et surtout le Prépatuur, dont le vin était désigné sous le nom de Vin de Ilenri IV.

Gentil aromatique. Entre autres renseignements, il fait remarquer qu’àvant 1789, ce cépage ne se rencontrait en Alsace que dans quelques clos privilégiés, appartenant à des seigneurs ou à des abbayes; tels que : le clos du Rangenberg, près de Thann, qui était la propriété du chapitre de cette viile ; celui du Smnemberg, près de Riquewhir, appartenant aux princes de Wurtemberg, etc... De même que dans d’autres clos appartenent aux bénédictins, ou aux chartreux. Or, il est à remarquer que les bons cépages se sont principalement répandus à la faveur des rapports incessants qu’entretenaient entre elles les maisons d’un môme ordre religieux, ainsi que d’ordres différents, répandues en France èt à l’étranger, dans un temps où les cultivateurs isolés les uns des autres et sans relations possibles, ne pouvaient ni se communiquer leurs procédés, ni échanger les produits de leur sol.

On retrouve également un Sauvignon dans la Nièvre et notamment dans le vignoble de Pouilly, le plus remarquable de ce département. Cependant M. leC. Odart, vu que ce raisin n’est pas pourvu, comme celui de la Gironde, de cette saveur propre et si prononcée qu’elle suffit pour le faire reconnaître partout (1), n’admet pas sa parenté nvec le nôtre, ni même avec le Sauvignon du Jura. Nous respectons infiniment les opinions du docte ampélograpbe, mais nous ne pouvons nous empêcher de lui faire remarquer que le goût, la saveur d'un raisin et d’un fruit en général, sont les propriétés les plus exposées à recevoir l'action des circonstances extérieures et autres, et à so laisser modifier par elles.

•• Variétés et synonimies. — Le Sauvignon peut bien admettre des variations plus ou moins profondes, comme lo

(I) Ampétograp/iie uim'erselle, 3‘ édit. p. 2lo.

ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE ^CT

Sauvignon gris, le Sauvignon blanc, mais à proprement parler on ne lui connaît pas, dans la Gironde, des variétés bien caractérisées. Ni peut-être ailleurs malgré les qualifications de Sauvignon jaune, de Sauvignon vert, malgré même la désignation de petit et de gros Sauvignon; car il parait probable que ce dernier, beaucoup moins bon du reste, ne serait qu’une sorte de dégénérescence de l’autre.

Pour sa synonimie, elle est aussi bien simple dans le Bordelais, ce cépage y étant partout connu sous le môme nom.

A l’égard des contrées voisines, nous ne pouvons citer que le nom de Punechon qui lui serait ou qui lui aurait été donné dans le Condomois, d’après les papiers relatifs <

aux travaux de synonimie de M. Dupré de Saint-Maur.

Selon M. le G. Odart, sur le cours de la Loire et sur celui de la Vienne, on le nommerait Surin, Fié; dans la Nièvre, BlaucFumi; dans l’Yonne, Servoyen; en Bourgogne, Servonien, Savagnin, etc... On voit que ces noms, pour la plupart, peuvent se rattacher à la même souche : ce qui est encore de nature à nous fortifier dans l’idée que le sauvignon est bien un cépage bordelais et que c’est nous qui l’avons fourni aux autres contrées, où ils se rencontre plus ou moins altéré de forme et de nom.

CABACTÈBES BOTANIQUES.

3* Description. — 1. Tronc. — Fort, trapu. .

. 8. Sarments. — Longs, effilés. Ecorce, unie, gris-jaun&tro avec taches brunes. Nœuds rapprochés, rendant le sarment tordu et traînant ; entre-nœuds ou mérithailes courts ; bois serré , étui médulaire petit. Boutons blancs.

3. Feuilles. — A leur épanouissement, très-légèrement rosées sur les bords; plus tard vert-foncé, grandeur

moyenne, bosselées et à trc4s lobes assez disünets, pointus, avec une séparation peu profonde; dentées; échancrure de la base mesurant environ la quartde la hauteur, arrondies au point d’insertion du pétiole. Duvet abondant sur la surface inférieure qui est blanchâtre et à nervures saillantes. Pétiole long, mince, violacé.

4. Raisin. — Petit, fourni, très-pressé. Grains oblongs, petits, couleur ambrée et i petits points noirs. Pépins petits; saveur douce, agréable, parfumée. Pédoncules très-courts, ce qui fait que le raisin est comme collé au sarment, qu'il est difadle de le couper. PédiceU^ trèscourts.

CARACTÈBBS AGRICOLES.

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