CHAPITRE DEUXIÈME
Doumages causés a la vigne par les uétéures.
Dans la seconde partie de notre ouvrage, nous avons traité de la météorologie d’une manière générale et en vue d'expliquer les conditions d’existence de la vigne, principalement dans nos contrées. Ici, en revenant sur ce même sujet, notre intention est de nous en occuper par rapport aux variations que peuvent offrir annuellement les phénomènes météorologiques et par rapport aux influences qu’est susceptible d’exercer cette variation, sur les produits de la plante, dans leprs expressions de quantité et de qualité.
Remarquons effectivement qu’il est peu de plantes cultivées aussi sensibles que la vigne à l’action des circonstances extérieures; aussi bien disposées qu’elle pour tra-
(I) Manuel du vigneron, p. 210.
duire cette action en bien ou en mai. Qu’il en est peu aussi sur lesquelles, quand elle devient excessive, cette action amène plus de désordre et produit des accidents plus graves. Le froid, la chaleur, l’humidité, etc..., etc..., sont pour la vigne autant de causes, même dans les contrées où elle se plaît le plus, capables, non-seulement de compromettre son produit sous le rapport de la quantité ; mais encore, ce qui est bien autrement important partout où le vin a de la réputation , capables d’imprimer à cette denrée et suivant les années les différences les pins profondes et les plus tranchées.
La gelée. — Sous notre climat, nous l’avons déjà dit, la vigne a besoin dé la totalité de l’été et d’une très-grande partie du printemps et de l’automne pour parcourir en son entier annuellemeDt la période de sa végétation active. Or, au commencement et à la fin de cette longue période, la vigne peut éprouver des accidents très-graves, par cette raison bien simple que, dans aucun climat et dans le nê> tre moins encore que dans ceux du Nord, le passage d’une saison à une autre n’est pas toujours franc et régulier. Que trop souvent au contraire ce passage admet des hésitations, des luttes, des empiétements réciproques extrêmement dangereux pour certaines plantes. Au printemps l’hiver qui s’éloigne peut revenir sur ses pas. A l’automne^ l’hiver qui s’approche peut hâter son arrivée : dans ces deux cas, dans le premier surtout, la vigne court de graves dangers.
Souvent de nos climats repoussé insqn'i l'Onrse,
Le redoutable hiver interrompant sa course.
Tourne sa tète affreuse et revient sur ses pas.
Au milieu des beaux jours II répand les frimats.
Sa fureur A la terre enlève ses richesses Et des rameaux naissants dévore les promesses !
(Rosset : L’Agricultm, chant Us).
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CIR CONSTANCES, ETC... NUISANT A LA VIfiNE 447
Bien que ces accidents, fort beureusement, ne soient à craindrequependantquelquesjours.pendantladuréed’une lune, la lune routêCy il n’est pas moins vrai néanmoins que trop longtemps ils menacent la vigne au début de sa végétation annuelle et que, trop souvent aussi, ils lui font subir les dommages décrits avec tant de justesse. C'est là. ce qu’on appelle les gelées piûntanières : celles qui frappent la nouvelle pousse de la vigne et détruisent en quelque sorte en germe le bois qu’elle aurait produit, le fruit dont il se serait chargé.
Quant aux gelées d’automne, beaucoup plus rares en général, surtout pour notre climat, elles surprennent le raisin, non encore entièrement mûr, et leur action peut aussi avoir, comme nous le reconnaîtrons bientôt, les plus graves conséquences.
Condition de l’arconipllssement dn météore. —
Pour que la vigne gèle au printemps, il ne faut pas strictement que rhiver revienne sur ses pas et que ce retour soit marqué par des températures de 0° et au-dessous : circonstances beureusement fort rares et de nature d’ailleurs, si elles se rencontraient, à produire les plus grands ravages.
L’abaissement de température capable de geler la vigne, peut très-bien se produire, peut très-bien amener pour elle les conséquences désastreuses que l’on a trop souvent à enregistrer, alors même que le thermomètre se montre de beaucoup au-dessus de zéro et que l’on ne devrait avoir rien à craindre , s’il sufflsait pour cela de s’en rapporter entièrement à cet instrument.
La cause immédiate de la destruction du jeune bourgeon par la gelée, est bien en réalité un degré de froid que ce bourgeon ne peut supporter ; mais ce degré de froid c’est une circonstance en quelque sorte en dehors de
la température qui l’amène , c’est le rayonnement.
Le rayonnement est une loi naturelle des corps, en vertu de laquelle ils s’envoient mutuellement, quand leur situation respective le permet, la chaleur qu’ils peuvent avoir, tout le temps que, sous ce rapport, ils ne sont pas arrivés à un état complet d’équilibre.
