‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 40 sur 73 · I.A VKiNE DANS I.U HORDEI.A1S · texte numérisé non relu

I.A VKiNE DANS I.U HORDEI.A1S

Dans tous les cas, il ne manquerait pas d’en altérer la qualité : circonstance extrêmement importante pour une denrée qui entraîne toujours avec elle des idées de perfection et dont on ne doit dès-lors soupçonner ni l’origine, ni le mode de fabrication.

En un mot, il troublerait Tbarmonie qui doit exister : d’abord entre les besoins de la plante, prise dans son ensemble, la quantité et la lenteur de ces besoins, particuliers à son tronc, à ses branches et à ses feuilles: en second lieu aussi, il troublerait l’harmonie qui doit exister entre les besoins de son fruit, la quantité, la lenteur et le degré d’élaboration des matériaux réclamés pour les diverses périodes de sa formation et de son élaboration complète et déflnitive.

Kubnfanrea vniploy^e* ponr fnmer la l«>iir

«■laimillration. — Avant la connaissance précise des principes ci-dessus exposés, la pratique avait démontré l’avantage qu’il peut y avoir, en certains cas, à fumer la vigne; elle avait démontré aussi, au moins elle avait fait entrevoir, quelles étaient les règles à suivre pour le choix des substances à employer dans cette opération. Nous aurons occasion effectivement de constater tout ce ^u’il y avait de positif et de logique dans ses données sur ce point capital.

Un fait bien remarquable d’abord, c’est que les matières employées, les méthodes suivies de nos jours pour la fumure des vignes, ne diffèrent presque pas de tout ce qui se faisait, dans le même objet, aux époques les plus reculées. En cela, il y a une nouvelle et éclatante preuve des connaissances profondes dos anciens, en ce qui touchait aux cultures proprement dites, aux cultures considérées isolément et par rapporté chacune des plantes qui

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en étaient l’objet. Le froment et les autres plantes d’assolement, sur lesquelles il nous ont laissé d’admirables préceptes, ont vu changer et se perfectionner rensemble, les systèmes de culture dont ils font nécessairement partie; mais la vigne toujours seule, toujours traitée isolément, ' n’a pu varier sous ce rapport, et voilà pourquoi, en ce qui lui est particulier, presque tout ce qui se faisait autrefois se fait encore aujourd’hui.

Bien que toutes les substances que nous appliquons à la vigne le soient en vue d’agir sur sa vigueur et d’augmenter son produit; il s’en faut de beaucoup néanmoins que nous puissions donner à toutes le nom d’engrais.

On sait effectivement, et nous venons do le rappeler, qu’en rigoureuse théorie, ce nom est le partage exclusif des débris des deux règnes organiques, animal et végétal, capables, en se décomposant dans la terre, de fournir aux plantes les substances qu’elles ont besoin de s’assimiler, pour soutenir leur existence.

On suit aussi que, parmi les matières analogues empruntées au règne inorganique, les unes ont pour but d’exciter la vitalité des plantes ;on les nomme $(imu/an/«; les autres de modifier le sol dans lequel elles sont introduites, de lui rendre de plus en plus favorables ses propriétés physiques : ou les nomme amendements.

Toute simple et toute naturelle qu’elle est ici, néanmoins, nous le répétons, il nous serait bien difficile de BOUS astreindre strictement à celte classification. Nous aimons donc mieux, tout en conservant ses bases, classer ainsi qu’il suit les matières nombreuses et extrêmement . variables d’origine, de nature, de composition, accordées à la vigne au titre qui nous occupe.

1° Üébris des animaux. A, mous et putrescibles. B, solides. C, excréments. — S» Üébris des végétaux. A, ligneux. B,

herbacés. — 3* Mélange de ce$ deux natures de débris. Engrais mixtes ou fumiers.

II. scBSTANCxs iBoaGAHiQUES. — i* Slimiulanls. — 2° Amendements.

SulMtanre* organlq[ac«i ou engrais proprement -dite. — La Qa de l'article précédent suflira pour bien faire comprendre la classification qu’il est possible d’établir entre les substances nombreuses entrant dans cette première catégorie.

D'une manière générale, ce qui caractérise particulièrement ces substances, au point de vue sous lequel nous les envisageons ici, c’est la richesse de leur composition en matériaux assimilables par les plantes; c’est la grande facilité qu’ont ces matériaux à se désagréger, à devenir libres ; c'est la promptitude avec laquelle peut se faire cette désagrégation, cette décomposition du produit qu’ils formaient auparavant.

r. — Débris des animaux. — Malgré le nombre et la variété des matériaux qu’il est possible d’emprunter directement aux animaux, pour s’en servir comme engrais, néanmoins il est encore facile de répartir ces débris, ainsi qu’on le voit ci-après, dans un petit nombre de divisions assez nettes et assez tranchées : selon qne ces débris sont mous et putrescibles; ou durs et d’une décomposition très-lente; ou enfin selon qu’ils constituent la matière des <réjections Journalières, de ces animaux, mêlées aux litières.

A. Débris mous et putrescibles des animaux. — II s'agit ici principalement de la chair proprement dite des animaux, du sang, etc... Or, tous ces débris, d’une grande valeur comme engrais à cause de leur constitution, de la facilité et de la rapidité de leur décomposition, conviennent beau-

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coup moins à la vigne qu’aux piaules annuelles et herbacées ; qu’aux plantes dont la durée est courte et les produits azotés, comme le blé particulièrement. Encore faut-il, pour ces plantes, user, en les leur appliquant, de certains ménagements, de certaines précautions.

Ils sont donc très-peu employés pour la vigne, même après les préparations diverses destinées à retarder leur décomposition : tant dans les endroits où l’on veut les conserver, que dans la terre où on les dépose.

Ce sont des engrais de celte nature surtout qui offrent le double inconvénient de trop exciter les parties herbacées delà vigne, au détriment de son fruit; souvent de communiquer à ce dernier des saveurs, des odeurs plus ou moins désagréables : circonstances du reste sur lesquelles nous reviendrons.

B. Débris solides des animaux. — Sous cette désignation, un peu vague peut-être, nous comprenons tous les débris d’animaux dont la décomposition est très -lente et à laquelle même quelquefois on est obligé d’aider par des moyens spéciaux. Tels sont les os, la corne, le crin, la laine, etc.

Les os, complètement dépouillés des parties de chair qu’ils pouvaient retenir et môme des matières grasses et huileuses dont ils pouvaient être imprégnés, apporteraient encore à la vigne des sels d’une grande valeur; s’il était facile de les réduire en poudre, et si cette matière n’avait pour les arts, pour celui du raffinage du sucre, une valeur que ne saurait y mettre toujours l’agriculture.

Nous ne connaissons pas, en effet, d’application de ce genre, faite à la vigne assez en grand et d’une manière assez soutenue pour en tirer quelques règles précises. Néanmoins, il paraîtrait que les os réduits en poudre, par

un moyen mécanique quelconque, produisent, même à quantité réduite, une action très-énergique sur la vigne, et cela, circonstance bien précieuse, sans agir le moine du monde d’une manière désavantageuse sur la qualité de ses produits.

La corne a dès longtemps été citée comme convenant à la vigne, soit que dans ce but on la divise suffisamment, soit qu’on l’emprunte à certaines industries, comme celle du fabricant de peignes, qui la livrent à l’état de rapure et telle qu’elle doit être pour agir comme engrais, pour se décomposer.

Cette matière usitée dans l’Anjou, dans le comté de Nice, etc..., parait devoir être employée avec ménagement, si l’on veut éviter sa funeste influence sur le produit de la vigne : influence signalée par plusieurs observateurs et notamment par M. le comte Odart, qui assure qu’uue vigne ainsi fumée donna pendant plusieurs années des raisins immangeables et un vin à saveur dégoûtante (1).

• Un autre inconvénient de cette substance, à ce qu’il parait, c’est de ne point renfermer les sels exigés par la vigne et do tromper ainsi son attente, sous un rapport trèsimportant. « Bingen, sur le Rhin, nous dit Liébig, avait obtenu des résultats très-avantageux pour la vigne, en faisant usage d’un engrais de rognures de cornes ; mais après quelques années, le rapport des feuilles et du bois, le rendement de la vigne en général, diminuèrent au grand détriment du propriétaire, et il eut bien sujet de se repentir de s’ôtre écarté du procédé d’engraissement usité dans ce pays et reconnu pour y être le meilleur. Par l’em-

(I) Congres de l ignerons, session de Dijon, 1846, p. 127.

TRAVAUX ANNl'El.a DU VKJNOBI.E S^î

ploi des rognuie» de corne, la vigne avait été surexcitée dans son développement ; dans deux ou trois ans, toute la potasse qni en aurait assuré l’existence future, avait été consommée par la formation du fruit, des feuilles, des bois que l’on enlevait au vignoble sans les remplacer, puisque l’engrais qu’on y amenait ne contenait pas do potasse (1). »

Le crin, le poil, les cheveux, la laine, doivent aussi être mentionnés. Ces trois premières substances no sont pas très-communes et leur emploi ne peut être en quelque sorte qu’accidentel; sauf cependant le poil, celui de bœuf, que peuvent fournir les tanneurs, mêlé en outre à des débris de peaux et autres d’un effet très-énergique, trop énergique peut-être?

