TRAVAUX DURANT LA VÉGÉTATION ACTIVE DE LA VIGNE
Toutes les opérations delà culture de, la vigne énumérées jusqu’ici, à part cependant la fumure, mais qui n’est pas annuelle, comme nous l’avons fait remarquer, ne peuvent être considérées que comme autant de préparations en quelque sorte à la végétation que devra fournir cette plante pendant sept à huit mois de l’année. Celles dont nous allons nous occuper au contraire, les labours ou façons, ont pour but essentiel d’agir sur cette végétation elle-même de la manière la plus directe et la plus active; de la provoquer, de l’entretenir, de la conduire aux résultats utiles qu’elle doit amener. « L’air doit arriver aux racines pour que la végétation ait lieu; il faut que son oxygène puisse s’unir aux matières organiques en décomposition, et former avec elles, outre l’acide crénique, cet acide carbonique qui, entraîné par l’eau, traverse la tige
(I) Renneignefnents fournis à M. le Ministre de l’agrieulture et du commerce, sur la culture de la viÿne et la production du t'tn dans la Gironde.
et va se fixer dans les feuilles. Dès que la terre s’agglomère et se tasse assez autour des racines pour empêcher l’air d’arriver jusqu’à elles, la plante dépérit et meurt, parce qu’elle ne reçoit plus assez de nourriture, ainsi qu’on l’observe toutes les fois qu’on enterre la tige des arbres, ou bien qu’on place sur lenrs racines un pavé assez serré pour wnpêcher l’eau d'y arriver (1). »
Telles sont, dans leur ensemble, les causes générales des labours ou façons donnés annuellement à la vigne, et certes, rien n’est plus propre à en prouver l’utililé que le dépérissement, l’état d’étiolement et de désolation de celles auxquelles on les refuse, a Prends des raisins, des lambrucs (2) qui croissen*. sans culture, disait encore le vénérable Bernard Palissy, et de ceux de vigne qui est cultivée, et en fais du vin, et goûte du dit vin, et tu trouveras que celui qui est fait sans culture, ne sent que l’eau et l’acerbe, et celui qui est cultivé est de bon goût et plus chaud deux fois que celui des Lambrucs. »
Abi. I — Opérations be ea ccltdhe
BASÉES SUR LA NÉCESSITÉ d’aSSÜREB ACX BIFFÉPE^S HOCVEHE.NTS ANNUELS DE LA PLANTE l’ ACTION D£S RAUNES.
Nous avons déjà dit qu’un cep de vigne pouvait être considéré comme base, comme champ, en quelque sorte, d’une végétation annuelle que règle le vigneron, principalement par la taille ; qu’il excite, qu’il favorise par ses autres travaux.
Or, cette végétation, les anciens la divisaient en trois
(1) D.-F. S.AAC. Chimie agricole, p. 100.
(2) Laokbnic, Lambrouabe, Lambrot, ce sont les nome' de la vigne sau- Tage (yttû Sÿlvestris Labrusca), dont noua avons -paîté dans la pr^ mièie partie de cet ouvrage.
TUAVAÜX ANNUELS DU VIGNOBLE
mouvements principaux, à quoi, pour le regard de la vigne, comme le répétait après eux Olivier de Serres, les trois houêments et œuvres de la vigne se peuvent rapporter. « Celsus et Atticus (t), conviennent qu’il y a trois mouvements naturels dans les vignes, ou plutôt dans tonte espèce d’arbre : l’un qui les fait germer; le second qui les fait fleurir, et le troisième qui les fait mûrir. Us pensent donc que les labours servent à animer ces mouvements, parce que la nature ne parvient à l’objet: de ses désirs, qu’autant qu’elle est aidée par le travail joint à l’étude (2). »
ivombra et temps des labonrs. — Gomme les modernes ont également persisté dans l’habitude de donner aux vignes trois labonrs, on voit que pour eux aussi cette habitude avait un motif, une raison d’ètre dans les lois de la nature; dans les lois sur lesquelles la culture, pour être rationnelle et opportune, doit toujours se baser.
Il ne faudrait pas croire effectivement au renversement de ces principes fondamentaux, dans les localités oùfles labours sont réduits à doux, ni dans celles où ils -sont portés à quatre, et quelquefois plus.
Dans le premier cas, il s’agit ordinairement d’exceptions prises de la disposition spéciale du terrain ; par exemple, d’une situation en pente capabie d’exposer la vigne à être déchaussée par un ameublissement trop fréquent du terrain.
(1) Celsns vîTait sous Tibère. Cotait un médecin babiie, dont Quintilien a fait un grand éloge, et <{ue l'on a surnommé VHippOcraté latin. U avait composé des traités sur l'histoire, l’éloquence, la guerre, l'agriculture et la médecine.
Quant à Atticus, il avait donné un livre sur l'espéoe particulière i > culture qui est propre aux vignes.
(2) COLOXSLLE, Liv. IV, p. 28.
Dans le second, il est à remarquer que la déviation de la règle n’est en quelque sorte qu’apparente; car presque toujours le quatrième labour n’est qu’une ampliQcation, une sorte de complément du troisième.
Quelquefois aussi, comme dans le Médoc, cette nécessité de quatre labours tient à l’instrument employé, à la manière dont la charrue, usitée dans cette localité, dispose le terrain.
Le motif du premier labour, ou première façon, on vient -^e le voir ci-dessus, c’est de déterminer, c’est de favoriser la germination de la vigne, c’est-à-dire du retour printannier de la vie active qui doit l'animer jusqu’à la fin do l'automne : retour qui se manifeste d’abord par ses pleurs ; puis par le grossissement de ses boutons ; puis enfln par leur épanouissement et l’apparition des nouvelles feuilles.
Tous ces phénomènes, faciles à constater, mesurent en quelque sorte une durée dont il faut user pour le premier labour, et dont il convient aussi de ne pas dépasser les bornes, ni dans un sens ni dans l’autre.
D'abord il convient de ne pas commencer trop tôt et alors que de fortes gelées pourraient encore être à craindre, ce qui n’est pas rare dans nos climats, en février, et dans les commencements de mars, ainsi qu’il résulte du relevé suivant :
185a. Février, le 14 — 2*, 0.
» Mars, le 10. '....... — 2*. 0.
18b7. Février, le 7 — 4*. 0.
» Mars, le 13 — 3*. 2.
, 1858. Février, le 26 — 3*. 0.
1860. Février, le 14 — 6*. 0.
1862. Février, le 9 — 5*. 3.
1864. Février, le 22 . — 3*. 0.
1803. Février, le 12 — 5*. S.
Ainsi, c’est à peu près vers le 10 mars que commence la
TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE
température opportune pour la première façon de la vigne; temps également où se manifeste le premier phénomène du réveil annuel de cette plante, celui qui consiste dans un écoulement de la sève auquel on a donné le nom de pleurs de la vigne.
En second lieu, il convient de ne pas attendre le moment où les plantes, croissant habituellement dans les vignes, ont pu atteindre, sous l’influence du soleil printanier, un développement capable de gêner le labour, de nuire à sa perfection, d’en augmenter les frais.
Surtout, il ne faut pas attendre le moment où la vigne, elle-même, épanouit ses tendres boulons; où elle entre en foliation : à cause du grand danger do nuire ù ces boutons, de les blesser, de les faire tomber et aussi, comme nous le dirons, de ne pas ajouter aux chances des gelées printanières. A cet égard, il est un proverbe qui disait, dans notre vieux patois :
}Itulir(\) la bigno aoüan leu boutoun,
Gagne la fayçoan.