Si donc il arrive, pour la vigne, qu’au printemps, le temps devienne relativement froid, -h 4, 5, 6”, et même 7", c’est toujours là une des principales conditions déterminantes du phénomène. S’il arrive également que le ciel soit clair et sans nuages, les chances de gelées se produisent; car les bourgeons de la vigne peuvent se refroidir assez par le rayonnement pour éprouver cet accident. Rien ne s’interposant entr’eux et les régions supérieures du ciel (1), ils peuvent lancer vers ces régions, des rayons calorifiques et descendre ainsi, eux-mêmes, à une température audessous de zéro, à la température do la congélation.
Pour bien faire comprendre ce curieux phénomène, M. Arago s’exprime ainsi : o Imaginons pour un moment, dit-il, que le firmament se compose d’une sphère de glace <eau gelée). Concevons ensuite un corps suspendu dans l’atmosphère et.qui serait au même degré de température qu’elle. Supposons que cette température soit supérieure au degré do la congélation et qu’elle ne diffère point de celle de la couche superficielle de la terre. Tout cela admis, examinons ce qu’éprouvera le corps suspendu.
O Ce corps rayonnera de la chaleur de bas en haut. La sphère de glace (qui est à une température inférieure) lui rendra évidemment moins qu’il ne perd. Du côté de la
(1) Il résulte des calculs du maibématicieu Fourrier, que la température de l'espace au milieu duquel se meuvent les planètes, peut être de üO' au-dessous de zéro 1
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terre, les échanges se compenseront : ainsi, au total, le corps se refroidira. L'atmosphère elle-même éprouvera bien quelque chose d’analogue; mais, par une propriété non douteuse des substances gazeuses, l’elTet sur l’atmosphère sera sensiblement moindre que sur le corps solide. En peu de temps, la température de ce corps sera donc inférieure à celle de l’air qui le baigne de toute part. »
La propriété qu’ont les corps d’acquérir la nuit une température plus basse que celle de l’atmosphère dont ils sont entourés a été découverte par M. Welh, et l’on a comprisdès lors comment il pouvait se faire qu’une plante fut fortement gelée, quoique l’air se fût constamment maintenu à plusieurs degrés au-dessus de zéro. « Si l’on place, continue M. Arago, en plein air, de petites masses de coton, d’édredon, etc., on trouve souvent que leur température est de 6, de 7 et même do 8 degrés centigrades au-dessous de la température de l’atmosphère ambiante. Les végétaux sont dans le même cas. »
Mais pour que le phénomène se produise, pour qu’il y ait gelée de la vigne, il faut que le rayonnement puisse s’exercer sans contrainte ; il faut que nul obstacle naturel ou artificiel ne vienne s’y opposer, ne vienne remplir à son égard le rôle d’écran.
D’où la nécessité, pour cela, que le ciel soit sans nuages, qu’il n’y ait, entre lui et la terre, aucun obstacle, que l’atmosphère ait toute sa pureté, toute sa transparence, tout son calme.
Aux mois où la vigne pousse des jets herbacés, tendres et remplis d’une sève abondante, en avril, en mai, s’il arrive que la température, dont les moyennes, sous notre climat, sont alors de i3 à 16° environ, donne des expressions extrêmes beaucoup plus rapprochées de zéro, sans ccpendant.y atteindre. S’il arrive également que le ciel soit
sans nuages, l’air sans agitaüon, et tel que cela se rencontre souvent lorsque la lune rousse éclaire (1), alors la vigne peut se geler, car le rayonnement ne rencontrant nul obstacle ; cette action peut soumettre le jeune bourgeon à un degré de froid notoirement au-dessous de zéro (flg. 53) (2).
Au contraire, on voit et on comprend, par la figure 34, comment des nuages, interposés entre la terre et le ciel, forment un obstacle, un écran, qui interrompt le rayonnement et empêche la gelée : toutes les autres circonstances capables de la favoriser restant les mêmes.
On s’explique aussi pourquoi, lors de la désastreuse gelée du 6 au 7 mai 1861, les pieds de vigne situés sous les arbres, déjà garnis de feuilles, furent généralement préservés. Même remarque, d’après Chaptal, avait
(1) . Les jardiniers donnent le nom de Lune rousse i la Inné qni coma mence en arrll, devient pleine, soit à U dn de ce mois, soit pins ordit nairement dans le courant de mai. Suivant eux, les jeunes feuilles, les a bourgeons qui sont exposés à la lumière de la lune, dans les mois ■ d'avril et de mai, roussissent, c’est-à-dire se gèlent, qnoiqno lethenno- 0 mètre se milntienne, dans l’atmosphère, à plusieurs degrés an-dessus « de aéto;.. » (F. Arago, mices scientifqaes, U V. p. 120).