Quant à la laine, on peut l’obtenir en plus grande quantité ; soit à l’état de toiiture, ainsi que la livrent les fabriques de draps et de couvertures; soit à l’état de chiffons.

Chaptal signale les effets prodigieux de la laine appliquée aux plantes annuelles, au blé, sous cette première forme (2), en même temps qu’il rappelle que pendant longtemps les Génois recueillaient avec soin, dans le midi de la France, tout ce qu'ils pouvaient trouver de retailles et de débris de tissus de laine, pour le faire pourrir au pied de leurs oliviers.

On comprend que le déchirement, la plus grande division de la laine en chiffons, est une condition essentielle de ce genre d’engrais, dont les effets, d’ailleurs, ont été remarquables dans quelques localités (3).

(1) Chimie organique, etc..., p. 108.

(2) Chimie appliquée à l' Agriculture, T. 1, p. 132.

(3) Congrès de vignerons, Session de Lyon, 1847, p. 215.

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C. Excréments purs ou mélangés des animaux. Les excréments des animaux sont les matières les plus communément employées comme engrais ; elles sont d’ailleurs les plus abondantes, les plus faciles à se procurer et leur production se lie presque partout, de la manière la plus directe, à l’ensemble de l’exploitation agricole. ‘

Leur application peut se faire sous deux formes principales : à l’état de pureté, ou mélangées avec les litières que l’ou donne aux animaux et, dans ce dernier cas, elles constituent ce que l’on nomme les fumiers.

La pratique la plus ancienne et la théorie la plus rigoureuse, sont d'accord pour condamner l’application à la vigne des excréments purs des herbivores et, à plus forte raison, des autres espèces dont l’alimentation est plus riche et plus variée.

Il est bien facile de comprendre en effet, en songeant aux règles exposées ci-dessus, que les excréments des animaux en général, par l’abondance de leurs principes azotés, par la promptitude de leur décomposition, ne se trouvent pas dans les conditions voulues pour prêter à la vigne, comme engrais, le genre de concours progressif et continu qu’elle réclame.

D’ailleurs, qu’on ne s’y trompe pas, l’expérience et l’observation avaient dès longtemps fait comprendre qu’il y avait en cela une prodigalité contraire aux vrais préceptes de l’agriculture; elles avaient révélé que la vigne, dans son alimentation, procédait avec trop de lenteur pour que des substances dont la décomposition est extrêmement rapide, ne se perdissent, pas en grande partie avant qu’elles n’eût pu en profiter. ^

Elles avaient démontré également que leur action, trop vive, trop subite, se faisait beaucoup plus sentir sur les pousses annuelles de la vigne et sur ses feuilles, que sur

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son fruit Que même, arrivées à un certain degré d’abondance, elles tendaient à réduire ce dernier, parfois à le faire disparattre complètement

Enfin, elles avaient démontré encore que ce fruit et le vin qui en provenait, pouvaient participer à la saveur et plus encore à l'odeur de ces sortes d’engrais; qu’ainsi la qualité de ce dernier pouvait en être très-sensiblement altérée.

Ainsi s’expliquent les motifs pour lesquels les excréments purs des animaux, môme des herbivores, et, h plus forte raison, ceux des carnivores, ceux des granivores, ne sont pas appliqués à la vigne : la nature de cette plante, son mode d'existence, les exigences do son fruit, les notions les plus élémentaires de la chimie et de l’économie rurale, s'y opposent également.

Si nous ne tenions pas compte du temps où écrivait Olivier de Serres, et si nous ne songions pas que cet auteur vénérable n’avait pas en vue, au moins d’une manière spéciale, les vignes è grands vins, nous nous étonnerions beaucoup plus de le voir recommander des engrais dont les inconvénients viennent de nous être révélés: recommandation contre laquelle s’élève avec juste raison M. le comte Odart. • Malgré mon respect pour Olivier de Serres, dit-il, j’ai quelque peine à déférer à sa recommandation a l’égard de la colotnbine et de la poulinée, fumiers de pigeons et de poules, on faveur desquels il fait une exception, quant à leur application à la vigne. Je ne pense pas qu’ils puissent être employés seuls sans influence fâcheuse sur la qualité du vin. La poulinée surtout, et sous te nom je comprends le fumier de toutes les sortes de volailles de basse-cour, a, comme le fumier des animaux omnivores, une odeur forte et infecte. Je me déciderais plus facilement, d’après l’expérience que j’en ai souvent

faite, à partager la croyance de Golumelle sur les bons effets de l'urine humaine, gardée quelque temps et mêlée avec deux tiers d’eau ménagère, particulièrement dit-il, pour les arbres fruitiers et pour la vigne. Cet engrais, à son avis, surpasse tous les autres. Je ne vais pas cependant jusqu’à penser avec lui que cet engrais, auquel je pourrais donner le nom de lizée humaine, accroît la saveur et le parfum des fruits : toutefois , je le crois beaucoup plus énergique que le liquide de môme nature appelé lizée ou purin, d’un usage ancien en Flandre , en Alsace et en Suisse, où on le répand généralement sur les prairies et quelquefois au pied des ceps de vigne, selon M. Barré (l).«

Ce serait ici le lieu de dire un mot du guano et de son application à la vigne, si tout ce qui précède ne suffisait pas pour faire comprendre que cet engrais, le plus riche, le plus actif, le plus énergique de tous, ne pouvait convenir à une plante qui redoute également une alimentation trop abondante et une excitation trop vive.

Fumer de cette manière une vigne dont les produits sont recherchés pour leur qualité, c’est commettre une imprudence; fumer de cette manière une vigne dont les produits sont recherchés pour leur quantité, c’est commettre une prodigalité (2).

S". — üébris des végétaux. — D’après les principes développés ci-dessus, il est facile de comprendre que toute matière végétale peut servir à fumer la vigne. Que dans

(1) Manuel du vigneron, p. 284.

(2) A la rigueur, il serait facile de comprendre pourquoi, dans le midi de la France, on a toujours négligé des substances fertilis.antes dont^ l’usage au contraire est dès longtemps admis dans le nord. Evidemment cela doit tenir à la difiérence tranchée des produits des deux régions et aussi de leurs climats. Dans le Midi, c'est généralement la qualité qui domine, avec les séductions du goût et de l'odorat ; dans le Nord, c'est la quantité.

travaux annuels du vignoble

cette matière on doit retrouver nécessairement tout ou partie des substances constituant cette plante ; de même qu’on doit y rencontrer aussi, quoique à des degrés variabies, cette lenteur de décomposition que nous avons signalée, comme une des exigences de la vigne, en matière d’engrais.

En réalité, la différence qui peut être établie entre les divers engrais végétaux ; la classification à iaquelle ils peuvent être soumis , repose beaucoup plus sur cette dernière considération que sur 1 autre. Tous les végétaux, toutes les parties des végétaux, offrent une composition à peu près analogue : tandis au contraire que leur pouvoir de décomposition, le temps exigé pour cette décomposition, sont beaucoup plus variables.

Voilà pourquoi, d’une manière générale et sans entrer à cet égard dans plus de détails, on a fait, des engrais végétaux, deux grandes classes : les engrais ou débris ligneux ; les engrais ou débris herbacés.

A. Débris ligneux des végétaux. — Les débris ligneux de végétaux dont on peut faire usage pour fumer la vigne, sont nombreux et variés : toutefois, ils ont aussi des limites et celles-ci sont encore basées sur la propriété de décomposition, ou mieux, c’est le point où cesse cette décomposition elle-même qui les établit. D où il suit que tout végétal ou toute partie de végétal ligneux, susceptible de se décomposer en terre, dans un temps qui puisse permettre à la vigne d’en profiter, est susceptible de servir d engrais à cette vigne. Tandis, au contraire, qu on ne saurait admettre dans cette catégorie les autres parties plus dures, plus denses : le bois proprement dit, que 1 on sait pouvoir résister de longues années à l’action de la pourriture et se conserver indéfiniment.

Parmi les végétaux entiers que l’on a pu ainsi faire

servir à l’usage dont il s’ngit, nous citerons, comme abondants dans nos contrées : l’Ajonc {Ulex) , la Bruyère {Erica), le Genet (Genista), le Genévrier (Juniperus), etc.

L’Ajonc, dont nous possédons dans la Gironde deux espèces {U. Europaus et U. Nanus), est un arbrisseau épineux de la famille des légumineuses, toujours vert, flwirissant en jaune en quelque sorte sans interruption, extrêmement répandu dans les terrains secs et dans les landes, et servant à faire de la litière ou à chauffer les fours. On a cherché aussi à l’utiliser pour la nourriture des ruminants, comme cela se fait en grand dans la Bretagne.

La Bruyère, de la famille naturelle des éricinées, est extrêmement commune dans les landes, qu’elle couvre presque exclusivement et où l’on en compte jusqu’à huit espèces. Sur ce nombre, trois sont surtout abondantes et faciles à se procurer (E. scoparia, E. vulgaris et E. chierea). Ce sont ces plantes dont on se sert pour faire de la litière et comme combustile, surtout en usant, pour ce dernier emploi, de la racine ou souche; ce sont ces plantes aussi qui ont formé et forment chaque jour ce terreau noirâtre, cette terre de bruyèi e dont les landes sont recouvertes.

