PLUS OU MOINS ANALOGUES A CEUX DE LA PLANTATION PROPREMENT DITE
Indépendamment des moyens généraux que nous venons d’exposer, pour la multiplication de la vigne et l’établissement du vignoble, il en est d’autres, beaucoup plus restreints il est vrai, et auxquels on a recours quand il s’agit do remplacer, dans une plantation, des pieds morts ;
OU quand il s’agit de changer l'espèce, en totalité ou en partie, de ceux déjà en rapport.
Dans le premier cas, on fait usage des marcottes ou provins, ou fait également usage du couchage des pieds ; dans le second, on fait usage de la grelTe.
Des proTiiu. — (( Dans le cours natqrel des choses, toutes les plantes qui sont couchées sur la terre humide, et dont l’écorce est charnue, tendent à pousser des racinës et à devenir rampantes; toutes celles dont la tige est noueuse ou articulée, c’est-à-dire où il y a naturellement des obstacles à la descente du suc nourricier, poussent naturellement des racines. Le moindre accident ou la moindre expérience ont suffi pour démontrter que, lorsqu’une fois les racines sont développées, la partie qui en est munie peut être séparée du reste de la plante, et qu’étant composée de deux parties qui constituent un individu (une tige et une racine), elle peut suffire à sa propre existence. L’art a imité ce procédé naturel, et c’est ce qui a formé les marcottes (I). »
La vigne offrant précisément l’une des conditions essentielles du marcottage, par les nœuds des articulations de ses sarments, il a été extrêmement facile de l’assujettir à cette pratique, qui prend pour elle le nom spécial de provinage. On nomme aussi les provins sautelles et, dans la Gironde, saut de gric (saut de grillon.)
Le provinage est encore extrêmement ancien, et l’accident ou l’expérience qui l’ont fait naître, splon la remarque du physiologiste que nous venons de citer, doivent s’être offerts à une époque bien voisine des premiers temps de la culture do cette plante. Virgile le mentionne et le
(1) De Ca.ndolle : Physiologie végétale.
ETABLISSEMENT DU VIGNOBLE
décrit dans des termes toujours rendus de la manière la plus heureuse par son gracieux traducteur en vers :
Celui-ci courbe eu arc la branche obéissante,
Et dans le sol natal l'ensevelit vivante.
Quant aux motifs qui font recourir à cette pratique, voici comment les expose Olivier de Serres : « L’ège de la vigne change l’ordre d’en réparer les défauts. En son commencement, au lieu de ceps morts on y subroge de vifs enracinés; mais parvenue en accroissement cela est hors d’usage, pqur l’impossibilité de faire reprendre les nouvelles plantes parmi les vieilles, à cause du préplantement de celles-ci opprimant celles-là, donc faut recourir de nécessité au provignement , seul moyen assuré de remédier à telles défectuosités (1). o
Pour procéder à la confection d’un provin, il faut d’abord, lors de la taille, avoir réservé le sarment dont on veut se servir pour cela; il est bien même, là où la vigne manque de vigueur, d’avoir provoqué à l’avance son développement, par une fumure spéciale accordée au pied qui doit le fournir.
Le temps de ce genre de travail peut être choisi, selon la convenance du vigneron, dans toute la durée du repos de la sève et même au-delà ; c’est-à-dire principalement en hiver, sauf cependant le moment où le froid trop vif empêcherait d’attaquer la terre et enlèverait au sarment toute sa flexibiiité.
Ici se présentent encore les mêmes considérations, déjà développées au sujet de la plantation, et d’après lesquelles, toutes choses égales d’ailleurs, le provignage doit être d’autant plus avancé que la terre est plus légère et plus
(1) Lir. III, cbap. 4.
LA VIGiNE DANS LE BORDELAIS
sèche , et d’autant plus retardé au contraire, qu’elle est plus compacte et plus humide.
Dans le premier cas, le sarment peut être mis en terre de bonne heure, sans crainte de pourrir et avec l’avantage, au contraire , de se trouver dès longtemps ramolli et disposé, par une humidité suffisante, à pousser des racines.
Dans le second, l’excès soutenu de cette humidité peut l’altérer, le détruire, avant l’apparition des phénomènes qui auraient dû déterminer ces racines.
Les mêmes considérations s’appliquent aux années, et établissent des différences analogues entre les années sèches et les années humide.s.
Enfin ce sont encore des considérations semblables qui règlent la profondeur à donner à la fosse dans laquelle le provin doit être couché : indépendamment du mode de culture, à la main ou à la charrue, et de la nécessité de placer toujours le sarment dans une région hors d’atteinte des outils ou des instruments employés pour cette culture.
Selon le cas, le lieu et ia saison , les limites de 35 à 60 centimètres paraissent être généralement adoptées. Bien souvent, d’ailleurs, le sarment n’atteint pas complètement le fond de la fosse; parce qu'on a eu soin de mettre d’abord dans celle-ci, soit de la terre gazonnée, soit de la terre de la partie supérieure du champ, soit do l’engrais. Toutes circonstances , la dernière surtout , extrêmement favorables à la reprise du provin , à son développement normal ; toutes circonstances capables aussi d’agir favorablement môme sur le pied, sur la mère du provin, et au grand avantage de ce dernier.
Ces premières conditions bien comprises, voici comment agit le vigneron qui veut faire un provin.
tiv
ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE
Au pied du cep qui devra fournir le provin (lig. < l), A, il creuse une fosse assez large pour permettre toutes les
Fig. II.
manœuvres de l’opération , assez longue pour pouvoir conduire le provin, du pied qui le fournit à celui qu’il doit remplacer, B, C. Il met au fond do cette fosse du fumier ou autre matière analogue, D. Il y couche soigneusement le provin E, il le recouvre de terre, le fait ressortir en F en lui laissant deux ou trois yeux, selon la force du sujet.