(2) Dans la figure 53, comme dans la figure 54, on comprend que les rayons calorifiques qni se dégagent du pied de vigne, sont fiprés par les fièches dont la direction vers le ciel est sensiblement parallèle.
Fig. 54.
déjà été faite en Bourgogne, lors de la grande gelée de 1737.
€ La fréquence et l’intensité des gelées intempestives sont assez souvent, pour les vignes du département, en raison inverse du voisinage des eaux, pourvu toutefois que ces eaux ne soient pas stagnantes. Sur les bords de nos grandes rivières, partout où l’air circulant librement ne permet pas au brouillard de séjourner, la vigne est rarement frappée; ainsi, presque jamais il ue gèle dans rile de Cazeau (une des lies de la Gironde) ; mais les fonds bas et marécageux de quelques Palus , les vallons étroits et humides, les vignobles trop voisins des mares, des lagunes, des ruisseaux à eau dormante, sont souvent dévastés par les gelées (1). >
Le voisinage des grandes masses d’arbres, à cause de leur transpiration, la présence dans les vignes de plantes herbacées, telles que les céréales surtout; enfin, des récentes façons données à la terre, sont encore autant de causes déterminantes des gelées. Dans tous ces cas, comme dans ceux qu’énumère l’auteur de la Statistique du département de la Gironde, on comprend que c’est l’humidité, une humidité intempestive qui devient la cause déterminante du phénomène. Cette humidité, qu'elle provienne des réservoirs d’eau, qu’elle se dégage de la terre marécageuse ou de la terre fraîchement remuée, qu’elle soit la conséquence de la transpiration des arbres ou celle des plantes herbacées, toujoun est-ilqu’elle ne peut se répandre dans l’air qu’à l’état de vapeur; or, la physique démontre que dans la transformation de l’eau en vapeur une immense quantité de calorique est absorbée ; elle
(I) loüA.x.NET, Statistique du département de la Gironde, t. 1,2* part., p. 215.
démontre que, pour produire une quantité de vapeur égale, en poids, à un gramme, il faut la même somme de chaleur capable d’élever d’un degré a température de 550 grammes d’eau.
De même qu’une terre humide, toutes choses égales d’ailleurs, sera toujours plus froide qu’une terre sèche, puisque les rayons solaires qui viendront la frapper seront d’abord employés à vaporiser la surabondance d’eau qu’elle contenait ; de même aussi, une situation humide et d’ailleurs privée des moyens qui pourraient éloigner d’elle les vapeurs, les brouillards, qu’elle doit à sa première condition, sera nécessairement plus froide qu’une autre : sa température devra s’abaisser de toute la quantité de chaleur exigée pour la formation de ces brouillards en vapeur.
Au surplus, dans sa marche, le redoutable météore qui nous occupe affecte souvent des bizarreries fort difCciles à expliquer, bien qu’en général on sache que ce sont les cas ci-dessus qui le favorisent, et que l’on dise des lieux où ils se trouvent plus particulièrement réunis, comme les bas-fonds, les ravins profonds et étroits, le voisinage des bois et des landes, que la vigne y gèle de peur. Gomme on sait également que la gelée est beaucoup plus rare dans les lieux élevés et découverts, où l’air circule librement, où les émanations provenant des eaux, de la terre ou des plantes, sont entraînées au loin par des courants d’air ; sur les bords de nos grands cours d’eau sujets au flux et au reOux, sur nos coteaux, sur les plateaux qui les dominent et dans les terrains si gracieusement ondulés du Médoc.
Comme le mentionnait ci-dessus M. Jouannet, et comme nous le verrons bientôt, la préservation constante, et elle s’est produite encore en 1861, des lies delà Gironde,
quelle qu’ait été d’ailleurs l’intensité du météore, est quelque chose de fort remarquable et qui ne peut s’expliquer que par l’influence qu’exerce le voisinage des mers sur les expressions extrêmes des températures. Cette influence est telle, en effet, que les climats qualifiés en physique de climats marins, sont toujours relativement plus doux que les climats continentaux, situés sous les mêmes latitudes.
On pourrait supposer aussi que le mouvement imprimé à l’air par le flux et reflux des eaux est pour quelque chose dans cette préservation, et l’on sait que, sur le bord de la mer, ce mouvement est incessant et qu’il affecte des directions correspondantes à celles des eaux.
Explication de* effet* dn météore. — Lors qu’une jeune pousse de vigne a subi pendant la nuit un degré de température capable de la geler ; d’abord, dès le matin, on la voit flétrie et sans force pour se soutenir. Bientôt, si le soleil la frappe, tous ces symptômes deviennent plus apparents encore, et la jeune pousse, roussie ou noircie, se montre privée de toute souplesse, de toute élasticité, et susceptible de se réduire en poudre sous les doigts qui la froissent
Ce changement d'état est en tout semblable à celui que produirait l’excès contraire, c’est-à-dire une trop haute température : circonstance que les gens de la pratique ont parfaitement saisie, puisqu’ils disent, dans leur langage pittoresque et pour exprimer les ravages du fléau, il a tout brûlé (a tout bûrlat).