Le Genêt, autre plante de la famille des légumineuses et particulièrement remarquable par ses jolies fleurs jaunes, recherche aussi les terres de peu de valeur et les landes, dans lesquelles abondent ses deux espèces les plus communes (G. tinctoria et G. Anglica). Bien qu’on puisse tirer de la teinture des fleurs de cette plante, son usage n’est autre, généralement, que celui de l’ajonc et de la bruyère.

Enfin, le Genévrier est un arbrisseau de la famille des conifères , toujours vert, donnant des baies dont les arts

ont SU tirer parti, et recouvrant souvent de la seule espèce que nous possédons (J. Comtnunis), toute la surface de nos coteaux calcaires les plus dénudés de terre végétale et les plus arides.

Nous pourrions aussi citer le buis {Buxus sempervirens} de la famille des euphorbiacées ; mais dans nos contrées, cette plante n’abonde pas assez pour prendre rang à côté de celles que nous venons de nommer.

Dans tous ces végétaux, utilisés en partie ou en totalité, le ligneux n’a pas atteint, de bien s’en faut, la dureté et Télaboration qu’il possède dans le bois proprement dit.

£n outre de cela, il se trouve toujours réuni à des sucs, à des matières liquides ou concrètes, qu’on ne rencontre / pas non plus, au moins en aussi grande abondance, dans le bois, et dont la présence ajoute à leur valeur comme engrais, en môme temps qu’elle les dispose à la décomposition : condition impérieuse pour être employés de la sorte.

Malgré tout, un tel mode de fumer la vigne n’est pas très-commun dans le Bordelais; sans doute à cause de la lenteur que mettent à se manifester ses effets; des difficultés qu’il peut souvent offrir, et du peu de profit, en dernier résultat et bien souvent, que l’on peut en retirer.

Il semble, cependant, qu’il serait bien d’y recourir lors de la plantation de nouvelles vignes, surtout en terres argileuses. Nous nous rappelons, eu effet, avoir vu agir de la sorte dans l’Entre-deux-^Mers ; avoir vu déposer dans les fosses où devait être mise la bouture, une couche de quelques centimètres d’ajoncs, et avoir constaté par la suite les excellents résultats de cette manière de procéder.

Dans les vignobles de la Slyrie-Inférieure, dit M. Noirot, on dépouille les aulnes, les peupliers, les saules, les hë-

très, etc., de leurs branches au commencement d’août, à l’époque où elles sont le plus garnies de feuilles; on eu forme des fascines qu’on enterre dans les fosses des vignes, et l’on plante un cep, où l’on en provigne un ancien, dans la terre qui les recouvre.

Au reste, il y a bien longtemps qu’un prêtre, dom Ramello, traduisant en français un ouvrage sur la vigne écrit en italien, insistait sur l’emploi de la bruyère comme plante propre à fumer la vigne; à lui donner toute la vigueur, toute la fécondité qu’elle peut supporter, sans nuire à la quantité du vin.

De son côté, M. le comte Odart, qui a relevé avec soin tous le,<5 exemples de ce genre d’emploi cite, comme y ayant recours, les environs de Nice, le Tyrol, les Alpes Maritimes, etc. « J’ai aussi, ajoute-t-il encore, employé moi-méme avec succès de simples bourrées d’épine noire (Prunus spinosa), de bourdaine (Ithamnus frangula), d’églantier (Rosa canina) et de ronces (R«i>ns fruticosus) que j’avais soin de faire enfouir le plus profondément possible, après leur séparation de la souche ; mais j’ai surtout été satisfait du genévrier que j’ai regretté de ne pouvoir me procurer en plus grande abondance. Le végétal ligneux sur lequel j’ai opéré le plus en grand est le jeune pin, dont j’ai enfoui pendant plusieurs années cinq à six cents bourrées, prises dans de jeunes semis élagués seulement des deux étages inférieurs (1). »

L'efflcacité reconnue au genévrier (nous regrettons que le savant auteur ne l’ait pas recherchée), doit infailliblement tenir aux exigences particulières d’une plante caractéristique des sols calcaires et dans les cendres de laquelle la chaux doit nécessairement dominer.

(1) Manuei du Vigntron, p. 197.

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Quant aux fagots de jeunes pins, il serait bien facile dans le Bordelais, d'en faire l'emploi et de s’assurer si, effectivement et comme le dit M. Fodéré, celte essence est trop sèche et trop lente à se décomposer.

Faisons remarquer, au surplus, que la nature et l’état physique des terres dans lesquelles se trouvent les vignes, sont des circonstances capables d’agir très-directement sur l’emploi des débris ligneux comme engrais. Toutes choses égales d’ailleurs, ces débris agiront avec d’autant, plus d’effica:ité que les terres seront plus fortes, plus compactes et plus naturellement humides.

Remarquons encore ces paroles de M. le comte Odart, en parlant de ce genre d’emploi : « J’avais soin de faire enfouir le plus promptement possible. » C’est-à-dire, do placer dans la zone où règne une humidité constante : où l’excès de cette humidité est combattue parla présence de ces débris : où cette humidité néanmoins persiste assez pour assurer leur décomposition.

Enfin, notons également cet avis que l’habile viticulteur déduit de sa longue pratique : « C’est surtout dans les vignes Jeunes qu’est applicable le mode de fumure dont il s’agit, vers la troisième ou quatrième année, lors de l’ouverture des nouvelles tranchées pour le couchage des provins. »

C’est ici le lieu de mentionner l’emploi qui pourrait être fait encore, pour fumer la vigne, de ses propres sarments. Déjà, dès la plus haute antiquité, Caton avait parlé de ce mode de procéder, dans les termes suivants : * Si votre vigne est trop maigre, coupez-en des sarments en petits morceaux, que vous mettrez dans des sillons de labour, ou dans des fosses creusées à cet effet (1). n Et Pline, mo-

(<) Ch. XXXVII.

diflant le précepte, avait ajouté : « Si la vigne est maigre, brûlez-en les sarments et mêlez leur cendre avec la terre (1). » A notre époque, le procédé a été renouvelé avec £;rand succès, assure-t-on, par dom Ramello, en Italie, Kreebs, en Allemagne, M. Lignères, en France, et on lit, dans un des remarquables ouvrages do Liébig, qu’un vignoble conserve sa fertilité sans engrais animal, ou, en général, sans amendement du dehors, si l’on y laisse les feuilles et les sarments coupés, qu’on les enfouisse et qu'on en fasse de l’engrais (2) .

Malgré les raisons que l’on peut faire valoir en faveur de la fumure de la vigne par ses propres sarments, cet usage, il faut bien le reconnaître, n’a pas été adopté par la pratique. On a préféré user au besoin d’engrais plus énergiques et, presque partout, on a conservé les sarments pour s’en servir comme combustible.

Disons aussi que des essais en ce genre faits par un habile viticulteur de la Bourgogne, M. de Vergnette-Lamothe, ne lui ont pas réussi; que les sarments mis en terre ne se sont pas décomposés. Peut-être y avait-il là une cause inhérente au sol lui-même (3). Cependant un autre viticulteur non moins digne de conflance, M, Sébille- Auger, de Saumur, éprouva le même sort, et de plus, ses sarments coupés à 25 ou 30 centimètres de longueur, repoussèrent, et il fallut détruire le résultat de cette végétation (4).

C’est encore dans cette catégorie que peuvent être rangés les résidus de la fabrication du vin, connus sous lo nom de râpes, et qui sont principalement le produit, soit

{UUist. Nat.. L. X’îll, ch. ix.

(2) Chimie orijnniijve, etc., p. 205.

(3) Congrès de Vignerons, session de Dijon.

(4) M. Ladheï : Chimie appliquée « la Viticulture, p.-lS7.

TllAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

des grappes extraites des cuves après la mise en barriqu» du vin, ef ayant subi, par conséquent, l’action de la fermentation; soit des grappes enlevées lors du foulage du raisin par le procédé de Végrappage.

Ces résidus, dont la quantité peut être considérable dans certains domaines, offrent l'avantage, employés comme engrais, de restituer à la terre une notable proportion dès sels qu’elle avait perdus par la production desraisins. Quant à leur valeur, en cette qualité, l’expérience l’a dès longtemps démontrée, et c'estavec une juste raison que l'on s'applique à les utiliser de la sorte et selon la tendance plus ou moins grande qn’iis ont à< se décomposer.

B. Débris herbacés des végétaux.— Les débris herbacés des végétaux sont d’un usage bien plus général pour fumer la vigne, et d’ailleurs la nature elle-même nous les indique : soit en faisant croître au pied des espèces ligneuses, des herbes’ dbnt les résidus sont restitués au sol; soit en accumulant autour de ce même pied, les feuilles que détachent chaque année les premières gelées.

On sait avec quelle facilité, quelle profusion, croissent les herbes sauvages, principalement sous les latitudes les plus favorables à la vigne; là où peuvent se rencontrer et se succéder immédiatement une grande chaleur et une grande humidité. Les labours que l’on donne à cette plante, en détruisant ces herbes, en les enfouissant dans le sol, assurent ainsi, à ce dernier, un engrais qui n’est pas souvent sans importance.