Ainsi disposé, le nouveau pied de vigne que l’on vient de former, nourri par sa mère, excité par le milieu dans lequel il plonge , pousse de bonne heure , de manière même à courir les risques de la gelée; manifeste delà vigueur et fournit immédiatement du fruit, bien qu’il n’ait pas eu le temps cependant, de former encore des racines de quelque importance.
A la seconde année il en a de véritables, qui se multiplient et se forliilent de plus en plus; qui le mettent en position de moins exiger de sa mère, d’arriver enfin à pouvoir en être séparé, à pouvoir être sevré.
Ce sevrage a également des règles consacrées par la pratique et l’observation. Généralement il a lieu à la quatrième année d’une manière définitive; mais déjà, à la troisième, on a eu soin d’entamer à moitié le provin, au point de son insertion dans la terre, et de manière à le préparer à sa nouvelle existence ; comme l’on commence à donner quelques aliments légers à l’enfant qui va quitter sa nourrice.
Tout ce qui précède a dû faire comprendre que la praduction, pour un pied de vigne , d’un ou plusieurs provins est nécessairement l’occa^on d’une fatigue, et dèslors on comprendra aussi pourquoi on choisit, autant que possible en pareils cas, les pieds jeunes et vigoureux; pourquoi on les associe au bénéfice de la fumure et des travaux du provin ; souvent aussi on modifie leur taille.
Le choix du sarment, pour ce genre d’emploi, n’est pas non plus indilTérent; sa direction vers la ligne qu’il doit suivre, sa situation la plus rapprochée de la terre, sa longueur, sa souplesse , etc. , sont autant de conditions qu’il importe de réunir.
L’expérience, a dès longtemps prouvé que les cépages les moins fins étaient en revanche ceux dont la végétation était la plus vigoureuse et la durée la plus assurée. Or, ceci explique pourquoi les vieilles vignes ont l’air d’avoir été plantées sans choix et sans attention ; à mesure qu’elles ont perdu des pieds, on les a remplacé par le provignage, et nécessairement ce sont les sujets suivants qui ont dû fournir les provins. De la sorte les sujets les moins estimés, ceux peut-être qui s’étaient glissés par inadvertance, ont fini par dominer :
Laissez-leui prendre un pied cher tous.
Ils en auront bienl5t pris quatre.
Le provignage, ou plutôt dans ce cas le marcottage, est encore un moyen d’augmenter momentanément le produit d’un vignoble, car le provin produit toujours abondamment la première année, ou de se procurer du plant enraciné. Dans ces cas, le provin ne dure qu’un an, et son arrachement a lieu pendant l’hiver, après la récolte.
Du courhoge. — Le couchage de la vigne est la reproduction de la théorie du provignage et en grande partie
ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE 227
aussi de sa pratique. C’est d’ailleurs le moyen de renouveler une vigne tout entière, ou au moins d’obtenir immédiatement d’un pied déjà existant, un nombre de nouveaux pieds en quoique sorte illimité.
Quand on veut coucher un pied de vigne, on commence par le déchausser jusqu’aux racines; puis, dans la direction où il doit être couché , on pratique une fosse assez large, assez longue et assez profonde pour le recevoir, ou le renverse et on l’étend dans cette fosse. Les sarments que l’on veut conserver sont repliés et relevés de manière à sortir de terre partout où l’on veut établir un pied. On leur donne des tuteurs et l’on recouvre la fosse.
On comprend que, par suite de cette manœuvre, an peut s’assurer un ou plusieurs pieds dont la reprise ne saurait être douteuse; qui ne tardent pas chacun à se munir de racines, à mesure que la souche-mère achève de se décomposer, et dont le produit ne souffre pas non plus d’interruption.
Cependant le couchage n’est pas toujours facile, et quand les pieds sont trop vieux, trop forts, trop hauts, il devient impossible. Dans ces cas, effectivement, il faudrait fouiller trop profond, détruire de trop grosses et trop importantes racines, et la souplesse que doivent avoir les pieds pour se prêter à cette pratique, ferait défaut. *
Dans les contrées de la France où la vigne est moins favorisée par le climat que parmi nous, cette manière est aussi beaucoup plus employée, et môme elle est, pour quelques-uns, en quelque sorte un des moyens de culture habituelle.
On peut alors coucher tous les pieds d’une vigne régulièrement tous les huit à dix ans, ou mieux encore répartir ce couchage sur un certain nombre d’années, de
maniéré à opérer chaque fois sur le dixième de la plantation, ce qui est l’usage" le plus général; ou sur les 6 0[0 comme cela se fait à Volnay et autres crûs soignés. Par cette dernière manière on conserve dans la quantité et la qualité du produit une régularité qu’aurait pu leur faire perdre la première.
Parmi nous, les choses ne sepassent pas de la sorte, si ce n’est cependant dans un petit vignoble établi sur les dunes de l’Océan, et dont on obtient d’excellents produits : le vignoble de Cap-Breton, département des Landes.
Dans une publication que nous fîmes en 1857 sur ce curieux vignoble, nous résumions comme suit son mode de culture, d’après un travail fait dans la localité.
1* On commence par dégarnir la vigne de ses échalas, que l’on place d’une manière propre à l’abriter. On laisse souvent aussi ces échalas sur pied , en supposant qu’ils peuvent la garantir de.s meurtrissures de la grêle... ;
On ébecque la vigne, c’est-à-dire qu'on retranche la partie supérieure de chaque sarment, ou de chaque pied si l’on veut; car les pieds ne sont autres qu’une simple branche sortant immédiatement du sable, les souches s’y trouvant complètement enfouies;
3° On met cette vigne sur une même branche en coupant toutes les autres, toutes celles qui ont poussé dans le courant de l’année précédente;
4" On la sable ou on la provigne.