Longtemps, et d’après les idées des anciens physiciens, le phénomène de, la gelée des végétaux, en général, fut expliqué par la congélation des liquides contenus dans le tissu herbacé ; par l’augmentation de volume de ces li-
quides et par le déchirement, la rupture des vaisseaux qui les renfermairait (I).
Telle était l’explication adoptée notamment par le père Cotte, explication qu’il développait ainsi. «... L’eau et toute substance fort aqueuse se raréfient en se gelant ; s’il y en a qui soit contenue dans les pores intérieurs de l’arbre, elle s’étendra donc par un certain degré de froid, et mettra nécessairement les petites parties les plus délicates de l’arbre dans une distension forcée et très-considérable -, car on sait que la force de l’extension de l’eau qui se gèle est presque prodigieuse. Que le soleil survienne, il fondra brusquement tous ces petits glaçons qui reprendront leur volume naturel ; mais les parties de l’arbre qu’ils avaient distendues violemment pourront ne pas reprendre de même leur première extension ; et si cependant elle leur était nécessaire pour les fonctions qu'elles doivent exercer, tout l’intérieur de l’arbre est altéré, et la végétation troublée ou même détruite (â). »
Bien des objections pouvaient être faites à ce système. D’abord il faut admettre une température bien basse pour glacer l’eau de la sève dans un tissu qui a la propriété d’être mauvais conducteur du calorique, et par conséquent de le retenir. En second lieu, il faut faire attention que cette eau n’est pas pure, et qu’ainsi ses dispositions à geler deviennent d’autant moins grandes. Enfin, il parait démontré que cette congélation n'a jamais été constatée par aucun observateur, que Jamais les ruptures qu’elle aurait causées n’ont pu être remarquées.
Aujourd’hui, on admet plus vcdontiers que sous l’in-
(f ) Od sait qne l'eau de congélattoD augmente de volume d’environ tm neuvième. C'est li ce qui donne i'explication de la rupture des cruche^ des carafes, etc., dans lesquelles cette congélation a lien pendant t'huer. (2) Traité ék météorologie, Ht. IV, ch. rr.
ClUCONSTANCES, ETC... NUISANT A LA VIGNE 455
Quence de températures trop basses, l’air dissous dans la sève se dégage ; qu'il occupe des cavités non destinées à cet usage, et que sa présence, sous ce nouvel état, porte le désordre dans le tissu végétal, amène sa mort et sa décomposition (1).
Cette explication fait comprendre en outre pourquoi l’apparition du soleil, après une nuit de gelée, est si fatal aux- plantes atteintes, et pourquoi aussi celles qui sont situées au nord, à l’abri de son action directe, ont plus de chances de pouvoir échapper aux suites du météore? « Dans de tels cas, il fhut supposer que l’air, contracté dans des parties non susceptibles de le contenir, en est chassé violemment, et augmente ainsi le désordre produit déjà par son expulsion des cavités aériennes propres; tandis que, d’un autre côté, lorsque le dégel a lieu graduellement, l’air peut sortir peu à peu de sa nouvelle position, sans ajouter à la désorganisation du tissu. Il est probable encore que les feuilles, dont l’air naturel a été chassé par l’action de la gelée, peuvent avoir, en raison de cette circonstance, leur tissa trop peu protégé contre la force d’évaporation des rayons solaires gui, nous le savons, exercent une grande puissance sur ces organes (3). b
On voit que la question a donné lieu à des opinions diverses, et que, en dernière analyse, il reste encore à faire pour l’éclairer complètement. Toutefois il nous semble qne la dernière théorie exposée se rapproche beaucoup
(I) Bulletin de l’ Académie royale de Bruxellce, mars 1838. — Mémoires de l'Académie de Montpellier, 1848, p. 153.
« Lorsque l’eau se congèle, elle abandonne l’air qui s’y trouve dissous;
• celui-ci se dégage en une inSnité de petites bulles, dont la présence
• qu'on peut apercevoir aisément A l'csil nu, rend la glace opaque. »
(M. J. Gihaiidiv, Chimie élémentaire.)
(3] Lindlky, Théorie de l'horticulture, p. 163.
plus que l’autre de la vérité ; qu’elle parait se concilier davantage avec les principes de la physiologie végétale, de la physique et de la chimie.