Mais l’industrie de l’homme, presque toujours guidé© par la nature, en matière d’agriculture surtout, ne s’est pas bernée là; elle a cherché à se procurer au loin de» végétaux herbacés, tels que des joncs, des carex, des roseaux, des varechs, etc. : soit pour les répandre sur le sol

de lu vigne, cuupés en frugmeiiU, ainsi que cela a lieu dans le Gard notamment; soit pour les enfouir dans des fossés parallèles aux rangs de vignes et à une profondeur où la cliarrue ne peut les atteindre, où rien ne trouble leur lente décomposition.

Elle a fait plus encore; elle a semé et cultivé des plantes parmi les vignes, uniquemeni au profit do ces dernières et pour leur rendre la vigueur qu’elles avaient perdue. Et cela, elle l’a fait depuis longtemps aussi, car un auteur très-ancien le mentionne en ces termes : « Si l’on a des terrains plantés en vignes qui soient maigres et que les ceps eux-mémes le soient aussi, on y sèmera dans ce temps-ci (en août), des lupins, après quoi on les hersera. Quand les lupins seront venus, on les renversera en terre, et ils fumeront d’autant mieux ces vignes, qu’il ne faut point répandre de fumier dans les vignobles, parce qu’ils gâteraient le vin (1). »

Dans quelques parties du bassin de la Garonne, où les traditions romaines en fait d’agriculture sont encore si vivaces, notamment aux environs de Damazon, arrondissement de Nérac, département de Lot-et-Garonne, cet usage s’est conservé. « Nous avons remarqué dans les vignobles de cette localité, disait un habile observateur, une pratique qu’il serait avantageux d’imiter partout où des circonstances favorables pourraient s’y prêter. Leur terrain est en grande partie sablonneux : on y sème du lupin, Cette plante fleurit à l’époque des travaux (en avril); elle est enfouie au pied de la vigne et forme sans frais do transport, un engrais dont Tutilité se prouve par l’expérience (2). »

(1) Palhidius, L. IX, ch. ii. ^

(5) De Saint-Amans; Voyage dans les Landes, 1818, p. 9.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNORLE

Un autre observateur, du commencement de ce siècle, avait également dit : « Dans quelques cantons des landes voisines d’Agen, on sème le lupin dans les vignes, et on l’y enterre à la bêche pour engrais (1). »

Un auteur et tout à la fois un praticien qui marcha pendant de longues années à la tête du progrès agricole, dans le Midi, M. le comte L. de Villeneuve, a beaucoup préconisé le lupin pour l’emploi dont il s’agit, en s’appuyant tant sur sa propre expérience que sur ce qui se faisait ailleurs, et notamment dans le Lot, où la vigne a, comme on sait, une très-grande valeur ^2).

Enfin, en 1845, au Congrès de Vignerons français tenu à Dijon, M. Lannes, de Moissac, parlait ainsi sur le même sujet. <( Quand la vigne est arrivée à un état de dépérissement tel, que sa végétation et ses produits en sont considérablement diminués, il est d’usage, dans le département de Tarn-el-Garonne, de lui donner un engrais vert au moyen du sainfoin ou esparcette. Voici le mode que l’on suit : on sème l’esparcette sur la façon qui se donne ordinairement en mal. Après avoir aplani le terrain à l’aide de râteaux, qui servent en même temps à recouvrir la graine, la jeune plante est abandonnée à elle-même jusqu’au printemps suivant. Alors seulement on entre dan^ la vigne pour couper, à la faute ou à la faucille, le fourrage assez abondant que donne déjà l’esparcette. L’époque de cette opération'est celle où l’on peut craindre que les jeunes bourgeons, recouverts par les tiges de la plante fourragère, ne soient exposés par ce voisinage dangereux, aux eifets de la gelée. Cette année, la vigne ne

(I) De Candolle : Voyage botanique et agronomique dans les départements du S. -O,

(i) Illusions et mécomptes d’un vieil agriculteur, 483i, p. 349.

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demande aucun travail : on n’y entre, comme l’année précédente, que pour y cueillir les raisins. Au printemps suivant, lorsque l’espareette est dans un état satisfaisant de vé^^étation, on l’enfouit. Les effets de cet engrais sont puissants, et se font sentir pendant un grand nombre d’années : dû, quinze, vingt-cinq ans, selon la qualité .des terrains. Quelques personnes, au lieu de cueillir le .fourrage de la première année, opèrent alors l’enfouisse- .ment; mais cette opération est loin d’être aussi proQtable à la vigne, et se fait sentir moins longtemps (1). b

Quant aux feuilles dont on peut faire usage pour fumer ‘la vigne, ce sont celles qu’elle fournit elle-même qui remplissent principalement cet ofQce: soit en tombant et .se décomposant sur le sol à l’automne; soit en sa réunis- -sant.pour se décomposer également dans des fossettes .«reusées au pied des ceps. > A cet égard, Olivier de Serres mentionne une manière de procéder qui devait être sui- -\ie de son teoips/par quelques vignerons soigneux. « Si on ne veut attendre la chute des feuilles, dit-il, on. pourra dès que les raisins seront enlevés, mettre les manœuvres à) la .vigne, devant lesquelles marchant des femmes et «nCants, arracheront les feuilles des ceps qui, pour fumier, seront mêlées avec la terre (2). »

La valeur des feuilles en général comme engrais, le motif,pour lequel il est utile de les conserver aussi bien aux lignes qu’aux bois, alors que. la saison les fait tomber, et qu’elle en fait ainsi un engrais naturel, tiennent à des principes de physiologie végétale bien simples et bien ikciles à saisir.

Les feuilles sont les organes spéciaux de la transpira-

(I) Congres de Vignerons français, session de Dijon,v<S45,.p.tflfi. (%) TUdOvdiaprinrftere.iL.JiL

TRAVAÜX ANNUELS DU VKÎNOBLE 359

Uon des plantes : c’est dans leur tissu que la sève se débarrasse, par l'évaporation, de l’excès d’eau qu’elle contenait. Aussi, quand arrive la fin de l’année,ces organes sont encombrés de sels terreux , leurs pores en sont oblitérés, ils ont perdu leur souplesse, leur irritabilité, et le moindre vent détache la feuille des branches. C’est une restitution que la nature fait à la terre des sels qu’elle a fournis : restitution d’autant plus précieuse que les racines de la plante ont plongé plus profond dans le sol, qu’elles ont été chercher l’eau de végétation dans des zones plus riches en ces sortes de sels, moins accessibles aux racines des végétaux herbacés.

Voilà pourquoi les bois noirs, les bois à grandes racines enrichissent une terre; pourquoi le défrichement de forêts de cette nature assure toujours un bon sol : cause première et trop commune autrefois des défrichements. Voilà pourquoi, au contraire,' les bois blancs, et en particulier les pins de nos landes, dont les racines sont toutes superUcielles, sont bien loin d’offrir .de pareils avantages.

Au reste, on sait que les feuilles sont les parties des arbres qui donnent, par la combustion et à poids égaux, le plus de cendre, k Si l’on compare les parties mêmes du végétal, on trouve qu’il se dépose plus de matières terreuses ou alcalines dans les feuilles qui sont l’organe essentiel de l’évaporation, que dans tout autre organe (i). »

3°. — Mélange des débris d'animaux e/ de -végétaux ou en- . grais nâxtes. — 11 s’agit ici principalement de ce qu’on nomme les fumiers, c’est-à-dire le mélange des déjections quotidiennes des animaux, avec leurs litières. Or, les fumiers, lâgoureuBement pariant, ne seraient pas non plus les matières qu’il conviendrait d’appliquer à la vigne, à

(I) Db Okdollb, PAÿ«io/<vee vfgt‘lo/e, p. 393. <

cause de la forte proportion de principes animalisés qu’ils contiennent en général, et de leur promptitude à se décomposer : bien que ces deux propriétés soient loin d’être aussi développées que lorsque la matière animale est dans toute sa pureté.

Sans mentionner de nouveau les inconvénients d’une telle application à une plante d’une constitution toute spéciale età exigences bornées, nous dirons que bien souvent elle pourrait même ne pas se trouver d’accord avec l’économie qui doit présider à toutes les opérations agricoles.

11 est vrai que s’il est des vignes dont on attend avant tout des vins de bonne qualité, il en est d’autres aussi dont le seul mérite est l’abondance du produit, dût même cette abondance nuire à leur durée. A ces dernières donc le fumier peut être appliqué, même sans rien ôter à la puissance dont il est pourvu, tandis qu’on ne l’accorde aux autres qu’après avoir atténué cette puissance dans une proportion déterminée.

Pour atteindre ce but, on mêle le fumier : ou avec des matières dont la propriété fertilisante est extrêmement réduite, comme des gazons, des curures de fossés, etc. ; ou avec des matières complètement dépourvues de cette propriété, comme de la terre pure et simple, sauf cependant à choisir celle que l’on croit la meilleure.

Afin de comprendre le calcul auquel il faut avoir recours en pareil cas et les moyens qu’il faut employer, supposons, par exemple, que nous ayons ii fumer une vigne dont les exigences , sous ce rapport, sont égales à 100, c’est-à-dire à laquelle il faut appliquer un engrais ayant 100° de force.