Enfin, en réfléchissant au but de la premièrë façon donnée à la vigne et à l’effet qu’elle doit produire, on comprend bien vile le danger de la donner trop tôt ou trop tard.
Effectivement, cette façon est particulièrement destinée à faciliter l’action des circonstances extérieures que l’on sait, au printemps, déterminer et accompagner le premier développement de la vigne, son premier mouvement annuel.
(i) Nous verrons l’explicaiion de ce mot. Quant au proverbe, voici sa s'.gnificalion française :
Bêcher la vigne avant le bouton.
Gagne la façon.
L’introduction plus facile, dans le sein de la terre et jusqu’aux racines de la plante, de la chaleur et de l’humidité : ces deux agents essentiellement déterminants de la végétation en général ; ou, mieux peut-être, la mise en rapport, l’équilibre voulu à cette époque de l’année, de ces mêmes agents.
Elle est destinée aussi, cette première façon, et voilà pourquoi, ainsi que nous le verrons ci-après, elle doit être plus profonde et plus puissante que les autres ; elle est destinée à un ameublissement de la terre tel que les nouvelles racines qui vont surgir, comme à l’extérieur il va surgir de nouveaux sarments, puissent librement et complètement se développer. Car, comme le fait remarquer de Gandolle, la chaleur atmosphérique excitant la vitalité des troncs et des racines qui se trouvent alors remplis de toute la nourriture accumulée pendant l’année précédente, y fait développer, vers la fin de l’hiver, des radicules nouvelles (1). Ainsi, toujours d’après l’enseignement de cet habile physiologiste, le réveil de la végétation s’exécute par le concours de deux causes : L’activité des nouvelles racines qui pousse la sève à Tergo, et l’activité de l’enveloppe cellulaire qui l’aspire. Or, il n’est pas donné à l’homme d’agir d’une manière directe sur ces causes immédiates, cette œuvre est celle du printemps qui, selon les expressions poétiques de Virgile, ranime la nature, rappelle le feuillage, enfle la terre et la porte à demander des semences pour enfanter des moissons. Mais son travail néanmoins est alors d’une très-haute valeur. C’est un appui de p^us qu’il offre à la nature; des facilités nouvelles qu’il lui ménage, dans un moment où, sortant d’un long repos, elle doit accomplir une œuvre capitale, re-
(I) Physiologie végétale, t. I, p. 428.
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mettre ses lois en activité, rappeler à la vie ce qui sem> blalt en avoir été privé.
Les phénomènes divers marquant le réveil de la vigne nous les avons longuement exposé , en nous occupant de météorologie (II* partie), ont chaque année une époque moyenne connue de tous les praticiens, et l’on comprend maintenant tout ce qu’il peut y avoir de désavantageux à ne pas foire coïncider la première façon de la vigne avec ces phénomènes, à la donner trop tôt ou trop tard.
Trop tôt, elle risque à manquer son hut, sans compter les accidents que peuvent amener les variations de température si fréquentes à cette époque de l’année. Trop tard, elle peut encore manquer ce but, et les circonstances diverses de végétation qu’il importait de seconder, par cette opération, ne l’ayant pas été, nécessairement la plante devra s’en ressentir tout le cours de l’année.
Los anciens, observateurs habiles comme nous l’avons dit plusieurs fois, avaient encore des signes naturels qui no leur permettaient pas .de se tromper en pareille matière. O Quand le limaçon, disait Hésiode, fuyant les Pléiades, grimpe de la terre sur les plantes, c’est le temps, non pas de fouir la vigne, mais d’aiguiser tes faux (I)... » il est facile aussi, d’après tout ce qui précède, de comendre pourquoi, chez.ies anciens comme chez les modernes, cette première façon était fo plus complète, la plus énergique, en quelque sorte la seule digne de ce nom. «Telle première œuvre, disait Olivier de Serres, se donne par
(I) Les Pléiades sont un groupe d'étoiles comprises dans la constellation du tanreau, laquelle, on le sait, répond an mois d'avril. A celte époque de l'année donc la vigne devait avoir reçu la première façon.
Quant au limaçon, c'est bien aussi à ce moment qu'il sort de terre : trop souvent malheureusement pour dévorer les premières feuilles de la vigne, mnsi que nous le dirons.
hommes robustes, avec bêches et hoyaux, en profondant tant qu’on peut, pour mettre la terre en bon guérèt, et tout d’une main en sortir toutes importunités de pierres et racines (1). »
Le motif du second labour, ou de la façon à donner^ la vigne, est également pris dans l’état particulier du végétai, au moment de ce travail. Déjà il a fourni des pousses d’une certaine longueur; déjà ces pousses ont été réglées par des retranchements convenables ; déjà ses boutons, ou mânes, se sont dégagés des feuilles qui les enveloppaient, et l’on touche au moment où la vigne va fleurir : phénomène dont l’époque moyenne dans nos contrées, on l’a déjà vu, peut être fixée au 10 juin, mais qui commence ordinairement plusieurs jours avant, et se termine aussi plusieurs jours après. Il suit de là que la façon destinée à aider la vigne à ce moment suprême ; à lui assurer toute la force et toutes les autres conditions que réclament l’épanouissement de la fleur et la fécondation de l’ovaire, .doit être donnée dans le courant de mai ^ du lü au 25. Trop tôt, cette façon, qui doit aussi détruire les herbes printanières, risquerait, comme la précédente, de manquer ce but, sans compter qu’elle aurait moins de chances de beau temps. Trop tard, non-seulement elle priverait la vigne d’un indispensable secours en temps opportun, mais encore elle pourrait lui nuire essentiellement : troubler l’opération délicate de sa floraison.
Enfin, c’est encore dans l’accomplissement de l’un des grands actes de la vie annuelle de la plante que sont pris, et le motif de la troisième façon, et celui du temps où elle doit être donnée.
Après la floraison, après la fécondation de l’ovaire, le
(1) Liv. III, ch. 4.
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grain du raisin grossit et bientôt il passe à l’état de verjus; bientôt aussi il vère, c’est-à-dire il entre dans la période durant laquelle se fera la maturation et dont le début, pour les raisins noirs est principalement marqué par leur changement de couleur et, pour les raisins blancs, par une transparence du grain de plus en plus sensible et une coloration de môme assez apparente.
La troisième façon doit venir en aide à ce troisième et dernier phénomène de la vie annuelle de la plante. Elle doit lui communiquer la vigueur dont il a besoin ; lui imprimer l’uniformité qu’il réclame; elle doit débarrasser la vigne des herbes que le soleil d’été et les pluies qui s’y sont jointes ont fait croîtra en abondance. Et , comme la maturation demande un temps assez long, au moins un mois, il suit de là que la troisième façon, pour laquelle on a du 20 juillet au 15 septembre, peut être donnée en deux fois, qu’il peut en être donné deux dans ce laps de temps : une troisième et une quatrième.
Cette augmentation de travail est au surplus très diversement jugée par les viticulteurs; ceux qui s’y assujettissent, là où la vigne est travaillée à la main, ont cru y reconnaître des avantages dont les effets se faisaient sentir môme au-delà de la maturation et jusqu’à l’année suivante. Quant aux autres, guidés par l’économie de plus en plus nécessaire en semblable matière, ils n’en reconnaissent l’utilité que pour détruire les herbes qu’un temps pluvieux aurait pu faire croître de nouveau, au point de mettre obstacle aux derniers termes de la maturation.
