‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 38 sur 73 · SUR LA NÉCESSITÉ DE DÉTRUIRE DES RACINES ET DES SARMENTS · texte numérisé non relu

SUR LA NÉCESSITÉ DE DÉTRUIRE DES RACINES ET DES SARMENTS

OU MAL PLACÉS , OU D UN CONCOURS DÊSAVANT.ACEUX : l’échaussage et L'ÉBARBAGE.

Dès que les vendanges sont faites et que les feuilles de

dont les livres des anciens nous foutnissent souvent des exemples. Néanmoins nous n'avons pas moins pour eux une véritable vénération : persuadé, comme le dit un des continuateurs de l'abbé Rosier, Tollard atné, et comme le pensait également d'Alembert, c que c'est dans les livres des « Grecs et des Romains, qui dormentsouvent dans nos bibliothèques^ qu'il « faut puiser, comme à ses sources, l'art de enitiver. ■> Persuadé que cette obligation est surtout impérieuse, pour nous habitants du Midi, dont ils furent les premiers maîtres et qui donnons encore nos soins ides plantes qu'ils cultivèrent dans les mêmes conditions et avec la même ardeur que nous.

On ne sera donc pas surpris des occasions nombreuses que nous aurons principalement dans ce livre, d’invoquer la pratique et l'autorité des anciens. Dn reste, comme les anciens étaient d'habiles observateurs et que l'agriculture est avant tout une .science d'observation, on comprendra quelle a pu être, sous ce rapport, leur supériorité et comment ï’illostre Cuvier a pu écrire la phrase suivante ; «De toutes les connais- « sances que nous ont transmises les anciens, l'agriculture est celle que « nous en avons reçue dans l'état le pins voisin de la perfection. » L'observation les avait fait agriculteurs, les progrès des sciences physiques DORS ont fait agronomes.

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la vigne se colurent, suivant les cépages, en jaune ou en rouge plus ou moins foncés, le vigneron, surtout s’il a affaire à des sujets encore jeunes, au-dessous de cinq à six ans, doit prendre sa houe et creuser au pied de chacun d’eux une petite fossette de 30à 25 centimètres de profondeur, de manière à mettre à nu le collet de la plante ainsi que les racines les plus supérieures et les branches qui auraient poussé entre deux terres.

Plusieurs pratiques importantes peuvent être la conséquence de cette première opération : celle du retranchement des racines trop supérieures; celle du retranchement de branches trop inférieures; celle de la réunion et de la fixation, au pied du cep, des feuilles qui vont tomber; celle enfin du fumage ou du terrage de la vigne.

Généralement, la vigne est plantée dans des terres médiocres et à sous-sols plus médiocres encore. De plus et toujours, c’est par des moyens artificiels que la vigne est reproduite et multipliée; par des moyens tendant à favoriser beaucoup plus le développement de ses racines supérieures et traçantes que celui de ses racines inférieures et pivotantes : ces premières d’ailleurs beaucoup plus ex- ' citées que les autres par la terre.

Toutes ces considérations font que de temps en temps et autant que possible tous les ans pour les jeunes vignes, \es plantes, on retranche, après avoir déchaussé, les racines ou radicelles superficielles, celles qui ramperaient à une trop petite profondeur en contre-bas du sol; qui donneraient au sujet une trop grande abondance de sucs non peut-être suffisamment élaborés; qui seraient trop impressionnables aux variations extérieures de l’atmosphère, grands froids et grandes chaleurs; que la charrue et autres instruments de labour atteindraient trop facilemaat

enfin qui retarderaient le développement des autres et priveraient ainsi le pied de la solidité nécessaire.

On comprendra sans peine qu’une opération de ce genre n’a plus la même utilité là où, par exception, la terre et le sous-sol sont également de bonne qualité. Il parait même, par quelques exemples dignes d’être rappelés, qu’elle peut y avoir un danger réel.

Elles font encore, les considérations ci-dessus et par des motifs analogues, que l’on retranche aussi les sarments venus tout à fait à la base du cep et jusque dans la terre. On comprend que do telles branches peuvent nuire aux antres; faire perdre au pied l’attitude qu’il doit avoir et se trouver d’ailleurs, elles-mêmes, dans des conditions peu favorables pour la préparation, la conservation et la maturation du fruit qu’on pourrait leur demander.

Dans ces mômes fosses, nécessaires aux travaux ci-dessus, auxtravaux A'ébarbage, viennent se réunir et s’amonceler les feuilles dont les premières gelées déterminent la chute. Quand la crainte de froids sérieux ou de pluies abondantes que comporte l’hiver, ont engagé le vigneron à les combler, ces débris foliacés achèvent de se décomposer et la fermentation qu’ils déterminent est aussi favorable à la vigne que l’aération, la perméabilité qu’ils garantissent à la terre.

Enfin, c’est encore au moyen du déchaussage en vue des pratiques ci-dessus, que l’on applique à la vigne, soit le fumier, soit la terre qu’il s’agit de lui donner; que l’on opère le fumage ouïe terrage, deux opérations essentielles dont nous parlerons plus tard.

• Comme nous, les anciens procédaient au déchaussage ou échaussage de la 'vigne, et les motifs qui les guidaient dans cette opération, étaient les mômes que ceux que nous venons d’exposer. « il faut, disait Columelle, dé-

chausser la vigne après les ides d’octobre (après le 15 octobre) et avant que les froids surviennent. Cette opération sert à mettre à jour les petites racines qui sont poussées pendant l’été, et l'agriculteur sensé les retranche avec le fer, parce que s’il les laissait se fortifler, celles d'au-dessous s’affaibliraient et il en résulterait que la vigne jetterait sur la superficie du terrain des racines exposées à être dévastées par le froid, ou échauffées par les chaleurs au point que la mère serait infailliblement trop altérée au lever de la canicule... Si l’on est dans un pays où l’hiver soit doux, il faut laisser la vigne ainsi déchaussée à l’air, au lieu que s’il est trop rude, il faut la recouvrir avant les ides de décembre, (avant le 45 décembre) (t). »

Art. III. — OPÉRATIONS de la culture

PRINCIPALEMENT BASÉES SUR LA NÉCESSITÉ DE RÉGLER, DIRIGER ET UTILISER LE COURS DE LA SÈVE : LA TAILLE.

En nous occupant des lois de la physiologie végétale particulière à la vigne (II” partie), nous avons exposé tout ce qui était spécial à l’une des plus importantes de ces lois : la circulation de la sève.

'u Ainsi nous avons constaté, que les sucs puisés dans la terre par les racines, montaient dans le végétal principalement par les couches les plus extérieures et les plus récentes du bois, .qu’arrivés aux feuilles, organes essentiels d’évaporatioR, ils se débarrassaient de l’excès d’eau qui leur avait été nécessaire jusque-là; qu’ainsi transformés, ils descendaient principalement par les couches les plus internes de l’écorce et servaient à tous les besoins du végétal, pour son accroissement, la formation

(0 ÜT. IV, ch. VII.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

de ses produits divers, le remplacement de ceux de ses organes qui lui auraient été enlevés, la cicatrisation des plaies qui lui auraient été faites, etc...

Maintenant nous allons voir comment il a été donné à l’industrie de l’homme d’intervenir dans l’accomplissement de ces divers phénomènes, et de les faire tourner à son proQt par l’opération capitale de la taille.

Importance pbyalologlque et ^onomlquc de la taiue. — La vigne seule, disait Pline, demande à être taillée tous les ans. A cette sentence, un peu absolue peut'ètre, un des plus célèbres horticulteurs des temps modernes ajoute : « De tout ce que l’agriculture assujettit à la taille, et qu’en effet on a coutume de tailler tous les ans, il n’y a ce me semble rien qui ait plus besoin d’être taillé, ni guère rien qui paraisse plus à l’être que la vigne (1). »

Nous avons déjà exprimé cette idée, qu’à l’exemple des animaux les plus civilisés par la domesticité, la vigne avait en quelque sorte abdiqué sa nature première pour en adopter une autre, que l'homme lui a imposé et dont il semble être resté complètement le maître.

Qu’est-ce en effet, que cette plante, par rapport à l’operation importante qui va nous occuper et qui décide chaque année, non-seulement de son existence, mais de la manière dont se manifestera celle-ci; des résultats qu’elle donnera, et plus encore, des résultats qu’elle assurera pour les années suivantes?

Arrivé à l’ûge de payer les avances qui lui avaient été faites, à cinq ou six ans, le pied de vigne n’est déjà plus qu’un tronc plus ou moins fort, plus ou moins contourné, une espèce de point d’appui, duquel le vigneron fait

(0 La Quintinie.

sortir au printemps, d’où il veut, et comme il veut, les branches qui lui donneront, également selon sa volonté, soit du raisin pour fabriquer du vin, soit du bois pour les tailles ultérieures, soit et le plus communément l’un et l’autre.

Justement frappés par ces résultats merveilleux, les anciens n’avaient pu résister au désir d’attribuer à l’art qui les détermine, une origine étrangère à l’emploi ordinaire des facultés conduisant l’homme à augmenter le domaine de ses connaissances.

Un hasard heureux, un hasard extraordinaire, un hasard providentiel, avait fait comprendre tout ce qu’il pouvait y avoir d’utile à porter le fer sur une faible plante; à la mutiler chaque année, à soumettre l’ensemble de sa végétation aux règles les plus, rigoureuses et les plus étroites. '

Au temps assurait-on où l’on ne s’était encore avisé que d’enlever à la vigne sauvage ses maigres raisins, un bouc fut aperçu, broutant un cep do vigne et le dépouillant impitoyablement de ses sarments. Outré d’une telle » audace, le témoin de ce méfait n’avait pas manqué néanmoins de dire à l’animal : ronge le sarment de la vigne pauvre houe, mais quand viendra le moment de t'immoler sur Faulel du sacri/ice, il y aura encore assez de vin sais-en sûr pour arroser tes cornes (1)?

Mais ô prodige I ne voilà t-il pas que l’année suivante le cep ainsi traité se couvre de fruits plus nombreux, plus beaux et meilleurs que ceux des autres vignes. Enfin n’est-il pas reconnu qu’il y a avantage à imiter le bouc, à traiter la vigne comme il l’a fait; mais en se servant pour cela de l’acier, moins meurtrier que ses dents, et

(I) Ovide : Les fiistcs, Liv. I.

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en mettant dans l’opération un calcul qu’il ne pouvait y apporter. Ainsi dit-on, se révéla la taille; ce qui n’empêcba pas néanmoins de conserver au bouc, non de la reconnaissance pour l’indication précieuse qu’il avait fournie, mais une éternelle haine pour le mal dont on l’avait d’abord accusé : dans l’antiquité le bouc était sacrifié à Bacchus.

Sans doute, il ne faut voir qu’une variante de ce récit, dans ce que dit Pausanias, au sujet des Anes qui montrèrent aussi aux Naupliens à tailler la vigne (1).

Beaucoup moins poétique sur ce point, un autre auteur justement apprécié, Pline, assure à son tour que c’est à l’Athénien Eumolpus que l’antiquité attribuait l’honneur d’avoir, le premier, taillé la vigne et émondé les arbres (8).

Quoi qu’il en soit de ces origines, il ne reste pas moins établi, d’après la première surtout, qu’une très-grande importance fut dès le début reconnue à la taille de la vigne. Depuis cette époque reculée, cette importance ne s’est point' amoindrie, et aujourd’hui, comme toujours, on est unanime sur ce point que, do toutes les opérations annuellement subies par la vigne, la plus capitale, celle dont les conséquences en bien ou en mal peuvent avoir plus de valeur et plus de durée, c’est la taille.

Effectivement, cette opération résume toutes les autres, elle est en quelque sorte la .pierre de touche du vigneron, et quiconque ne saitpasla faire n’a pas droit de prétendre à cette qualification honorable. Sans doute on devra tou-

(1) Pausanias : InChorinth.

(2) Liv. VII, chap. cvn. 11 faut lemaniner au surplus qu’Eumolpus cbit originaire de la Thraccet qu’il était venu, comme émigré, à Athènes. Nouvelie preuve de l'antiquité de la vigne et de son origine orientale.

jours 50 défier de l’ouvrier inhabile ou de mavaise foi, quelle que soit d’ailleurs l’opération qu'on lui confie dans la culture de la vigne ; mais lorsqu’il s’agira de la taille, cette défiance deviendra le plus important des devoirs, la plus urgente des affaires pour le maître du vignoble. Les fautes commises en taillant sont presque toujours irréparables, et quant aux actes que peut dicter l’improbité en cette matière délicate, les conséquences en sont telles qu’elles ont donné lieu à ce proverbe Jiien connu dans le Bordelais :

La fortune du propriétaire de vignes,

Est dans la serpe de son vigneron.

Ce sont au surplus ces considératious qui ont motivé dans la Gironde, les concours de taille de vigne adoptés par les comices agricoles depuis l’année 1848, d’après l’idée que, le premier, nous avions émise à ce sujet, dans une communication au Conseil général, l’année précédente (I),

iviioqac de in («liie. — L’époque de l’année à la-

(1) I.es concours de cliamics avaient toujours été l’accompagnement des fêtes provoquées par tes comices agricoles, par ces institutions utiles dont il faut voir la première idée dans ces paroles de Montesquieu : « Dans « le midi de l'Europe, où les peuples sont si forts frappés par le point « d'iionnenr, il serait bon de donner des pri.v aux laboureurs qui auraient « le mieux cultivé leurs champs. « {Espnt des lois : liv. XIV, chap. iv.

Voici au surplus comment les comices dont il s’agit, motivaient les concours de taille de vignê.

« Considérant, en ce qui touche les concours de Taille et Culture de vigne, que ce genre de culture est un des plus étendus et des plus importants de l'arrondissement ;

« Que, dès-lors, il est juste et avantageux que les ouvriers nombreux qu'il emploie, participent aux bénéfices des concours publics et solennels, aussi bien par rapport à leur art, qui trouve dans ces luttes une puissante excitation au progrès, que par rapport à leur moralité et il leurs habitudes, toujours favorisées par ce qui excite l'émulation, par ce qui intéresse les passions nobles et généreuses ;

< Que la taille de la vigne, si elle varie de formes de localité à localité,

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

quelle on doit tailler la vigne a donné lieu à de nombreuses observations, nous dirons presque à des discussions, et tout cela parce qu’on a voulu faire d’une question essentiellement relative, une question absolue; parce qu’on a voulu ériger en principe fixe le moment d’une pratique qui peut et doit nécessairement varier, selon les localités et par des considérations avec lesquelles il n’est pas toujours permis de transiger.

Dans le midi, deux circonstances importantes règlent cette matière et font qu’en général on taille tôt, c’est-àdire à l’automne et dès la chute des feuilles : en premier lieu, c'est la nécessité d’appliquer cette opération à des vignobles ordinairement fort étendus; en second lieu, c’est l’avantage d’agir sous un climat où les gelées d'hiver n’ont jamais une bien grande intensité, et où celles de printemps ne sont ou n’étaient au moins que des exceptions.

Les anciens, selon la localité dans laquelle ils se sont trouvés placés, ont agi à cet égard comme nous et s’il est, par eux, des auteurs, comme Hésiode, qui dit à son frère Persée : « Préviens l’arrivée do l’hirondelle, pour tailler la vigne, cette époque est la plus favorable (I) ^ > Comme le Carthaginois Magon, qui se prononce aussi pour la taille tardive ou du printemps (2) ; en revanche ceux qui

D’admet pas moins en principe l'appréciation judicieuse de la qualité et de la force de ta terre, celle do la variété et de l'clat du cep, celle enfin du régime auquel il a été soumis et de celui qu'il convient de lui imposer à l’avenir, etc... »

(1) Les Œuvres et les jours. Selon Plutarque, cet usage avait continué à être observé dans 1a Béotie, patrie d Hésiode.

(2) Magon était un général Cartliaginois qui avait écrit sur l'agricul-

ture. » L'an 47 av. J. C., quand Carthage fut détruite par Scip'un, et que le contenu de ses bibliothèques fut donné en présent au.x princes alliés des Komains, le sénat ne se réserva que les vingt-huit livres d'agriculture du général Carthaginois Magon. livres que Dccius Syllanus fut cliargé de traduire, et dont les Komains conservèrent longtemps l'original et la traduction. » /

ont écrit, en vue des vignobles de l’Italie et naême de la Gaule, ont au contraire adopté une opinion différente.

Effectivement Caton ({), Columelle, Pline, et même les Géoponiques grecs, se prononcent pour la taille hâtive ou au moins d’hjver. a La taille de printemps, dit Columelle, n'est pas certainement la meilleure pour tous les pays : effectivement il n’y a pas de doute qu’il no faille la préférer dans les pays froids ; mais pour ceux qui sont exposés au grand soleil et où l’hiver est doux, la meilleure et la plus naturelle est celle de l’automne, puisque c’est le temps auquel les plantes se dépouillent de leurs fruits et de leurs feuilles, en vertu d’une loi éternelle prescrite, pour ainsi dire, par la divinité (2). » Cependant Pline, ne va pas aussi loin et, après avoir dit que plusieurs commencent à tailler incontinent après les vendanges, si le temps est doux, il ajoute : a Toutefois il est prouvé, par des raisons tirées des causes naturelles, que cela ne doit jamais se faire avant le lever de l’Aigle (3). » Enfin les Géoponiques offrent ceci de bien remarquable, qu’ils conseillent en outre une méthode dont certains vignerons de nos jours se sont crus les inventeurs : « Dans les lieux exposés à la gelée, disent-ils, il ne faut pas faire une taille complète, mais seulement décharger la vigne et tailler au printemps (A). »

(!) Chap. XXXII.