Pour cela, nous avons du fumier d’étable représentant, par exemple, une force de 1,000 et une terre de fossé ou

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TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

autre, représentant une force de 50 seulement. Nous associerons ces deux matières dans les proportions suivantes;

Terre de fossd 1 ,500 parties reprosentaot 73 de force.

Fumier — 0,025 » représentant 25

Ce mélange fera un total de .100

Dans ia Gironde et partout du reste oit les vins se recommandent par leur qualité, les vignes ne reçoivent du fumier que de cette façon. Telle est surtout la manière de procéder du Médoc : localité dans laquelle le fumier n’est jamais appliqué que sous forme de compost.

Faisons remarquer aussi qu’en procédant de la sorte, on assure à la vigne, en même temps que ce qui peut agir directement sur sa vigueur, les sels et surtout la potasse dont elle a un besoin si direct. Les matières mêlées au fumier ont bien souvent i’avantage de contenir ces sels, de même que la litière qui est une des parties constitutives du fumier. Et, quant à la matière purement animale, elle est également riche en sels alcalins, qu’elle doit principaiement aux urines, surtout quand il s’agit, comme cela a lieu presque toujo&rs, de fumier de bêtes à cornes. <1 Près du Rhin, nous dit Liébig, on rencontre des vignobles dont les ceps sont âgés de plus de cent ans ; mais ils n’.attcignent cet âge que si l’on engraisse le sol avec le fumier de vache, qui est le plus pauvre en azote et le plus riche en potasse (1). »

Kab»tance« Inorganlqnea, «tlmulanis et amendementM. — Nous avons déjà dit combien la classlQcation à laquelle nous nous astreignons, dans l’intérêt de ia logique et pour plus de clarté, laissait à désirer. C’est ici sur-

it) Chimie organiijue, elc., p. lO'J.

tout que nous allons reconnaître son peu de justesse; car •ce que nous appellerons slimulants et amendements, ne diffère pas essentiellement de ce dont nous nous sommes déjà occupé. Pour la vigne, peut-être plus encore que pour les autres plantes cultivées, les matières introduites dans le sol pouvant presque toujours exercer la triple action de nourrir la {Haute, d’exciter sa vitalité et d'amender le sol.

1°. StimularUs. — Parmi les stimulants, nous i» voyons guère que le plâtre et la cendre qui soient appliqués à la vigne, encore cette application est-elle extrêmement restreinte et presque toujours à titre d’essai.

Le plâtre cuit, réduit en poudre et mêlé au fumier,, aurait, d’après une citation de M. le comte Odart, fait pousser à une vigne épuisée des sarments de -S" 30 de long et fait produire une grande abondance de raisins (1).

Quant à la cendre, elle a pour effet d’introduire de la potasse dans la terre, et dès lors on comprend que son •effet doit nécessairement être favorable, pourvu toutefois qu’il n’y ait pas d’excès dans cette introduction. En usant de la cendre lessivée (cbarrée), ce danger est beaucoup moins à craindre, et c’est sous cette forme, du reste, que se fait le plus ordinairement l’application de cette substance. Depuis grand nombre d’années, le célèbre Clos- Vougeot, en Bourgo^e, n’aurait pas d’autre traitement?

Au reste, et comme le faisait remarquer M. Puvis, au Congrès de vignerons de Dijon, la qualité de la terre et beaucoup d’autres circonstances encore, sont de nature à agir très-directement sur l’effet produit par la cendre.

S". — Amendements. — Dans la grande catégorie des amendements à appliquer à la vigne, nous pouvons com-

(I) Manuel du vigneron, p. 306.

TnAVAÜX ANXUELS DD VIGNOBLE

prendre la chaux ; la marne ; la terre brûlée ; la terre, soit argileuse, soit sablonneuse, soit enfin sans caractère distinct.

La chaux est d'application ancienne à la vigne, en France. Selon Pline, effectivement, les Héduins (habitants du pays d’Autun) et les Poitevins, avaient rendu leurs terres extrêmement fertiles par le moyen de la chaux; aussi, ajoutâit-il, la chaux est très-bonne pour l’olivier et pour la vigne (t).

bans les contrées habituées à emprunter à cet agent un puissant moyen de fertilisation, «t où la terre est essentiellement schisto-argileuse, comme l’Anjou, la chaux a souvent été appliquée à la vigne avec succès, ainsi que le prouve la discussion soutenue sur ce sujet au Congrès de vignerons d’Angers, en 1843. Dans oette assemblée, plusieurs viticulteurs distingués, tels que MM. le comte Odart, Sébille -Auger, etc., parlèrent de l’efficacité de la chaux, en faisant observer, toutefois, qu’on ne pouvait pas en attendre les mêmes résultats sur tous les terrains, et qu^il convenait aussi , pour plus de sûreté au moins , de la mêler au fumier et autres matières organiques, afin d’en faire un compost.

Voici, au surplus, la recette d’un décès composts donnée par un cultivateur du pays, M. Roger, qui assurait s’en servir avec sncoès depuis grand nombre d'années. « Un tiers chaux, un tiers curure de fossés et un tiers sable fin. Ce mélange n’est employé pour améliorer le vignoble qu'après sept à huit mois de confection et après avoir subi plusieurs manipulations (2). n

Dans une autre assemblée du même genre, à Dijon, en 1846, le même sujet ayant été agité, M. le comte Odart

(1) L. XVII, ch. v:ii.

(2) Cvngrès de vignerons, d’Angers, p. 42.

ajouta qu’il s’était convaincu que la chaux hâtait considérablement la maturation des raisins. < Une variété de vigne, dit-il, venue de Corse, sous le nom de Brustiam ou Ambrostina, ne mûrissait pas : l'emploi de la chaux a forcé cette vigne à mûrir son raisin, ce qui ne lui était jamais arrivé précédemment (1). »

Enûn, il y a quelques années que nous-méme, et dans les termes suivants*, rendions compte d’une application de chaux à la vigne, faite dans les environs de Bordeaux, dans la commune d’Eyzines.

En 1854, M. Lemotheux fit mettre de la chaux dans ses vignes, dans la proportion de 80 hectolitres à l’hectare. Cette chaux, enfouie d’abord de distance en distance, fut ensuite répandue sur la totalité du champ dès qu’elle eut fusé; un labour donné en octobre et novembre l’incorpora définitivement à la terre.

En 1855, au printemps, M. Lemotheux, voyant le triste aspect des vignes de la contrée, appliqua encore h la sienne une certaine quantité de chaux; mais cette fois ce fut en poudre et en la répandant directement sur les ceps. Cette vigne déjà lui donna une quantité de vin assez satisfaisante pour l’année.

En 1856, la vigne offrait le curieux aspect d’une vigueur toute particulière, et qui contrastait de la manière la plus frappante avec ce qui se voyait malheureusement dans le reste de la contrée.

En outre, et cette circonstance est bien précieuse, les limaçons, si nombreux, si voraces partout ailleurs, semblaient s’étre éloignés de 1a vigne chaulée; les cryptogames qui en recouvraient les pieds avaient aussi eu grande partie disparu.

(I) Congrès de Dijon, p. 125.

THAVACX ANNUELS DU VrcNOBLE ."O.ï

Plus tard encore, chez le même propriétaire, mais sur un autre domaine situé dans la commune de Langoiran, nous pûmes constater des résultats analogues.

Tous ces faits n’ont rien de surprenant quand on songe que !a chaux est un des principes constituants de la vigne, et quand on songe également à la grande puissance d’assainissement que réunit cette substance.

« On conçoit bien, dit M. Puvis, que le principe calcaire qui conserve la salubrité sur tous les sols qui le contiennent, qui porte partout avec lui un principe d’assainissement, puisse et doive le communiquer aux sols malsains qui ne le contiennent pas [I). »

Nous avons déjà parlé de l’application de la marne à la vigne, ou mieux aux terres destinées à la vigne et amendées dans celte intention (liv. I). Nous ne reviendrons pas ici sur ce sujet, si ce n’est pour ajouter que la marne est encore employée par le vigneron , dans quelques cas; soit pour venir en aide à des vignes épuisées, soit pour ajouter aux chances de reprise d’une nouvelle plantation.

Dans le premier cas, on la répand à l’entrée de l’hiver sur la surface du vignoble, sans trop s’assujettir ni aux observations de quantité, ni à celles de qualité, et on l’enfouit après que l’hiver l’a plus ou moins complètement délitée. Quelquefois aussi on la met directement dans la terre comme les engrais, mais on comprend sans peine les désavantages de ce dernier moyen, cq réfléchissant surtout que la première condition de succès d’une marne, c’est son mélange le plus complet avec la terre à laquelle on l’applique et par le délitement.

Néanmoins, et bien qu’en ayant déjà parlé, nous pou-

(I) De l’emploi de la chaux en agriculture, ch. xxxv. .

vons citer, comme exemple de marne employée de la sorte, celle dont suit l’analyse. Elle est très-blanche, très-ûne,. et son application au pied môme de la vigne, dans un grand domaine de la commune de Margaux, a produit les effets les plus remarquables et les plus satisfaisants.

Chaux. . . . 87,00 \

Argile. . . . 10,60 100,000.