L’année 1860, notamment, offrit un exemple de cette nécessité. Des pluies nombreuses et abondantes semblèrent transformer ks vignes en prairies.
Les anciens, comme nous l’avons dit, assujettis comme
nous à ces trois labours, ou façons, reconnaissaient au dernier un avantage assez singulier et que nous aurions de la peine à comprendre. La poussière qui résultait dn déplacement de la terre, à ce moment de l’année, se répandait sur le fruit et facilitait, d’après eqx, sa maturation. Selon Théophraste, ils nommaient ce genre d’influence upokonisès, c’est-à-dire excitation de la poussière ou par la poussière (l).
Une obseTvation importante qu’il convient aussi d'enregistrer, c’est qu’il ne faut pas s’assujettir trop rigoureusement aux époques ci-dessus mentionnées, comme résultat de l’observation et de l’expérience dans le plus grand nombre de cas. 11 est des causes trop nombreuses malheureusement, comme surtout des pluies longues et intempestives, qui forcent à retarder les façons des vignes et à ce propos c’est bien le cas de dire, encore avec le proverbe ancien, qu’il est bien moins désavantageux d’agir hors de saison qu'hors de temps.
Enfin, relativement à l’importance des façons données à la vigne en général et à l’avantage qui résulte de chacune d’elles en particulier, notons encore ce proverbe languedocien, cité par Olivier de Serres :
Qui foQy, bûoi :
Qui bine, vins :
Qui teise, verse (2).
(1) De la caus! des plantes, Liv. III, ch. xxii. — Liv. Il, ch. vui.
An surplus, voici ce que nous trouvons encore dans les ouvrages anciens, sur ce singulier sujet. « Il y a des gens qui croient que la pons- « sièro nourrit le raisin ; en conséquence ils en saupoudrent les raisins « qui commencent & noircir, et ils en répandent sur les racines des ceps « et des arbres. On eu use de cette manière dans la Gaule Narbonnaise, « et il est certain que, dans ce pays, la poussière pontribue plus que le « soleil à mûrir le raisin, p (Pline, liv. XVII, ch. ix.)
(2) Ce qui peut être exprimé en (Vauçais par les paroles suivantes :
TRAVACX ANNUELS DU VIGNOBLE
Ntomii «Itverii <tonn^ ans laitonr* de la vigne» —
8’il est de règle à peu près générale, partout où l’on cul- ‘ tiie la vigne, de lui donner annuellement trois f&çons, les noms de chacune de ces façons ont assez varié.
Assez communément aussi, on donne ou l’on conserve le nom de labour proprement dit à la première de ces façons. On sait que ce mot, pris dans son sens général, exprime l’action de remuer ou de travailler la terre avec des outils ou des instruments : de là aussi le nom de laboureur donné à celui qui se charge de ce soin et de tous ceux que comporte la culture. Pris dans son sens absolu, ce mot exprime aussi un travaii complet, si bien qu’il devient nécessaii», lorsqu’il n’en est pas ainsi, de lui associer une autre expression : on dit un demi-labour, un lé> ger labour, etc...
Le nom le plus ordinaire de la seconde façon est binet et celui de ia troisième tmcer. Par biner, on entend un second labour, mais plus léger que le précédent, donné soit avec les mêmes outils ou instruments, soit avec une petite boue nommée binette dont le travail est effectivement superficiel. Par tiercer on entend enfin la troisième répétition du labour, quant au nombre; mais plus particulièrement la répétition du second, quant à la manière de procéder.
En Champagne, il est des localités où la première façon est appelée la houerie, parce qu’elle s’exécute au moyen d’une houe. La seconde et la troisième sont dites «ardures, parce qu’il ne s’agit plus ici effectivement que de simples sarclages.
Qui bêche profondément une première fois, fait couler du vin en abondance;
Qui répète une seconde fois ce travail, le fait foisonner Qni y revient une troisième fois, fait déborder la liqueur.
En Bourgogne, c’est tombrer, biner et débiner ou rebiner.
Pour la première façon on emploie encore, selon les localités, les noms de fouir, hover, rueller, roger, etc... La seconde et la troisième ont beaucoup moins varié, biner et rebiner sont les désignations assez généralement employées.
Dans le Bordelais où la vigne est traitée, comme on sait, soit à la main, soit à la charrue, ces dénominations sont / aussi assez nombreuses. Les plus anciennes, celles dont font mention des arrêtés municipaux et des titres des XIV* et XV* siècle, se rapportent spécialement au travail à la main, ce sont les suivantes :
Pour la première, Fudir ou hudir, du verbe latin fodere, fodi, bêcher, fouir, etc...
Pour la seconde, magescar, façon du mois de mai, façon de mai.
Pour la troisième, trescar, revenir une troisième et dernière fois.
Dans les autres cantons du département de la Gironde, dépendants ou voisins de l’ancienne Saintonge, comme à Saint-André de Cubzac, on dit hicher, biner et tracer.
Enfin, les i^atre labours à la charrue du Médoc, n’ont pas précisément de noms spéciaux. En parlant du premier et du troisième on dit ouvrir la vigne; en parlant du second et du quatrième, on dit chausser ie eavaillon.
Il est aussi, dans cette même contrée des façons complémentaires de ces labours auxquelles on a donné une appellation spéciale. Ainsi ramener à droite et à gauche au fond des raie.®, la terre que la charrue n’a pu atteindre à son premier passage sur la ligne des ceps, c’est tirer ou lever le eavaillon, parce que cette terre, sommet du billon antérieur, se nomme c«i»ai//OTj. Ainsi encore, avant le troisième et quatrième labours, le vigneron a soin d’enlever
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au cep les jets qui sont venus dans sa partie inférieure, dans celles que la terre découvre et couvre alternativement et qui lui ont fait une sorte de chaussure, c’est ce qu’on appelle tirer les chausserons (voir ci-dessus l” période, art. II.) ^
Outils el Instrumenta employé* pour le* labour* de* vigne*. — Longtemps considéré comme une culture à part, dans l'ensemble du domaine agricoie, la vigne ne connut d’autres travaux que ceux que lui donna directement la main de l’homme. Plus qu'aucune autre plante certes elle méritait cette faveur : soit par la multiplicité et ia délicatesse des détails de son gouvernement; soit par son désir, son empressement à répondre aux excitations de la force intelligente. La substitution des instruments, de la charrue, en cette circonstance, est un fait complètement moderne , et Olivier de Serres signale, comme une nouveauté de son temps, à la fin duXVT siècle, < le labour des vignes avec un soc traîné par une ou deux bêtes. « Il no saurait être douteux non pius que celte nouveauté, dans ie Bordelais, ne remonte fi l’époque de l’introduction de la vigne dans le Médoc. Les bras étaient rares dans cette contrée alors solitaire et sauvage comme le disait un ouvrage écrit au temps de Michel Montaigne, on leur substitua la charrue, comme on l’a fait et comme on tend successivement à le faire, partout où leur prix cesse d’être en harmonie avec les produits à obtenir (I).
Loin de nous la moindre idée de bl&mer une tendance nécessitée par les développements de la vie sociale et ce-
(1) Le pJre Vanniôre, qui publiait son poème agricole Proedium msti- <um en 1710, parle du labourage de la vigne à la ebarrue, comme d'une nouveauté dictée aussi par l'économie (Lir. X) .
condée d’ailleurs par les progrès de la mécanique agricole. Seulement nous contaterons ce fait, que, la vigne sera toujours la plante qui offrira le plus de difficultés aa travail régulier et uniforme des instruments et machines; le plus de difficultés, en dehors de la question économique, à l’application de ce travail.