Pour la sabler, on prend du sable hors de l’enceinte, et on met une couche de 10 centimètres environ sur toute l’étendue du terrain à sabler.
Pour la provigner, on ouvre un fossé, dans le sens de la pente de la dune et des rangs de vignes, de 15 centimètres de profondeur et de 20 de largeur, dans lequel on couche la vigne, en y mettant aussi un peu de fumier ou du jonc
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de marais, et on referme le fossé : le bout du sarment se relève hors de ce fossé , comme cela se voit pour les provins usités dans la Gironde et ailleurs.
Avant d’aller plus loin, faisons observer que le grand principe de cette culture , dès que la vigne a atteint trois ou quatre ans, c’est l’abaissement continuel de cette vigne, c’est l’enfouissement sous le sable, non-seulement de la souche, mais encore de toute la partie du sarment autre que celle d’où sortira le bois pour l’année suivante. Or, ce but est atteint chaque année : soit en provignant la vigne, en la couchant; soit charriant du sable sur le terrain qu’elle occupe. Ordinairement ces deux moyens sont employés alternativement et de manière à diviser chaque vignoble en deux soles : une que l’on provignq cette année et que l’on sablera l’année prochaine : une que l’on sable cette année et que l’on provignera l’année suivante. Cependant, le provignage annuel ne se fait ordinairement que sur un tiers du vignoble, etc....
Ici, eQ’ectivement, le pied de vigne se trouve en quelque sorte substitué à la terre, et celle-ci, à son égard, n’est plus qu’une condition secondaire de son entretien : condition que l’on peut varier, changer à volonté. Dans son Voyage botanique et agricole dans les départements du sud-ouest, le célèbre botaniste de Candolle disait à ce propos : < Lorsque le vallon où ces vignes sont plantées commence à s’emplir de sable par l’effet du vent, on enlève les ceps, on les transporte dans un autre vallon mieux disposé. Cette transplantation des vignes y est même tellement familière que, dans l’ancienne coutume du pays, les vignes étalent regardées comme propriété mobilière , exemple , je crois , unique dans l’histoire des lois rurales. »
oe la «reoe. — La greffe, considérée comme moyen, non encore de produire un nouvel individu végétal, mais de perpétuer et de multiplier un individu déjà existant, est un art extrêmement curieux et extrêmement ancien... Gomme le dit un poète de Tantiquité : « L’art de la greffe fut aussi révélé à l’homme par la nature, qui environnait les arbres de glands et de graines, changés au retour de la saison nouvelle en une foule d'arbrisseaux. Guidé par cet exemple, dans la fente d’un jeune arbre on inséra une branche étrangère qui se nourrit sur le tronc adoptif (I). »
Grand nombre d’auteurs du même temps ont aussi parlé de la greffe, notamment Théophraste, Virgile, Pline, etc,... mais aucun n’en a dit des choses aussi précises et aussi spéciales à la vigne que Caton.
Ce dernier auteur, avec la rapidité et la concision qui lui sont propres, décrit trois sortes de greffes pour la vigne ; 1" la greffe en fente; 2* la greffe par approche; 3* la greffe par perforation. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce qu’il dit à ce sujet dans le cours de cet article.
Olivier de Serres en parle également, mais c’est pour dire, dès le début, que « l’enter de la vigne est partie de ce mesnage nullement nécessaire, toutefois utile, mais beaucoup plus curieuse. j> Cependant il ajoute bientêt : « L’utilité d’enter la vigne est, que par là les ceps de mauvaise nature ou de peu de rapport qu’ils sont, deviennent dans peu de temps en bonne et fertile race, sans donner peine d’user de changement de plantes; en quoi il y a de la longueur et de l’incertitude; non-smilement en la reprise, mais aussi en sa durée (2). »
(t) Lucrèce : De la nature des choses, liv. V. {î) Lit. III, cbap. 3.
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ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE
La pratique de greffer la vigne n’a Jamais été très-répandue, et l’on comprend en effet que l’on a préféré recourir, pour un changement général du vignoble, aux divers modes de plantation ci-dessus décrits et, pour des remplacements partiels, au provignage et au couchage. Cependant il est des cas où l’on peut vouloir changer l’espèce d’un vignoble déjà établi et en prospérité ; il est des cas où le remplacement, par provignage, peut présenter des difficultés : les pieds à remplacer offrant une vigueur et d’autres avantages précieux, ou ceux qui l’avoisinent ne pouvant fournir des provins. Dans tous ces cas, en peut recourir à la greffe.
Cette pratique comprend plusieurs conditions que nous allons rapidement exposer.
D’abord le temps le plus favorable est celui de l’ascension dq la sève en mars et avril. Toutefois, l’habile viticulteur de l’Hérault, M. Cazalis-Âllut, qui publia en 1838 un travail remarquable sur ce sujet (1), assure que le meilleur moment est le mois de mars. « Les greffes faites de bonne heure, dit-il, poussent ordinairement avec plus de vigueur, et produisent des raisins qui, à l’époque ordinaire des vendanges, ont atteint leur entière màturité. >
La manière de procéder est encore celle que décrivait Caton, c On déchausse, continue M. Cazalès-Allut, !a souche jusqu’aux premières racines ; on la coupe et on la greffe en fente comme les arbres fruitiers, en introduisant le sarment, taillé en coin à un ou deux pouces (87 à 54 millimètres) de profondeur sur le bord de la souche fendue pour le recevoir. Quand on s’est assuré que la greffe est
(I) Sitr la greffe de la vigne : Balletio de la Société d’agriculture du département de l'Hérault. — Janvier 1832.