Sable. . . . 2,40 )

Dans le second cas, on use de la marne, ou plus communément de l’argile marneuse, pour en déposer une partie dans la fossette où l'on va placer une bouture. C’est toujours dans les fonds siliceux et secs que l’on a recours à. ce dernier moyen.

Déjà également, nous avons parlé du mélange avec la terre destinée à la vigne et, selon ses qualités, de l’argile, du sable, de la terre de lande, de la vase, de la tourbe, etc. Nous ne reviendrons pas non plus sur tous ces sujets que pour dire qu’on y a aussi recours quelquefois pour en' user dans les nouvelles plantations et comme de la marne.

La terre brûlée, l’argile calcinée par les écobuages, peuvent avoir un emploi utile pour la vigne; c’est là encore un moyen d’assurer à cette plante les sels alcalins qu’elle recherche, u La grande différence qui existe entre la manière de se comporter, de l’argile calcinée et de celle qui ne l’est pas, se manifeste dans les localités humides où les maisons sont construites en briques. Dans les villes de Flandre, où presque toutes les constructions sont de ce genre, on observe à la surface des murs, môme peu do jours après qu’ils ont été faits, des efQorescences salines qui semblent les revôtird’une espèce de feutre blanc. Lorsque la pluie vient enlever ces sels, ils ne tardent pas à 'reparaître; ce fait s’observe même sur les murs des partes de la place forte do.Lille, dont la pose remonte à plusieurs

TRAVAUX ANNUEI.S DU VIOXOIU-E

siècles. Ces efflorescences contiennent des carbonates et des sulfatés à bases alcalines, sels qui, comme on le sait, jouent un rôle fort important dans la végétation, etc. (1).»

Mais s’il nous a été possible de passer rapidement sur des sujets qui nous avaient déjà occupé, il nous semble tout à fait convenable d’accorder un peu plus d’attention à un autre sujet dont la place est essentiellement ici : à l’emploi de la terre proprement dite, emploi auquel on donne le nom spécial de Terrage.

Toute terre, dit Olivier de Serres, de meilleure nature que celle de la vigne lui est agréable. Or, cette meilleure nature, il est bien rare que la terre employée ne la possède pas : soit qu’elle la doive à sa composition, aux matières diverses qu’elle peut retenir, enfin aux seuls avantages d’un long repos antérieur, ou d’une affectation toute différente. Voilà pourquoi, en réalité, quelle que soit la terre que l’on emploie pour terrer la vigne, pour remplacer partie de celle qui avoisine ses racines, on fait une opération dont les résultats sont toujours bons, toujours avantageux.

A plus forte raison encore, quand on choisit des terres dont la composition est telle qu’elles puissent amender convenablement celles auxquelles on les applique; quand on les prend dans des lieux capables de leur garantir un pouvoir analogue à celui des engrais : comme cela a lieu pour les terres que l’on ramasse dans des fossés, sur des passages fréquentés, aux environs des habitations, dans des jardins, etc. Il est même des localités où ce dernier genre d’amendement a donné lieu à des travaux considérables, à des usages assez singuliers. -

(I) Liébig, 24* lettre sur la chimie. — Déjà ne phénomène se liouve< commun dans un grand nomhre de tunnels des chemins de fer.

LA Vir.NE DANS LE B0nDEL4IS

StiS

Dans lo département delà Gironde, nous pouvons citer, comme exemple extrêmement remarquable en ce genre, les enlèvements de terre faits depuis plus d’un siècle au village de Hure, canton et arrondissement de La Réole, pour l’amendement d’une contrée voisine dite le Bois Majou. En rendant compte de ces enlèvements à la Société d' Agriculture de Bordeaux , en 1850, nous disions : < Il n’est pas douteux que le village de Hure fixera vivement l’attention du voyageur ami de l’agriculture: qu’il s’y arrêtera et qu’il voudra connaître les causes des immenses enlèvements de terre qu’il remarquera, des excavations profondes que ces enlèvements ont laissées et d’un état de clioses tel qu’il donnerait à penser, au premier abord, que l’église et les maisons de Hure ont été violemment soulevées au-dessus des terrains environnants, par un phénomène semblable à celui que les géologues assignent à la formation des montagnes anciennes (1). »

A plus forte raison encore, les terres employées doiventelles avoir de la valeur, quand on choisit des débris de démolition, des mortiers, des plâtras, en un mot tout es qui s’est trouvé en position de se mêler è de la matière organique plus ou moins abondante, plus ou moins décomposée ; de s’imprégner de sels toujours favorables à la végétation. « J’ai vu , dans la province de Lodi, dit Burger, dans son Trailé d’ Agronomie , etc., des agriculteurs transporter dans leurs champs et leurs prés, quelquefois à une distance de plusieurs milles, de vieux décombres qu’ils achetaient au Lodi Vecchio, ancien bourg du Moyen-Age, abandonné et tombant en ruine. »

(1) V Agriculture, 1841, p. 42.

Dans son bel ouvrage sur l'agriculture de' l'Ouest de la France, U. 0. Leclcrc-Thouln parle aussi de l'usage qu'ont certains villageois de Maineet-Loire, de vendre de temps en temps la terre de leurs jardins.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNODLE

3Gt>

Néanmoins, il faut le reconnaître, ce qui parait plaire * essentiellement à la vigne, dans ce mode de traitement, c’est avant tout le changement, le renouvellement de la terre avec laquelle elle se trouvait en contact, dans laquelle sans doute elle ne rencontrait plus les éléments primitifs. C’est la satisfaction bien constatée qu’elle prend à ce changement et le bénéfice que l’on trouve à le lui procurer. < Le terrage, dit un auteur justement estimé, c’est-à-dire le transport d’une terre nouvelle, est le meilleur amendement que l’on puisse employer pour la vigne. Cette opération doit avoir lieu tous les dix ans pour les terres légères, tous les quinze ans pour les terres fortes. »

C’est par ce mode de traitement, l’expérience l’a toujours prouvé, que l’on peut espérer de rendre à une vigne la vigueur qu’elle aurait perdue; de la restaurer, de la rajeunir. Car c’est ainsi qu’en réalité on agit sur toutes ses parties, sans courir risque, comme avec les engrais proprement dits , d’exciter les unes au détriment des autres, surtout au détriment de la quantité ou de la qualité du produit.

Il est, dans le Médoc surtout, une opération fort usitée, que l’on exécute principalement dans un but d’assainissement, mais que l’on peut néanmoins assimiler au terrage : c’est ce que l’on nomme le transport des sentiers. C’est-à-dire l’enlèvement et l’égale répartition, sur la surface du vignoble, des terres que les eaux, l’action des outils et instruments aratoires, ont entraînées aux bouts des pièces, sur les sentiers et jusque dans les fossés.

Il en est une également à Cap-Breton (Landes) qui consiste à reporter chaque année, sur la dune plantée en vigne, le sable que le vent avait enlevé.

C’est dans le Médoc eucore, dans les Graves en général

et comme nous l’avons dit, que se font quelquefois des terrages dont l'importance pourrait être blâmée an' point de vue de la qualité du vin. a J’ai vu porter avec succès au pied des vignes de nos graves 1^ plus maigres, disait le collaborateur bordelais de Btdet, des terres fortes et argileuses, quand on en a assez près pour que les frais de transport ne soient pas considérables, ce que pourtant on doit faire avec ménagement; car il ne’ faut pas chercher à faire du vin de Palu$ dans un terrain de' Graves, et ambitionner la quantité au préjudice de la qualité.»

■tentéree et tempe «le ftimer la tIsim». — L’application d’un engrais à la vigne comporte plusieurs conditions qu’il est essentiel de remplir, si l’on veut réussir dans cette application. Ce sont ces conditions d’ailleurs qui font varier les divers systèmes suivis, de même que les modifications que subissent ceux-ci, selon la natnre des terres et autres circonstances analogues.

C’est ainsi que l’on peut : ou appliquer directement l’engrais à chaque pied de vigne ; ou faire cette application à un certain nombre de pieds que leur voisinage dispose pour cela ; ou enfin faire cette application à tous, par une mesure uniforme et générale.

Le premier mode est évidemment le plus convenable; mais il n’est pas toujours ni le plus facile ni le plus économique.

Le pied de vigne ayant été déchaussé, on dépose, dans la petite fosse, l’engrais à appliquer et on le recouvre de terre. Ainsi on le met à la profondeur que l’on veut et on règle sa quantité selon l’exigence du sujet. On est même libre de le retrancher complètement aux pieds qui n’en ont pas besoin, pour augmenter la part de ceux auxquels il est vraiment nécessaire.

Le second mode a beaucoup de rapport avec le premier.

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TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

Seulement la fosse est commune à plusieurs pieds, assortis autant que possible par le besoin qu’ils peuvent avoir de l’application qui leur est faite.

Enfin, par le troisième, l’application prend un caractère de généralité et d’uniformité qui la rend plus facile encore et plus économique, mais qui peut nuire bien souvent à ses résultats partiels.

I>ans ce dernier cas, l’engrais peut être mis dans une fosse ouverte entre les rangs de vignes et d’un bout a l’autre du champ. Cette fosse peut servir soit pour un, soit pour deux rangs ; elle peut aussi se rapprocher plus ou moins des sujets qu’il s’agit de fumer. Enfin, dans ce cas de généralité encore, on peut répandre l’engrais à la surface de la terre, comme pour une plante annuelle et l’enfouir par une façon donnée à la vigne.