(2) l.iv. IV, chap. x.

(3) Liv. XVII, chap. XXII.

L’Aigle est une conslellation qui parall vers la 8n de décembre.

(4) A ce propos, nous nous rappelons la visite d'un im enfeur de ce moyen, qui comptait sur uii grand enthousiasme de notre part et se croyait de bonne fui le premier à en faire usage pour le plus grand bien de son pays. — Circonstance qui prouve nue fois de plus combien est ignorée l'histoire de l'agriculture et pourrait e.vcuser, jusqu'à nn certain point, ceux que l'on voit tous les jours tenter des expériences déjà faites, inventer ce qui est, au moins ce qui devrait être connu.

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Une autre circonstance importante aux yeux de ces auteurs, c’était celle du moment au-delà duquel il n’était plus possible de continuer la taille de la vigne. Après avoir dit qne cette taille doit être achevée à l'équinoxe de mars, Pline ajoute les détails curieux qui suivent : < Ceux qui taillent trop tard leurs vignes s’exposent à de honteuses dérisions, et à entendre contrefaire devant eux le chant du coucou. En effet, est-11 rien de plus humiliant pour un cultivateur que d’être rencontré par cet oiseau d’été dans l’occupation de tailler sa vigne. De là aussi les brocards qu’il essuie dès le printemps et que sa paresse lui attire : Tant une telle négligence révolte le monde, qui la prend à fâcheux augure ; et tant il est vrai que la nature n’a point épargné au cultivateur, même dans les moindres choses, les signes qui l'instruisent évidemment de ce qu’il a à faire. (1). »

C’est encore le même auteur qui, après Columelle cependant, a formulé cet aphorisme également répété par Olivier de Serres : Plus tôt plus de bois, plus tard plus de fruit (2).

Quant à la règle, et il yen aune à déduire de tout ce qui précède, la voici en peu de mots : La taille hâtive ou d’automne, qu’elle soit forcée ou facultative, a l’avantage de permettre à la vigne, sinon de cicatriser entièrement, au moins de resserrer ses plaies, avant les grands froids de

(1) Liv. XVUl, chap, xxvi.

Daus Bos climats, les mêmes a peu près qae ceux qti'habitaient les Romains, le coucon fait partie des oiseanx dont le passage, en allant du midi au nord, txtmmence & la mi-earême, et se prolonge jusque vers la mi-maL On comprend en effet qu'i cette première époque, il est d^jk bien tard pour tailler la vigne et qu'elle peut se trouver souvent en pleine végétation.

Daus nos campagnes aussi, où le coucou est didgué par le mot patob couait, on qualifie de cocurcund les agneaux tardifs.

(2) Liv. XVII, chap. xxii.

l'hiver : circonstance précieuse, là surtout où, par suite de la richesse et de l’humidité du terrain, le bois de cet arbuste est relativement mou et spongieux ; là aussi où les variétés cultivées ont une grosse moëlle. Quant aux vignes situées en terres légères et sèches, les tendances particulières qui leur sont communiquées par ce milieu, sont généralement favorables à la taille hâtive : témoin ce qui a lieu de temps immémorial dans Graves les de Bordeaux et dü Médoc.

La taille tardive ou de printemps, peut bien retarder le développement annuel de la vigne, soustraire ainsi plus longtemps ses jeunes bourgeons à l’action des dernières gelées et l’on comprend dès-lors ]iourquoi on y a recours, là où ces accidents sont à craindre, là où l’on cultive des variétés blanches toujours plus hâtives ; mais aussi elle expose la plante à recevoir, s.ur ses plaies fraîches, l’action de ces mêmes froids; elle l’expose surtout, ce qui a lieu également quand on taille trop ‘têt, avant la chute des feuilles, à laisser s’échapper, par des canaux nombreux et encore ouverts, cette liqueur qu.e nous désignons sous le nom de pleurs de la vigne, qui n’est autre que la sève mise en mouvement par les premières tiédeurs du printemps et dont la perte, trop abondante, doit nécessairement l’énerver.

La sève réveillée an retour du prlutcmps.

Coule de veine en velue, anime les sarments.

Et trouvant la blessure ouverte et vive encore En des pleurs excessifs s'écoule et s'évapore.'

(Rosset : VAgr. ch', n.)

Relativement à l’influence de ces deux méthodes sur le bois ou sur le fruit, conformément à l’aphorisme de Golumelle, de Pline et d’Olivier, de Serres, nous avouerons que rien de bien démonstratif à cet égard n’est parvenu à notre connaissance et que, dans tous les cas, nos prati-

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ciens no paraissent guère s’occuper de ces alternatives, quand ils se décident, ou à tailler tôt, ou à tailler tard ; ou après la chute des feuilles, ou immédiatement avant la pousse.

Cavoleau nous donne une' liste des départements dans lesquels la taille précoce est généralement usitée ; ils appartiennent presque tous à la contrée du Midi. Ce sont ceux de l’Ailier, de l’Ardèche, de l’Aude, des Bouches-du- Rhône, du Gard, du Gers, de la Gironde, de l’Hérault, d’Indre-et-Loire, des Landes, du Loiret, du Lot, de la Meuse, des Hautes et Basses-Pyrénées, des Pyrénées-Orientales, de la Haute-Saône, de Vaucluse et de la Vienne, niais dans aucun, ajoute-t-il, la taille n’est encore générale ni en novembre ni en décembre (1).

Mais, après le choix de la saison pour tailler la vigne, vient un autre choix qui a aussi son importance : celui du temps. Sur ce point et pour les cultures qu’ils pratiquent . et qui ne comprennent pas la vigne à leur grand regret, les Anglais ont l’habitude de dire, d’après les anciens : Qu’il vaut mieux encore être hors de saison qu’hors de temps.

Eh bien, ce serait évidemment se mettre hors de temps que de tailler la vigne par un froid trop rigoureux, alors que ses plaies pourraient donner accès à ce froid et que son bois serait devenu extrêmement cassant. Les anciens, encore plus scrupuleux que nous à cet égard, considéraient en outre, comme un temps à éviter en pareilles circonstances, celui que caractérisaient, soit de longues pluies, soit la sécheresse. Enfin Olivier de Serres conseille de choisir pour tailler un jour non importuné de pluies ou de brouillards.

Ce dernier auteur nous dit aussi, et nous lui laissons la

(I) (Enologie franraise, p. 380.

responsa bilité de ses assertions, que la taille a des résultats diiTérents, selon qu’elle est faite en vieille ou en nouvelle lune : le propre de la vieille lune étant de faire produire des racines, comme celui de la nouvelle de faire produire des rameaux. Aussi, d’après lui, est-il avantageux de tailler les jeunes vignes, celles qui ont encore besoin de se fortifier, en vieille lune; tandis qu'il semble convenable également, à l’égard de celles qui sont déjà en rapport, de les tailler alternativement en vieille et nouvelle lune, afin, dit-il, que par les diverses facultés de cette planète, elles soient maintenues en état modéré de fructifier et pour longuement durer. Ailleurs le même auteur est plus explicite encore : « Les vignes languissantes, dit-il, seront secourues par la taille de la nouvelle lune, etc...»

Ces idées, au surplus, ont eu longtemps cours dans nos campagnes, car nous les trouvons reproduites dans le poème rustique du père Vannière. t Quand une vigne a trop de vigueur, dit le poète, et que sa tige séveuse pousse des branches gourmandes et des bourgeons stériles, c’est au renouvellement de la lune qu’on la taille; mais lorsqu’elle est maigre et débile, on attend pour cette opération que les pointes du croissant se joignent et forment le plein de la lune (1).

OnfilM employé* ponr la taille. — Comme pour la plupart des outils dont nous faisons encore usage, nous devons aux traditions grecques, et romaines surtout, la serpe. La serpe, longtemps exclusivement employée pour la taille de la vigne, et aujourd’hui et pour ce qui est du Bordelais, à peu près reléguée dans la contrée du Médoc.

Cet outil, fort simple d’ailleurs, s’y est maintenu à peu

(I ) Pi wdium rustimm, io. x.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

près dans sa pureté primitive, ainsi qu’il est facile de le reconnaître en comparant son état actuel avec la description qu’en fait Columelle et la ligure qu’ont pu en tracer quelques-uns des traducteurs de cet auteur (I).

« La partie la plus voisine du manche A, qui présente la lame dans une direction droite, s’appelle culler, couteau B (flg. 18;, à cause de sa ressemblance avec un couteau.

Fig. 18.

Celle qui est recourbée s’appelle sinus, courbure C. Celle qui descend de la courbure s’appelle scalprum, scalpel D. Celle qui la suit, et qui est crochue, s’appelle rostrum, bec E. Celle qui surmonte cette dernière, dans la forme

(I) Ces tradacieuTs ne sont pas irès-nombreua. li y a Cf. Cotereau, dont l’ouvrage parut en 1555, avec des annotations par J. Thierry, et dont il fut fait une seconde édition en 1556. li y a Sabonreux de La Bonneterie (jui traduisit tous les géoponiques latins, en 1771 ; traduction reproduite de nos jours avec une fidélité scrupuleuse, par M. Nisard.

11 y a aussi un de nos compatriotes, Bellet, chanoine de Cadillac, frère d'un médecin qui s'était fait à Paris une grande réputation, et qui y monnit en 1778.

La traduction de l'abbé Bellet figure parmi les manuscrits de la bibliothèque de la ville de Bordeaux. Sans attaquer son mérite, que nous n’avons pas eu l’occasion d'apprécier ï fond, nous exprimerons le regret de la voir dépouillée d'une foule d'explications locales dont, à cette époque, peut-être il eut été plus facile encore de l'enrichir que de nos jours. L’abbé Bellet a laissé d'autres manuscrits très-intéressants, tant snr l'histoire de Bordeaux que sur l'agriculture de la province.

r . L, '-■-.gle

d’une moitié de lune, s’appelle securis, hache F (1). En&n cette partie aiguë, qui sort du bout de la lame en forme de pointe, s’appelle mucro, pointe G.

n Chacune de ces parties, continue ie même auteur, a sa fonction particulière, pourvu que le vigneron soit habile à manier cet outil. Car, lorsqu’il veut couper quelque chose en appuyant la main devant lui, il se sert du éviter B. Lorsqu’il veut couper en tirant la main à lui, il se sert du sinus C. Lorsqu’il veut unir la plaie, il se sert du scalprum D. Lorsqu’il veut creuser, il se sert du rostrum E. Lorsqu’il veut donner un coup, trancher en frappant, de la securis F. Et lorsqu’il veut nettoyer un endroit dont l’ouverture est étroite, il se sert du mucro G (2).»

On vpitelTectivement, qu’à part cette dernière pièce, le mucro G, qui pourrait peut-être, dans certains cas, être un embarras, et auquel d’ailleurs il est si facile de substituer le rostrum E, la serpe romaine et celle du Médoc sont absolument identiques.

Ce fait, du' reste, n’a rien d’étonnant, et nous pourrions le signaler par rapport à une foule d’objets de culture et autres, que la nécessité a dû imposer aux hommes dès la plus haute antiquité, et pour lesquels il n’était pas nécessaire de se livrer à de bien grands efforts d’imagination.

Mais quel que soit le mérite de la serpe, quels que soient les titres qu’elle doit à son antiquité, depuis quelques années néanmoins et avec une rapidité qui prouve qu’on a

(1) Ici, cependant, la qualification de mmïié tic lune donnée au Sécurt.sne serait pas jnste, si cette partie de l'outii avait été droite comme elie l'est de nos jours. Hais, comme on le voit encore dans certaines localités et comme en offrent l'exemple 'certaines seniptures anciennes, cette partie de l'outil pouvait effectivement avoir un tranchant concave, et tel que l'indique la ligne pointée.

(2) Liv. IV, ch. XXV.

TRAVAtX AMNHELS DU VIGNOBLE

rencontré en cela de sérieux avantages, on lui a substitué le sécateur.

Le sécateur, dont voici la figure la plus ordinaire, a été inventé par M. le marquis Bertrand de Molleville, qui l’introduisit d’abord parmi les jardiniers de Montreuil, d’où SQCcessivement il s’est propagé dans toutes les contrées de vignobles.

Cet outil (flg. 19) se compose de deux branches croisées A, A, se terminant en forme de ciseaux par deux lames B. G. La première de ces lames B est tranchante; la seconde G ne l’est point, mais elle est disposée, par son rapprochement complet de l’autre et par sa courbure, de manière à presser fortement sur celleci le sarment qu’il s’agit de couper et à garantir ainsi son amputation, avec toute la force, toute la facilité que donne un levier, et toute la netteté qu’assure une lame d’ackr bien aiguisée et bien dirigée.

En outre et pour forcer l’outil à s’ouvrir de lui-même, condition que n’aurait pu remplir la main, à moins de munir le sécateur d’anneaux pour passer les doigts comme dans les ciseaux des couturières, on a établi entre les deux branches un double ressort D, D, dont l’action est facile à comprendre.

Sans entrer, à l’égard du sécateur, dans les détails mécaniques que comporterait l’explication complète delà double > action de cet outil, presser et trancher, nous ferons remarquer que les difficultés qu’il peut présenter dans sa confection résident toutes dans la courbure à donner aux deux lames du côté où elles doivent se rencontrer et trancher.

IS

Effectivement, cette courbure doit être telle que toujours, sans qu’il y ait ni rêclement des sarments engagés entre ces deux lames, ni écrasement de ces sarments par la pression, l’amputation s’effectue avec la précision et la netteté que l’on obtenait au moyen de la serpe, et que l’on obtient aussi au moyen d’un sécateur bien fait. C’està-dire au moyen d’un sécateur dans lequel la pression exercée par la lame C sur la lame B sera toujours exactement perpendiculaire au point de cette dernière lame, appelé à opérer la coupure.

Les avantases du sécateur sont faciles à comprendre, ils consistent principalement dans les détails suivants que n’offre pas au même degré la serpe :

1“ Plus grande facilité de maniement et possibilité d’user de la main gauche qui reste entièrement libre;

2" Ménagement du sujet taillé, qui se trouve ainsi à l’abri des tiraillements et des secousses que lui fait trop souvent éprouver la serpe, surtout quand elle est mal dirigée;

3» Fréquence moins grande et même nulle des accidents consistant dans la blessure ou l’amputation complète d’un sarment que l’on aurait voulu conserver;

4° Rapidité notable dans le travail. Économie de peine, de temps et d’argent.

Néanmoins, il faut dire que le sécateur ne fonctionne d’une manière entièrement satisfaisante, qu’à la condition expresse d être bien fait et toujours bien aiguisé. Il faut ajouter encore qu’il y a toujours pression, écrasement même dans ses coupures et qu’il opère moins bien que la serpe celles qui doivent être faites ras du vieux bois; qu’il ne peut servir au retranchement des branches un peu grosses, malgré le tranchant qu’on a voulu ajouter à la partie extérieure de la lame B, et enfin que ses cou-

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pares sont toujours perpendiculaires à l’axe du sarment opéré, et non pas en bec de fiute, comme le prescrivent cependant les plus anciens préceptes eu matière de taille de vigne.

Nous avons dit ci-dessus que la serpe s’était maintenue dans le Médo'c, nous pouvons ajouter qu’elle n’y sera, sans doute, jamais remplacée par le sécateur, et cela tient beaucoup plus, quoiqu’on en ait dit, au mode spécial de cultiver la vigne dans ce pays qu’à l’empire des traditions. Dans tous les cas, lorsqu’on a vu les vignerons médocains se servir de leur serpe, on serait tenté de regretter l’abandon d’un outil dont ils usent avec tant de précision, d’adresse, de dextérité et même de grâce.

But gëuéral de la taille. — Nous l'avons déjà dit, la taille, d’une manière générale, a pour but essentiel l’utilisation de la sève en faveur du produit do la vigne ; c’est l’intervention la plus hardie et la plus directe de l’industrie de l’honune dans l’économie de la plante, en vue des avantages qu’il en attend. Livrée à elle-même, la vigne» distribuerait dans son intérieur la sève dont elle dispose,

et tous ses organes indifféremment seraient appelés à en avoir leur part. Le fruit ne serait pas oublié sans doute, mais les faits à son ^ard seraient bien différents : tant par rapporté sa quantité et à, sa qualité, que par rapport même à sa répartition sur le pied qui nous l’offrirait. De là résulterait cette harmonie que nous présentent les plantes, en général, à l’état sauvage, harmonie bien différente de celle que nous cherchons à leur imposer par la culture.