solidement placée, on recouvre avec soin la fente par-dessus et de ce cdté, avec de l’argile pétrie, et l'on ramène ensuite la terre contre la souche, en décrivant un cercle, afin de ne pas déranger le sarment avec l’outil. Il ne faut pas laisser hors de terre plus d’un bourgeon. Si on en laissait davantage, le poids de la partie supérieure du sarment courberait la greife, et l’on aurait parfois moins de Ihcilité pour dresser la souche. Si l’on greffe des vignes où la terre est rare, il faut en faire apporter pour garnir la greffe. Sans cette précaution, le contact de l’air la dessécherait et elle no réussirait pas. Autrefois, l’on fendait la souche avec une petite hache, que l’on relirait, pour rouvrir ensuite cette fente avec un coin en bois de chêne. Aujourd’hui, on a supprimé et la hache et le coin, et on les a remplacés par un ciseau en fer. Ce moyen active le travail, puisqu’on n’a qu’une opération à faire, au lieu de deux, pour placer la greffe. »
Le même observateur assure qu’une seule greffe suffit pour chaque pied' de vigne, à moins cependant qu’il ne s’agisse de sujets vieux et, dans ce cas, les deux greffes sont conservées si leur réussite est pareille; la plus chétive enlevée, s’il y a une différence trop notable.
Quand on greffe de bonne heure, les sarments sont pris directement sur les souches où on les a réservés. Plus tard, ils doivent avoir été coupés fin février, et enfouis dans la terre de manière à ne pouvoir végéter, ou plongés en partie dans l’eau, comme les boutures.
La recommandation de cueillir ces mômes sarments de préférence sur de vieilles vignes, ne nous semble pas devoir être prise strictement à la lettre, et mieux vaut dire sans doute, sur des vignes faites, chez lesquelles la moêlle est moins abondante, le bois plus dense et les chances de dessèchements moins grandes par conséquent que pour des
ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE
sarments de plantations récentes. Il faut aussi employer les petits sarments pour les jeunes souches, les gros pour les vieilles.
Faites de bonne heure, les greffes attendront pour pousser le moment du développement de la vigne. Faites plus tard et au moment de ce développement, trois à quatre jours sufllscnt pour les voir s’épanouir, mais cette pousse périt bientôt, et sans retard il lui en succède une autre des plus actives et des plus vigoureuses.
A l'époque de cette seconde pousse, beaucoup de souches se garnissent aussi de nombreux rejetons. Il faut les enlever avec soin, après avoir déchaussé ; puis battre la terre aussi haute que possible contre la greffe, afin de lui conserver la fraîcheur nécessaire, et de la garantir des atteintes des vents et de toute autre cause capable de l’ébranler et de la détacher.
La greffe se taille sur l’un des sarments les plus bas et en raison de leur vigueur.
L’auteur de toutes ces observations intéressantes, nous donne aussi des exemples des résultats que l’on peut attendre de la greffe, ayant, dit-il, greffé plus de cinquante mille souches. Une vigne, notamment, d’environ deux hectares et demi, âgée de douze ans, plantée en Œillade et Tenet, et qui n’avait jamais produit plus de 116 hectolitres de vin, fut greffée par lui successivement, en proportions plus ou moins grandes, dans les années 1823 à 1826, les trois quarts en Aramont, et le quart restant en Carignan, Mmrasles et Alicante (4). Cette vigne, en moyenne, de 1824 à 1831, produisit 188 hectolitres de vin par an. En 18âd, elle en donna 336. 11 lui est arrivé au surplus d’avoir ub-
(I) Cépages très-commuDS dans rBérauIt.
tenu, sur des vignes greffées, une pleine récolte la deuxième année, et une récolte extraordinaire la troisième.
S’il faut s’en rapporter aux notes communiquées à Bidet, pour son Traité sur la nature et la culture de la vigne, par le Bordelais, M. de Navarre, l’usage de greffer la vigne ne remonterait guère, en Guyenne, au-delà de la moitié du siècle dernier. A l’époque où écrivait ce compatriote, en 1770, on avait perfectionné cette pratique qui, dit-il, manquait autrefois aussi souvent qu’elle réussissait.
Cependant, à peu de chose près, on agissait d’après les règles que nous venons d’exposer. Mais le succès fut plus grand quand on suivit une autre méthode, ainsi décrite par le môme auteur. « On choisit parmi les grosses racines celle qui a l’air le plus sain et le plus vigoureux, et après y avoir fait la fente et inséré l’ente, de manière que toute l’entaille y soit enfoncée et que l’écorce de l’ente soit contiguë par le côté le plus épais; on lie, on enveloppe de terre grasse, on couche le tout dans la terre, après y avoir mis du fumier, et l’on coupe l’ente qui sort à un pied (32 centimètres) ou environ, au-dessus de la surface de la terre, en sorte qu’il y paraisse deux ou trois boutons : si le vigneron est habile, l’ente réussit presque toujours. B
Dans la Gironde, plusieurs opérations de greffe de vigne ont été faites, quelques-unes mêmes sur des proportions assez vastes et dans le but de changer la nature des cépages : elles ont eu tout le succès que l’on devait en attendre.
Il nous resterait à dire un mot des deux autres genres de greffes signalées par Caton et paiement appliquées à la vigne. Mais la première greffe par approche est trop connue, et son emploi pour la vigne n’est nullement utilise.
Quant à la seconde, celle qui consiste, d’après cet au-
ÉTABLISSEMENT DU VIGNOBLE
leur, à percer de part ea part, avec une tarière, le pied que l’on veut enter et à y insérer, Jusqu’à la moëlle, et en sens opposé, deux brins de vigne, après les avoir coupés obliquement (I) elle est curieuse, mais son usage n’est pas non plus répandu.