D’une manière générale, l’engrais placé dans des fosses est toujours d’une action plus opportune. Si sa profondeur a été réglée conformément à la nature du sol, il agit directement sur les organes de la plante qu’il est le plus essentiel de renforcer; sur les racines* qui alimentent réellement le pied. Il a aussi l’avantage de se trouver dans une zone de terre où sa décomposition peut se faire dans les conditions de temps et autres les plus avantageuses.

Répandu à la surface du sol et enfoui ensuite par les labours donnés à la vigne, il présente les inconvénients de ne pas se trouver toujours placé suffisamment profond d’exciter la production des racines superficielles dont il faut débarrasser la vigne, ainsi que nous l’avons vu, et de favoriser la multiplication des mauvaises herbes.

Au reste, et d’une manière générale, la vigne est une plante dont les racines, même celles essentiellement destinées à l’alimentation du sujet, se développent à une assez grande profondeur dans le soi; à une profondeur tou-

jours dépassant delle qu’atteignent les racines des plantes annuelles. C’est donc à cette profondeur, c’est donc dans la zone qu’elle assigne, que doit être principalement placé l’engrais. Plus bas il serait inutile, plus haut il pourrait être dangereux.

Ce serait aussi une erreur de supposer que tout engrais non en contact immédiat aveq ces racinps n’agira pas. A cet égard, l’observation a prouve que les plantes avaient été douées par la nature d’un véritable instinct; qu’elles savaient diriger leurs suçoirs vers les points où se trouvait la matière alimentaire, qu’elles savaient les y multiplier. La vigne surtout nous a souvent édifié sur ce point et l’on sait du reste pourquoi celle que l’on cultive en Jouales, c’est-à-dire envangs entre lesquels sont placées des récoltes fumées, se montre toujours si vigoureuse et si prospère.

D’ailleurs, il est encore prouvé que le contact trop direct dos engrais avec les racines de la vigno peut offrir des dangers; surtout quand ces engrais sont riches et actifs et qu’on if a pas diminué ces propriétés par des mélanges et dans des proportions convenables. >

Le temps de fumer la vigne, on le comprend sans peine est celui de son repos, le temps de l’hiver, et quant aux périodes qui doivent ramener cette application, on comprend aussi combien il serait difGcile de les déterminer ici. Ces périodes effectivement sont subordonnées à l’état de la vigne elle-même, extrêmement variable selon les circonstances locales; et aussi, il fautbien le reconnaître, aux ressources dont on peut disposer pour se procurer de l’engrais.

Quand une vigne, par des raisons autres que la vieillesse ou un épuisement, un dépérissement qu’on reconnaltne pouvoir être combattusavec bénéfice, parait chan-

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aia

celer dans sa vigueur, dans son produit, il est évident que le moment est venu de l’assister au moyen des en grais.

Dans certains vignobles établis en terres maigres, comme sont nos Graves, par exemple, et pour lesquels par conséquent l’engrais est une nécessité de culture, une condition d’existence, l’application de cet engrais peut se faire avec une certaine régularité. On peut, et ici encore c’est à l’observation et à l’expérience à poser des règles, diviser la surface de la plantation en un certain nombre déportions égales, en dix si l’on veut, en fumer une chaque année : assurant ainsi le bénéilce de ce puissant concours au vignoble tout entier dans l’espace de dix années.

valeur de* «ngral* appliqué* A 1a viguc. — La vigne est la plante, nous l’avons déjà dit, qui paye avec le plus d’empressement et le plus de générosité, les avances qui lui sont faites par la culture. Or l’engrais est un des grands moyens de cette culture, et dès lors il n’est pas étonnant que son application ne détermine, chez la vigne, des résultats supérieurs à ceux que l’on pourrait remarquer chez d’autres plantes cultivées.

11 est bien entendu, qu’en raisonnant ainsi nous avons principaiement en vue le produit, ce qui n’est pas toujours et partout il s’en faut de beaucoup, le but dominant de la culture de la vigne, mais cependant aussi ce qu’on ne saurait complètement négliger nulle part.

Dans l’acte de la production en général la terre doit être aidée sans doute, car sans cela cette production resterait bien souvent beaucoup trop faible et l’agriculture n’en obtiendrait pas la juste rémunération à laquelle elle a droit. Cependant ici encore, il est un point qu’on ne saurait dépasser sans danger; d’abord pour la qualité du

produit, puis même pour son prix de revient : les meilleurs et les plus abondants engrais n'ayant plus la puissance, passé une certaine limite, d’ajouter à ce produit dans une proportion capable d’assurer de nouveaux bénéfices.

Pour la vigne, ces principes sont également la règle à laquelle il faut se soumettre : bien cependant qu’il y ait ici beaucoup trop de latitude, et qu’il soit possible, si l’on veut sacrifier la qualité, d’arriver à des résultats d’une trèâ-grande importance.

Nous devons à M. de Gasparin des recherches pour lesquelles, il est vrai, les documents lui ont un peu manqué, mais qui n’ont pas moins une très-haute valeur dans la spécialité dont nous nous occupons.

Pour ces recherches, le savant agronome a divisé toutes les principales plantes cultivées en deux grandes catégories, selon qu’il est possible ou non de leur accorder le puissant concours de l’irrigation : circonstance qui aide considérablement à l’action que peuvent produire les engrais. La vigne se trouve placée dans la catégorie des plantes non irrigables, des plantes de terres sèches.

Après avoir fixé le prix vénal du fumier normal, du bon fumier d’éeurie, à 1 fr. 30 c. les iOO kilog,, il a recherché quelle était la valeur de ce même fumier appliqué à diverses cultures, ou comme il le dit lui-méme, la valeur de la récolte que l’on obtient en sus du produit ordinaire, pour chaque quantité nouvelle d’engrais ajoutée (1). C’est

(1) « Supposons, ajoule-t-il pour bien faire comprendre ce genre d’ap- < prédation, que le terrain cultivé sans fumier donne 2, et qu'avec I de • Lmier j'obtienne 3, la valeur du fumier sera celle de 1 de la récolte ; « de même si avec i de fumier j'obtiens 3, et qu'avec 2 de fumier J'ob- « tienne 4, cette valeur sera de même de 1 du végétal récolté, etc. » (Cours <t Agiiculture, 1. 1, p. 682).

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

ainsi qu’il est parveou aux résultats suivants :

Froment. Ot 93c.

Bettemves. ’ 1 44

Garanoe 2 tO

Vigne. 4 60

Olivier 4 80

Ainsi, chaque cent kilog. de fumier normal accordés à une vigne, dans de bonnes conditions et à un Age où son rapport peut être en pleine activité, sont payés par cette plante 4 fr. 60 c. Ou, ce qni revient au môme, on a par ce moyen un excédant de produit évalué à 4 fr. 60 c.

Comme nous l'avons déjà fait remarquer, il ne s’agit en pareil cas que de vignes essentiellement cultivé» en vue de la quantité de leurs produits. Justement dans l'exemple sur lequel s’est basé M. de Gasparin , nous voyons qu’il est question de vignes du département du Gard produisant ce que l’on appelle du vin de chaudière.

Néanmoins le fait a toujours une grande valeur : il traduit en chiffres, il démontre mathématiquement, ce que savent, il est vrai, tous les vignerons d’une manière générale; caque l’expériencejirouve constamment dans la Gironde; cé qui fhit qu’en réalité on fume les vignes et on trouve intérêt à les fumer.

HHr IM eflTeta d«s eagralM apptl- A Ut vigne, e| le danger de ^uelqaeM-nna d'enireenv. — Déjà nous avons fait comprendre combien l’application d’un engrais quelconque à la vigne et plus encore d’un engrais riche et puissant, avait de l’importance et quels étaient les dangers qui pouvaient en résulter. * Auxquelles choses, dit Olivier de Serres, adviserez avec raisonnable distinction pour l’honneur du

LA VIGiNE DANS LE BORDELAIS

vio, la bonté duquel est toujours empirée par le fumier quel qu’il soit, n

Nous ferons remarquer même que l’usage et encore plus l'obligation de fumer les vignes, sont des faits qui restèrent longtemps inconnus pour grand nombre de contrées. « 11 n'y a pas deux cents ans, disait en 1723 un auteur de l’Orléanais, qu’on ne fumait point ou très-peu les vignes de ce vignoble, à moins qu’on ne fit des fosses (coucher le pied), ou bien il fallait que les vignes fussent extrêmement vieilles ; et quand une fois elles avaient été fumées, c’était au moins pour vingt-cinq ans (i). »

Dans le Bordelais, la tradition a conservé de semblables souvenirs; et dans tous les cas, la nécessité de fumer s’est beaucoup accrue, là surtout où les terres sont maigres, depuis que les vignes ont vieilli; depuis qu’on s’est appliqué et qu’on a eu intérêt à forcer leur production.