D’une manière générale, tout ce que l’on désigne dans le Bordelais sous le nom de vignes de Graves, à part celles du Médoc et quelques autres (1), sous le nom de vignes de Côtes et sous celui de vignes de Palus, est principalement cultivé à la main.
D’une manière générale aussi, les outils employés pour ce travail sont de deux sortes : ceux qui le donnent complet, comme cela a lieu polir la première façon ; et ceux qui ne fout en quelque sorte que le rafraîchir, que l’entretenir, comme cela a lieu pour la seconde et la troisième façons.
Les premiers ontpour type une houe à fej lai^ età douille
tellement recourbée que le manche serait complètement parallèle au sol, s’il ne se relevait subitement, par une courbure qui lui est particulière (fig. 39).
Selon que la terre est plus ou moins compacte, tenace ou caillouteuse, cet outil est lui-méme plus ou moins fort, plus ou moins lourd. 11 varie aussi dans sa longueur, dans sa largeur, dans l’étendue de sa surface, en raison de la nature spéciale du travail qu’on lui demande : 95 à
(I) Quand Artliur Young traversa Uarsac, le 25 août 1787, il fit l’an- Dotatlon suiraute : < On labonre maintenant arec les bœols entre les « rangées de ceps, opération qui suggéra à Jelhro TuU l’idée de sarcler « les blés avec la houe à cheval. »
Fig. 39.
THAVACX ANNUELS DU VIGNOBLE
40 centimètres sont les limites habituelles de cette longueur, 42 à 15 celles de cette largeur. Les paysans, qui donnent à cet outil le nom de pique, disent, selon le cas, la pique large, la pique estrète (étroite).
Dans plusieurs cas, fondés également sur la nature du terrain, sur la nécessité de l’attaquer plus énergiquement, ce môme outil cesse d’étre plein et offre deux dents, comme dans l’exemple ci-dessous (flg. 40). ï''8- *0-
Quelles que soient au surplus ses modifications, en fiiisant usage de la houe dont il s’agit, l’ouvrier attaque le gnéret en tirant l’outil à lui. Le relève avec la portion de terre dont il s’est chargé et rejette cette même terre à sa
droite, en la renversant.
Dans les cas où U s’agit de terres fortes et argileuses, et où il est nécessaire de donner, à la première façon surtout, une plus grande profondeur, on a recours à la houe ù pointes dite puard (fig. 44).
11 n’est pas, dit un auteur Fig. 41. ja localité, d’instrument
pins propre au labour des Graves fortes ; mais il n’en est
pas non plus dont l’emploi soit plus fatigant : l’ouvrier ne pouvant travailler qu’incliné et courbé à un demi-mètre de la terre.
Les secondes et troisièmes façons ne réclament ordinairement que la boue en fer plein, plus ou moins forte suivant les localités.
Pour les vignes traitées à la charrue, cet instrument dans la plupart des cas, n’est en réalité que celui employé
pour les autres cultures (1). Cependant, dans le Médoc, sans différer sous tous les autres rapports de l'araire proprement dit, elle offre, dans la disposition de l’âge ou de la flèche, deux circonstances en apparence bornées et néanmoins d’une grande importance. De là résulte effectivement la possibilité d’employer cette charrue, aussi bien pour déchausser la vigne (1” et 3* façons) que pour la chausser (2' et 4' façons).
Bornons-nous à dire ici, pour ne pas empiéter sur ce qui va suivre que, modifiée pour le premier usage, pour déchausser, elle ptend dans le Médoc le nom de Cabat et, modifiée pour le second, pour chausser, celui de Courbe.
Vofle» dcM dinérenui laboura. — En examinant avec attention et dans leur ensemble les différents labours, ou façons donnés à la vigne, quel qu’en soit d’ailleurs le nombre et autant que peuvent le permettre aussi la situation, la plantation', la conduite, etc... il est facile de reconnaître que le premier de ces labours a pour but de déchausser la plante et le second de la rechausser. Ou au moins que le premier retire du voisinage du cep la terre avec laquelle il était actuellement en contact et que le second l’y ramène, ainsi de suite.
Ces deux manœuvres sont particulièrement remarquables et faciles à saisir dans les vignes plantées en rangs parallèles et cultivés à la main; elles le sont plus encore.
(I) Les charrues dites vigneronnes, dont on possède déjà plusieurs modèles plus ou moins avantageux, en deliors de celui du Médoc, offrent des difficultés, sinon de composition, au moins de disposition, assez sérieuses. Il faut pouvoir passer assez près du rang de vignes, pour donner une façon qui n'exige pas un complément de travail trop considérable ; il faut respecter les racines de la vigne ; il faut ausi respecter, selon le temps, son bois, ses jeunes sarments, son fruit. Toutes circonstances qui compliquent le problème et qu'il faut concilier en outre avec les indispen sables conditions de simplicité, de bon marché et d'économie dans l’emploi.
TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE
et d’ailleurs tout à fait iudispensables, dans celles que l’on traite à la charrue.
On voit en cela, indépendamment des autres conditions des labours déjà signalées, la nécessité de renouveler la terre autour d’une plante, pour laquelle la nouveauté, sous ce rapport, est une des causes les plus puissantes do prospérité.
Quand il s’agit de vignes traitées à la main et disposées en rangs parallèles, ainsi que nous venons de le dire, la première façon détruit les billons AA (fig.
4î), qui chaussent, pour former les billons BB, qui déchaussent; la seconde au contraire détruit les billons BB, pour y refaire les billons AA, etc...
Quelquefois aussi, comme dans certaines localités des Côtes , cette manœuvre prénd un caractère plus général et
l’on procède , non plus en vue d’un seul rangj^mais en vue de deux. Les billons ou planches AAA, (fig.
43), sont remplacés par les billons ou planches BBBB, et réciproquement.
-Enfln il est un usage suivi dans le Bas-Médoc, dans les environs de Lesparre où il est beaucoup de vignes travaillées à la main, qui rappelle le même procédé.
A la première façon, celle de mars, la terre est retirée des alentours des ceps et on en forme, entre ces mêmes ceps, des petits tas coniques AAAA (Qg 44).
Fig. 44.
Il parait que cet usage est aussi suivi en Bourgogne, et nous ne serions pas étonnés que telle fut son origine poc' la localité du département de la Gironde ci-dessus désignée. On sait combien peu y est ancienne la vigne, et il n’y aurait rien de surprenant, qu’en l’y Introduisant, on eut , voulu imiter les usages du vignoble le plus renommé de France à cette époque.
Partout ailleurs, où des dispositions spéciales ne permettent pas l’application rigoureuse de la règle qui vient d’être signalée, la terre est purement et simplement fouillée et retournée sur place à des profondeurs variables.
Dans les Palus en particulier, où l’expérience a démontré le danger de cultures trop profondes, sans doute à cause de l’état tourbeux de ce sol et de l’inconvénient qu’il y aurait à augmenter ses tendances à se gonOer sous l’ac- *tion de l’humidité, à se resserrer sous celle de la chaleur, la terre, aux différentes façons, est seulement fouillée, à six ou sept centimètres de profondeur et renversée.
Il serait inutile sans doute de nous astreindre à décrire ici d'une façon minutieuse la manière dont il faut diriger la houe pour obtenir ces différents résultats, de môme que ceux beaucoup moins énergiques de la troisième et même de la quatrième façon, quand celle-ci est pratiquée. Ce sont là des détails trop élémentaires pour notre sujet et que l’on peut trouver d’ailleurs dans des ouvrages moins spéciaux (1).