Au reste, il n’est pas rare de voir ainsi un sarment de vigne pénétrer, par cas fortuit, dans un arbre voisin et finir par y adhérer. A ce sujet, nous nous rappelons avoir beaucoup entendu parler d'une vigne qui, dans le Lot-et- Garonne, s’était ainsi soudée sur un noyer et dont les raisins participaient notoirement, disait-on, do goût astringent de celte essence d’arbre.
Il eût été intéressant de s’assurer si les raisins de cette vigne, reproduite par boutures, auraient conservé leur goût particulier.
Anr. II. — THÊOIUE DR L.^ nEPRISE des boutures, provins ET GREFFES.
Déjà nous avons vu quelles étaient les lois de la physiologie végétale, en vertu desquelles il avait été possible de tenter la multiplication des végétaux autrement que par la graine et au moyen de méthodes dites artificielles.
Ces premiers faits, ces faits fondamentaux connus, faisons remarquer qu’il n’y a d’autre différence, entre le sarment resté sur le pied et le sarment mis en terre comme bouture, comme provin, ou placé comme greffe, que celle qui résulte de leurs positions respectives.
Le premier de ces sarments, celui qui est resté sur le pied, continuera à recevoir du tronc, la sève qui doit le nourrir, il l’élaborera comme il l’a fait jusque-là, et des
(I) Chapitre xlv.
boutons que porteront ses nœuds, sortiront, selon la situation, des feuilles, des branches ou des vrilles.
Le second, la bouture, privé tout à coup de ce précieux concours, obéira d’abord, pour toute sa partie placée hors de terre, aux mêmes lois ; mais bientôt la sève nécessaire & ces opérations lui manquant, il deviendra nécessaire pour lui de la demander directement à la terre, sous peine de se dessécher et de périr.
Ici, gr&ce aux deux conditions générales de reprise déjà établies, simplicité et uniformité de l’organisation végétale; sous l’influence de la nécessité capitale d’exister, nécessité qui parait chez les végétaux s’élever wx mêmes proportions que chez les animaux, des phénomènes tout à fait nouveaux se produiront.
La portion du sarment mise en terre, sous l’influence d’un milieu privé de lumière et d’une température plus basse et plus uniforme (15 à 20°), produira des racines de tous les points qui auront retenu une plus grande abondance de sève : circonstance que l’on voit se manifester, comme le fait remarquer John Lindelay, même pour les sarments en plein air, lorsque la vigne végète dans une serre très-chaude et très-humide.
Avant d’aller plus loin, faisons remarquer que déjà ici nous trouvons l’explication de deux nécessités également reconnues, en fait de plantation de vigne.
D’abord, celle de retrancher une grande partie du sarment laissé hors de terre; car s’il faut qu’il y ait des feuilles pour exciter le travail qui doit se faire sous terre, il ne faut pas qu’il y en ait trop : un défaut d’harmonie sous ce rapport, pouvant outrepasser la puissance de ce dernier travail, le rendre insufflsant et conduire la bouture à se dessécher.
En second lieu, celle de profiter pour cette plantation,
ETABLISSEMENT DU VIGNOBLE
et selon la nature de la terre ainsi que nous l’avons déjà TU, de l'une ou de l’autre saison de l’année, l’automne ou le printemps, où la chaleur et l’humidité tendent le plus à s’équilibrer.
Ainsi, revenant à notre sujet principal, en admettant que l’on ait fait usage de sarments de l’année précédente, bien aoûtés, à écorce saine et vive ; bientôt , à chaque noeud souterrain, il se formera de petits mamelons ou spongioles, résultant de l’accumulation sur ce point de la sève élaborée, ou cambium. « Les nœuds ou les articulations des tiges, sont des points où la nature a préparé d’avance un repos, une stagnation dans les sucs descendants; aussi selon que ces nœuds sont à découvert ou à l’ombre, au sec ou à l’humidité, ils poussent des branches ou des racines : c’est pour cette raison que les tiges, naturellement noueuses, sont plus faciles à multiplier de marcottes ou de boutures que les autres, comme on le voit dans l’œillet, la vigne, etc (I)... »
D’après de remarquables recherches publiées il y a quelques années par M. Bouchardat, la vigne donnerait ses spongioles (2) au boutde deux mois, et ses racines proprement dites, au bout de quatre mois et quelques jours.
Le savant phyologiste dont nous venons de citer textuellement les paroles, recherchant en outre quelles penvent être les causes qül font qu’une plante en général est apte à se reproduire par bouture, c’est-à-dire à pousser des racines, fait remarquer que cela peut tenir : « ou à ce que
(1) De Candolle, Organographie végétale, t. I.
(2) t Les spoDgioIes cauUnalres proviennent du développement et de « l'accroissement des cellules, des lenticelles; elles se présentent sous « forme de masses blanches, subéreuses, irrégulièrement répandues sur ■ la surface de la tige conservée dans l’ean. » (M. BouenABOAT ; Recherches sur la végétation e^iquée à l’agrkultwre, p. 13).
le développemeot de ces r&cines y est très-prompt, eu égard à la texture de l’écorce et du bois, et que par conséquent il peut s’opérer avant que la branche soit desséchée ; ou bien à ce que la branche, détachée de sa mère, est assez inaltérable à l’humidité, pour pouvoir y résister, quoique le développement des racines y soit lent. »
Or, ici encore il résulte des recherches de M. Bouchardat, déjà citées, que les fibres élémentaires qui composent la vigne sont putrescibles, et que d’ailleurs, chez cette plante, il se développe assez rapidement des spongioles caulinaires qui peuvent, eu quelque sorte, remplir les fonctions des vraies racines, en attendant sans doute l’apparition de ces dernières.