Dans ce dernier cas effectivement, c’est une harmonie purement artificielle que nous substituons à celle de la

ature. Ce fruit qui n’était, malgré toute son importance,

qu’un des nombreux détails de l’ensemble formé par l’individu végétal, nous en faisons le but principal, le but unique de son existence et de tous les phénomènes que comporte celle-ci. Nous voulons que, de préférence à tout le reste, il nous offre constamment et exclusivement, les deux conditions assez difficiles à concilierdu reste, comme nous le verrons, de quantité et de qualité.

Tout le reste, nous le subordonnons à ces premières et capitales conditions, en plaçant à la suite, comme dépendances, comme simples moyens, [toutes les autres exigences auxquelles nous ne pouvons nous soustraire, dans le grand acte de la taille.

Or ces exigences, voici comment les anciens, avec la simplicité et la netteté qui les distinguaient, en faisaient l’exposition.

<i En quel temps que le vigneron taille, il a trois choses principales à observer :

• La première, c’est le fruit de Tannée ;

« La seconde, c’est le bois dé Tannée suivante;

« La troisième, c’est la durée de la vigne.

« La négligence d’un seul dec es points, quel qu’il soit , est capable de porter un grand préjudice au propriétaire (1).»

Malgré cette extrême simplicité et sans avoir besoin pour ccIb d’être profondément versé dans la pratique, il est facile de comprendre que les trois points signalés par l’auteur latin, peuvent souvent se trouver en opposition Tun avec l’autre, et que la satisfaction à leur donner doit résulter, la plupart du temps, d’une transaction, d’un accommodement entre leurs exigences réciproques.

Or, toutes les fois qu’il y a transaction et accommodement, il faut nécessairement qu’il y ait eu aussi compa-

(1) CüLDMELLE, Liv. IV, chap. XXIV.

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raison, réflexion et raisonnement. Et voilà pourquoi l’on a toujours comparé le tailleur de vigne au médecin ; à l'homme qui ne prend jamais un parti, qui ne prescrit jamais un remède, sans s’être minutieusement enquis, non-seulement de la nature du mal qu’il a à traiter, mais encore de toutes les circonstances qui l’ont précédé et de toutes celles qui l’accompagnent.

Nous savons bien que le tailleur de vigne met ordinairement dans ses opérations une rapidité qui semble exclure l’emploi de ses facultés intellectuelles. Cependant, qu’on ne s’y trompe pas, il y a encore dans cette rapidité qui nous étonne, la preuve de cet emploi, sinon immédiat, sinon complet, au moins antérieur, assez développé, assez répété pour lui avoir garanti une expérience, une habitude qui fout qu’il n’a plus besoin’ de s’arrêter, et qu’il semble agir, non plus par réflexion et par calcul, mais par instinct.

Évidemment, quand un homme taille bien la vigne, quand il satisfait, comme cela se voit ordinairement dans la Gironde, à toutes les conditions exigées par cette opération délicate et capitale; enfln quand il joint à cela la dextérité et la rapidité qu’elle comporte également; ce n’cst pas parce que l’opération a perdu de son importance et de ses difficultés, ce qui est impossible, mais parce que, ce qui est parfaitement dans la nature de l’homme, il est parvenu, par la puissance de l’habitude, à concentrer dans une seule action tous les détails qu’elle admettait antérieurement; parce qu’il est arrivé à posséder une justesse de coup-d’œil, une promptitude de décision, une rectitude d’opération, qui semblent réduire son œuvre aux conditions du travail mécanique le plus simple et le plus borné.

Ainsi le but que se propose le tailleur de vigne est de

plus haute importance : toujours délicat, souvent difOelle. Ainsi encore la rapidité qu’il peut apporter drns son œuvre n’exclut en aucune Caçon le raisonnement qu’elle exige; seulement elle prouve combien l’habitude a de puissance sur nos actions, combien elle peut les rendre simples en apparence, faciles en réalité. Ne voit-on pas des hommes additionner des colonnes entières de chiffres comme s’ils en lisaient les résultats écrits?

Répétons donc, avec un savant Français, dont la perte a récemment affligé les sciences naturelles : « Sagement basée sur les lois de la végétation, la taille contribue, entre les mains des praticiens habiles, non-seulement à régulariser la production des fruUs, à en obtenir de plus beaux, mais encore à prolonger l’existence et la fécondité des arbres (1). *

Le vigneron qui, en taillant, n’aurait uniquement en vue que le produit de l’année, agirait comme ces sauvages de la mer du Sud dont parle Montesquieu, et qui abattent l’arbre pour avoir son fruit.

Le vigneron qui, en taillant, n’aurait uniquement en vue que le buis de l’année suivante, imiterait ce ebien de la fable qui lâcha sa proie pour l’ombre :

Et n’eul ni l’ombre, ni le corps.

>Le vigneron enfin qui, en taillant, n’aurait uniquement en vue que la durée de la vigne, tomberait à l’égard de cet arbrisseau et malgré toutes les sympathies qu’il mérite, dans une sorte d’idolâtrie. 11 imiterait les anciens Égyptiens pour qui certains animaux, certains végétaux étaient des dieux.

Au contraire, le vigneron également soucieux de ces

(I) M. IIÉBJCABT DE TbUBT.

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trois exigences, en apparence opposées, habile et soigneux à les concilier, ferait preuve tout à la fois d’intelligence, de savoir et de probité.

Art. IV. — Taille piiopresie.nt dite.

Si nous ouvrons un livre de médecine bien fait et, ce qui est fort important encore, consciencieusement fait, nous y trouvons exposés les principes sur lesquels repose l’art de guérir les différentes maladies de l’espèce humaine. Mais cette exposition, à part les exemples plus ou moins nombreux dont on peut l’appuyer, n’est pas faite néanmoins de telle sorte, qu’il puisse être possible, au premier lecteur venu, de comprendre ces principes et de procéder lui-même aux applications auxquelles ils peuvent donner lieu. En un mot, et malgré les prétentions ridicules à cet égard de trop de gens, ce n’est pas en lisant un ouvrage de médecine qu’on peut devenir médecin; qu’on peut arriver à traiter les maux dont on souffre soimême ou dont souffrent les antres. A cela il faut encore joindre les démonstrations, les applications, les expérimentations que comporte l’enseignement médical.

Justement, en agriculture, les choses se passent exactement de la même manière et s’il est possible, s’il est, jusqu’à un certain point, facile d’exposer les principes sur lesquels repose l’art de tailler la vigne, il n’est pas moins vrai également qu’on ne peut, uniquement de cette manière, enseigner cet art; énumérer tous les faits que peut offrir son application, toutes les opérations , toutes les pratiques, dont il peut réclamer l’emploi, dans tous les cas possibles.

Tout ce que l’on doit se proposer, tout ce qu’il est possible d’espérer, en semblable occasion, c’est d’arriver à ce point qu’après avoir lu ce qui a été écrit sur la taille :

celui qui sait déjà, puisse se rendre compte de ce qu’il fait ; celui qui ne veut que comprendre les motifs généraux de ce qu’il voit pratiquer, puisse arriver à cette intelligence.

Appi^latlona qal doivent précéder la taille. —

Qu’on nous permette encore de recourir à une comparaison déjà employée, qu’on nous permette de dire que le vigneron, auprès d’un pied de vigne, est comme le médecin auprès d’un malade. L’un et l’autre vont agir de manière à procurer à leur sujet, les avantages les plus nombreux dépendants de leur art ; l’un et l’autre vont, pour cela, faire usage de moyens dont les conséquences, s’ils étaient mal employés, pourraient être des plus graves; l’un et l’autre enfin ont le plus légitime intérêt à s’enquérir d’avance de toutes les circonstances particulières à ce sujet et capables de les éclairer sur son état

Pour ce qui regarde le vigneron, on pourrait croire que cette appréciation préalable ne peut porter que sur un très-petit nombre de points, alors surtout que l’on a été témoin de la rapidité, quelquefois peut-être trop grande, avec laquelle il y procède. On va voir, par ce qui suit, combien on se tromperait si l’on était dans de telles idées.

Avant de porter le fer sur un pied de vigne, voici effectivement ce qu’il faut chercher à connattre, par l’examen de ce pied et des circonstances au milieu desquelles il se trouve placé.

1° Age du sujet. — Aux yeux d’un homme exercé, l’âge d’un pied de vigne se décèle par les caractères les plus tranchés et les plus faciles à saisir. Or, en vue du produit à lui demander, on doit tenir compte de cet âge : la jeunesse, l’âge mûr, la vieillesse, ne pouvant être traités de la même manière.

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Faisons remarquer aussi, comme ajoutant aux difficultés de cette première appréciation, qu’il en est des végétaux comme des animaux, et qu’en dernière analyse les uns et les autres ont, non pas toujours l’âge que décident les années, mais plus ordinairement l’âge dont témoignent leur manière d’être, leur état de conservation pu de décrépitude ; en un mot, l’âge qu’ils paraissent avoir.

2“ Vigueur ou dépérissement. — Un pied de vigne peut avoir prospéré et se trouver en possession de tous les avantages que cherche à lui assurer la culture. Au contraire, il peut être arrivé aussi qu’ij ait été contrarié, par quelque cause connue ou inconnue, et que son état ne soit pas aussi satisfaisant qu’il devrait l’être.

Selon l’un ou l’autre de ces cas et les nuances sans nombre qu’ils peuvent admettre, la taille à lui imposer doit nécessairement varier, non dans le fond mais dans la forme; non dans le but général qu’elle se propose, mais dans les modifications à faire subir à ce but.

3° Espèce. — De même que toutes les espèces de vignes cultivées ne présentent pas les mêmes caractères, n’ont pas les mêmes tendances, de même aussi la taille à leur imposer doit éprouver certaines modificaticns de détail, dont l’omission pourrait être dangereuse. '

Manière de pousser. — Non-seulement toutes les espèces de vignes, tous les cépages, n’aflectent pas en poussant le même degré de vigueur; mais encore on peut presque dire que toutes ne poussent pas de la même manière et qu’il est à cet égard des différences souvent très-sensibles, dans la sortie du bois de l’année, dans la direction qu’il prendra, dans les facilités ou les difficultés qu’il offrira par rapport aux autres opérations qu’aura à lui faire subir la culture. D’où encore certaines in dlfications dans la taille.

5» Manière de porter le fruit. — Bien que la règle générale veuille que les raisins sortent toujours des boutons inférieurs des sarments et qu’ainsi il y ait avantage à répartir quatre boutons par exemple sur deux sarments, ou cots, au lieu de les laisser tous quatre sur le même; néanmoins il se rencontre des espèces auxquelles cet arrangement ne saurait convenir.

Celles-là, ont besoin d’échelonner leur fruit sur une plus grande longueur de bois, sous peine de pousser inutilement une foule de sous-bourgeons, au grand détriment de ce fruit et du pied lui-même; sous peine devoir ce fruit devenir trop souvent la proie de la coulure. Ce sont les espèces qu’il faut tailler long.

6“ Bui particulier que l'on a en vue. — Ce but ne varie guère, il est vrai, ou plutôt ne varie pas pour chacune des grandes catégories de vignes déjà signalées. Mais entre ces catégories les différences, sous ce rapport, sont considérables et l’on ne traite pas, à la taille, absolument de la même manière les vignes hautes, les vignes moyennes et les vignes basses.

Il peut survenir aussi des circonstances capables, non plus de modifier, mais capables de changer radicalement le mode de taille. Ainsi quand on veut forcer momentanément

ou ralentir la production d’une vigne, on comprend que la taille, l’opération la plus apte à influer sur son produit doit être modifiée. 11 en est de même quand on veut, en vue de sa destruction prochaine et sans ménagements, faire donner à une vigne tout ce qu’elle peut rapporter, quand on veut la tailler à mort.

7» Mode de culture suivi. — Selon qu’on cultive la vigne à la main ou à la charrue; qu’on récbala,sse ou qu’on ne l’échalasse pas; selon qu’on introduit d’autres modifications plus ou moins capitales dans cet échalassement et

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TBAVACX ANXUEI.S DU VIGNOBLE

dans quelqu’un des autres détails de la culture, il peut être encore nécessaire de faire varierd’une manière plus ou moins complète son mode de taille.

8* Nature de la terre et force du pied. — Entre un pied'qui a atteint tout le développement qu’il peut comporter et celui au contraire qui est resté notablement au-dessous, circonstances sur lesquelles influe la terre de la manière la plus directe, il y a des différences que ne saurait méconnaître la taille et dont il convient au contraire qu’elle tienne un compte sérieux.

Quel qu’ait été le désir, chez les hommes, de ramener tout à des règles générales et invariables, d’établir à ce point de vue au mgins l’égalité complète; jamais, depuis que le monde existe, il n’a été possible de rencontrer un mode d’administration, un système de gouvernement, qui pût prendre pour bases ces principes absolus et ne s’en point départir. Chez les hommes tout est inégalité, aussi bien dans l’ordre physique que dans l’ordre moral et rien ne varie plus, et rien n’a plus besoin de varier, pour être juste et équitable, que l’application qui leur est faite des lois auxquelles ils se sont soumis.

Chez les végétanx, et au point de vue où nous les examinons en ce moment, il en est de même; car la nature à leur égard a fait preuve d’une puissance tout aussi grande, tout aussi féconde, dans la variation de leurs formes, de leurs tendances, en un mot de toutes les propriétés qu’ils peuvent offrir.

De tout cela il résulte, non-seulement que la taille est une des opérations les plus délicates de la culture en général et en particulier de celle de la vigne ; mais encore que ses conséquences bonnes ou mauvaises, peuvent s’étendre extrêmement loin. « Bien dirigée, dit Jonh Lindley, la taille est une des plus utiles opérations dont une

plante puisse être l’objet; si elle l’est mal, elle en devient une des plus dangereuses (1). r

■HnpoMitloM partlcall(^r«« de la vigne par rapport A la taille, — Tous les végétaux que l'industrie de l’homme soumet à la taille ne paraissent pas être également bien disposés, par la nature, pour cette opération. Justement, parmi ces végétaux, la vigne est celui qui se fait particulièrement remarquer: par rapport aux facilités qu’il réunit et qu’il doit à son organisation spéciale, à sa manière de se développer, de porter son fruit, etc...

L’organisation de la vigne est telle, que le bois qu’il s’agit communément de retrancher, n’a pas acquis encore une dureté suffisante pour résisfer à l’outii tranchant, exiger une grande force et occasionner beaucoup de fatigue.

Presque toujours c’est le sarment de l’année que doivent attaquer la serpe ou le sécateur et quand ce sarment est bien mûr, qu’il a été bien aoûté, sa fermeté est juste assez grande pour opposer au tranchant de la lame, d’ailleurs bien aiguisée, une résistance qui fait que celle-ci le coupe sans l’écraser, sans laisser après elle aucune bavure.

Ce fait peut particulièrement être remarqué dans la taille du Médoc, qui n’a pas cessé comme on sait de se faire à la serpe. Là, quand il s’agit, après l’avoir dépouillé de ses boutons supérieurs, de rogner le sarment qui devra former un des bras de la vigne, une des astes; c’est en le tenant avec la maiu gauche, en lui appliquant, perpendiculairement à son axe, le tranchant de la lame et en imprimant à cette lame urTpetit mouvement de gauche

(t) Théorie de Vhorticutture.

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à droite, qu’on opère ce retranchement, avec autant de dext^ité que de netteté et de grâce.

Bien que le bois de la vigne soit extrêmement poreux; quand la taille est faite en temps convenable, c’est-à-dire pas trop tard, on voit encore ce bois se resserrer, se solidifier assez pour que la plaie puisse être considérée comme cicatrisée et pour que la branche cesse -bientôt d’avoir rien à craindre sur ce point, des atteintes des météores.

Quand aux plaies plus grandes par suite de retranchement total de sarments ou de branches plus anciennes, on sait avec quelle facilité et quelle promptitude la vigne en dérobe les traces, et quel aspect singulier et bizarre ces plaies nombreuses et successives finissent par impri mer à son tronc.

Relativement à la manière dont la vigne se développe, dont elle pousse annuellement, il est encore quelques faits non moins précieux pour la taille.

Ainsi et à très-peu d’exceptions près, on sait d’avance :

f. Que les boutons à fleur et à fruit sont les plus inférieurs du sarment;

2». Que ce sarment, pour donner lieu à de semblables boutons, doit être le produit de l’année présente;

3°. Enfin que ce sarment encore, pour être fructifère, doit lui-même être venu sur un autre de l’année immédiatement antérieure.

On sait également que la vigne, à cause de sa vigueur naturelle et de l’action qu’exerce sur elle la taille, a une grande propension à produire des bourgeons adventices, et que ceux-ci peuvent sortir dos parties les plus basses et en apparence les moins végétantes de la souche. Circonstance particulière, à l’aide de laquelle il est souvent possible d’arrêter la tendance constante de la vigne à

monter et à. s’élever; à l’aide de laquelle il est possible de la rabaisser; or, ainsi que le dit le proverbe : «

Rabaisser la vigne,

C'est la rajeunir.