Pour les vignes traitées à la charrue, le travail ne peut consister rigoureusement que dans des déctiaussemenU et des chatissemenls alternatifs, et c’est ainsi effectivement que se passent les choses, notamment dans le Médoc, où la culture à la charrue constitue un type des plus remarquables.
(I) Cours d’ Agriculture, parM. de Gasparln, T. 3, p. 303.
TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE
Noui venons de dire que chacune de ces opérations avait, non pas un instrument spécial, le corps de charrue proprement dit ne variant pas, mais une modification particulière dans l’agencement de cette même charme.
Pour bien comprendre celte modification, précisons d’abord les deux parties essentielles du problème qu’il s’agissait de résoudre
f* Four dédlMBfieerSavrigne, il fallait trouver le moyen de faire passer le ooips de charrue, ce qui attaque la taiTe,rouvre, la£oulève et larenversccn l’écartant de gauche à droite, aussi près qne possible du rang de vigne (lig. &S, A.)
2° Pour chausser la vigne, il fallait trouver le moyen de faire ]&sser}e corps de la charrue, exactement entrelesdeti\ rangs de vigne; demanièro qu’il coupât en deux les billons précédemment formés. B, Il et les rejetât contre le cep.
Remarquons aussi que l’attelage, dans les deux cas, est toujours dans la même position; que toujours il suit le' même trajet. Il est impossible effectivement de le faire passer autrement qu’un bœuf dans un sillon et un bœuf dans un autre, séparés entre eux par un rang de vigne, par les ceps qu’il s’agit de déchausser ou de chausser.
Ainsi la seule chose qui puisse changer, pour produire selon le cas des résultats diamétralement opposés, c’est la flèche de la charrue, et la seule circonstance de ce changement c’est la direction à donner à la courbure de sa partie postérieure; car la partie antérieure ou l’extrémité, ne peut non plus varier, et à la hauteur où la tient le joug des bœufs, elle doit toujours rester parallèle au rang de vigne.
Fig. 43.
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Sans entrer dans des détails plus minutieux, les deux figures ci-dessous feront parfaitement comprendre ce double système.
La figure 46 représente un attelage traînant une charrue pour déchausser le rang de vigne A, ce que l’on nomme un cabat.
Fig. 4C. l'ig. 47.
La figure 47 représente un attelage traînant une charrue pour chausser le rang de vigne B, ce que l’on nomme une courbe (1).
(I) Ces charrues, le caiat et la courbe, sont traditionnelles dans le • llédoc. Nous ne défendrons pas leur construction, qui bien souvent peut laisser beaucoup A désirer ; mais nous louerons leur principe, justifié par l'usage et par les résultats obtenus.
Il y a quelques années qu’un propriétaire de la localité, M. le chevalier du Breuilh, fit de laborieuses tentatives pour les remplacer par des instruments en fer, mais sans obtenir de remarquables succès.
Plus récemment, M. Richier, propriétaire du chAteau d’Agassur,
A Ludon, a produit dans ce but ime charrue qui a eu l'approbation de plusieurs hommes compétents et de plusieurs associations agricoles.
Enfin le régisseur du chAtean de Giscours, à la Barde.-M. Skawensky, est aussi inventeur d'une charrue A vigne, qu’il substitue A celles du
TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE
Représentées par des coupes perpendiculaires, ces mêmes opérations s’expliquent comme suit.
La première, trouvant la vigne chausséé, attaque le billon formé pour cet objet, (Qg. 48), en A, pour en rejeter la moitié en B.
En revenant, cette même attaque a lieu de l’autre cêté , en Ç. et dans des circonstances absolument semblables, pour rejeter cette portion du billon en D. D’où il| résultera que ce billon sera détruit, que le rang de vigne qu’il chaussait se trouvera complètement déchaussé.
La môme manœuvre faite sur le rang de droite et sur celui de gauche, complétera les«nouveaux billons entre lesquels se trouvera dès lors placé le rang de vigne.
La seconde opération, trouvant la vigne déchaussée, altaquele billon degauche, formé pour cet objet(flg.49) A,
Fig. 40.
pour le fendre dans toute sa longueur et en jeter la moitié en B. En revenant, cette même attaque a lieu sur le billon de droite G. et dans des circonstances absolument
Fig. 48.
Mcdoc et qui paraît, tout k la fois, réaliser de notables perfections e assnrer, dans le travail, plus de célérité et d’économie.
Noos ne pouvons ici que mentionner ces louables tentatives.
semblables. Ce billon est à son tour fendu dans toute sa longueur et une moitié en est jetée en D.
Comme Hans tous les travaux donnés aux plantes, non par de simples outils (pu peuvent les attaquer dans tous les sens, mais par des instruments dont l’action ne saurait être aussi complète, fl arrivera qu’il faudra revenir sur ces travaux pour les achever.
Effectivement, la charrue n’a pu porter son action, ni entre las pieds da vignes, dans le sens de la longueur des rangs, ni même aussi près de ces mômes pieds que cela eût été nécessaire. D’où il résulte, qu’après son passage, une portion du billon reste encore debout, formant une longue crête sur toute l’étendue de chaque rang, ((ig. 50, A) .
il est môDste à remarquer que cette crête est tou^urs plus considérable du côté où se trouve plantée ta tarassone destinée à soutenir le rang- Mns la figure eS-dessus, du côté II. «
D’où, la nécesaté, toutes les Ms que la vigne a été déchaussée, aux premier et troisième labours, d’avoir recours à un travail complémentaire de ces deux façons : travail qui consiste, comme en dit dans le pays, à tirer le cavaillon. Des hommes ou des femmes, car la manœuvre n’est pas pénible, munis de houes légères, attaquent cette crête en travers et la ramènent sur les billons de droite et de gauche.
Dans les jeunes vignes encore faibles, certains cultiva-
TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE
leurs ont soin de ne faire faire cette opération que d’un seul côté. Du côté A, par la raison que, de cette manière, ie jeune pied conserve encore un appui nécessaire.
Un autre soin qu’il importe de signaler, c’est celui qui prévient, lors du second labour, les dangers que pourraient courir les jeunes provins, et, lors du quatrième, ceux qui pourraient menacer les raisins : les uns et les autres effectivement pourraient être recouverts de terre. Pour éviter cela, une femme, armée d’une pelle, doit suivre le laboureur et placer successivement celte pelle, soit devant les provins, soit devant les raisins trop bas, pour les empêcher d’être recouverts de terre.
Ce mode de culture, aussi simple qu’ingénieux, pour rait donner lieu néanmoins à quelques observations critiques. Ainsi, il est notoire que la circulation d’un attelage et d’une charrue dans les rangs de vigne, et quatre fois par an, ne se fait pas toujours sans danger, surtout la première et la troisième fois, lorsqu’il s’agit de déchausser la plante et qu’il est, par conséquent, nécessaire de faire passer l’instrument aussi près que possible des rangs d vigne. Évidemment, si' le bouvier manque d’adresse et d’habitude, si l’attelage manque de doi^lilé, on peut endommager plus ou moins les racines, les sarments et les ceps eux-mêmes.