L’abus des engrais en pareil cas a été signalé il y a bien des siècles, et, pour son compte, Pline n’hésite pas à comprendre cet abus au nombre des causes qui, déjà de son temps, avaient considérablement réduit l'antique réputation du vin de Falerne. « Mais présentement, dit-il, ce vin s’abâtardit, parce quion vise plntêt à la quantité" qu’à la qualité (2). »

Un poète du même temps qui s’est beaucoup égayé aux dépens des vins enfumés de Marseille, reprochait encore à ces vins le mauvais goût que leur donnait les engrais trop abondants appliqués à la vigne. «... Pendant, dit-il, qu’on nous sert le moût d’un raisin mûri par la chaleur des fumiers de Marseille.... (3). »

Telle était aussi l’opinion d’Olivier do Serres, attri-

(1) J. Boulay : Manière de cultiver la vigne, etc., p. Cl.

(2) Liv. XIV, ch. 6.

(3) Martial : U III, épigr. 82.

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TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

buant à cette même cause le peu de valeur actuelle des vins des environs de Paris. « Gomme cela s’expérimente au vignoble de Paris, qui plus fumé que de raison, et non du tout si bien cultivé qu’il appartiendrait (par avoir plus de commodité de fumiers, sortant de telle grosse ville et de ses faubourgs, que do vignerons y venant des villages d’alentour) rend le vin moins bon, plus vert et plus petit que la portée de son climat, dont il semble être déshonoré (I). »

Plus explicites encore sur ce point, deux savants non moins dignes de toute notre confiance, M. le comte Odart (2) et M. Payen (.l) n’bésitent pas à voir dans les boues infectes des rues de Paris la cause de l’odeur désagréable des vins d’Argenteuil, principalement obtenus au moyen de ce genre d’engrais. Il est peu de personnes aussi qui n’aient entendu parler du déplorable effet produit sur le vin par les engrais marins que l’on ramasse sur certaines côtes de l’Océan, sous le nom de Varechs. Ce genre de fumure communique aux vins de l’île de Rhé et de plusieurs autres contrées un goût et une odeur repoussants.

Dans le récit d’une excursion faite aux parcs à moules d’Ësnandes (Charente-Inférieure), lors du Congrès scientlQque tenu à la Rochelle en 1856, M. Paquerée, membro de la Société Linnéenne de Bordeaux, disait, à propos du vin de cette localité. « Du vin que l’on y fait, je ne vous dirai rien, si ce n’est qu’il contracte le goût des moules et des fucus que l’on répand dans les vignes comme engrais. J’ajouterai cependantquo parmiles voeux queje fais chaque jour pour le bonheur de mes amis, je n’oublie jamais celui-ci : Dieu les préserve de boire du vin d’Esnandes ! u

(O Théâtre d’Aijric. L. III, ch. 4.

(2) Manuel du Vigneron, p. 197.

(3) Cours de chimie organique, etc.

Dans la Gironde, on reproche au^ au vin de Gujan,

quelquefois cependaut assez délicat, de se ressentir des

vases du bassin d’Arcachon ; du coup, avec lesquelles on

fume les vignes de la localité (t)

Le Bordelais proprement dit, les contrées diverses où

se font les vins justement renommés, peuvent encore

nous offrir des exemples analogues, et plus d’une fois

l’expérience, une triste expérience, a prouvé que là aussi

il fallait être prudent, il fallait savoir borner ses désirs.

U 7 a un siècle environ que le grave conseiller à la

cour des aides de Bordeaux, dont nous avons déjà invoqué l’autorité, M. de Navarre disait: «Les commissionnaires acheteurs de vins reprochent continuellement aux propriétaires des vignes, que le goût de tous leurs vins est altéré et la couleur diminuée dans leurs vins rouges, parle fumier qu’ils mettent dans leurs vignes: les propriétaires savent fbrt bien que le reproche est bien fondé

Ceux qui sont les plus entêtés de charger leurs vignes de fumier, font donc deux fautes graves: ils détériorent leurs vins et s’incommodent par des frais exorbitants. Ils ne se défendent du tort que fait le fumier à leurs vignes qu’en disant que ce qu’il y a de nuisible ne leur

(I) On a pnitenin aussi que telle avait été la cause de la perte du vignoble de Lannicm en Bretagno, an temps où ceUe contiée de ta France possédait, dit-on, des vignes.

La laciliié que l'on a eue de se procurer du varech, dans plusicnis lies de l'archipel américain, fait qu'en y a eu recours pour la production des denrées spéciales i cette contrée, en y constatant aussi le grave inconvénient que nous venons de signaler.

Raynal, aprésnvoii mentionné cet emploi, ajoute : < Le varech est une « espèce de plante marine qui, au temps de sa maturité, se détache des • eaux, est perté an rivage par le mouvement des ondes. Il est un grand ■ principe de fécondité; mais employé sans préparation, il communique « au sucre une épreté désagréable, qui doit venir des sels imprégnés < et des parties huileuses qui abondent dans les plantes marines. >

(1/isfoire philosophique des deux Indes, T. VI, ch. S5).

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préjodide que pendant un ou deux ans, au bout duquel temps le goût et la couleur se rétablissent; mais ne de- Traient-ils pas être frappés de ce qu'ils emploient, pour les améliorer, un remède qui commence par leur nuire?»

Le même auteur disait encore : < Il est connu que les Tins de Langon, qui étaient autrefms très-recbercbés et d’un baut prix, ont cessé de l'être, à cause du fumier dont les propriétaires ont aftecté de charger leurs vignes pour avoir des récoltes plus abondantes (I). »

Nous tenons d'un homme qui fit longtemps à Bordeaux le commerce des vins et qui était, dans les dernières années de sa longue carrière, un représentant de ce vieux et loyal commerce, des détails importants sur le même sujet. A une époque, nous disait-il, où l’dat sanitaire de la ville n’était pas tenu comme aujourd’hui et où les beurriers qu’on y amoncelait pouvaient être enlevés par les culüvatears des environs (2), ceux de Bègles, parUculièrement adonnés à la production du lait et à son transport en ville, avaient bien soin, à leur retour, de charger leurs Anes do boùrrier ramassé dans les rues. Ce boùrrier était appliqué aux vignes de leur commune et notamment A celles de la Raze de Bègles dont les vins — ~ . - —

(t) Bidet : Traité sur la nature et la culture de la vigne, etc. T. 1 p. 2è4-269.

(2) Les réglements sur là propreté de là ville sont cependant anciens. On les trouve exposés dans les Statuts de la ville, sous ce titre : Des immondices et de temr la ville nette et ■mundc pour la santé d’icelle.

Celui de ces règlements, notamment donné le 4 mars 1ü8ü, entrait dans de très-grands détails, « afin que par l'infection et puantises des • boues, fumieci, bonrriers et antns immondices qni pourraient être « dans la ville, pestilences, griefues maladies et mortalités ne puissent < être causées au corps hnmain... »

Néanmoins ce service laissait beaucoup à désirer, puisqu'il n'était prescrit aux manants et habitants de ladite viUe, de mettre on de faire mettre en tas l« bonrriers, dus les mes, que deux fois par semaine, le mardi et le vendredi.

Jusque-là en réputation, perdirent ainsi une grande partie des qualités qui les avaient fait rechercher.

Dans un ouvrage spécial publié à Bordeaux en 1834, on lit ce qui suit : c Le fumier pur gâte les vins fins. Les graves de près le Haut-Drion, ont été sans nom pen-

dant plusieurs années, pour avoir été maladroitement fumés avec des gadoues (1). »

Tout le monde sait, dans la Gironde, qu’une des causes principales de l’infériorité bien reconnue du vin de Jouâtes, doit être attribuée à la plus grande quantité de fumier donné aux vignes cultivées de la sorte et à la plus grande vigueur qu’acquièrent ces vignes ainsi excitées. Nous avons déjà fait remarquer effectivement qu’elles profitaient des fumures accordées aux céréales et autres plantes d’assolement produites par la terre dont elles n'occupent qu'une faible partie.

li est vrai aussi que l'application du fumier à la vigne a été, pour plusieurs contrées de la Gironde, une nécessité amenée par le temps, une conséquence de l’ancienneté de ce genre de culture. « Dans le Médoc, disait en 1842 la Société d’Agriculture de Bordeaux, cette terre classique d.e la vigne, il est des vieillards qui se rappellent encor» combien, de leur temps, la culture de cette plante était simple, facile et par suite moins dispendieuse. L’obligation impérieuse dans laquelle on est aujourd’hui de terrer, de fumer, sous peine de voir le sol refuser au végétal les sucs qui lui sont nécessaires, ne s’était pas encore fait sentir. On n’avait pas encore vu, ainsi que nous pourrions maintenant en citer des exemples, des communes entières réduites à la rnoitlé de la récolte qui

(I) Stalütique œnologique du département de la Gironde, p. 9.

Ou donne le nom de gadoue à un mélange liquide des excréments humains.

TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE

faisait jadis leur richesse, et, ce qui est plus affligeant encore, réduites à constater l’impuissance de tous les moyens employés pour combattre cet état de choses (1). » De tout ce qui précède, il résulte évidemment que l’application du fumier à la vigne peut être, dans bien des cas, un hpureux auxiliaire de la culture accordée à cette plante ; mais qu’en cette matière néanmoins et plus qu’en toute autre, il faut être très circonspect sous le triple rap> port du choix du fumier, de sa quantité et des époques de son application.

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