Obaervattona diverse* en madt^rc détaillé. — C’est une nécessité impérieuse et dès longtemps proclamée que, dans l’espèce de chirurgie végétale à laquelle donne lieu la taille, les outils employés soient également bien disposés par leur forme, par leur qualité, par leur prépara- «tlon, pour trancher avec facilité et faire des coupures franches, régulières, complètes et nettes.

Gomme le bois réservé doit nécessairement et jusqu’au point où il a été tranché, conserver toute la plénitude de son existence, jouir de toutes ses facultés vitales, il faut autant que possible que la plaie qu’il a subie n’exerce sur lui aucune réaction fùcheuse; il faut aussi qu’elle soit aussi bien disposée que possible à se cicatriser promptement : toutes circonstances qu’asurent la netteté et la régularité de la coupure.

Il est inutile d’ajouter sans doute combien il y aurait de danger à opérer différemment; à retrancher les sarments par simple cassure, par arrachement ou par torsion : le pied pourrait en souffrir grandement et son existence pourrait se trouver compromise, sans compter le manvais effet que cela produirait à l’œil.

Quand il s’agit du retranchement d’une branche trop grosse, d’un bras principal de la vigne, retranchement qui réclame l’emploi de la scie, on doit avoir soin encore pour unir, pour polir, la surface sur laquelle a passé cet outil, de se servir d’une lame tranchante, sans quoi le mauvais temps aurait trop de prise sur cette surface et les insectes pourraient trouver à s’y établir : la sciure n’étant après tout qu’une déchirure.

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Le point où il faut couper un sarment a aussi son importance, bien que ce soit toujours entre le dernier bouton conservé et le premier retranché, et dans cet espace nommé en organographie meri thalle (Qg. 20 A).

Dans bien des cas cependant, la nécessité d’assujettir la branche fait que cette coupure est portée beaucoup plus loin B; mais alors les boutons superflus sont retranchés ou éborgnés, comme on le dit en terme de pratique.

Ainsi, dans le premier cas, audessus du bouton où se fait la cou- Fig- 20. pure A, il faut laisser assez de bois pour que le bouton lui-même n’ait rien à souffrir des résultats de l’amputation, pour qu’il ne soit pas exposé à se dessécher et à périr. D’un autre côté aussi, il ne faut pas en laisser trop, ce serait donner au pied un vilain aspect en le montrant ainsi hérissé de bois mort; car on comprend que, physiologiquement, cette portion d’entre-nœud, du mérithalle, est exposée à mourir et à se desséchée, puisqu’il n’y a plus au-dessus d’elle aucun organe capable d’y appeler la vie. Ce serait aussi rendre impossible la cicatrisation de la coupure et ménager, au pied, des chicots qui nuiraient à son aspect et à sa bonne direction.

Un fait encore d’une haute gravité, c’est l’orientation et la direction à donner à la coupure. Il ne faut pas, autant que possible, que la plaie soit horizontale; car alors la pluie pourrait y déterminer une carie susceptible de gagner tout le pied. Il ne faut pas non plus qu’elle penche du côté du bouton voisin ; car alors, au lieu de verser ses pleurs à terre, où ils ne nuisent à rien, elle en imbiberait le bouton qui pourrait ainsi en souiTrir.

L’air, la lumière, l’accès direct des rayons solaires étant indispensables à la vigne, aux temps de son développement printanier, de sa floraison et de la maturation de son fruit, il faut avoir grand soin de prévoir, dans la taille, une exposition régulière et complète li tous ces agents des sarments auxquels elle devra donner lieu.

Bien souvent, cette nécessité, dont le vigneron peut se faire l’idée, par rapport aux boutons qu’il conserve et par l’examen de la situation et de l’orientation du lieu, exige le sacriflce de parties du bois qu’il eut mieux valu conserver, eu égard aux autres considérations propres à les recommander.

D'où il résulte qu’en taillant, il faut voir le pied de la vigne, non-seulement tel qu’il est et s’inspirer de son état; mais encore tel qu’il sera, et se rendre compte d’avance dds nécessités diverses sous lesquelles il se trouvera placé.

Enfln, il faut aussi, autant que possible, et cette dernière prescription ne peut guère étrocompriseque par les hommes qui pratiquent, que les coupures successives soient faites de manière à conserver toujoursà la sève, dans son parcours de bas en haut, le trajet le plus direct et le plus facile.

« La taille se fera, dit Olivier de Serres résumant toutes ces prescriptions, avec des serpes bien tranchantes, légères et subtiles, pour n’esclater le bois, esloignant tant qu’on pourra la* tranchée dû dernier œil, de peur que mourant quelque peu de bois, comme cela advient souvent par les froidures, l’œil ne soit enveloppé en ce danger. On la fera en biais et pendante derrière l’œil, pour, de ce côté-lù, faire vider les eaux de la pluie et celle que la vigne Jette d’elle-même en pleurant, sans incommoder

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le bourgeon : ôlant au reste tous autres jettons superflus, les coupant rez du tronc. »

Au reste, le mode spécial de culture suivi peut encore imposer à la taille certaines conditions de détails qu’il serait difflcile de prévoir et de consigner dans unécritcomme celui-ci. Par exemple, dans le Médoc où la charrue passe six fois par an dans chaque rang de vigne, une condition bien essentielle, à ce point de vue, c’est de toujours, et autant que possible, choisir le bois de taille parmi ceux qui ne pourront ni entraver la marche de la charrue, ni être blessés par son armure.

Abt. V. — Principes génébadx dk là taille.

Il n’y a pas, dit M. de Gasparin, Je méthode générale pour la taille, et effectivement il ne peut pas y en avoir même pour une môme plante ; seulement il y a des prin-' cipes généraux fondés sur deux ordres de faits également importants :

I” Sur les faits de la nature : ceux qu’a révélés la pratique de l’art; ceux qu’a recueillis la science, et dont elle a constitué .son domaine.

2* Sur ies faits de la localité ; ceux qu’ont commandé un but et une tendance que le temps a spécialisés, que l’expérience a sanctionnés, que l’intérêt a maintenus.

Les premiers de ces faits ont donné lieu aux principes, en très-petit nombre, qui forment les conditions de la taille partout et pour tous les végétaux soumis à cette pratique : principes basés sur l’interprétation rigoureuse des lois de la physiologie et autres particulières au règne végétal.

Les seconds de ces faits ont donné lieu à des conditions,

des méthodes, des dispositions particulières à chaque localité, et que l'on ne pourrait, dans bien des cas, changer en totalité ou en partie, sans mettre en danger des avantages acquis, une supériorité légitime, une réputation méritée, quelquefois même un monopole incontesté.

Prinripes de le Uillle basée sar les faits de la natare. — En se basant sur les faits de la nature, sur la manière d’être, la manière de végéter, et toutes les autres circonstances particulières à la vigne, on peut admettre, dans la taille de cette plante, plusieurs divisions générales et distinctes, selon qu’il s’agit d’en faire l’application : r à une jeune vigne qu’il s’agit de former ; S* à une vigne en état de rapport, et qu’il iaut entretenir; S” à une vigne dégénérée, et que l’on veut réparer; 4* enfin à une vigne dont la destruction est arrêtée.

Dans le premier cas, le but de la taille est la formation du sujet, en quelque sorte son éducation : taille d’établissement.

Dans le second, ce but est essentiellement le produit, en même temps cependant que les autres considérations secondaires commandées par la durée du sujet : taille d’entretien ou taille normale.

Dansle troisième, principalement, ce but est de remettre une vigne du tort qu’auraient pu lui causer une mauvaise direction ou de trop grandes exigences; de retarder son épuisement et sa destruction complète : taille de réparation.

Dans le quatrième enfin, cette destruction étant prévue

et arrêtée, on cherche encore, par la taille, à tirer de la vigne un dernier produit, sans aucun ménagement, sans aucun égard pour un avenir qui n’aura pas lieu : taille à mort.

TRAVAUX ANNÜEI-S DU VIGNOBLE

g I. — Taillk c’Atablissekint.

En mettant on terre un pied de vigne, bouture ou plant enraciné, on a eu soin d’en rogner la portion extérieure, en lui laissant au plus deux de ces traces saillantes qui ont succédé aux feuilles, que l’on devrait rigoureusement qualifier du nom d’œil ou de celui de gemme, mais que nous appellerons déjà bouton, pour nous conformer à l’usage et peur être mieux compris.

Or, de ces deux boutons sont sortis deux jets ou sarments (fig. 21) A et B.

C’est sur ces deux sarments que s’exécutera la première taille, la taille de la première année de la pousse, de la seconde de la plantation.

Cette taille ne sera autre que l’enlèvement complet du sarment le plus élevé A , avec une . portion du plant sur lequel il est venu. Et le retranchement de toute la partie du plus bas B, au-dessus des deux premiers boutons (1).

La seconde année, ces deux boutons ayant produit à leur tour deux nouveaux sarments (fig. 22) A et B, il faudra encore retrancher le plus haut de ces sarments B, et rabattre l’autre A, sur deux boutons.

La troisième année, les sujets ainsi

Fig. 21.

Fig 22.

(1) Oe« peUtes lignes truwversales, qn’il a snffl d’indiquer sans snrebarger la figure de lettres, indiquent les points oùse font les amputations «t la direction qu’il &nt leur donner.

i.A vigne dans i,e bordelais

Fig. 23.

conduits devront permettre de tailler sur deux branches (flg. 23), c’est-à-dire de rabattre ces deux branches ou sarments A et B, chacune sur deux boutons.

La quatrième année, qui sera la cinquième de la plantation, on pourra encore se borner à traiter la vigne d’après les mêmes principes, c’est-à-dire rabaisser chacun des quatre sarments sortis des boutons ménagés dans la figure ci-dessus (i).

On pourra la charger davantage, lui laisser plus de deux boutons à chaque sarment; dans certains cas même commencer à lui laisser un ployon, ou aste, emprunté au sarment le plus bas, et comme nous aurons occasion de le voir.

Dans tous les cas, à ce moment la taille d’établissement devra être finie pour le plus grand nombre de sujets. La plante devra être arrivée au pointuù il ne s’agira plus que de la maintenir par une taille, qui ne se modifiera plus dans son ensemble d’année à année, qui sera bien particulière pour chaque mode spécial de culture de vignes, mais qui reposera néanmoins sur les mêmes principes généraux, et que nous nommerons, comme nous l’avons déjà dit et comme on le verra ci-après, taille d’entretien ou taille normale.

(I) Il convient de faircobserver ici qae les trois fignres ci-dessus (21, 22, 23) ne doivent être prises ni comme expressions rigoureuses de ce qui a toujours lieu dans les cas cités, ni comme modèles à imiter ponctuellement. Sans doute, on agit comme nous le disons, mais les résultats de cette action, modiliés par la croissance de toutes les parties du jeune pied, sont beaucoup moins apparents et tendent sans cesse à se confondre : circonstance qui donne h celui-ci plus d'unité, plus de grâce, et rend en réalité beaucoup moius facile la distinction des divers détails mentionnés.

TRAVAUX .ANNUELS DU VIGNOBLE

Quant à la taille d’établissement, on a dû le remarquer, son but a été de toujours ménager le pied, tout en aidant à son développement, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. On a dû comprendre aussi que cette taille devait décider de l'avenir de la vigne, et que dès lors il importait d’y consacrer une grande attention et une grande prudence.

Des tentatives ont été faites pour agir différemment. Ainsi on a voulu élever tout à coup la vigne et profiter d’une manière plus complète de la tendance qu’elle peut avoir à produire dans ses premières années. Ces intentions , toujours contraires à une sage économie, n’ont donné que des avantages momentanés.

Cependant les anciens qui conduisaient , comme on sait, les vignes très-haut, qui les forçaient à se reposer sur les arbres des plus grandes dimensions, étaient forcés de favoriser, dès le principe, leur rapide élévation. Pour cela, ils ne les taillaient pas d’abord. « Dans le temps que la vigne pousse ses premières feuilles, dit Virgile, ménagez un bois si tendre Mais quand ce bois est devenu

ferme et solide, et que les branches de votre vigne commencent à embrasser l’orme, alors ne craignez point de tailler. »

En réalité, ce que l’on a allongé par ce système, le même que celui de nos treilles, ce ne sont pas les branches productives, c’est la tige destinée à les fournir ^ on a élevé la souche ou la tige de la vigne.

§ 3. — Taili.e d'envretikn ou taille nobmali.

Cette taille, essentiellement faite, nous le répétons, en vue du produit régulier d’une vigne bien plantée, bien établie, bien disposée, et arrivée au moins à la cinquième . année de son Age, sera la continuation des opérations déjà

pratiquées l’année précédente, laquatriëme. Continuation comportant néanmoins certains changements de détails commandés par l’augmentation successive de la vigueur du sujet; par des cas particuliers de culture; par l'obligation de mettre et d'entretenir le sujet dans un état satisfaisant de rapport et do santé.

Ce sera donc la taille d’entretien, normale ou de revenu, qu’il s’agira de répéter chaque année; jusqu’à ce que l’âge de la vigne, ou quelque autre circonstance pouvant changer son état, commandent des modifications plus ou moins profondes.

Ce sera la taille qui donnera définitivement à la vigne les différentes attitudes usitées dans le Bordelais; la taille que motiveront les principes de la physiologie végétale les plus réguliers, les plus constants; ceux particuliers à l’individu arrivé à l’époque de son existence complète et utile.

Enfin ce sera la taille pour laquelle il a été possible de formuler des principes fixes, ou au moins vrais et applicables dans le plus grand nombre de cas.

Ces principes fondamentaux ne sont pas nombreux, et l’un des grands agronomes du siècle dernier, Bosc (<), les avait même réduits à trois seulement.

Premier principe. — « Un sujet dont od coupera, soft tout ou partie de la tige, soit tout ou partie des branches, fera de vigoureux efforts pour réparer ces pertes. »

Comme, selon les lofs de la nature, les tiges et bran-

(I) I--A.-G. Bosc, né à Paris en 1759, mort en 1828. Grand naturaliste, continuateur des œuTres de l'abbé Rosier, en physiqiie et ei) agricnlture; auteur d'un grand nombre d'ouvrages dans cette dernière spécialité. Comme professeur de culture au Jardin du Roi, Bosc avait préparé , de. précieux matériaux sur la synonimie de la vigne : la maladie et la mort l'empèchèrent d'en user pour Ja rédaction d'un ouvrage qu'il méditait.

cbes, et^ dans les eas spéciaux à la vigne, les sarments, sont toujours la conséquence directe des racines, tant par rapport au nombre que par rapport au développement ; il suit de là que si l’on retraocbe partie de ces sarments, le sujet tend immédiatement, sinon à les rétablir, au moins :'i communiquer, à ceux qui lui restent, une plus grande vigueur : s’efforçant ainsi de se replacer dans l’état d’équilibre et d’harmonie où il se trouvait auparavant.

A l’égard de la vigne, cette manière de procéder est celle que l’on répète chajque année. On n’attaque pas habituellement, il est vrai, la tige, le tronc proprement dit; mais on dépouille ce tronc du plus grand nombre de ses sarments et ceux qu’on lui laisse, en très-petite quantité, ou égard à sa tendance à en produire, on leur fait encore subir une amputation qui en réduit insensiblement l’étendue.

De là aussi, la tendance qu'a le sujet de produire ces sarments, même sur les points où il n’existait nul bouton, sur le vieux bois, sur le tronc. Circonstance heureuse qui permet d’emprunter plus tard à ces derniers sarments de quoi refaire le pied ; de quoi remplacer tout ce qui leur était supérieur, afin de tailler plus bas, de rabaisser la vigne, de combattre la tendance qu’elle a à s’élever constamment.

Deuxième principe. — « De deux branches voisines et égales du même sujet, si l’on en coupe une, l’autre pro- Gtera de la sève qui l’alimentait : elle deviendra plus grosse ainsi que ses fruits. »

Ce fait est tellement dans la nature, tellement connu, qu’il est invoqué par le Sauveur du monde, justement dans 1e sens où nous le présentons ici. En parlant de son Père qui est le vigneron : « Il retranchera, dit-il, toutes les branches qui ne portent pas de fruits en moi ; et U

taillera toutes celles qui porteront du fruit, afin qu’tllet en rapportent davantage. » (S. Jean, ch. xv, v. 5.)

Il est positif en effet que la grande réduction des sarments, opérée par la taille, fait que ceux qui sont restés acquièrent une vigueur et un développement qu’ils n’auraient point eue si tous avaient été conservés.

Ici, la sève, qu’on y fasse bien attention, n’a pas été réduite en quantité, rien n’a été changé au nombre et à l’état des racines qui la produisaient : toujours excitées d’ailleurs, par la culture, è remplir leurs utiles fonctions. Seulement le nombre des sarments appelés à en profiter a été considérablement diminué, d’où une plus grande part pour chacun : c’est une simple règle d’arithmétique.