A la troisième façon particulièrement ces dangers sont à craindre. Cette façon se donnant en mai, au moment où la plante pousse avec vigueur, où ses sarments sont tendres et cassants. Au moment encore et alors que vont commencer les fortes chaleurs, on pourrait se demander s’il est bien nécessaire de déchausser la vigne, de livrer des portions jusqu’ici plus ou moins directement défendues contre l’action atmosphérique, à toute la rigueur des rayons solaires
Mais ce dernier inconvénient n’est qu’apparent, ou plutôt, en ayant l’air de s’y exposer, la pratique facilite l’action d’une loi physique tout à fait favorable aux résultats qu’elle a en vue. « Un procédé, dit Chaptal, qu’on pratique généralement dans le midi de la France pour la culture de la vigne, a longtemps fixé mon attention, sans que je pusse me rendre raison de ses eilets : dans ce pays, où il ne pleut presque jamais pendant l’été, on déchausse le pied de chaque cep de vigne en creusant tout autour une fosse circulaire, assez large et assez profonde pour mettre à nu une grande partie du pied de la souche et les radicules qui le recouvrent : les feuilles des sarments ne tardent pas à recouvrir l’ouverture de cette fosse. Il est évident que cette méthode n’a pas d’autre avantage que de faciliter l’accès de l’air jusqu’aux racines, pour y déposer la rosée abondante dont il est plus chargé dans ces climats que dans d’autres plus froids : s’il n’en était ainsi, cette pratique disposerait la plante à être desséchée par l’ardeur continue et dévorante du soleil (1). »
AbT. II. OPÉRiTIONS DE I.A CDI.TÜBE BASÉES SUB
LA NÉCESSITÉ DE TBÉVENIB , POUB LES SAIIME.NTS ET POUR LES BAJSl.Ss, DES CBOCS OU UN TROP GRAND BAPPROCBEMENT DE LA TERRE : BEI.ETAGE DES SABUENTS ET DES RAISINS.
A répoque de l’année où les rapports de la chaleur et de l’humidité sont encore tels qu’il y a grande excitation pour la végétation herbacée, pour la pousse des sarments,
(1) Chimie appliquée à ragricuUuTe,t. I, p. 75.
Oo sait effectivemeDt que rbumidité coDtemie dans l'air, l’est en raison directe de la température. De sorte que cette humidité est très-abondante dans les pays chauds, où elle donne lieu à des rosées qui remplacent les pluies ; qu'elle l’est beaucoup aussi dans les saisons chaudes, ce qui explique encore l'abondance-souvent excessive des pluies d'orage.
TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE
c’est-à dire en avril et en mai, il arrive que ces derniers n’ayant pas le temps d'acquérir une solidité convenable sont sujets à être brisés, soit par le vent, soit par le moindre cboc, soit par leur propre poids.
Ces accidents peuvent aussi avoir pour cause l’approche des hommes et des animaux, nécessitée parles façons à donner à la vigne pendant cette période. Ils peuvent être rendus plus fréquents par la situation particulière de la vigne, par son exposition, par la manière dont elle est cultivée, par la nature particulière des cépages.
L’opération à laquelle on a recours, pour prévenir les accidents de ce genre, prend le nom spécial de Relevage, Relevage des pampres ou sarments. Elle consiste dans le soin que l’on prend de ramener vers la ligne verticale les sarments qui s'en sont trop sensiblement éloignés, qui ont été quelquefois jusqu’à ramper sur le sol; dans le soin que l’on prend de les attacher aux échalas destinés à les soutenir ou à les réunir ensemble à leur extrémité, de manière à en former des faisceaux capables de résister aux vents : l’union fait la force.
De cette manière encore , on assure au pied de vigne une attitude plus naturelle, puisque sa tendance est de toujours monter en s’accrochant à tout ce qui peut l’aider en cela. On empêche une trop grande accumulation des feuilles vers la région des fleurs et des fruits ; on facilite aux agents atmosphériques un plus libre accès dans cette région.
Enfin, le relevage est bien souvent commandé par les façons, par la nécessité de faciliter aux hommes et aux animaux un libre accès- dans la vigne; de les débarrasser des obstacles susceptibles de retarder leur travail ou de le rendre imparfait. Il peut être aussi commandé par la crainte d’exposer la vigne à trop do dégâts pendant ce
travail, à la perte de bois précieux, soit pour le produit de l'année, soit pour la taille de l'année suivante.
. L’époque de cette opération qui n’est pas, du reste, générale dans le vignoble bordelais, serait assez difficile à. assigner d’une manière précise. Seulement, il est aisé de comprendre qu’elle a des limites avant et après lesquelles son opportunité n’aurait plus la même valeur.
Ainsi, entreprise trop tôt, avant les derniers jours d’avril, elle n’aurait & agir que sur des sarments encore tellement verts, tellement herbacés, qu’ils risqueraient à casser sous la main de l’ouvrier. Entreprise trop tard, dans le courant de juin, elle perdrait beaucoup de son utilité et elle offrirait en outre le danger d’exposer trop subitement le fruit, déjà formé, à l’action directe des rayons solaires capables do le flétrir et de le dessécher. Dans ce cas, il serait prudent de choisir pour opérer un temps couvert.
Les liens employés ordinairement pour le relevage sont le jonc, préalablement assoupli dans l’eau, et l’écorce d’osier. On doit avoir soin de ne pas serrer trop fort les sarments et de ne pas les retenir dans des attitudes capa- Wes de les contrarier d’une manière trop complète.
Dans le Médoc principalement où la vigne est trèsbasse, il arrive souvent qu’au dernier labour, dont le but, on se le rappelle, est de chausser la vigne, quelques verjus sent couverts de terre. Pour éviter cet inconvénient, on relève les sarments auxquels tiennent ces verjus, et on les assujettit dans cette nouvelle situation.
Am. III. — Opéhations de L4 cnmcnE basées
Sun LA NÉCESSITÉ DE SCPPBIllEn LES SARMENTS SANS FBl'ITS, OU INUTILES A LA TAILLE ÉBOUBGEONNEMENT OU ÉPAMPBEMEST.
A la rigueur, on ne devrait tolérer sur un pied de vigne
TUAVACX ANNUELS DU VIGNOBLE
que les sarments qui portent du fruit ou ceux dont la taille prochaine aura besoin, et retrancher tous les au* très, conformément au précepte de l’Évangile. Mais en pra' tique on ne peut pas et l’on ne doit pas même toujours agir avec cette rigidité.
Seulement, il y a avantage à retrancher, quand ils sont encore verts et peu développés, plusieurs de ces sarments : ceux que l’on juge complètement inutiles, ou dont la position est désavantageuse, soit par rapport à euxmèmes, soit par rapport à d’autres, soit par rapport au pied.
Comme cette opération se pratique vers le milieu de mai, époque où les pousses sont extrêmement faciles à se détacher de la souche, et où on leur donne encore le nom de bourgeons ; cette opération elle-même est désignée sous celui d'Êbourgeonnement.
L’ébourgeonnement a donc pour conséquences, quand il est bien fait, de concourir au maintien de l’équilibre qui doit régner dans le sujet; de prévenir une consommation inutile de sève; de réserver celle-ci, pour le fruit que devra nourrir le pied et pour le bois sur lequel opérera la taille suivante.
Les anciens, observateurs comme nous de celte pratique, comprenaient le danger de la faire ou trop têt on trop tard. Trop tôt effectivement, le bouton n’est pas assez apparent, et l’on peut le supprimer avec des branches que l’on supposait en être dépourvues. Trop tard, les sarments ont acquis une dureté qui exige de grands efforts, on l’emploi d’un instrument tranchant. Or, dit Columelle, ce sont deux choses qu’il faut également éviter : l’une, parce que les efforts nécessaires pour arracher les sar- Anents déchirent la mère; l’autre, parce que la taille lui fait une blessure qui est toujours pernicieuse dans une
plante encore verte, et qui n’est pas encore parvenue à son degré de maturité (1).