Dans le provin,les phénomènes provoqués par cet ordre d’opérations, sont du môme genre. Seulement ils offrent un degré de certitude de plus, en ce sens que les racines qu’il s’agit d’obtenir ont plus de temps et de facilités pour se produire, et que le sujet, qui devra leur emprunter sa nourriture, ne le fera que beaucoup plus tard et graduellement Aussi voit-on les provins continuer à donner du fruit pendant toute la durée d’une opération qui n’a de réellement critique que le moment de la séparation de la souche mère, que le moment du Kv^age.
Enfin, dans la greffe, nous voyons encore une branche détachée d’un sujet emprunter son existence, non directement à la terre, non à cette terre et avec le secours momentané du sujet qui l’a produite; mais à un autre sujet auquel elle est complètement étrangère et qui l’adopte pour remplacer celles qu’on lui a enlevées; qui l’adopte pour se compléter.
Ces dernières circonstances expliquent pourquoi également la greffe n’offre pas d’interruption dans la production, surtout dans des espèces aussi vivaces que la vigne.
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ÉTABLISSEMENT Dü VIGNOBLE 239 '
Le sarment qui a servi de greiTe eut donné du raisin si on l’avait laissé sur le pied qui l’a fourni. Le sujet sur lequel on le transporte eut doté de la sève nécessaire à une pareille production ses propres sarments, si on ne les avait pas enlevés. Dès lors, il n’y a de part et d’autre qu’une substitution, et dès que la reprise a lieu, le pied ainsi divisé d’abord, reconstitué ensuite, doit reprendre, sauf les contrariétés, les souffrances inséparables de ces opérations, la plénitude de son existence première.
Art. III. — CLASSEME.NT DES Vlfi.VES
PAR RAPPORT A LA HAUTELTt A LAQUELLE ON LES M AINTTENDR.\ ,
EU Ér.ARD A LEUR MODE DE PLANTATION.
Livrée à elle-méme, et sans le secours qu’elle doit à la nature ou à l’industrie de l’homme, la vigne ne pourrait que végéter très-bas et ramper sur le sol. Mais habile à profiter des moyens qu’elle a reçu pour cela, on la voit au contraire s’élever très-haut, soit en empruntant le secours d’un arbre voisin, soit en usant des appuis que l’homme peut avoir intérêt à lui offrir.
Or, cet intérêt n’est pas toujours le même, et depuis la méthode qui laisse la vigne ramper sur le sol, jusqu’à celle qui dirige ses sarments sur les arbres les plus élevés, il y a un grand nombre de degrés basés sur des convenances de lieux et de situations.
Sous ce rapport et d’une manière générale, l’antiquité admettait deux sortes de vignes : les vignes basses et les vignes hautes. Les Grecs avaient des vignes basses et les Romains des vignes hautes, a Et cette différence, dit un savant érudit, était tellement tranchée que, de nos jours encore, on pourrait juger par la méthode de culture de la vigne, lequel de ces deux peuples l’a introduite : par-
LA Vir.NE DANS LE BORDELAIS
tout OÙ ce sont les Romains, elle est exhaussée : là où ce sont les Grecs, elle est basse (1). »
Au surplus, il n’y avait et il ne pouvait y avoir rien d’arbitraire, ni dans ces règles générales, ni dans les exceptions nombreuse qu’elles devaient subir. Tout cela au contraire était fondé sur des exigences de lieux et de climats que connaissaient les anciens et qu’explique parfaitement Columelle. n Plus le sol et le climat sont humides et les vins doux, plus il faut élever le joug (3) ; car pour lors, la fertilité des vignes permet de les laisser monter plus haut, et le fruit étant écarté de terre est moins sujet à se pourrir, outre que c’est la seule façon dont il puisse jouir des effets salutaires du vent, qui sèche en peu de temps les brouillards et les rosées pestilentielles, et qui contribue beaucoup, tant à faire défleurir la vigne, qu’à en améliorer le vin. Les terrains maigres au contraire ou ceux qui vont en pente, ainsi que ceux qui sont brûlés par la chaleur, ou trop exposés à la violence des tempêtes, demandent des jougs plus bas (3). »
Parmi nous, des considérations analogues ont donné lieu à trois hauteurs principales pour les vignes : Les vignes hautes, ou hautains; les vignes moyennes; les vignes basses.
tÆM TlgneM laaate* oa bautalns. — Sous ces dénominations, on désigne soit les vignes que l’on conduit
(1) M. L. Regnieh : L’JîcoHonu'e publique et rurale des Grecs : ch. VIII, p. 44o..
(2) Les Romains désignaient sous le nom de joug (Jugum) l'appui artificiel qu'ils fournissaient & la vigne et que nous appelons échalas. On dit que cbei ce peuple il était d’usage de faire passer un ennemi vaincu sous une porte formée par deux piques fichées en terre et reliées k leur pai^ tie supérieure par une troisième; de là l’expression : passer sous le joug.
(3) CoLDMELLB, Liv. IV, ch. XIX.
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sur les arbres, à l’exemple des anciens, soit celles que l’on maintient également très-élevées, à l’aide de tout autre secours.
Cette première manière de procéder nous l’avons dit, était très-commune chez les Romains, leurs poètes et leur auteurs géoponiques en parlent souvent, ainsi du reste que nous l’avons fait remarquer dans la première partie de cet ouvrage.
L’orme, le peuplier, le frêne, môme le figuier, et l’olivier, étaient les essences dont on faisait usage, pour assurer des appuis à la vigne. li faliait que par leur nature, ces arbres eussent peu de feuilles, ou qu’une taille particulière prévint le tort qu’ils auraient pu faire aux raisins par un excès d’ombre.
