‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 30 sur 73 · TRAVAUX DE LA PLANTATIOX PROPREMENT DITE DU VIGNOBLE · texte numérisé non relu

TRAVAUX DE LA PLANTATIOX PROPREMENT DITE DU VIGNOBLE

La plantation proprement dite du vignoble est la mise en terre des sujets, boutures ou autres, là où ils devront demeurer définitivement, recevoir le concours régulier de la culture et donner les produits, objets de ce concours.

La plantation d’un vignoble, tout ce qui précédé l’a déjà démontré, est toujours une œuvre importante, délicate et digne de toute l’attention et de toute la sollicitude du vigneron.

Cette plantation soulève plusieurs questions qu’il convient d’éclairer et nécessite plusieurs opérations qu’il importe d’examiner séparément et méthodiquement

De la profondenr A laquelle II faut planter. —

Le parti à prendre en cette matière, n’est pas pins arbitraire qu’en toute autre occurrence relative à l’agriculture : il y a ici des faits dès longtemps acquis dont il faut savoir tenir compte; des principes relatifs, tant à la terre qu’à la plante, et qu’il faut savoir concilier.

En règle générale, et par des considérations analogues.

(I) T. T. Catros : Traité raisormé des arbres fruitiers.

ÉTABLISSEMENT Dü VIGNOBLE

il en est des plants à mettre en terre comme des graines ; pins la terre est légère et sèche et plus il faut les placer profondément : plus au contraire cette même terre est forte ethumide, et moins cette profondeur doit être grande Le sous-sol, quand il n’est pas possible de le modifier ou qu’il n’y a pas d’intérêt à cela, exerce aussi une grand© influence sur cette question : là où il est imperméable et de mauvaise qualité, c’est un motif pour planter moins profond : là où il est meuble, facile à pénétrer et en outre susceptible d’offrir quelques matériaux utiles aux racines, c’est un motif pour augmenter cette profondeur.

Les conditions d’humidité, d’obscurité et autres, que doit réunir la partie de la plante destinée à pousser des raci nessiellen’ona pas déjà , ou à procéder à leur d évelop> pement complet si elle en possède les premiers rudiments, se rencontreront toujours à une profondeur moins grande, toutes choses égales d’ailleurs, dans une terre forte et compacte que dans une terre légère et poreuse.

Méconnaître ces exigences, planter trop profond dans la terre forte, et trop peu profond dans la terre légère, c’est s'exposer à voir le plant, dans le premier cas, se pourrir, dans le second, se dessécher.

Ces principes posés, il convient aussi de songer au mode de culture auquel sera soumise la vigne. Généralement encore il pourra être avantageux d’augmenter la profondeur d’une vigne que l’on devra labourer, que l’on devra traiter avec un instrument moins intelligent, moins prudent, s’il est permis de s’exprimer ainsi, que la pioche.

Enfin le défaut de profondeur voulue, dans toutes les natures de terre et surtout dans celles qui sont légères et poreuses, a pour grave inconvénient de forcer la vigne à pousser des racines dans la partie tout à fait superficielle du sol; là où on peut les atteindre en cultivant;

OÙ les agents atmosphériques peuvent trop facilement et trop complètement se mettre en rapport avec elles, principalement en hiver et en été.

Ce sont ces considérations nombreuses comme on voit, et susceptibles d’ailleurs de varier beaucoup seion les lieux, qui ont fait reconnaître, qu’en thèse générale, les points extrêmes de la profondeur à donner aux plantations de vignes, pouvaient être représentés : en terres légères, poreuses et suffisamment profondes, par 0“ 50 : en terres fortes, humides, ou d’une couche peu puissante, par 0" 35, à 0“ 25, et quelquefois moins encore.

Comme nous, les anciens connaissaient le danger qu’il pouvait y avoir à planter trop profond, et la nécessité d’établir à cet égard des différences entre les divers végétaux, témoin ces paroles de Virgile :

Apprends aussi combien tn dois creuser la terre.

Qui de tes jeunes piants sera dépositaire :

Comme tes nourissons diffèrent en grandeur, li faut que le berceau diffère en profondeur,

Daqs un iéger siiion la vigne croit sans peine L'arbre doit pius avant s'enfoncer dans la plaine.

De l'attttnde et autre* rondltlott* qu'il convient d'a«*nrer an plant, lor* de *a mi*e en terre. —

Selon le mode de plantation adopté, parmi ceux que nous énumérons ci-après, il est possible de faire varier l’attitude du plant dans la terre; de l’y placer, ou perpendiculairement ou plus ou moins obliquement.

Cette première attitude est la plus générale, la plus facile et peut-être aussi la plus naturelle Nous verrons même qu’il est des modes de plantation qui ne peuvent en admettre d’autres.

Cependant il est aussi ,des cas où l’on peut couder la portion du sarment mise en terre, lui faire contracter une arcure plus ou moins prononcée.

Ici encore, si nous avons recours aux principes déjà exposés de la physiologie végétale, principes sur lesquels nous reviendrons ci-après; si nous réfléchissons aussi quo c’est l’abondance des racines qui décide, et de la reprise et du succès du sujet, nous comprendrons que l’attitude oblique permet la mise en terre d’un plus grand nombre de nœuds, sans excéder la profondeur de l’enfouissement, et donne par conséquent plus de chauce de succès à la reprise et au développement ultérieur.

Nous comprendrons également que cette méthode peut convenir aussi bien aux fonds légers qu’à ceux qui sont tenaces et humides. Pour les premiers, c’est un moyen de mettre une plus grande portion de sarment en terre sans trop l’enfoncer, sans atteindre un sous-sol souvent peu favorable; pour les seconds, c’est aussi un moyen d’obtenir le même résultat, sans porter ce sarment dans la zone trop humide et où il pourrait souffrir.