Le but essentiel du vigneron, comme celui des autres cultivateurs du reste, dans tous les travaux auxquels il se livre, c’est le fruit de la plante objet de ces travaux, c’est le produit. Or, il peut arriver à ce fruit, par une foule de causes tirées de l’état de la terre, de la saison, du cépage, etc..., de ne pas recevoir du cep la totalité du concours qu’il aurait le pouvoir d’utiliser pour son développement; il peut surtout arriver que d’autres dépendances de ce cep, comme certains sarments par exemple, diminuent à leur profit ce concours dans une proportion trop considérable.
Cette diminution peut venir de ce que les sarments continuent à pousser avec trop de force et acquièrent ainsi une dimension en désaccord avec leur utilité. Elle peut venir aussi de ce que ces mêmes sarments, sans même continuer à croître sensiblement, nuisent néanmoins au fruit que précédemment ils avaient pu protéger.
Dans tous ces cas encore, il importe au vigneron d’intervenir pour rétablir l’harmonie à laquelle il est intéressé, pour prévenir la perte qu’il aurait à supporter.
Cette intervention, qui consiste dans le retranchement d’une portion plus ou moins considérable des sarments, prend les noms particuliers de rognage, rognerie, pincement, etc...
Lorsqu’on réfléchit à l’utilité des feuilles par rapport aux fruits en général, et par conséquent au raisin; lorsqu’on songe que ce sont les organes où la sève s’élabore pour se porter ensuite sur ces fruits, les nourrir et assurer leur développement complet , on comprend combien il
(1) Liv. IV, ch. vii-xxiv. — Voir aussi Pelladius, Ht. VI, ch. n.
TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE
faut apporter de discernement dans l’opération dont il s’agit.
D’abord , s’il est des motifs généraux capables de la commander : ce sont ceux que peut présenter une vigne plantée dans une terre riche et féconde, ou rendue telle par des travaux multipliés et des engrais abondants; ceux que peut offrir une vigne habituellement vigoureuse, ou rendue telle par des circonstances fortuites, comme un excès d’humidité ; ceux enOn que peut offrir une vigne cultivée en Jouales, avec tous les avantages d’une disposition à rangs espacés et des fumures accordées aux céréales cultivées entre ces rangs.
Dans tous ces cas, il peut arriver effectivement que le rognage des sarments soit nécessaire : leur allongement indéfini pouvant nuire à l’élaboration convenable du fruit, et entretenir une végétation herbacée qui n’est plus en harmonie avec la période qui s’écoule depuis son changement en verjus jusqu’à sa maturité complète.
On comprend facilement toutes ces conditions; mais ce qui est plus diffleile, c’est de bien se rendre compte des circonstances de nature à déterminer le rognage, là où il n’est pas habituel et où il pourrait être opportun d’y recourir exceptionnellement. ,
Nous ne parlerons pas de cette méthode comme moyen de prévenir la coulure, rien de positif jusqu’ici n’ayant justifié une pareille prétention.
Nous ferons observer, quant au temps de son accomplissement, qu’il ne faut pas trop la rapprocher du moment de la floraison; car ses conséquences étant de nature à changer très-sensiblement les phénomènes accomplis jusque-là, il convient d’attendre l’époque où le verjus, complètement formé, n’a plus, en quelque sorte, qu’à élaborer les sucs qu’il contient.
Voilà pourquoi on conseille de ne pas rogner trop tôt les sarments de vigne; d’attendre pour cette opération la fin de juin ou le commencement de juillet.
Pourquoi aussi on conseille de ne pas rogner trop court; car, comme nous le ferons remarquer ci-après, il y aurait grand danger à priver d’une manière trop absolue le raisin des feuilles qui lui sont supérieures.
Quant aux autres inconvénients susceptibles de découler de cette opération, faite d’une manière inopportune, il faut mentionner la coulure qu’elle serait susceptible d’amener, si le raisin en était encore susceptible, et la flétrissure qu’il aurait aussi à redouter, si le soleil était trop ardent, et si, de la sorte, on l’exposait à ses rayons d’une manière trop brusque, trop complète et trop directe. ^
11 faut remarquer aussi, quant au danger de rogner trop court, qu’il est cependant une indication capable de guider en cette circonstance : c’est qu’en général on doit se borner à retrancher la portion complètement herbacée du sarment.
En dehors des motifs déjà exposés, il peut arriver encore que le rognage ait pour cause des travaux à donner à la vigne à certaines époques de l’année. Ainsi, dans leMédoc, on rogne les sarments les plus longs avant la quatrième façon et pour faciliter le passage de la charrue. On les rogne encore avant les vendanges, afin de rendre l’accès de la vigne facile aux vendangeurs.
Dans cette localité et ailleurs on a blâmé quelquefois la trop grande tendance des vignerons à recourir à une pratique susceptible de fournir, aux animaux, une nourriture verte dans le moment où manquait ordinairement tous les autres fourrages.
Enfin, si l’on a égard aux cépages, on comprendra que
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TRAVAUX AKNÜELS DU VIGNODLE
-il I
tous n’ont pas une égale tendance à allonger leurs sarments, et qu’ainsi tous ne réclament pas, aux mêmes degrés, l’opération qui nous occupe.
Si l’on a égard également à l’emploi ultérieur des sarments, on comprendra encore que le rognage devra être épargné à ceux dont on voudra faire des provins.
On a voulu aussi, comme dans les localités où le raisin est destiné à la table, et doit séduire l’œil autant que le goût ; où le climat diffère essentiellement du nôtre, surtout dons ses rapports avec la vigne; on a voulu faire, de la pratique exceptionnelle dont il s’agit, une des bases fondamentales de la culture de la vigne. A cet égard, nous rappellerons ce que nous avons dit ci-dessus, en nous occupant de la taille; nous ferons de nouveau toutes nos réserves en faveur du mérite capital des vins du Bordelais, la qualité, et nous ajouterons la citation suivante :
On lit dans un ouvrage publié à Bordeaux eil 1810, par un homme qui y exerça longtemps l’horticulture, fit partie de la Commission des travaux pour l’ensemencement des dunes , et fut membre de l’Académie impériale des sciences. H En 1787, étant nouvellement arrivé de Paris, no connaissant pas assez lu différence des automnes aux environs de Bor4ieaux, relativement à celles de Paris, n’en ayant vu qu’une encore, je crus pouvoir faire comme ù Paris, en ébourgeonnant la vigne, c’est-à-dire qu’en taillant en août, voulant tenir un cordon de vigne serré de près et propre, après avoir supprimé toutes les pousses inutiles, je me permis de -raccourcir les pousses restantes, comme cela se fait à Paris et ailleurs, même en Bourgogne, pays do vignobles. Quel ^ut mon étonnement de voir, non-seulement aux pousse» coupées en juillet, mais encore sur celles abattues vers la fin d’août, des mânes ou grappes, sortir des repousses que firent ces branches ; de manière
qu’il y avait en même temps sur cette treille, des raisins mûrs, des verjus, et d’autres en fleur, au mois d’octobre. Cet effet fut pernicieux, et les ceps souffrirent beaucoup ; aussi l’année suivante, les pousses furent faibles. Ayant regardé cela comme extraordinaire, j’ai essayé plusieurs années de suite d’en user de môme, ce qui a causé le dépérissement total do quelques pieds sur lesquels je l’avais répété. Je dis cela afin de pouvoir se prémunir contre le conseil que pourraient donner quelques personnes qui, comme moi, arriveraient de Paris, ou de quelques lieux semblables pour le climat (1). »
Ajoutons enfin que cette môme pratique, considérée comme nous venons de le faire, mais sans l’exagération néanmoins qu’on a voulu lui donner de nos jours, était également connue des anciens. Columelle (2) en parle, de même que Palladius (3).