Dans plusieurs de nos contrées méridionales, le môme usage s’est conservé. -Ainsi ii «st commun dans la plaine de la Garonne, de La Réole à Agen, et les essences dont on se sert et que l’on plante en môme temps que la vigne, et pour la soutenir, sont l’aubépine, 'ou épine blanche {Cratœgus oxyacantha) , et l’ormeau à petites feuilles. Dans ces excellentes terres, l’aubépine vient vite, et sans s’élever aussi haut que l’ormeau, elle produit des branches solides, écartées et garnies de feuilles très-découpées qui n’interceptent pas les rayons solaires.
« Depuis Coleyrac jusqu’au-delà de la vallée du Lot à Aiguillon, la vigne, dit M. Bartayrès, d’Agen, est cultivée avec avantage sur les arbres. — C’est auprès de S. Hilaire que cette culture parait avec tout son éclat. Le raisin cultivé pour cela et qu’on appelle Sauvadou, est noir, bien garni, mûrit facilement. Le vin qu’il donne a un goût ou parfum particulier qui plaît à beaucoup de personnes. L'arbre dont la treille s’accommode le mieux, est un ormeau à petites feuilles; tous les deux doivent être
l,A VIGNE DANS I.E HOKDEl.AIS
plantés en même temps et à côté l'un de l’autre. Quand ils sont grands, l’ouvrier qui les taille au printemps, doit agir de manière que la vigne décore en automne l’arbre avec ses raisins sans le surcharger, et que les raisins ne soient pas trop privés de la lumière et de la chaleur du soleil par le feuillage de l’ormeau (I),
Voici l’aspect qu’offrent ordinairement les cratégus employés à soutenir des vignes, sur les rives fécondes de la Garonne, de la Baïse, etc... (Qg. 12.)
Dans les départements des Hau- ' tes-Pyrénées, dans les cantons voisins de l’Adour; dans’ celui de Castelncau, rivière basse, le vignoble justement renommé de Madiran est conduit de la même manière; mais ici les arbres qui servent de soutien sont des cerisiers.
Quant aux ormeaux, ils donnent lieu à de véritables treilles et il est des pieds dont les produits, sur ces sortes d’arbres, dépassent en quantité tout ce que l’on pourrait imaginer.
Plus près des Pyrénées encore, notamment aux environs de Pau, à Jurançon, la vigne est encore cultivée en hau-
(1) Recueil des trnrnua; de la Sedété d'ngric. d’Agen, t. VII, p. 309.
Le père Vaniére, dans le X« livre de son Pradium rustieum, rattache à la fable des géants révoltés contre Jupiter, l'origine de l'association de la vigne aux arbres. Après l’insuccés de cette entreprise audaciense, la terre obtient de Jupiter que les géants Briarée et Encelade soient métamoriihosés, l'un eu ormeau, arbre capable de former un solide appui, l’autre en vigne, plante qui a besoin d'étre soutenue. « La vigne, encore anjour- • d'hui déployant scs longs rameaux semble aspirer au céleste séjour et « sortie du sang des géants, elle donne encore une liqneur de couleur « sanguine et pourprée ; elle terrasse scs maitres avec des verres pleins « qui lui servent d'armes. »
Digiliz&; h; CoogI»
ETABLISSEMENT DC VIGNOBLE
tains. Elle est disposée par rangs, et ses pieds sont espacés de 2 mètres dans un sens et 2" ,35 environ dans l’autre. A chaque place il y a deux ceps seutenus par un gros échalas de 2 mètres de hauteur environ, autour duquel ils s’enroulent en sens contraire. Au sommet de l’échalas sont placées horizontalement deux traverses en croix, sur lesquelles s’étendent et sont assujetties deux branches de chacun des ceps. Enfin l’échalas est encore surmonté d’un . rameau, ou deux, de saule, auquel on attache les sar-
ments de l’année pour les empêcher d’être brisés par le vent (flg. 13).
Ailleurs encore, dans la Haute-Garonne , dans l’Ariége, etc., ce sont des érables de l’espèce commune {Acer campeslre) que l’on plante en rangs parallèles, à 3 mètres l’un de l’autre. A 1">,60 de hauteur environ, on leur ménage quatre grosses branches, deux de chaque côté dans le sens du rang, et ces branches sont liées à celles du sujet voisin par des sarments de clématite {Clematis vitalba). C’est, tant sur l’arbre lui-même que sur ces deux sarments parallèles, que le pied de vigne étend ses pousses, et plus tard expose ses raisins. Cette disposition ne manque pas de grâce et donne aux campagnes dont il s’agit un aspect tout particulier.
Enfin, ce sont encore des hautains, les quelques pieds de vigne que l’on rencontre dans les landes, dans les jardins, autour des maisons, et qui sont soutenus sur de gros piquets de pins garnis de traverses à leur sommet.
Cette manière de traiter la vigne, toujours commandée par la nécessité de la soustraire aux émanations trop di-
rectes d’un sol humide et souvent très-fertile, a pour conséquence d’ajouter beaucoup à sa production en raisins, comme cela a lieu pour les treilles. Elle ajoute encore à sa production en feuilles, et c’est là ce qui avait donné l’idée à un ancien agronome de l’arrondissement de Nérac, département de Lot-et-Garonne, à M. Depère, sénateur, de garnir ses terres de semblables vignes pour en récolter les feuilles comme fourrage (1). Il qualifiait les vignes ainsi conduites du nom de prairies aériennes.