On sait que les sarments de vigne ollrent leurs boutons de distance en distance ; que ces boutons sont opposés et toujours sur la même ligne, — offrant ainsi une disposition analogue à celle des arêtes d’un poisson, par rapport à l’axe d’insertion.

De là résulte l’opportunité de placer les pieds de vigne, en les plantant, de manière à ce que les boutons répondent, à droite et à gauche, à la ligne du rang dont ils font partie; et de manière à ce que les branches qui en sortiront affectent les mêmes directions.

De la sorte, la vigne peut prendrb plus facilement la forme d’un espalier : forme que tendent à lui donner plur ou moins tous les modes de culture et que réclament

surtout ceux de ces modes fondés sur le travail à la charrue.

Nous avons déjà rappelé le précepte des anciens, qui voulaient que l’on observât encore l’orientation du plant dans la vigne où on le cueillait, pour lui assurer celte même orientation en le mettant en terfe.

De« modcM de plantation proprement dite. — Il

s’agit ici de la mise en terre du plant, de sa flxation définitive sur le point où il devra donner lieu à un cep de vigne.

Or, pour arriver à ce résultat, il y a trois modes principaux de procéder :

1" On peut planter à la barre;

2' On peut planter en fossés;

3* On peut planter à la charrue.

- 1“ — Plantation à la barre. — Dans le Bordelais on donne le nom de barre à la pince de fer dont font usage’ les carriers, les paveurs, etc... et dont on se sert également, en agriculture, pour plusieurs genres de travaux, et notamment pour les plantations.

Cependant l’emploi de cet outil se bornant uniquement à faire le trou dans lequel doit être mis le plant, on conçoit que son usage ne peut avoir lieu que là où la terre a déjà reçu tous les autres travaux : labours, défoncements, etc... réclamés par une plantation, et selon l’état antérieur de cette terre.

On tonçoit aussi qu’il est même des terres, à cause des pierres qu’elles peuvent contenir, qu’il est toujours impossible de traiter de la sorte.

Mais si le champ est bien préparé, bien nivelé, bien ameubli, après avoir, au moyen du cordeau marqué les points où devront être mis les plants, rien n’est plus fa-

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ETABLISSEMENT DC VIGNOBLE

die, agissant comme les jardiniers, que de fixer ceux-ci chacun à la place qu’il doit occuper.

La pince fait le trou aussi profond et même aussi large qu’on le désire et, si c’est nécessaire également, il est possible de faire passer après elle une autre pince en bois avec une pointe de fer, plus grosse, qui l’élargit encore et que l’on désigne sous le nom de demoiselle.

On a recours à ce dernier moyen, lorsqu’on veut surtout placer, dans chaque trou, soit du terreau, soit de la vase de rivière liquide, soit toute autre composition capable d’aider à la reprise.

En plaçant le plant dans le trou, en le tenant dans son attitude verticale au moyen de la main gauche, de l’autre, et à l’aide d’un bâton pointu, on a soin de bien faire tomber la terre autour de lui et de bien la fouler en même temps ; afin qu’il ne se dérange pas de la place où on l’a mis, qu’il s’y maintienne solidement et surtout que., pressé sur tous les points par la terre, il ne se dessèche * pas, ce qui pourrait arriver s’ii restait quelque vide autour de lui.

C’est surtout quand il s’agit de boutures déjà enracinées, de barbeaux, ce qui est rare du reste, que toutes ces précautions, et la dernière particulièrement, sont nécessaires, afin de bien établir les racines dans le sol, d’empêcher qu’elles ne se dirigent en haut, qu’elles ne se réunissent en paquets, etc...

Le simple plant, s’il n’a pas été conservé dans la '.erre, ou s’il en est sorti un certain temps avant la plantation, doit avoir eu toute sa partie inférieure plongée dans l’eau pendant plusieurs jours, et c’est là qu’on le prend pour le mettre immédiatement en place. Cette précaution a non-seulement pour conséquence de maintenir sa fraîcheur, mais encore elle ramollit sa peau et dispose le tout

à l’accomplissement des phénomènes physiologiques qui déterminent la production des racines.

Le plant dépasse la surface du sol de 15 centimètres environ, ce qui joint aux 50 centimètres au plus mis en terre, lui donne une longueur totale de 65 centimètres. De la sorte il peut avoir deux nœuds ou boutons dehors et quatre ou cinq dans la terre.

La figure 9 ci-après, représente l’ensemble de tous ccs détails.

Ce mode de procéder, simple et expéditif, a cependant quelques inconvénients, et voilà pourquoi bien souvent on lui en préfère d’autres.

D’abord, la terre sur laquelle agit la pince n’est pas déplacée, mais refoulée tout autour du trou et, si cette terre contient une certaine proportion d’argile, ce refoulement peut lui faire contracter une dureté qui la prive, justement aux abords du plant, du bénéflee des divers travaux pratiqués en vue de la rendre* meuble. Si, au contraire, elle est siliceuse et légère, il devient difficile de maintenir le trou qu’on a pratiqué et de bien y asseoir le plant. Enfin, dans tous les cas, le mélange du terreau, dont on fait usage, avec une certaine quantité de terre et dans le but de prévenir le contact trop immédiat de ce terreau sur le plant, est encore difficile.

11 serait mieux en ces circonstances d’employer une tarrière ou cuiller, ce que Olivier de Serres désigne sous le nom de taravelle. Cet instrument employé souvent pour la plantation des saules et autres grandes boutures, déplace la terre sans la presser et l’ouverture qu’il fait à la même dimension en haut et en bas. Le patriarche de l agricul-

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