Anr. IV. — Opérations de la ccltühe basées
SCR LA NÉCESSITÉ D'ASSCRER AO FHLIT, PENDANT LA MATURATION, l’accès de I.’AfB, DE LA LDHIÈRE ET DE LA CUALEUR : EFFECILLAISON 00 EFFEOILLAGE.
On sait quelle est l’utilité physiologique des feuilles. On sait également combien il est nécessaire, pour la maturation des fruits en général, qu’ils puissent recevoir l’action directe de la chaleur et de la lumière.
Sous ce dernier rapport, si nous faisons attention à ce qui se passe ordinairement dans nos campagnes à la fin de l’été et pendant l’automne, nous remarquerons que beaucoup d’arbres perdent une portion de leurs feuilles : soit par la chaleur qui les dessèche et les fait tomber : soit par
(1) T. -Y. Catros, Traité raisonné des arbres fruitiers.
(2) l.iv, IV, ch. XXVII.
(3) lit. VI, ch. II.
TRAVAUX ANNUELS DU VIGîfOBLE
les insectes qui les détruisent en totalité ou en partie. D’où résultent nécessairement deux faits importants.
D’abord, le fruit ne reçoit plus, en sève élaborée, une quantité comparable à celle que pouvaient lui transmettre les feuilles voisines, quand elles étaient toutes attachées à l’arbre, quand elles jouissaient toutes de la plénitude de leur action.
En second lieu, ce même fruit, jusque-là complétemeut abrité, se trouve découvert et peut recevoir directement les atteintes de la chaleur et de la lumière.
Or, ce que fait la nature, dans certaines circonstances et par des moyens détournés, l’industrie do l’homme y a aussi quelquefois recours; pour le bien des produits de la culture et, en particulier, pour le bien de ceux de la vigne, au moyen de la pratique nomméee^m/ùtûon oaeffeuiUage.
Or, encore, il résulte des principes rappelés ci-dessus, que cette pratique peut offrir des avantages ou des inconvénients, selon qu’elle a ou n’a pas lieu en temps opportun ; selon qu’elle est bien ou mal faite. Ceci explique d’ailleurs pourquoi, en fait d’effeuillage, les viticulteurs sont si peu d’accord ; pourquoi l’un approuve ce que l’autre condamne ; pourquoi enfin il est très-difficile d’établir à cet égard des règles bien nettes et bien précises.
En ce qui touche à la pratique en elle-même, on comprend que sa valeur peut varier avec les climats, avec les années, avec les terres, avec les cépages.
Généralement, plus on se rapproche des limites de 1a culture de la vigne, plus l’industrie doit intervenir dans cette culture, et plus aussi l’effeuillage doit être usité. U On effeuille avec raison la vigne dans les climats frais et humides, pour faire mûrir les raisins (1). »
(I) Thol’in : Cours de culture.
On comprend aussi que plus l’année est humide, et plus il convient de recourir à cette opération, toutes choses égales d’ailleurs; car les années, selon qu’elles sont humides ou sèches, garantissent pour une localité et tout le temps de leur durée, un climat humide, ou un climat chaud.
a L’expérience a démontré que dans les terrains calcaires, siliceux, ou caillouteux, là où la végétation est maigre, et la réverbération de la terre très-grande, il ne fallait effeuiller qu’avec précaution dans les temps ordinaires, et pas du tout dans les années de sécheresse et de forte chaleur ; car il est positif que l’absence des feuilles pourrait, dans ce dernier cas, influer sur le développement des principes nécessaires àune bonne viniflcation... Mais dans les terrains forts, alumineux, qui absorbent les rayons solaires et qui conservent l’humidité, là où la maturation des raisins est lente, les cépages élevés, garnis de feuilles larges et abondantes, il faut toujours effeuiller sans crainte, etc (2)... »
Quant aux cépages, tous ne poussent pas avec la môme vigueur, n’ont pas des feuilles aussi nombreuses et aussi grandes; tous ne mûrissent pas aussi rapidement; tous ne donnent pas des raisins également sensibles à l’action du soleil. C’est là ce qui fait que, d’après les observations de M. d’Armailhac, on devrait effeuiller avec circonspection le Merlot, le Malbeck, un peu plus les Cabemets et beaucoup plus le Verdol, le cépage des Palus qui mûrit difücilement et tard.
Il nous semble que les détails dans lesquels nous ve
(2) M. Fauré, Analyse chimique des vûis du dqjarlemeiit de la Ctronde.
TRAVAUX ANNUELS DU VIGNOBLE
Dons d’entrer, sur les travaux divers que réclame la vigne pendant les périodes de sa végétation annuelle, justifient pleinement ce que nous avons dit, au début du livre cidessus, touchant les raisons naturelles de ces travaux. Baisons qui découlent principalement des lois de l’existence particulière à la plante et de celles qui règlent l’action exercée, sur cette existence, par les expressions météorologiques de la localité.
Ceci nous explique cette grande vérité sur laquelle nous avons souvent insisté; cette vérité qui établit qu'en agriculture, occupation éminemment sérieuse, par les moyens qu’elle emploie et par le but qu’elle se propose, rien n’a pu être le résultat ni du hasard, ni du caprice; rien n’a pu être arbitraire. Effectivement, en cette matière, partout et pour tout, il y a eu, ou il y aura toujours, une raison d’agir comme on le fait, ou comme on le faisait sous l’infiuence de circonstances qui ont pu changer, mais auxquelles il fallait nécessairement se soumettre quand elles existaient.
. Ceci nous explique pourquoi, presque toujours et dans cette môme partie, les anciens raisonnaient comme nous : pratiquant à peu de chose près ce que nous pratiquons encore et, ce qui est particulièrement digne d’attention, donnant de leur pratique, quand cela leur était possible, des raisons tout à fait semblables .aux nôtres.
« C’est l’agriculture elle-même, disait Xénophon, qui nous enseigne la manière d’obtenir les plus grands succès ; et, pour le prouver tout de suite, la vigne, en grimpant sur un arbre voisin,' n’enseigne-t-elle pas à lui donner un appui ? Lorsque les raisins sont encore jeunes, et que de toutes parts elle étend ses pampres, est-ce que par là même elle n’avertit pa^ d’ombrager les grappes exposées aux feux brûlants de l’été? Le temps arrive où le
soleil mûrit les raisins, elle se dépouille de ses feuilles, et nous avertit d’aider à la maturité de son fruit en le mettant à nu. Par un effet naturel de sa fécondité, ici elle nous montre des fruits mûrs, là elle en porte de verts, et nous dit ainsi qu’il faut les cueillir comme les ligues, à mesure qu’ils mûrissent (t). »
(I) Économique.
Les faits qui dans ce passage pourraient nous surprendre, comme la nécessité d'ombrager les grappes, celle de les cueillir successivement et à mesure de leur maturité, s’expliquent par la chaleur, bien supérieure é la nôtre, du climat de la Grèce.