Quant aux gelées d’automne, les phénomènes qui les déterminent sont les mômes, et si leurs effets peuvent aussi avoir une grande portée, il faut reconnaître néan- • moins qu’ils ne sauraient s’étendre, au-delà de l’année présente, le fruit étant alors la seule partie de la vigne exposée à en souffrir.
c II arrive souvent, dit encore le père Cotte, des gelées en octobre, et avant que le raisin soit mûr... II y a à la vérité des circonstances où ces gelées, même assez fortes, ne dépouillent point les vignes et ne fanent ni ne pourrissent point le raisin ; tandis que, dans d’autres circonstances, des gelées moins fortes produisent de très-mauvais effets : cela dépend de l’état de vigueur où se trouve la sève, dans le temps où ces gelées arrivent, etc... »
Lorsque les gelées d’automne surprennent les raisins complètement mûrs et prêts à être cueillis, il parait que leur action ne leur est pas bien désavantageuse, et qu’elle n'a pas d’influence marquée sur la qualité du vin. Mais s’il arrive au contraire que le travail de la maturation ne soit pas terminé, alors le danger est beaucoup plus grand, et cette qualitépeut s’en trouver profondément altérée. Dans ce dernier cas, un trouble notable se produit dans le fruit, sa pellicule se ride, puis se distend, il cesse de croître, et les sucs qu’il renferme peuvent devenir acides.
Non-seulement une telle vendange, que l’on verrait bientôt se g&ter sur le pied, ne peui que faire de mauvais vin; mais encore elle serait de nature à altérer la bonne. «Le mélange de ce raisin, ditM. le comte Odart, gâterait la vendange saine, d’autant plus précieuse, que sa quantité est réduite, et que, par l’effet de la gelée on peut e.spérer
de meilleur vin. Ce fait a été bien constaté en 1760 par l’abbé Rozier, et il l’a été souvent encore depuis (l). »
Fr^iiuenre et Intenslt*^ de« gelée* danut le Bordelala. Bixnrrerle* dn météore. — Les températures et autres circonstances capables de geler la vigne, sont à craindre, nous l’avons déjà dit, à deux époques de l’année : au printemps et à l’automne. .
Les gelées de printemps sont les plus fréquentes et, en réalité, il est bien peu d’années qui en soient radicalement exemptes, surtout depuis que la culture de la vigne s’est étendue, et qu’on est devenu moins difQcile sur les localités à lui assigner. 11 est vrai aussi qu’elles n’ont pas toujours la même intensité ni la même généralité, et que les années où elles atteignent les proportions d’une calamité publique sont cependant, et do beaucoup heureusement, les moins nombreuses.
Dès longtemps, dans le Bordelais, on a classé les gelées en gelées générales et en gelées partielles. L’érudit abbé Baurein, qui a parié de tout dans ses VariiUés bordelaises, a dit un mot de ce fléau à propos des Graves de Bordeaux, contrée qui a été la première, comme on sait, à fournir au commerce de la cité ses vins renommés. «Les gelées générales, dit-il, enlèvent rarement toute la récolte : un tiers, une moitié, quelquefois ies trois quarts périssent; mais quand elles ne font perdre que la moitié ou le tiers, les particuliers sont en queique sorte indemnisés par le prix qu’ils retirent du vin qui leur reste. Il n’en est pas de même des gelées partielles, assez fréquentes dans ce diocèse, et qui produisent, chez les propriétaires qui en sont affectés, le même effet que la grêle.
« Les gelées partielles proviennent de deux causes : la
(I) L’Art de faire le vin, p. 41.
première, de la position des vignes dans des lieux bas et humides; la seconde, d’un certain veot qui, régnant plus une année qu’une autre, gèle les vignobles qui sont sur son passage (1). s
Sans discuter ici la nature et la réalité des causes assignées aux gelées partielles, faisons remarquer que pour l’effet des unes .et des autres, il n’est pas toujours nécessaire que la vigne soit entièrement développée, qu’elle ait . déployé toutes ses premières feuilles. Trop souvent, on a vu le bouton atteint avant son épanouissement complet ; on a vu le jeune scion flétri par le météore avant son dégagement des enveloppes soyeuses destinées à le protéger contre le froid de Thiver. C’est ce que l’on appelle geler e» bourre : c’est l’enfant qui est frappé dans le sein de sa mère.
Pour les gelées de printemps, voici, en remontant assez haut même, jusqu’à 1719, celles que nous croyons pouvoir citer comme réunissant le double caractère d’intensité et de généralité dont nous parlions ci-dessus.
t7t!). 5 avril .... Atteint tous les cépages.
4727. Ier mai. . . . La perte cst estimée à 1/3. La vigne re-
pousse.
1731. 23 avril .... Perte de la moitié aux trois quarts.
1736. 29 avril .... Mal considérable, perte du quart à la
moitié.
1738. 17 avril . . . . Environ la moitié des vignes gelées.
1772. avril .... On ne compte plus faire de récolte cette année dans nombre de vignobles... • (Lettres de nntendant, 19 avril.)