Le môme avantage dont a d’abord profité le bois, à son tour le fruit sera appelé à en jouir. Il sera moins nombreux, porce que les branches qui l’auraient produit ont en grande partie été sacrifiées ; mais il sera infiniment plus beau et son volume, non-seulement compensera amplement ce nombre, mais il en sera de même pour sa qualité.

Troisième principe. — <i Si, au lieu de l’amputation complète du sarment, on se borne seulement à retrancher une portion quelconque de ce même sarment, les fruits qui viendront sur la portion conservée, seront plus assurés, plus gros et de meilleure qualité. »

Ici, et sans qu’il soit nécessaire d’entrer dans de plus long» détails, l’explication ci-dessus trouve une nouvelle et complète appréciation.

Toutefois, il ne faudrait pas croire qu’une telle facilité fut sans limites, et que toujours le retranchement d’une partie notable d’un sarment fut une chose utile et profitable.

Dans bien des cas, pour les vignes taillées court, tail-

TnAVAI'X ANNUELS DU VIGNOBLE

lées à cot comme on le dit dans la localité, et chez lesquelles le nombre des boutons conservés se trouvent répartis sur un plus grand nombre de sarments, trois, quatre, cinq, etc..., il peut être encore convenable de laisser à un de ces sarments, une longueur beaucoup plus grande qu’aux autres, et par conséquent un nombre beaucoup plus grand de boutons à fruits; d’en faire ce que l’on appelle une aste (i), c’est-à-dire de disposer un de ces sarments de manière à ce qu’il puisse utiliser, en se chargeant de fruits, une surabondance de richesse dont la perte eut été regrettable au point de vue du produit, et souvent dangereuse au point de vue du pied.

Sans entrer ici dans la théorie relative à cet objet spécial, de crainte de répéter ce que nous aurons à en dire ci-après, nous ferons observer seulement que le dangerdont il s'agit, celui du chargement insuffisant d’un pied de vigne, ne manque jamais de se trahir par des signes non équivoques et tout à fait de nature à accuser le défaut de savoir, d’attention et de prévoyance du vigneron. Ainsi, dans ce cas, on voit les sarments conservés se garnir de sous-bourgeons en grand nombre, et la plupart do ceuxci se couvrir de fruits qui ne sauraient arriver à bonne fin.

Il est ù remarquer môme que, pour certaines espèces, le mal dont il s’agit ne pourrait être entièrement évité par la multiplication des cols laissés, à cause de la tendance qu'elles ont d’établir leur fruit sur le même sarment : ce sont les espèces qu’il faut impérieusement tailler à longs bois, ainsi que nous l’avons déjà fait observer.

Mais une autre conséquence réelle et capitale, par rapport à la vigne, des retranchements qui nous occupent.

(l)Du latin lance ou pique ; Hasta.

sarments et parties de sarments, c’est d’agir également sur l’organisation extérieure et plus encore sur l’organisation intérieure de la plante, par rapport à la bonne qualité du fruit. Circonstance qui n’est pas due tout entière à une plus grande abondance de la sève, mais aussi et en très-grande partie à son élaboration ^lus laborieuse et plus complète.

Si le temps, aidé par la vie particulière au sujet, ne tendait pas constamment, non-seulement à cicatriser les plaies faites par la taille, mais aussi à rectifier les déviations nombreuses qu’elles imposeraient au cep. Si les tentatives faites souvent par le vigneron, pour redresser ou pour rabaisser le pied, n’ajoutaient pas encore à la difflôulté de suivre ces déviations ; en examinant un pied de vigne un peu ancien, on verrait que la sève, pour circuler dans son intérieur, pour arriver aux derniers sarments produits, est obligée de faire une infinité de contours.

Supposons un cep qui n’a point encore été rabaissé et sur lequel régulièrement le tailleur a pu demander au sarment de l’année le sarment de l’année suivante. Supposons encore que ce cep ait été traité de la sorte pendant dix ans, qu’il ait subi dix tailles; son aspect devra dès-lors être celui de la figure 24.

Pour arriver au sarment de la dixième année, sur lequel se trouveront placés ceux qu vont porter du fruit, la sève devra parcourir successivement tous les autres fragments des sarments des années précédentes qu’indique notre figure de 1 à 10. Ce long trajet, joint aux difficultés qu’il devra nécessairement présenter, expliqueront le haut degré d’élaboration que pourra de la sorte acquérir cette sève, les qualités supérieures qu’elle

Fig. 24.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

pourra donner au raisin, et que celui-ci, à son tour, garantira HU vin.

Les vignes en général, nous le répétons, n’oITrent pas les phénomènes dont nous nous occupons, aussi tranchés et aussi faciles à saisir que dans notre figure, et, cependant, ils existent chez tous les pieds d’une manière plus ou moins complète ; ce sont pux qui ont produit ces renflements, ces plexus, ces déviations qui donnent à la plante an aspect si varié et souvent si bizarre.

L’expérience a d’ailleurs prouvé que le vin des vieilles vignes, donUla taille a ainsi en quelque sorte pétri le bois, était bien supérieur en qualité à celui des jeunes. Nonseulement, à cause du défaut de celles-ci, dans les grands crûs du Médoc, on ne mêle pas ces deux sortes de vins ; mais encore, dans les conventions passées entre le commerce et certains possesseurs de ces crûs, pour la vente de leurs produits durant une période d’années, et à des prix réglés d'avance, il est stipulé que le renouvellement des vignes, par plantations, ne pourra avoir lieu annuellement que selon une proportion déterminée.

Quatrième principe. — « Des obstacles mis au retour de la sève, après son élaboration dans les feuilles, peuvent agir d’une manière plus ou moins favorable sur le développement du fruit. »

Ce principe, parfaitement établi par les détails de physiologie végétale dans lesquels nous sommes déjà entrés (II* partie), sert de base à deux pratiques usitées dans la taille de la vigne : l’une habituellement, la courbure des branches; l’autre, beaucoup plus rarement, et en quelque sorte à titre de curiosité, l’incision annulaire.

< La courbure ou arqure des branches est une cause qui tend à diminuer la facilité avec laquelle les sucs descendent des parties foliacées aux parties inférieures. Elle

tend par conséquent à retarder l’accroissement en diamètre ; mais par le môme motif, il semble que la sève, restant eh plus grande abondance dans ces parties supérieures, y favorise le développement des fleurs et la maturité des fruits (1). »

Le célèbre physiologiste qui s’exprime ainsi, dit ailleurs que l’augmentation du fruit est aussi une conséquence de cette pratique: soit qu’elle ait lieu naturellement sur certains arbres ; soit qu’elle se trouve le résultat de l’industrie de l’homme.

<1 J’ai appris de M. Berthelet, continue-t-il, qui a passé dix ans dans les lies Canaries et les a étudiées avec soin, que, lorsqu’on y a des citronniers, des orangers, etc., qui ne donnent pas de fruits, les paysans y sont dans l’usage de placèr d’énormes pierres à la division des mattresses branches, et que cette précaution suffit souvent pour mettre l’arbre à fruit (2). »

A l’égard de la vigne, la pratique de courber les branches est généralement suivie, et ce que l’on nomme, selon les localités : verge, ployon, a§te, flage, pissevin, etc., etc... n’est autre qu’une portion de sarment, déjà dans les conditions voulues pour donner du fruit, eu égard à son âge et à sa situation, à laquelle on laisse un plus grand nombre de boutons ; puis que l’on courbe, que l’on arrondit et dont on attache l’extrémité, pour le maintenir dans cette attitude nécessairement contrainte, soit à un échalas, soit au cep lui-même.

Cette manière de procéder, nous venons de le voir, se rencontre habituellement dans la taille, soit accidentellement, soit habituellement. Quand le pied est jeune et vi-

(t) De Candoi.lb : Physiologie végétale, p. 1308. (2) De CANOOIJ.Z : Physiologie végétale, p. 1322.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE 501

goureux, c’est un moyen de dompter sa fougue. Quand il est plus ftgé et qu’il s’agit d’obtenir de lui tout ce qu’il peut donner, eu égard à son état prospère, à là bonté de la terre, au soin qu’on lui a prodigué, souvent à l’espèce particulière, c’est encore un moyen auquel on a recours.

Enfin quand la vigne est soumise à un genre de direction tel que celui des Palus, ou mieux encore tel que celui du Médoc, où elle ne comporte qu’un très-petit nombre de branches, ces branches longues et courbées suffisent pour assurer des produits qu’il eût fallu demander à un plus grand nombre, taillées beaucoup plus court, taillées à cot.

Dans tous ces cas,l’avantageobtenu, l’augmentation de 1a quantité et du volume du fruit, sont les conséquences des difficultés opposées à la sève pour son retour, après son élaboration dans les feuilles, et à sa distribution uniforme dans les parties inférieures du pied. Ici encore l’intervention de l’homme par une pratique bien simple que lui a suggérée son intelligence, a pour conséquence de troubler l’harmonie qui devrait régner naturellement chez l’individu traité : trouble qqi

Cette sève, plus abondante sur la partie de la branche recourbée (flg. 25, A ou B), ne pouvant, à cause de son élaboration et de sa plus grande quantité, remonter dans ces branches, est contrainte de s’y fixer, de se porter sur leurs boutons et d’assurer relativement, au fruit qui en sortira, un développement, une abondance, qui n’auraient pas eu lieu sans cela.

Au surplus, ici encore il y aurait quelque Justice à restituer à la nature, sinon la démonstration bien précise,

tourne à son profit.

Fig. 25.

au moins l’indication première de ce procédé. Quand les arbres fruitiers ont fleuri, quand ces fleurs ont noué et que le fruit commence à grossir, ne voit-on pas les branches qui le portent fléchir sous ce précieux fardeau et prendre de plus en plus cette gracieuse courbure qu’elles offrent en automne : ce qui fait dire aux poètes qu’elles ploient sous les trésors de Pomone.

C’est aussi cette même loi de physiologie végétale qui avait été prise pour base principale d’un système de culture de vigne récemment expérimenté, notamment en Champagne : poussant à l’excès faisant ainsi la règle générale de ce qui ne saurait être en définitive que l’exception plus ou moins étendue.

Une autre opération encore, découlant du même principe, mais qui n’est Jamais entrée, il fautle dire, que d’une façon accidentelle dans la direction de la vigne : c’est celle à laquelle on a donné le nom d’incision annulaire ou annulation. « A ces moyens, disait en 1853, M. de Candolle (1), nous devons Joindre celui de l’incision annulaire, qui a etc découvert par Lancry en 1776, et qui a acquis plus de célébrité dans ces derniers temps, par l’application qu’on eu a faite à la culture de la vigne. On a remarqué qu’en enlevant, à l’époque de la floraison, un anneau d'écorce à lu branche qui soutient les fleurs, les fruits nouent d’une manière beaucoup plus certaine et plus prompte, et souvent deviennent plus gros qu’à l’ordinaire L’an-

neau enlevé doit être assez étroit pour que la communication puisse se rétablir au bout de peu de temps, sans quoi la branche opérée souffrirait et risquerait de périr. »

Ainsi, pour la vigne, cet anneau ne peut guère excéder

(1) Page 530.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

de 3 à 4 millimètres de largeur et en le faisant (Qg. 26, A il faut avoir bien soin de ne pas blésser le bois et de l’établir immédiatement au-dessous du dernier bouton à \

fruit dont on vent favoriser le produit.

Pour opérer, on fait usage d’un canif dont on promène le tranchant de la ^ ,

lame circulairement autour de la bran- W

cbe, d’abord pour une coupure puis ■

pour l’autre. Après cela on enlève le petit anneau d’écorce dont on a ainsi ■

tracé les limites supérieure et infé- W

rieure. On peut aussi employer un canif à deux lames parallèles, de la sorte l’opération se foit en un seul coup.

a II parait, continue le savant botaniste déjà cité, que l’effet de cette opération est de retenir momentanément la sève descendante dans les parties qui entourent le fruit; ce qui tend à donner plus de force à celui-ci dans le premier moment qui suit la fécondation, et où l’expérience prouve qu’un très-grand nombre de fleurs meurent, tombent ou coulent, comme disent les cultivateurs.»

Fig. 27.

Gomme le démontrerait de nouveau, au besoin, le procédé lui-même, c’est par la coupure supérieure de l’incision annulaire que la plaie se . cicatrise; c’est parla transsudation et le durcissement de la sève qui s’échappe de cette partie de la plaie, que bientôt les deux écorces arrivent ‘à se toucher et à se réunir de nouveau (Qg. 27, A).

Dans la Gironde, ce moyen a été souvent employé pour quelques pieds de vignes isolés, quelquefois même pour des plantations d’une

certaine étendue; mais toujours à titre de curiosité et

d’expérimentation seulement; car un tel moyen exigerait des travaux assez longs, que ses résultats ne compenseraient pas sans doute toujours et partout. Sans compter que les sarments, traités de la sorte, peuvent être plus facilement brisés par le vent et perdre, pour la taille suivante, beaucoup de leur valeur.

Cinquième principe. — « Pour la vigne surtout, s’opposer ù la tendance qu’elle a de s’élever sans cesse, la rabaisser même, sont au tant d’opérations fondamentales delà taille.»

Quelles que soientlesmodiflcations imposées parla culture à un végétal et, encore une fois, nul ne les accepte mieux que la vigne, il y a néanmoins, chez ceux-ci, des obligations tellement impérieuses, des tendances tellement prononcées, qu’ils sont toujours disposés à y céder et qu’il faut user, pour les retenir, du plus grand soin, de la plus scrupuleuse attention. « Quelque violence que vous fassiez h la nature, a dit Horace, elle reviendra toujours et se rendra insensiblement victorieuse... »

Or, il est dans la nature de la vigne de croître au milieu des arbres; de rechercher parmi ceux-ci les plus forts et les plus grands pour s’y accrocher et s’élever sans cesse, afin de profiter elle aussi de la lumière et du’ soleil dont pourraiept la priver ces puissants abris.

D’un autre côté, cette nécessité déjà mentionnée de tailler toujours, en vue du produit, sur ie bois del’année, est cause, comme on l’a vu dans la fig. 24, ci-dessus, de l’élévation progressive du cep.

De tout cela il résulte, non-seulement la nécessité, en taillant la vigne, de la maintenir autant que possible à la hauteur exigée par son mode de culture; mais la nécessité encore, quand elle a dépassé cette limite d’une manière trop prononcée, de ménager les moyens de l’y ramener plus ou moins prochainement. : <

travaux annuels du vignoble

Nous disons plus ou moins prochainement, car eiTectivement ceia ne peut être immédiat; par la raison que le sarment A (flg. 28), destiné à produire les remplaçants de ceux actuellement en production B et C; n’ayant pu sortir que du tronc, du vieux bois, n’est pas encore fructifère et que cette propriété ne sera acquise qu’à celui ou à ceux qu’il produira dans le courant de l’année suivante.

Tous ces détails, les anciens les Fig. 28. connaissaient comme nous, et ce que nous appelons un sarment de remplacement, dans le Médoc, un tiret, ils lui donnaient aussi plusieurs noms, motivés par sa destination spéciale. Après avoir dit qu’il faut tailler ce sarment en courson d’un pouce (27 millim.), Columelle ajoute ;

« Les uns l’appellent custos, gardien; les autres resex, qui reste; et d’autres prœsidiarius, de ressource. »

Tout cela du reste a une très-haute importance, ainsi que le prouve, mieux que de longs raisonnements, ce proverbe admis par les vignerons de tous les pays, et déjà cité comme l’une des règles essentielles de leur art

Rabaisse la vlgoe.

C’est la rajeunir.

I 3. — Taille de sÉPABAnoN.

L’opération de la taille, on vient de le voir, exige impérieusement l’emploi des facultés intellectuelles de celui qui en est chargé. Dans la taille d'établissement, c’est sur l’avenir de la plante que doivent principalement s’exercer ces facultés; dans la taille normale, elles ont surtout en vue son présent; enfin dans la taille de réparation, c’est son

LA VIONE DANS LF. BORDELAIS

passé qu’elles consultent et dont elles cherchent à réparer les torts en faveur de l’avenir.

Si ces appréciations sont justes, de môme que les classifications auiquelles elles ont servi de bases, il suit nécessairement de là que la taille la plus difficile, c’est la taille de réparation. Alors effectivement, l’opérateur doit ajouter, à l’observation de tous les principes exposés au paragraphe précédent, les modifications nombreuses que commandent des négligences, des fautes déjà commises; de môme que les conséquences plus ou moins désavantageuses des unes et des autres.

Une vigne qui a été négligée, a cessé de se trouver dans l’état où avait dû la mettre la taille d’établissement et où aurait dû la maintenir la taille normale. Toutefois, cette négligence n’implique pas toujours l’épuisement de la plante; dans bien des cas au contraire, c’est parce qu’on n’a pas sù user de toute sa force, tirer parti de toutes ses ressources, qu’on est arrivé à lui nuire.

Une vigne à l’égard de laquelle on a commis des Ibutes; que l’on a mal taillée, que l’on n’a pas suffisamment ménagée, dont on a forcé la production, se trouve dans une situation beaucoup plus critique, et le mal qu’elle porte en elle offre de bien plus grandes difficultés.