Le* vlKnca moyennes. — Ces sortes de vignes sont celles que l’on cultive dans les Palus, dans quelques communes des Graves renommées pour leurs vins biancs, et sur les Côtes à l’état de Joualles. Selon le lieu et les usages, elles atteignent 3 mètres et au delà, et forment ainsi des arbres soutenus par des écbalas très-forts, ce qu’on nomme, dans le pays, des paux (2).
La crainte de la trop grande humidité et de la gelée, comme dans les Palus; le désir d’un produit remarquable avant tout par son abondance, comme pour les Joualles, tels sont les motifs de cette manière de procéder.
Voici en quels termes un Bordelais déjà cité, dans le courant du siècle dernier, décrivait les vignes de Palus. € Dans les Palus, terres grasses, terres fortes, terres des lies, sur nos rivières, nous n’avons que des vignes hautes (hautes pour la contrée, mais, en réaiité, moyennes) : elles le sont non-seulement par leurs tiges, mais encore par leurs rameaux allongés et élevés, que l’abondance du suc nourricier hausse et grossit nécessairement, en sorte qu'il
fl) Voir son Mainiel d'arjricuUuTe, imprimé à Paris, en ISOfi, p. 579. (3) Nous avons déjà fait observer i|ne, d'après les anciens règlements de la ville de Bordeaux, le foa devait avoir 9 pieds 6 pouces de long (3-,C8).
ETABLISSEMENT DU VIGNOBLE
n’est pas possible, quelque soin qu’on y emploie, de les tenir à la hauteur des vignes moyennes (basses); leur nature y résiste ; on a pourtant grande attention à leur laisser dans la taille des retours ou coursons , que dans l’idiome du pays on appelle Bédèls (petits veaux); mais tout ce qu’on peut faire, c’est d’empécher la tige de monter trop baul : vice par lequel elle se perdrait et se détruirait.
« Quant aux rameaux, branches, flèches (en patois, astes), on n’en laisse que trois, quatre ou cinq. On leur laisse douze, quinze, vingt yeux, compris les deux cAtés opposés, et on échalasse les astes, de façon qu’elles sont étendues de toute leur longueur, perpendiculairement ou obliquement, et dans un même plant comme un espalier; c’est au moins ce qu’affectent ceux qui se piquent d’être les plus habiles dans cette science, et ce qu’on appelle tailler en crucifix. »
Voici l’aspect que présente un de ces pieds de vigne («g. U).
Sur nos côtes, la vigne est ordinairement, surtout quand la terre est fertile, conduite de manière à pouvoir être rangée dans la catégorie des vignes moyennes , puisque souvent elle y dépasse un mètre do hauteur.
Nous en donnons un exemple pris parmi les pieds offrant en même temps un cot et une aste.
On peut enfln classer dans les vignes moyennes celles des Graves de Bordeaux , beaucoup plus basses cependant que les précédentes. La souche de ces vignes est maintenue à une hauteur moyenne de 30 à 33 centimètres. Le vigneron lui laisse deux, trois, quatre, cinq sarinents.
Fig. 14.
l.A VIGNE I)\NS l,E BORDELAIS
suivant le cas, et, au lieu de les étendre dans toute leur longueur, ce qui les énerverait et forcerait à hausser le
pied outre mesure, il les recourbe et les maintient dans cet état en les liant à des échalas.
Voici un exemple de pied de vigne disposé pour être con- Fig. la. duit de la sorte (Qg. 16).
■jm vignen — Les vignes basses sont, dans le
vignoble français, les plus communes, soit que leur abaissement aille jusqu’à voir ramper leurs sarments sur le sol, soit que des petits carassons ou échalas les soutiennent à peu de distance de ce même sol. La première méthode est commune partout où le vin n’a pas un grand prix, où l’on ne tient pas à sa qualité, et où les espèces de cépages employés permettent aussi d’agir de la sorte (Hg. 16).
La seconde est particulièrement employée dans le Mé- Fig. 16.
doc; elle constitue, pour cette localité si intéressanteet si renommée, un mode de culture tout spécial.
Les vignes basses, sans échalas, sont disposées de manière à se suffire à elles-mêmes, aussi bien quand elles n’ont à soutenir que leurs sarments, que quand à ceux-ci vient se joindre le poids des raisins.
D’abord leur souche atteint une certaine hauteur (26 à 30 centimètres), à laquelle elle peut se maintenir ellemême, quand l’ftge lui a donné pour cela les dimensions et la force sufflsantes. Cette première condition est un des points principaux que doit avoir en vue le vigneron.
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dans la coaduile de ces vignes durant les premières années. Il doit aussi veiller à ce que cette hauteur ne dépasse pas les règles voulues, à ce qu’elle n’arrive pas à forcer le pied à se renverser ; la vigne ayant comme on sait la tendance de s’allonger sans cesse.
Les sarments qu’on laisse à ces vignes et qui sont, selon la vigueur du pied, au nombre de deux, trois, quatre ou plus, sont très-courts et prennent pour cela le nom spécial de cot (I). On comprend que c’est là une garantie, afin que les branches à fruits qui sortiront de ces coU puissent elies-mômes soutenir leurs raisins et ne pas être entraînées par eux jusqu’à terre. 8ur chaque cot on laisse trois ou quatre yeux, ce qui peut assurer en tout un grand nombre de branches à fruit et par conséquent un grand produit.
Nous disions ci-dessus qu’il fallait que le cépage luiméme se prêtât à ce mode de taille. Or, celui qu’on y soumet principalement est l’Enrageat ou Folle, dont les caractères principaux sont une grande vigueur, un tronc trapu, des sarments très-gros et beaucoup de raisins.
Les vignes véritablement basses, dans le Bordelais, sont celles du Médoc (Qg. 17), avec carassons A, laies ou lalons B.
Plantées, comme nous l’avons dit à 1" de distance en
(I) La patois, cot veut dire cou.