1780 Gelées complètes, beaucoup de ceps tués,
1793. . Même résultat.
1801 Même résultat.
1809 Dégâts notables.
1813. 24 avril . . . . Environ le tiers de la récolte perdu. t8l7. 11,12, 18, 19avril Atteinte très-irrégulière, mais sensible.
(1) T. IV, p. 231.
1822. 4, 8 avril. . . . Dans quelques localités on ne conserve que les 8» ou 10» de récolte.
1834. 12, 13 avril. . . Très-grand mal dans tout le vignoble.
1832. 19, 21 avril. . . Les vignes sont cruellement frappées.
1811 . 7 mai Une des gelées les plus tardives, les plus
fortes et les plus générales que l'on ait vues depuis longtemps.
Les gelées d’automne, surtout celles que leur intensité et leur généralité peuvent rendre véritablement redoutables, sont beaucoup moins fréquentes sous notre clinoat. Cependant on en a des exemples et nous en citons. Ces gelées sont à craindre, quand les vendanges sont tardives, la fin de septembre et le commencement d’octobre pluvieux, ce qui n’est pas rare. Alors, à la suite des pluies, circonstance toujours déterminante des gelées, le vent de nord peut les amener. C’est quelque chose de triste, lorsqu'elles ont agi, de voir les vignes dépouillées de feuilles, et néanmoins encore garnies de leurs raisins; de voir ces raisins pendants et flétris, y adhérant encore par leurs pédoncules, non plus comme en faisant partie, mais comme si on les y avait attachés mécaniquement et pour simuler une fécondité artificielle.
Nous avons fait aussi un relevé des gelées d’automne qui ont le plus marqué, par les pertes qu’elles ont causées dans le Bordelais :
septembre. .
10 octobre. . .
29 septembre. .
1, 2, 3, octobre.
30 sept. 2, 3 oct.
30 octobre . . .
11, 16 octobre .
Le raisin sur pied est mortifié par le froid. Le froid fait tomber les feuilles et sèche la qtieue du raisin.
1 Fléau intense et général, les vignes non vendangées perdent moitié de la récolte.
Les vignes non vendangées perdent moitié de la récolte.
Les vignes encore chargées de fruit sont gelées. ,
Des gelées assez fortes atteignent le raisin sur pied.
Les deux relevés que nous venons de faire, tant des gelées de printemps que de celles d’automne, nous permettent de tirer cette conséquence, que ces gelées, avec la généralité et l’importance qui les rendent vraiment désastreuses, sont à craindre parmi nous :
Celles de printemps, tous les neuf ans |
r r . I cuviron
Celles d’automne, tous les quatorze ans j
On a pu remarquer que les mois d’avril et de mal étaient les deux époques de l’année particulièrement critiques pour les gelées de printemps. A ce propos, nous devons dire un mot de la tradition populaire qui assigne à ces deux mois certaines dates particulièrement redoutables, Tradition que l’on retrouve dans tous les pays de vignobles et à propos de laquelle M. Barrai s’exprimait ainsi : u C’est avec plaisir que l’on voit la science démontrer que, dans les préjugés du vulgaire, il se trouve presque toujours quelques parcelles de vérité, et que certaines opinions populaires soient des vérités tout entières, auxquelles il ne manque que d’être bien comprises et justement expliquées (i). »
Ailleurs, le même publiciste, expliquant cette remarque traditionnelle, dit encore : « La température s’élève rapidement durant les derniers jours du mois de mai ; — cependant les agriculteurs ont remarqué depuis longtemps et les observations météorologique régulièrement faites ont vériûé cette remarque, que, dans la première quinzaine de ce mois, il se présentait un refroidissement notable. De là est venu la prétendue influence attribuée aux trois saints de glace : Saint Mamert, saint Pancrace, et saint Servais (11, 12 et 13 mai). En fait, la température, après s’être élevée à pou près régulièrement chaque jour
(I) Joumai d’agrictütwe pratique.
pendant le mois d’avril et quelquefois les premiers jours de mai, subit tout à coup un abaissement notable, souvent accompagné de gelée. »
En Allemagne, MM. Mœdler et Lorhmann, se sont occupés de ces phénomènes. En France, M. Fournet, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, en a fait également le sujet de sérieuses études. D’après ce dernier investigateur, il résulterait que le refroidissement en question se manifeste à Saint-Pétersbourg le 9 mai; è Berlin le 11, à Paris le 13 ; à Lyon, du 20 au 22.
Dans le Bordelais, nous retrouvons la même tradition au fond ; mais elle s’y montre sous une autre forme. Nous avons ce que le peuple appelle les Saints marchands de vin, ou simplement les Marchands de vin, ou encore les Vendangeurs, et ce n’est qu’après les avoir vus successivement passer sans accident de cette nature, que les vignerons se croient définitivement à l’abri de.la gelée. Ainsi on les entend dire : Il ne faut pas se réjouir encore, il nous reste à passer deux, trois, quatre marchands de vin, etc!...