Enfin une vigne qui a vieilli, qui est arrivée au moment où ses forces sont affaiblies, où la taille normale ne peut plus lui être appliquée, où elle ne peut plus la supporter; se prêtera bien encore à des opérations susceptibles de retarder sa fin, mais sans pouvoir l’empêcher, sans pouvoir la soustraire à l’inflexible loi qui assigne un terme à tout ce qui a duré, végétal ou animal.

Ce que nous avons dit maintes fois de la .soumission de la vigne aux volontés de l’homme, de son empressement à répondre aux avances de celui-ci, du besoin rigoureu.x

TRAVAUX ANNUELS DU VKINOBLE

qu’elle a de son concours dans l’état de culture,' doit nous faire comprendre combien, même de simples négligences, celles qui se rapportent à la taille, à son moment et à son mode d’accomplissement, doivent être mises au premier rang.

Nous nous sommes déjà expliqué sur les dangers des tailles hors de saison ou hors de temps. Nous nous bornerons ici à signaler ceux de cette opération faite par des mains inhabiles ou insouciantes.

De tels résultats ne se voient pas ordinairement chez les hommes qui n’ont qu’un petit champ de vigne et qui le cultivent eux-mêmes; chez ces vignerons-propriétaires, animés comme Naboth, d’un amour pour leur vigne qui la leur fait considérer en quelque sorte comme une portion d’eux-mêmes. Mais ils peuvent se voir malheureusement chez les grands possesseurs, obligés d’avoir recours à des ouvriers, non pas seulement inintelligents, mais quelquefois même mal intentionnés; chez les propriétaires obligés de mettre leur fortune, comme le dit le proverbe, dans la serpe de leurs vignerons.

Là, et par un épuisement que n’ont même pas compensé des avantages momentanés, la vigne peut être amvée au point de ne plus trouver en elle la force de production necessaire pour rémunérer le propriétaire. Malgré les dispositions si actives et si heureuses de sa nature à ce point de vue, elle peut être tombée dans cet état do lassitude qui la rend insensible aux excitations de la culture.

Là encore, mais ce résultat est plus ordinairement la cause de l’intervention directe de l’intéressé, plus intéressé qu’éclairé; là encore, par un épuisement que déguisaient d’abord de plus abondants produits, la vigne peut être restée sans force et sans courage : comme le cheval dont on a abusé et qui gît sur la litière.

Dans tous ces cas, on le comprend, la taille normale doit subir de notables modifications. Sans cesser d'èlre basée sur les principes généraux déjà exposés, il faut en môme temps qu’elle cherche à obvier aux inconvénients signalés. A effacer les traces d’une négligence, d’une ignorance préjudiciables, ou celles d’une exigence sans raison et sans merci; à prolonger la durée'd’une vigne|qui semblerait vouloir finir et que son âge appelle cependant encore à une satisfaisante production.

Comme cela a lieu bien souvent en médecine, ici les cas susceptibles de se rencontrer ne sauraient être ni prévus, ni complètement expliqués; mais quels que soient leur nombre et leur singularité, le vigneron expérimenté, à l’aide des principes déjà exposés, pourra' les reconnaître, les apprécier et y porter remède. Son art, aidé par la nature particulière de la plante, par les soins dont on la rendra l’objet, par le temps surtout, pourra toujours espérer de mener à bien une telle entreprise.

§ 4. — Taii.i.e a uonx.

Quand une vigne doit être arrachée, soit à cause de sa vieillesse, soit par tout autre motif, alors il est d'usage, vant cette opération, de ne pas la ménager, de lui imposer, par une taille spéciale, une production suprême; d’exiger d’elle en quelque sorte le chant du cygne; en un mot, de la tailler à mort.

i( J’estais quelquefois ès isles de Xaintonge, nous dit notre vieux compatriote Bernard Palyssy, où j’aperçus une vigne plus chargée de fruits que toutes les autres ; et m’enquérant de la raison, on me respondit qu’elle était chargée à mort : lors ayant demandé l’interprétation de cela, on me dit qu’on lui avait laissé plus de rameaux

TRAVAUX AXNUEUS DU VIGNOBI.E

que de coutume, parce qu’on la voulait arracher après la cueillie, et qu’autrement on n’eût voulu permettre qu’elle eut chargée si abondamment; ce qui veut autant dire, que si on laissait faire auxdites vignes ce qu’elles voudraient, qu’elles se tueraient à cause de l’abondance des fruits qu’elles s’efforceraient de produire (1).»

S’il était permis d’associer les plantes aux sentiments qui animent certains animaux et d’étendre jusqu’à elles l’affection que commandent parfois ces sentiments; ce serait avec regret, avec pitié, que l’on verrait les vignes devenir l’objet d’un tel traitement. Mais quels qu’aient été l’importance et la durée des avantages offerts par upc vigne, bien établie, bien conduite et bidn entretenue, après tout, il n’y a là que des plantes inertes qu’il s’agit de détruire, parce qu’elles touchent à la fin de leur existence utile et dont il est, dès-lors, parfaitement équitable d’exiger un dernier, un suprême effort. Heureux si, de la part de l’homme, ces sortes de traitements s’arrêtaient toujours au règne végétal !

Art. VI. — PniNciPEs de la taille,

DANS I.Ei nS nAPPOUTS AVEC LES FAITS DF. LA LOCALITÉ.

En agriculture, rien n’est arbitraire, il est impossible de supposer qu’un art qui a toujours exigé d’énergiques et pénibles efforts; quia toujours été la condition première de l’existence et du bien-être des hommes, ait pu devenir le jouet de l’imagination et du caprice.

Donc, dans les usages établis et conservés par une localité, il faut pour être logique, voir l’expression d’exigences , de facilités , de succès commandés par

(1) Recepte rentable par laquelle tous les hommes de la F ranci , \mtrrvnt apprendre à multiplier et auijmenter leurs trésors.

l’état du lieu; par ses ressources, ses relations et les autres conditions qui lui sont particulières. Il faut surtout raisonner ainsi, quand ii s’agit de contrées dont les produits ont acquis une renommée capable de créer en leur faveur un véritable monopole.

Dans ces cas, et sans aller jusqu’à repousser des changements que le temps, les progrès des sciences et les besoins des consommateurs peuvent commander, il faut sa montrer très-prudent et voir, dans les grandes expressions d’une culture dominante, autant de types également avoués par la nature et par un sage calcul; autant de types à conserver et à perfectionner.

Dans le Bordelais, où la vigne, au dire de Montesquieu, peut être comparée à celte matière avec laquelle les alchimistes se vantent de faire de l’or (1); ces considérations sont surtout applicables, et voilà pourquoi nous croyons utile encore d’examiner les types divers que peut y offrir cette plante, par rapport aux modes de taille usités et aux nécessités de ces modes, eu égard aux produits, à leur nature, à leur emploi, à leur valeur surtout.

Déjà nous avons dù établir quatre classes principales dans les vignes du Bordelais, selon la nature des terres sur lesquelles elles croissent. Plus tard, nous avons dû aussi en faire trois groupes, eu égard à la hauteur à laquelle on les maintenait. Maintenant et par rapport à la taille, nous pouvons encore signaler cinq types distincts et principaux : reconnaître les causes non moins léeiles, non

(I) Monte$([uieu, dans ses lettres familières, farle souvent des cultures dont il s’occupait an château de l.a Brède, et du soin tout partlcnlicr qu'il donnait il celle de la vigne. Les paroles que nous venons de citer sont extraites d'une réponse qu'il faisait, comme president de l'Académie des sciences de Bordeaux, le 23 août I71S, ta un de scs collègues, l'abbé Belle!, qui venait de lire un mémoire snr la fleur de la vigne.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

moins légitimes, non moins avantageuses de chacun de ces types.

1°. — Taille à coursons, à cols, ou à court-bois, usitée sur les plateaux, — Ici la vigne est dans des terres habituellement médiocres, le cépage usité est VEnrageat ou Folle blanche, dont les produits ne comporteraient pas les frais d’échalassement et que l’on dirige d’ailleurs de manière à ce qu'elle puisse s’en passer. Généralement le cep, arrivé à la période de rapport normal, au temps de la taille d’entretien, ne conserve que des cots dont le nombre varie suivant sa force, et ces cots eux-mêmes ont un nombre de boutons et par conséquent une longueur également proportionnés à la force des pieds et à leur propre force.

Ordinairement le nombre des cots est de deux à quatre, et cinq môme, et sur chacun, on laisse de deux à trois boutons à fruit. De cette façon, le pied s’élève peu, il n’a pas besoin de soutien et forme en quelque sorte un buisson.

L’expérience a appris que, dans ce genre de taille, il y avait plus d’avantage à multiplier les cots et à laisser sur chacun d’eux moins de hou- ,

tons à fruit, qu’à grouper ces 4 Jî ^

mêmes boutons sur des cots moins nombreux et plus longs. ^

Voici un pied que l’on peut considérer comme type de la ^

taille à cots ou à court-hois (fig- 29). Fig. 29.

2'. — Taille à coursons et à arçons, d court et à long bois, ou à cots et d astes, usitée dans les Graves cultivées à la main et sur les côtes. — Dans ces localités, la vigne reçoit plus ou moins ’d’échalas, et le vigneron, ' tout en s’astreignant à (ixer son fruit sur des cots, use bien souvent de

la faculté de leur adjoindre une aste pour laquelle il aura à sa disposition des moyens d’appui et de fixation.

On conçoit qu’ici la règle ne peut être générale, et que l’appréciation dont nous avons si souvent parlé doit décider de l’avantage qu’il peut y avoir, soit dans la fixation du nombre de cots à laisser, soit dans l’opportunité à leur adjoindre une aste, à donner à cette aste telle ou telle dimension.

Voici, pour les Graves ordinairement maigres, un pied type de Fig. 30. cette sorte de taille (fig. 30).

En voici également un autre, comme type des Cûles, toujours plus fertiles (fig. 31).

3“. — Taille à coursons et à arçons réguliers, à court et à long bois, ou à cots et à ustes réguliers, usitée dans les Palus.

— Dans les Palus, la richesse du terrain est telle, que le pied de la vigne comporte toujours, et souvent, sur chacun des trois bras qui lui donnent la forme d’un cul-de-lampe, ou, *''8- 3i. comme on le dit dans la pratique, d’un crucifix, un

Fig. 32.

cot et une aste.

Voici un type de cette taille (fig, 32).

4*. — Taille à arçons, à long bois, ou à astes constantes, usitée dans les Graves du Médoc. — On sait déjà que dans celte contrée, la vigne est basse et que sa culture se fait à la charrue. Les ceps, placés sur la môme ligne et à la distance d’un mètre entre eux.

sont dirigés de manière è former deux branches principa-

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

les, sur chacune desquelles est réservée chaque année un arçon ou aste, dont l’établissement ou la direction ont heu en sens contraire.

Voici un type de cette taille (Qg. 33).

Fig. 33.

5®. — Taille à arçom, ou à estes indéfinies, usitée dans la direction enjouales et des treilles. — Comme ce genre de culture de vigne n’est pas appelé à fournir les vins auxquels on donne et qui méritent le titre de vins de Bordeaux, nous ne comprendrons pas, dans nos types, le mode de taille qu’il comporte. Mode qui se rapproche beaucoup de celui des treilles et auquel, par conséquent, on ne demande la qualité que d’une manière tout à fait secondaire.

.\RT. vit. — DÉMONSTBATION de la VALEDR des PniNCIl'ES DE LA TAILLE, EN CE QUI TOUCHE A LEUR APPLICATION THÉORIQUE ET PRATIQUE DANS LE BORDELAIS.

La vigne, nous le répéterons encore, est une plante qui se prête en quelque sorte à toutes les volontés de l’homme. Mais cette obéissance implique, de la part de celui qui l’exige, un choix préalable : ne pouvant effectivement demander en-môme temps, au même degré, et l’abondance et la qualité du produit, il faut nécessairement qu’il opte pour l’un ou pour l’autre de ces avantages. Ou mieux, qu’il cherche à les concilier de telle manière, qu’une situation étant donnée, cotte combinaison lui assurera le profit le plus réel, le plus sûr et le plus durable.

Or, il n’est pas douteux qu’il ne faille considérer comme résultat de cette combinaison, pour chaque loca» lité déterminée, ce que la tradition y a maintenu, ce que pratique le plus grand nombre.

Dans le Bordelais, et dès les temps les plus reculés, le choix a été pour la qualité, et l’on doit reconnaître qu’en même temps et partout le second avantage, la quantité, a été poussé jusqu’aux limites que pouvait comporter ce choix.

Réduit à sa plus simple expression, ie pied de vigne admet extérieurement deux parties distinctes, principalement dans les trois tailles les plus répandues, celles des Graves, des Côtes et du Médoc.

1° La tige ou souche ;

2° Les deux branches ou bras, quelquefois au nombre de trois, sortant directement de la souche, et portant comme complément les sarments.

La tige ou souche, paraît être le centre dans lequel se fait l’élahoration des sucs fournis par la sève, sucs auxquels le raisin fait suhir leur dernière transformation et qu’il rend propres à la fabrication du vin. Voilà pourquoi, sans doute, bien que le raisin soit toujours le produit direct du bois de l’année, sa valeur, au point de vue dont il s’agit, est d’autant plus grande que cette souche, elle-même, est plus âgée, mieux et plus complètement disposée pour cette préparation.

Voilà pourquoi, cette même valeur est encore d’autant plus grande que le raisin est venu et a mûri à une distance plus rapprochée de la souche; qu’il est, pour cette distance, des limites qu’il ne faut pas dépasser, et au-delà desquelles la qualité se trouve sacriQée à la quantité.

S’il était possible de ne considérer le produit de la vigne, dans le Bordelais surtout, que sous un seul des rapports

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qui nous le font rechercher, celui de la quantité, par exemple, le problème de la taille se trouverait bien simpiiflé. Alors, la force du pied étant connue, peu importerait la répartition sur ses branches des raisins qu’on pourrait lui demander, et logiquement on serait ainsi conduit à donner la préférence aux systèmes les plus voisins de celui des jouales et des treilles. C’est là, à notre sens et à celui de certains viticulteurs habiles de la Bourgogne, l’illusion ou l’imprudence auxquelles se laissent aller quelques viticulteurs (1).

Mais en réalité, le problème à résoudre est loin de se présenter avec autant de simplicité, et la position du raisin, par rapport à la souche, par rapport au centre de vie et d’activité du pied de vigne, est d’une importance capitale, qu’on ne s’y trompe, pas en fait de qualité.

En vain dira-t-on , et cela peut être bien souvent contesté, même sans recourir à des analyses chimiques; en vain dira-t-on qu’il est possible d’obtenir ainsi une brillante maturité. Gela serait un argument sans doute, si l’on ne savait qu’en réalité il y a deux sortes de maturités bien distinctes, et qu’il importe au plus haut point de ne pas confondre : celle qui fait les raisins de table et celle qui fait les raisins de cuve; celle qui séduit l’œil, qui plaît au goût , alors qu’on mange le fruit ; celle

(I) Ce n'est pas de nos jours au surplus que l'on a tenté d'user de la taille pour augmenter 1a qualité du vin. Voici une tentative qui remonte déjà à plus d'un siècle, et que l'auteur du mémoire fourni à Bidet dit avoir été faite, avec succès, dans la commune de Quinsao (Entre-denx- Uers), par un de ses amis, a il mit, dit-il, il y a quatre ans, dans une « de ses pièces les ceps à 1 2 pieds de distance entre eux, ce qu'il fit aisé- « meut, en arrachant dans la même ligne, la seconde et la troisième entra ■ la première et la quatrième qu'il laissa, ainsi de suite. Au devant de « chaque cep, il mit un bon écbalas pour le soutenir et, après avok « coupé tout le bois faux et inutile qui poussait vers le devant et le de- « hors, il tailla tout le bois de trois ou quatre branches qu'il conservait à

qui fournit à la fermentation les matériaux divers qu’elle transforme en vin, alors qu’on met le raisin dans la cuve.

Dans les pays vinicoles, parmi nous, tout le monde connaît cette immense différence, et il y a bien longtemps en effet que le peu de valeur des raisins à grands vins, comme fruits de table, a été constatée. Après avoir parlé des vins de première vogue à Rome, et notamment de ceux de Falerne, Pline ajoute : « Je ne dois pas oublier que les raisins dont on fait des vins si célèbres, ne valent rien à manger (i). »

D’un autre côté, et comme le disait, il y a un siècle, l’auteur du mémoire fourni à la seconde édition de Bidet, n les vignes, de treille, et ce que l’on appelle hautins en Guyenne, donnent beaucoup de vin, mais toujours inférieur à celui des vignes basses : c’est là une règle sûre, quoi qu’en disent certaines gens qui ont un intérêt particulier à persuader le contraire. »

Chaptal, reconnaissant aussi l’avantage de tels moyens, pour ce qui touche à la quantité, se hâte d’ajouter qu’alnsi la maturité ne peut pas être uniforme, et que dès-lors on ne peut obtenir que de très-mauvais vin (i).