Voici les noms de ces Saints ou Marchands, et les dates des jours où l’église catholique célèbre leur mémoire : Saint Georges, martyr, 23 avril ; saint Marc, évangéliste, 23 avril; saint Vital, martyr, 28 avril, saint Eutrope, évêque, 30 avril; saint Fort, évêque, 16 mai (1).
Comme ici encore, ildoit exister un fait d’observation de quelque valeur, nous pensons qu’on peut y voir l’indication d’une diminution de température assez forte, assez constante quelquefois durant les derniers jours d’avril, du
(I) Saint Fort passe pour avoir été un des évéqnes Bordelais, et avoir reçu la mort pour la cause de la foi. Son tombeau, it l'église Saint-Seurin, est encore de nos jours en grande vénération. L'ancienne coutume de la ville établissait que l'on pouvait prêter le serment Judiciaire, entre autres sur le fort Scnnt-Setmn,
LA VIGNE DANS LE BOTtDELAIS
23 au 30, pour faire appréhender plus particalièrement à ces époques, les accidents des gelées.
n est certain dans tous les cas, et cela résulte de l’examen de notre tableau ci-après, que c’est le plus ordinairement durant les derniers jours d’avril et les premiers jours de mai qu’ont lieu les gelées : bien qn’ulors le réveil annuel de la vigne date déjà d’au moins un mois.
il est encore certain, et les chiffres ci-après en offrent la preuve que, dans notre climat, les derniers jours du mois d’avril et les premiers du mois de mai, sont, on peut presque dire, régulièrement marqués par un abaissement de température assez sensible pour être remarquée, souvent pour amener de graves accidents.
Voici ce qui résulte au surplus d’indications empruntées aux dix-neuf dernières années; de 4849 à 4867, et au moyen d’observations qui nous sont particulières.
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CIRCONSTANCES, ETC... NUISANT A LA VIGNE 4(î3
On ne saurait donc méconnatlre ce qu’a de légiUnae, dans son ensemble, l’opinion populaire dont il s’agit, en tant qu’on redoute les gelées en avril et en mai : l’indication des années où ces gelées ont frappé. Jointe à la dépression presque constante qui est à ces moments le partage de la température, ne laissent aucun doute à net égard.
Quant à la désignation précise des dates, où ce danger est plus à redouter : 23, 25, 28 et 30 avril, d’après l’opinion populaire, il ne nous parait guère possible de la justiûer, ni par l’observation, ni par le calcul, et c’est ici que cette opinion, d’abord partie d'une base juste, aura commence à errer; elle se sera trompée dans la forme.
11 n’est pas douteux non plus qu’elle s’est encore trompée, en faisant du 16 mai une dernière époque fatale ; en faisant de saint Fort le dernier des Marchands de vin ou des Vendangeurs. Seulement, cette époque pourrait avoir une certaine valeur, si elle avait été assignée comme la plus extrême pour le danger dont il s’agit. Nous croirions volontiers qu’eilectivement tel fut le motif de sa désignation : l’appréhension fondée des gelées ne dépassant guère cette date.
Dans le cours des années portées à notre tableau, et depuis 1853 notamment, il y a cependant quelques exemples de températures, de la seconde quinzaine de mai, qui ont été notées d’une manière assez sensible au-dessous de la moyenne minimum du mois. Ces exemples nous sont offerts par les années 1853, 1855, 1860, 1863, 1866, 1867.
A ce propos, nous mentionnerons ici un fait de tradition bordelaise assez curieux, nous le reproduirons textuellement, et tel que nous le livrions à la publicité on 1834, alors qu’il venait de nous être raconté par un vieillard de qui nous le tenons.
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Il était d’usage autrefois, parmi le peuple des campagnes qui avoisinent Bordeaux, de se rendre en très-graud nombre le 15 mai, veille de la Saint-Fort, pour passer la nuit en prières autour du tombeau de ce Saint, situé, comme nous l’avons dit, dans les caveaux de l’église Saint- Seurin. Eh bien ! s’il faut en croire la tradition, toujours si fidèle à conserver le souvenir des grands désastres, à ce moment une gelée alfreuse ayant entièrement dépouillé les vignes, on vit les femmes, que la pieté forçait ainsi à abandonner momentanément leur domicile, et qui avaient eu soin, chemin faisant, db remplir leurs tabliers de boutons de vigne gelés, les jeter en arrivant, sur le tombeau du Saint en lui adressant cette apostrophe : Là ! Moussu sint Fort, bâqui boste oubratcke ! (Là, Monsieur Saint- Fort, voilà votre ouvrage) I
D’autres avancent même, et ceci serait bien plus surprenant encore, que ce fait eut lieu à l’église Sainte-Eulalie, à propos do la fête de Saint-Clair, qui s’y célèbre le 1" juin de chaque année, et qui attirait également un grand concours de fidèles.