ËiiQn tous les viticulteurs savent combien est grande la différence du vin, sous le rapport de la qualité, selon qu’on l’obtient, toutes choses égales, d’ailleurs : soit des vignes

« 3 pieds 1/2 uu 4 pieds au-dessus du sol, où il mit des ccbalas entre les • ceps, pour eu soutenir un autie qu’il mit horizontalement, et lia deux » échalas lichés en terre. Sur cet échalas horizontal, il plaça en éventail « ou espalier, scs branches dont il avait couijù les sommités. »

'lette opération, faite en 1731, procura à l'année 1732 un quart de récolte de vin de plus, à l'année 1753, une moitié, et promettait, pour 1734, le double de ce qu’avait donné la vigue jusque-là, Il est icgrettable que l'auteur n'ait rien dit de la qualité, qu'une telle abondance devait rende bien chanceuse.

(1) Liv. .XIV., chap. VI.

(2) Art de faire le vin.

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dites pleines, où- il est toujours meilleur, où des vignes à pieds plus ou moins isolés et mêlés à d’autres cultures. Le phénomène de végétation qui se passe ici, et qu’il serait assez düTlcile d’expliquer, peut également être constaté dans d’autres genres de culture.

Ces principes posés , avec les conséquences que l’on peut rigoureusenàeht en déduire, voici comment doit en être faite l’application aux modes divers de taille et de direction donnée à la vigne dans le Bordelais. Comment il est possible de comprendre le danger que ferait courir à nos vins, justement renommés pour leur qualité, une abondance que ne comporterait pas ce premier avantage, et qu’il est juste d’ailleurs de laisser à des contrées moins favorisées.

En y faisant liien attention, en tenant principalement compte du fond, il devient facile de comprendre que toutes nos tailles traditionnelles indistinctement, disposent le pied de vigne de telle façon qu’il est possible de le renfermer dans deux carrés de quarante centimètres de côté, au plus. Carrés superposés l’un sur l’autre, comme dans la (Ilg. 3t) et la taille des Graves, des Côtes, des Palus mêmes; ou placés l’un il côté de l’autre, comme dans la (fig. 35) et la taille

du

Si, dans ces deux figures, la souche A, s’élève à des hauteurs qui peuvent, après tout, varier beaucoup, mais dont la moyenne aussi peut Kig. 3a. être ramenée à 40 centimè-

très : dans toutes les deux également, le» branches et sarments B, B, ont une étendue semblable à la hauteur de cette souche. De la sorte, de part et d’autre, et quelle que soit d’ailleurs leur attitude, selon le mode suivi, le raisin et ceci, nous le répétons, parait capital, ne peut mûrir qu’à une distance au plus de 40 centim. du sommet de la souche C; du point où se fait le partage, entre les branches et sarments, des sucs que cette souche a élaborés.

Vouloir le porter plus loin, par quel moyen que ce soit, c’est rentrer dans le système des Jouales et des treilles; c’est atteindre, dépasser les limites que l’expérience a indiquées, comme assurant à la qualité sa juste prééminence : c’est courir risque, indépendamment d’autres inconvénients encore, de sacrifier cette qualité à la quantité (i).

Ari. VIII. — Opérations dk i.a cültobe principalehekt basées sdr la

NÉCESSITÉ d’aSSORER A LA PLANTE LES APPUIS RÉCLAMÉS PAR SON MODE DE VÉGÉTATION.

La vigne fait partie des plantes que l’on a nommées d’une manière générale sarmenteuses, parce que les branches qu’elles poussent sont, en longueur, hors de proportion avec leur force. Aussi ces plantes sont-elles également pourvues de vrilles pour s’accrocher et s’élever : le

(I) A cet égard, Il nous est arrivé quelquefois de rencoutrer des propriétaires qui, ne pouvant disconvenir de ces faits, croyaient cependant en décliner la responsabilité, en disant qn’après tout Us ne faisaient pas du vin comme ceux de Martjaux ou de Uifile, et que, pour eux, deux barriques en valaient mieux qu'une 1 Cette manièie de raisonner a quelque chose qui attriste, et l'on se demande comment on a pn arriver ainsi à méconnaitre une supériorité qui est généraledans le Bordelais, quoique à des degrés divers; une supériorité dont on s'itmt de tout temps montré si jaloux ; car, pour faire de bon vin, c'est en quelque sorte comme pour faire de belles actions; de part et d'autre U faut d'abord en connaître le prix, en rechercher l'estime.

Soyei persuadé cependant que ces mémos hommes, en apparence si peu soucieux de la supériorité de leurs produits, ne vous pardonneraient pas,

TRAVAUX ANNUELS DU VIONOBLE

but de la nature, comme le fait observer l’abbé Rozler, étant de donner des soutiens aux sarments, sans quoi ils deviendraient le jouet des vents et seraient bientét brisés.

On sait comment, à l’^at sauvage, la vigne si commune dans nos haies et dans nos bois, parvient, à l’aide de ses vrilles et par le secours des arbres placés à sa proximité, à s’élever, à se soutenir, à développer son feuillage et son fruit à de grandes hauteurs. A cet égard, ses tendances sont telles que souvent ces arbres se trouvent complètement absorbés par elle; qu’elle use de leurs tiges, de leurs branches, de leurs rameaux, comme si tout cela lui appartenait: leur laissant à peine la liberté de prêter leur concours aux feuilles, aux fleurs, aux fruits qui leur sont propres. Ces faits, comme nous l’avons déjà fait observer, sbnt surtout remarquables dans les contrées de l’Orient, d’où la vigne est originaire et où tout par conséquent, terrain et climat, favorise son existence et tend à lui en assurer le développement le plus complet.

La culture ayant pour but de venir en aide à toutes les nécessités naturelles d’un végétal, surtout quand ces nécessités sont de premier ordre, et que leur non satisfaction pourrait agir défavorablement sur la'quantilé ou la qualité du produit, on reconnaît l’obligation d’échalasser les vignes, de comprendre, parmi les opérations de la culture, les soutiens qu’elle réclame. » La vigne, comme le dit Xénophon, en grimpant sur un arbre voisin, n’enseigne-t-elle pas à lui donner un appui (1) ? »

quelle que soit d'ailleurs leur place dans le grand vignoble Bordelais, de comparer leurs vins avec ceux des départements voisins : Dordogne, Lotet-Garonne, etc... Alors se réveillerait en eux cette susceptibilité locale, qu'il ne faut p.as porter trop loin sans doute, mais qui est une garantie dn respect et de la conservation des dons précieux dont la main généreuse de la nature enrichit notre pays.

(I) Économique, cb. XIX.

LA VIO.NK DANS LE BORDELAIS

Non-seulement les anciens avaient connu cette nécessité de fournir des appuis à la vigne, bien qu’ils en cultivassent aussi, et, comme nous, à laquelle ils ne fournissaient point d’écbalas (1); mais encore et d’après ce que nous avons déjà dit, ils la conduisaient souvent jusque sur les arbres les plus élevés.

Rapportons à cet égard le témoignage de Virgile :

c Lorsque la jeune vigne commence à s’élever, il faut la soutenir ou avec des roseaux, ou avec des écbalas, pu avec des fourches, afin qu’elle puisse résister aux vents,, et monter jusqu’à la cime des ormes (2). »

De» 4k'bal«N p«r rapport A leur origine. A l«nr» dimenMioDM, A leur durée, etc. — Eu égard à leur hauteur au-dessus de terre, les vignes, comme nous l’avons déjà dit, auxquelles on fournit des écbalas, sont de deux sortes principales ; les vignes moyennes et les vignes basses. 11 suit de là également que ces écbalas, eux aussi, doivent différer par rapporta leur longueur et à leur grosseur ; ils diffèrent encore par rapport à leur essence.

Parmi ces essences, cinq surtout sont usitées : chêne, châtaignier, acacia, pin, saule.

Les anciens qui les employaient également, moins cependant l’acacia et le pin, voulaient que le vigneron s’arrangeât de manière à les produire lui-même, et ils donnaient à cet égard d’excellents préceptes (3).

Le chêne serait bien le meilleur bois pour l’emploi dont il s'agit, mais pour cela il faudrait l’emprunter à des sujets assez âgés pour l’offrir avec toutes les conditions exi-

(t) Pai.i.adiüs, liv. III, ch. xi etxiv.

(2) Géorgii/ttes, chant il. — Pi.ine, liv. XVII, ch. xxii.

(3) th.iNE, Ilist. fiat., liv. XVII, ch. XX. — Columelle, liv. IV, ch, XXX.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNODLE

gées de qualité et de durée; ii faudrait l’extraire des par-, lies les plus dures, de ce qu’on nomme le cœur du bois. Or, ordinairement c'est ce qui n’a pas lieu, et les échalas de cbône proviennent du chêne blanc {Querque pedunculata) qui a cru en taillis rapidement, qui est facile à fendre, mais qui n’olTre encore ni la dureté, ni l’élaboration voulues.

L’auteur de l’un des mémoires fournis à Bidet pour son Traité sur la culture de la vigne, publié en 1659, M. de Navarre, parle de trois reproches qui étaient faits aux échalas de chêne. Ils pourrissaient en terre; ils étaient sujets aux vers ; ils répandaient une liqueur noir&tre nuisible au pied de vigne.

Ces deux premiers reproches sont faciles à admettre lorsqu'on songe ù ce que nous venons de dire. Quant au troisième, il mérite un moment d’attention.

Lr chêne est, comme on sait, une essence riche en un principe immédiat que les chimistes nomment tannin ou acide tannique. Par lui-même ce principe n’a aucune couleur, mais lorsqu’il vient, en s’écoulant du bois avec sa sève, à rencontrer le fer que contient toujours le sol, surtout quand il est argileux (1), alors il se fait une combinaison d’où résulte un tannate de fer, ou, si l’on aime mieux, de l’encre, car telle est strictement la composition de cette liqueur.

Généralement le tannin n’est pas favorable aux plantes de nos cultures annuelles et en première ligne au blé: témoin ce qui arrive quand on croit engraisser les terres destinées à ce genre de production, par des terreaux enlevés dans les bois de chêne. Mais pour la- vigne c'est bien

(I) C'est l’oxyde de fer ijai, dans .le plus grand nombre de cas, colore les argiles.

différent, et, sans vouloir nier le mérite de Tobservation dont il s’agit, nous rappellerons que justement il y a du tannin dans les vins du Bordeiais, et que c’est là une des causes essentielles de leur action bienfaisante sur l’économie animale , et de leur longue conservation.

An reste, ce qui prouve toute la valeur du cbéne pour la fabrication des échalas, c’est l’abus que l’on a pu faire quelquefois de ce bois précieux, pour ce genre d’emploi ; c’est la défense portée par François 1", le 22 mai et le 6 juin 1539, d’échalasser les vignes avec du boisde chêne; c'est le renouvellement de cette défense, par Henry II, le 2 juin 1548.

Le châtaignier vient après le chêne comme bois propre à faire des échalas, avec ces avantages en outre qu’il croît beaucoup plus vite dans les taillis qui lui sont particuliers et où on le coupe tous les cinq ans, terme moyen ; qu’il est moins bran chu et beaucoup plus droit.

Les vignobles du Médoc surtout en font un grand usage, et, bien qu’il y ait dans la Gironde des taillis de châtaignier assez étendus, c’est principalement le Périgord qui leur fournit cet article.

L'acacia fait aussi do très-bons échalas dont l'usage, encore peu ancien dans le département de la Gironde, se répand chaque année davantage (1). Les taillis qui produisent cette essence sont en plein rapport à l’âge de dix

<I) Aucoimnencement dnXVIM® siècle, l’acacia, arbre d'Amcriqne introduit en France, vers IGOO, par Robin, professeur de botanique, u'ctait encore connu dans nos contrées que comme arbre d’agrément. En I7l>2, Balan publia nn ouvrage sur cet arbre précieux [Noxtveau traUè sur l’arbre nommé aoaàa. Bardeaux, les frères Labotiire.) dans lequel il le signalait comme pouvant entrer dans la grande culture. Plus tard, M, Bergeron, M. le général Rigmrax, etc., s’appliquèrent i cette cnllure. L’Académie des sciences de Bordeaux y aida aussi beaucoup par ses prix. On sait combien aujourd'hui il est commun dans nos campagnes et quels services il y rend .

TRAVAUX ANNUELS DU VIO/.OBLE .'(25

à douze ans; alors les coupes sont faites tous les trois ans. ils prospèrent dans les sables gras de la rive gauche de la Garonne.

Les cchalas d’acacia ont l’inconvénient de travailler après la coupe, de se contourner. Mais il est un moyen d’obvier à cet inconvénient et d’ajouter en même temps beaucoup à leur solidité et à leur duree, c’est de les mettre dans r«au, de les noyer, comme on dit. Ainsi immédiatement après la coupe, en octobre, on les met dans l’eau et on les y maintient complètement immergés, au moyen do pierres, jusqu’au mois de juin suivant. Sortis de cette eau, ils se pèlent facilement, et pourvu qu’on les éloigne alors, pendant quelques jours, des habitations, à cause de la mauvaise odeur qu’ils répandent en séchant, on a fait une très-bonne et très-profitable opération.

Le pin est , dans la Gironde, l’essence qui fournit le plus d’échalas pour les vignes. Son abondance, dans les landes voisines des vignobles, sa propriété de pousser vitn et droit, la résine qui l’imprégne et concourt à sa durée, sa légèreté, son bon marché relatif : tout cela sont autant de circonstances qui le font rechercher et rendent sen •" emploi extrêmement commun.

On voit ici, du reste, un exemple remarquable du concours mutuel que peuvent se prêter les différentes cultures dans un même pays, et, malgré la prétendue stérilité qu’on se plaît tant è lui reprocher, la lande se trouve, en quelque sorte, associée à la production des vins qui font la réputation et la richesse du Bordelais.

Rarement les semis de pius sont faits dans le but exclusif de fournir des échalas ; ce genre de produit est la conséquence des éclaircis qu’on est dbligé de leur faire subir peu d’années après leur établissement et à plusieurs reprises : de là la différence, en longueur et en grosseur.

des échalas qu’on en obtient, sans compter ceux que l’oii peut obtenir de sujets beaucoup plus avancés en âge, de vingt à vingt-cinq ans, et au moyen de ia fente.

Le saule fournit aussi des échalas, mais ia quantité en a été bien réduite, dans ia Gironde surtout, depuis iepou de réussite et de durée des sujets de cette essence, autrefois si facile à multiplier dans tous les terrains frais et humides, par la simple bouture. C’est là un exemple remarquable de plantes auxquelles notre sol ou notre climat peuvent être devenus hostiles, ou qui ont vu diminuer erc elles-mêmes la force vitale dont elles avaient fait preuve d’abord (t).

Pour la production des échalas, les saules cultivés en plein (Saussaies ou Saulsaies) ou en bordures, sont maintenus à l’état de têtards, et leur coupe se fait, terme moyen, tous les trois ans.

On comprend que l’on peut encore emprunter des échalas à grand nombre d’autres essences : aux peupliers, aux érables, aux mûriers, etc...

Par rapport à leurs dimensions, les échalas, ce à quoi on donnait et on donne encore, dans le Bordelais, le nom collectif d’œuvre et en patois obré, forment un certain nombre de classes parfaitement définies par les anciens règlements municipaux de la ville de Bordeaux. Nous avons déjà fait connaître ces règlements, tant anciens que modernes (première partie.)

Pour fabriquer les diiférentes sortes d’échalas, on use, soit purement et simplement, des pousses des différentes

(I) I Depuis ({uelques années, écrivait, en 1809, un agronome bordelais, feu M. Bergeron, les plantations de saules, vulgairement connus soue le nom i'Auhicr, dépérissent sensiblement dans cette contrée, et les produits sont moindres de plus de moitié qu'ils ne l’étaient il y a dix ans... » (BitlMiii polymathique.)

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

essences ci-dessus mentionnées, soit de leurs tiges plus ou moins âgées et que l’on refend. Cette dernière manière de procéder est surtout usitée pour le pau et pour le canasson.

Comparés d'essence à essence, les échalas n’ont pas la môme durée, et c’est sur cette considération principale que sont basées les düTérences sensibles de prix dans chaque catégorie.

Le chêne, le châtaignier et l’acacia peuvent durer plusieurs années, surtout quand ils ont été empruntes à des billes assez âgées et assez grosses pour donner du buis complètement élaboré.

Le pin n’offre pas, à beauéoup près, les mêmes avantages; mais quand l’arbre a été gémé, quand il a fourni pendant de longues années des produits résineux, son bois, par ce moyen, se trouve avoir acquis des propriétés qui le placent, pour l’emploi dont il s’agit, sur la même ligne que les essences beaucoup plus dures.

Nous disons pendant longues années, car, à cet égard, il y a un genre de fraude qui consiste à gémer de trèsjeunes pins que l’on veut détruire, à les gémer à pin perdu ou à mort, comme on dit, et à faire de ces pins des carrassons qui ii’ont pas, à beaucoup près, la valeur des autres.

EnQn, les échalas do saule sont ceux qui durent le moins, et quand le prix et la proximité font qu’on leur donne la préférence, on trouve souvent, dans la facilité qu’ils ont à pousser, à former à leur extrémité un bouquet dont le genre de verdure tranche avec celui de la vigne, une circonstance qui favorise leur durée.

On a eu recours souvent à des moyens propres à retarder la corruptibilité du bois des échalas, surtout de la portion de ce bois mise en terre. Le premier, le plus ancien de ces moyens, est la carbonisation.

Il y a bien longtemps, en effet, que ce moyen est connu et les anciens savaient parfaitement qu’il est possible ainsi de retarder indéfiniment l’altération du bois, au point même de pouvoir se fier à lui du soin de délimiter les champs. « Quant au charbon, dit saint Augustin (1), n’est-ce pas merveille que cette fragilité, d’une part, que brise le moindre coup, que broie la plus légère {u*ession, et, d’autre part, cette invincible consistance qui défie l’action de l’humidité et les efforts d«s âges ; jusque-là qu’aux limites des champs on enfonce dans le sol du bois carbonisé, comme un témoin éternel prêt à convaincre quiconque, dans la suite dés temps, viendrait à s’élever contre la vérité des partages. »

Malheureusement ce moyen, bien simple d'ailleurs, n’est pas sans quelques difficultés d’application : on peut brûler le bois que l'on veut simplement charbonner, et en outre cela demande un travail assez long.

Des moyens plus pratiques ont pu être employés dans ces dernières années. On a eu recours à une matière provenant de la fabrication du gaz d’éclairage, une sorte de bitume, le coltar, dans laquelle on a plongé tout ou partie des échalas.

Mais ce qui a le mieux réussi, c’est l’injection d’une liqueur essentiellement conservatrice, en un mot ce qui constitue la belle invention de M. le docteur Boucherie : invention trop connue pour que nous nous arrêtions ici à la décrire.

Enfin, nous ne dirons qu’un mot non plus de l’échalassement au moyen du fil de fer. Des essais assez nombreux de ce mode de procéder ont été faits dans la Gironde, et

(f) Cité de ]Hch, liv. XXI, ch. iv.

TRAVAUX ANNUELS DU VIC.NOBLE

l’époque ne peut être éloignée où l’on pourra être flxé sur sa valeur agricole et surtout économique.

Appiiration de* échaia». — Dans les plantations nouvelles, rien n’est plus facile que la mise en place des échalas, leur espacement, leur alignement symétrique. Mais quand les vignes ont atteint un certain êgo,il faut en cela examiner et tenir grand compte des ceps, des besoins» du développement, de l’attitude de chacun d’eux.

Il faut aussi tenir compte de la manière dont on cultive, à la bêche ou à la charrue.

Dans le premier cas, on comprend que les échalas peu> vent être placés d’une manière moins régulière : l’intelligence de l’ouvrier les garantissant, jusqu’à, un certain point, des chocs et autres accidents susceptibles de les déranger ou de les détruire.

Dans le second, cette régularité est beaucoup plus nécessaire, afin qu’ils ne gênent pas la charrue dans ses mouvements, et que celle-ci ne puisse les accrocher et les renverser.

C’est dans les vignes du Médoc particulièrement que ces dernières observations sont essentielles, et l’usage a démontré à cet égard, quant à leur position, à leur espacement, à leur altitude, etc., une foule de considérations de détail qu’il serait difQcilede rapporter ici, mais qui ont en général une véritable importance.

Presque toujours au surplus, les échalas sont alignés dans le sens du rang de vigne, et ce n'est que dans les vieilles plantations et par des causes déjà exposées, qu’on les voit, comme les ceps eux-mêmes, en quelque sorte disposés au hasard.

Quant à leur hauteur et à leur nombre, d’une manière absolue c’est le mode de culture de la vigne qui décide

de ces points, d’une manière relative c’est son état particulier.

Dans les Palus, les vignes les plus élevées du Bordelais avec certaines vignes à vin blanc des rives du Céron, on fait usage de ce que nous avons nommé paux. Ces vignes, disposées sur trois branches principales, ont besoin de trois paux pour les maintenir en éventail, ou dans l’attitude que les gens de la pratique appellent en crucifix.

Dans les Graves et sur les Côtes, c’est le nombre des cots et des astes, en un mot la vigueur plus ou moins grande du pied, qui détermine du nombre d’écbalas à employer. Rigoureusement, il en faut un à chaque aste et ceux-ci ne peuvent pas toujours être placés sur la même ligne.

On sait également, et d’après ce que nous avons dit précédemment, quelle est la disposition toute spéciale des vignes du Médoc, avec ses carrassons s’élevant au-dessus de terre de 0 m. 35 environ et ses lattes attachées à l’extrémité et courant d’un bout du sillon à l’autre. Un hectare exige environ 20,000 carrassons et 2,000 lattes.

Enfln les vignes en Joualle exigent aussi les échalas les plus forts et les plus élevés; il leur faut également des lattes disposées dans le sens horizontal, pour être maintenues en espalier.

Dans la Gironde, les échalas ne sont pas extraits de terre à l’automne pour être replantés au printemps. Généralement on trouve dans l’usage qui consiste à les aiguiser des deux bouts, un moyen de conservation qui supplée è cet usage, susceptible d’ailleurs de donner lieu à plus de travail. De la sorte effectivement, on se borne à changer leur altitude alternativement; à mettre dans la terre ce qui était en l’air et réciproquement.

Enfin le travail qui consiste à appointer ou aiguiser les

; , t,oo;;k

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

échalas, a encore ses règles. D’abord, il doit être fait avec un instrument bien tranchant, une bonne serpeet de manière à ce que la pointe présente au moins trois faces (Qg. 36). De manière que cette pointe soit bien dans l’axe de l’échalas : circonstance qui favorise particulièrement la justesse de son placement.

De* llen« de la vigne, par rapport A leur origine. A leur préparation, eir... — La nécessité d’introduire dans toutes les opérations de la culture en général la plus grande économie, jointe à la quantité considérable de liens que réclame la vigne; tels sont les motifs qui ont fait recourir, pour cela, à un produit immédiat de la terre et qui ont fait aussi de ce produit l’objet d’une culture spéciale et fort importante dans tous les pays vignobles.

Cette culture, c’est celle d’une espèce et d’une variété du genre Saule, fournissant l’une et l’autre des rameaux longs, minces, sans bifurcations, très-flexibles et non cassants.

Voici leur description botanique.

K Saiix Viminalis. L. Osier blanc, vime. Feuilles à peine «dentées, lancéolées-linéaires , très-longues, aigués et « soyeuses en dessous; rameaux droits et flexibles; ovai- 0 res très-velus. Printannier. Les lieux humides, etc...

« S. Vitellina. L. Vime rouge, jaune, etc... A rameaux « jaunes ou d’un rouge agréable, n’est plus regardé que >. comme une variété du S. Alba (1). 0

Le premier de ces osiers est employé par les vanniers ; il sert aussi à lier la vigne et les cercles de barriques. Pour

(1) .M. Laterrade : Flore bordelaise, 3' odiL, p. 363-4.

ces derniers emplois, c’est surtout à la variété dite vime brûle que l’on a recours.

De grandes plantations en sont faites, dans les terres submersibles et habituellement humides des rives de la Garonne et de celles de la Dordogne.

Pour y procéder, on prépare ces terres par des façons convenables; on plante des boutures nommées Civelets ou Côtes, de 0 m. 50 de long, enfoncées de 0 m. 30, on les dispose en rangs parallèles offrant pn tous sens de 0 m. 70 n i m. Quelques façons sont ensuite nécessaires pour conduire l’oseraie ou vimihe , au moment où elle doit donner dos produits, c’est-à-dire terme moyen à l’âge de trois ans.

Arrivés à cet âge, les sujets qui ont déjà donné quelques jets les premières années, offrent déjà un renflement à leur partie supérieure, une sorte de caboche d’où sortiront à l’avenir les osiers que l’on coupera régulièrement tous les ans, en novembre et décembre.

Les récoltes sont partagées en trois lots, basés sur la grosseur et la longueur des brins.

Le premier lot comprend les vîmes de cuve, les plus forts et les plus longs.

Le second, dont les brins sont moins forts et moins longs, comprend les vîmes de barrique.

Le troisième, dont les brins sont encore plus courts, comprend les vîmes pour lier la vigne et autres, dits rimes de commande.

Le vime destiné à la vigne peut être employé de plusieurs manières.

D’abord, on peut faire de chaque brin trois longueurs, cequ’on appelle des Quarte/ies, sauf à fendre les morceaux trop gros.

On peut aussi, et cela parait plus économique, les fen-

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE 3.TI

dre tous d'un bout à l’autre, de manière à faire de chacun trois portions de môme longueur et laisser aux ouvriers le soin de les fractionner selon les cas et d’employer, aussi selon le cas, la partie la plus forte, la partie moyenne, ou la partie la plus faible.

Le vime rouge ne diffère du précédent que parce qu’il acquiert moins de longueur, qu'il est plus cassant; mais aussi ses jets sont plus nombreux, plus Ans et il est plus rustique.

Parmi les causes qui peuvent nuire à la production de l’osier, il faut citer plusieurs insectes coléoptères, qui rongent ses pousses, à l’état d’insecte parfait et à l'état de larve, les empêchent de s'allonger et les forcent à se bifurquer. Tels sont , la Chrysomèle du peuplier {Chrysomela pojiuli); une altise, celle des jardins sans doute (Altica hortensis); le Capricorne savetier {Cei'ambyx cerdo), etc...

Dans le but d’économiser sur l’osier, on emploie encore d’autres liens pour les attaches les moins solides, pour l’extrémité des branches de la vigne.

Ainsi la paille, le jonc et la simple écorce du vime.

Humide, la paille est assez flexible, mais elle se prête diflcilement au nœud qu’il faut faire.

Le jonc est préférable, il est plus souple et plus résistant, mais trop souvent il en faut deux ou trois brins à la fois et le nœud qu’il permet risque aussi à se défaire.

L’écorce du vime fournie par les vanniers, offre à peu pits les mêmes avantages et les mômes inconvénients.

Dn iias« proprement dit. — Le liage est l’assujettissement déflnitif, au moyen d’un lien, aux échalas qui devront leur servir d’appui, tant des pieds que de leurs branches et des portions de sarments conservés par la taille.

l-A VIGNE DANS LE BORDELAIS

Ici plusieurs considérations principales doivent guider l’ouvrier chargé de ce travail : la solidité; l’attitude à donner aux branches et sarments; les précautions à prendre en vue des jets qui en sortiront ; le temps propice à l’opération.

La condition de solidité doit faire varier le lien à employer aussi bien quant à sa grosseur que quant à sa longueur et l’on comprend aussi que la nature, la qualité de ce lien iui-mème, entrent pour beaucoup dans cette condition comme au surplus nous venons de le voir.

L’attitude à donner aux branches et sarments est une circonstanoe qui fait jusqu’à un certain point partie de la taille elle-même, comme nous l’avons vu également.

Dans une vigne faite, cette attitude est déjà établie quant aux branches; mais pour les sarments de l’année, les sarments ménagés par la taille, elle peut être, dans bien des cas, l’objet d’une appréciation plus ou moins difficile et toujours importante. D’autant mieux que l’état du terrain, l’espèce du cépage, le mode de culture sont de nature à la faire varier.

Dans les vignes taillées à court-bois ou à côls, l’échalas, s’il y en a, ordinairement unique, est placé contre le pied lui-même, comme le tuteur d’un arbre fruitier, et un lien suffit pour les assujettir l’un à l’autre.

Dans les vignes auxquelles on laisse une ou plusieurs astes, comme dans celles des Graves, des Côtes et surtout de Palus, ces astes sont assujetties aux échalas, afin de leur faire prendre la courbure que comporte ce mode de disposition et de les y maintenir.

Enfin dans les vignes traitées à la façon du Médoc, les deux astes, ou bras que comporte ce genre, sont aussi assujettis aux lattes destinées à les maintenir.

On comprend qu’indépendamment de ces pratiques gé-

TllAVACX ANNUELS DU VIGNOBLE

nérales, il doit se rencontrer çrand nombre de pieds de vignes dont l’état, la situation, etc..., exigent des ligatures spéciales et qu’ici encore, comme dans toutes les autres pratiques de la culture, il serait tout à fait impossible de prévoir tous ces cas.

Notons aussi les liens qui ont quelquefois pour but de suspendre en quelque sorte, à une branche supérieure, une branche inférieure et de garantir ainsi à cette dernière une attitude semblable à la première.

C’est ainsi, entr’autres, que dans plusieurs communes du plateau de l’Entre-deux- Mers, les pieds de vignes, par ces sortes de liens, représentés en A, A (fig. 37), offrent l’aspect ci-dessus.

Nous citerons aussi ce qui se pratique dans les vignes de Palus de S. Macaire, où l’on parvient, à l’aide de quelques liens, à soutenir un sarment dont la longueur s’explique

par la richesse excessive de ces terres; par la nécessité de profiteV de toute cette richesse; par le peu de qualité des vins obtenus fig- 38- (flg. 38).

Chaque année, dans la localité dont il s’agit, cette longue liage est changée do côté, selon la vigueur et les exigences du pied.

II est à peine nécessaire de mentionner l’obligation dans laquelle se trouve l’ouvrier chargé de lier la vigne.

Fig. 37.

non-seulement de respecter les boutons, mais encore de prévoir la gène que pourrait causer aux jets à venir, des liens mal placés. C’est pour cela du reste et adn de prévenir ce double inconvénient, que l’extrémité des astes uniquement conservées pour faciliter le liage, sont privées de leurs boutons, sont éborgnées.

ËuQn tous les temps ne sont pas également favorables au liage.

D’abord il ne faut pas attendre, pour y procéder, que la saison soit trop avancée, que le bouton déjà gonflé puisse être endommagé et même détruit.

Pour ce qui regarde les sarments qui doivent recevoir une certaine courbure et qu’îl est nécessaire pour cela de contraindre, de forcer jusquH un certain point, il ne faut pas les lier dans des temps trop froids, ni trop secs, parce qu’alors ils n’ont ^dus de souplesse et peuvent se rompre.

Dans tous les temps même, il est toujours bien de prendre des précautions pour prévenir ces sortes d’accidents.

Art. IX. — Opérations de la coltcre, principaleiient

BASÉES SCR LA NÉCESSITÉ d’aSSCRER A LA PI.ANTE L* ALIMENTATION OU’eLLE prend PAR SES RACINES.

D’une manière générale, une terre s’épuise eo produisant. Elle perd peu à peu ceux des éléments de ses produits qui ne lui sont pas restitués.

Or, ia vigne est cultivée pour sotn fruit avec lequel on fait du vin : denrée dont l’exportation a toujours été des plus lointaines et des plus actives.

Il est "vrai que la vigne appartient à la catégorie des plantes dites ligneuses, dont l’existence est indéfinie; qu’elle est pourvue de racines longues et vigoureuses, susceptibles de pénétrer dans la terre très-profondément et d’en extraire les matières nutritives que les plantes an-

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

nuelles et herbacées ne sauraient atteindre; qu’en outre, elle possède un feuillage large et abondant, également précieux pour lui permettre de puiser dans l’atmosphère tout ce que celle-ci peut lui offrir pour son alimentation.

Il est vrai aussi qu'elle est beaucoup moins exigeante que la plupart des autres espèces cultivées, à l’égard des matières essentiellement nutritives des plantes en général ; à l’égard des matières qui constituent le fond des engrais proprement dits, des matières azotées.

Il est encore vrai que, pour les plantes douées d’un tel avantage, certains phénomènes météorologiques et particulièrement la pluie, peuvent assurer au sol, sinon la totalité au moins une notable partie des éléments que celuici est obligé de fournir pour Tucle de la végétation (1).

Enfin, on peut dire aussi qu’en donnant son fruit , comme gage de sa culture, la vigne donne beaucoup moins que d’autres plantes dont on exige, à ce même titre, souvent la totalité de leur individu et qu’ainsi elle est d’autant moins épuisante pour la terre.

Tous ces faits, dès longtemps constatés, joints en outre à l’habitude dans laquelle on est de réserver à la vigne les plus mauvaises terres et aussi au profit que l’on trouve à agir ainsi, sont cause du dicton bien connu :

La vigne n'a pas besoin d’engrais t

Ils sont le motif aussi de ces paroles d’Olivier de Ser-

(i) D'après les beaux travaux de plusieurs physiciens et chimistes, notamment de MM. Boussingault, Deville, Barrai, etc..., les eaux de pluie même les plus limpides sont loin d'ètre pures.

On a constaté A Manchester, au voisinage de la mer, que 10,000 kil. d'ean de pluie donnaient, terme moyen, 1 kiL de sel marin (chlorure de sodium).

D'après M. Barrai chaque hectare de terre, à Paris, reçoit annuellement par la ploie : acide nitrique, 83 kil. 6; ammoniaque, 15 kil. 3; chlore, 13 kil.; chaux, 31 kil. 2 ; magnésie, 9 k.

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