C’est ainsi, du reste, que trop souvent, une foi plus vive qu’éclairée, se laisse conduire à des actes que réprouvent également la raison et la religion.
Au surplus, si les hommes du siècle dernier ont vu geler la vigne le l”juin, nous pouvons dire que ceux du siècle présent ont vu se produire ce météore bien plus tard encore. « En 1809, écrivait un collaborateur du recueil mensuel : l’Ami des Champs, beaucoup de propriétaires prétendirent qu’il y avait eu une gelée à la Saint- Jean (le 24 juin), qu’elle avait resserré la queue du raisin et que, par suite de l’interception du cours de la sève, sa maturité n’avait pu s’effectuer. » *
Quant à ce qui est de l’incertitude, de l’imprévu, de la
bizarrerie des effets de la gelée, on sait combien tout cela échappe à l’observation et aux règles que l’on croirait pouvoir étabiir en cette matière.
Un observateur, dont nous avons déjà plusieurs fois invoqué le témoignage, et qui nous fournira encore de précieux renseignements, s’est trouvé en position, le siècle dernier, et dans une occasion des plus mémorables, de faire d’importantes remarques sur la bizarrerie des eifets de la gelée. Voici effectivement comment s’exprime M. Barreau de Boynet au sujet de la grande gelée qui frappa le vignoble Bordelais et s’étendit biffn au-delà, le 17 avril
U La geire du 17 avril a fait beaucoup de dommage en divers lieux de la province, avec beaucoup d’inégalité. Les endroits des vignes les plus sujettes à la gelée n’en ont pas souffert, comme dans la Palu de Bordeaux, en Queyrie. Quelques espèces ont été gelées enclavées dans d’autres qui ne l’ont pas été, quoique dans la même position. Ailleurs les hauteurs ont souffert, et dans les bas voisins il n’y a presque pas de boutons gelés. Dans l’Ambez, il y a eu du mal considérablement, tant du côté de la Garonne que de celui de la Dordogne. Dans l’Entré-deux- Mers en général, les vignes blanches ont le plus ^ouffert, aussi dans les paroisses de Preignac, Langon, Sauternes, Sommes... les Graves, au voisinage de la lande, en Médoc, peu, excepté à l’entiée comme à Blanquefort. La Palu de Gilet a été ravagée, très-peu celle de Macaud. Beaucoup à L’tle Saint-Georges. En Montferrand, plusieurs endroits ont beaucoup souffert, surtout dans l’Entre-deux-Esteys. Vers le Gourdin et la Barranquine, il n’y a presque pas un bouton gelé. Pas une seule dans mes vignes de Clérac, de i’iclAn, de l’Avergne et de la Métairie, quoique celle-ci soit au bord des Aubarèdes. Il semble que la gelée ait été
poussée çà et là, comme la grêle dans un orage, et suivant la direction du vent. En général, on compte dans la province à peu près la moitié des vignes gelées, et partout avec inégalité, comme dans la sénéchaussée de Bordeaux. »
Dans la même vigne, à la même exposition, il n’est pas rare de voîr certains rangs atteints et non pas les autres ; de voir le mal se tenir à nn certain niveau, décrire une certaine zone dans l’élévation des vignes atteintes, et respecter ce qui se trouve au-dessous et au-dessus. Il n’est pas rare non plus, de voir sur les mémos pieds et dans des conditions tout à faitidentiques, des pousses gelées etd’autres intactes. Les praticiens ont été maintes fois à même de constater tous ces faits. Toutefois, si les jeunes vignes et les vignes blanches semblent plus ordinairement frappées, c’est que les nnes et les autres sont généralement plus hâtives dans leur développement printanier.
Une de ces bizarreries assez communes pour donner lien à une sorte de règle, c’est celle que l'on a remarquée bien souvent, au sujet des vignes situées immédiatement le long des grands cours d’eau, et plus encore au sujet des vignes situées dans les lies de la Gironde. Nous en avons déjà dit un mot.
La fréquente préservation de ces vignes, aux époques les plus critiques pour toutes les autres, rappelle les avantages dont jouissent les climats dits climats marins : — toujours plus doux, nous l’avons dit aussi, que ceux qui leur sont correspondants, dans l’intérieur des continents. A l’époque des grands froids de 1830, de même qu'à ceux de 185A, les lauriers, les flguiers, etc., eurent beaucoup à souffrir, et disparurent même en grande partie dans le reste du département. Dans le Bas-Médoc, où cette dernière essence notamment est très-commune, rien ne sembla les avoir contrariées.