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M. Sareau de Boynct, dans ses observations manuscrites, nous a conservé encore deux exemples remarquables de ces faits. En 1719, première année consignée sur ses registres, une forte gelée survenue le 5 avril emporta près de la moitié de la récolte en vin : u A l’exception, ajoutet-il, de certains cantons du Bas-Médoc, de l’tle de Gazeaux, des Palus d’Ambez vers le bec, etc..., où il n’y a pas de mal. » En 1717, une autre gelée générale et désastreuse étant survenue le 1°’ avril, le même observateur disait encore : « L’homme d’affaires de M. Pereyre a été exprès à l’ilc de Cazeaux, il a trouvé que la gelée du 1" de ce mois n’y a fait aucun mal à la vigne, non plus qu’aux fèves et aux fruits : cela est conforme à l’observation sur la gelée dos A et 5 avril 1719. »
En 1861, la même remarque, nous l’avons déjà dit, put être faite et comme alors, le 7 mai, les arbres se trouvaient pourvus de leurs feuilles, on constata aussi l’effet préservatif do ces feuilles, pour les pieds de vigne auxquelles elles servirent d’écran, dont elles interrompirent le rayonnement.
A l’égard des gelées d’automne, beaucoup moins communes et beaucoup moins dangereuses que celles de printemps, nous ferons remarquer même que, dans bien des cas, elles frappent la vigne, attaquent ses feuilles, sans endommager son fruit, presque toujours alors sur le point d’être cueilli.
Moyen» de préoerrer la vigne de» elTet» de» gel^^e».
— Une plante cultivée en plein champ et sans cesse exposée à l’action des météores ne semble guère, au premier abord, pouvoir échapper à celte action, pouvoir être garantie de ses excès. En réalité ce n’est précisément pas là ce qu’on peut se promettre, bien cependant qu’il puisse être possible, au moins jusqu’à un certain point, soit do prévenir
CincONSTANOES, ETC... NUISANT A LA VIGNE IC9
les elTets de la gelée, soit môme de s'y opposer directement.
Les moyens dont on peut faire usage pour cela sont assez nombreux. Nous allons successivement les passer en revue.
D’abord, c’est le choix de la situation et de l’exposition du vignoble. Choix qui doit être fait, autant que possible, de manière à garantir à la plante la situation la moins geliveà'an domaine; à l'éloigner des lieux bas, des lieux humides, des lieux où l’air n’a pas un libre accès ; où sa circulation se trouve gênée, où les vapeurs humides qu’il peut renfermer restent stationnaires.
C’est aussi le choix de l’expositiun; celle du midi réunissant à ce point de vue des avantages qu’il est toujours bien de rechercher : bien que celle du nord, il faut le reconnaître aussi, ne soit pas constamment sans profit.
Le voisinage peut avoir encore une grande importance. Une vigne trop près des eaux stagnantes, des marais, des bois, est toujours beaucoup pins exposée qu’une autre à geler. On peut remarquer avec quel soin, dans le Bordelais, autrefois surtout, on évitait de semblables voisinages. Aujourd’hui, il est vrai, on est beaucoup moins difficile, mais aussi pn paie cette hardiesse. Souvent nous avons pu constater les conséquences regrettables d’un tel oubli des règles les plus vulgaires de la prudence ; souvent, après des gelées que la vigne, dans son ensemble, avait supportées, sans accidents graves, nous avons pu voir combien avaient souffert au contraire celles que l’on avait trop rapprochées des arbres, des grandes haies, etc... Dans le MédPc par exemple où les pins sont quelquefois trèsvoisins des vignobles, ces exemples ne sont pas rares.
C’est encore un moyen préventif que celui qui consiste à ne pas remuer la terre, à ne pas donner la première fa-
fon trop tard; à ne pas la faire coïncider trop immédiatement avec ie déveioppement des boutons, L’humidité qui se dégage de la terre fraîchement remuée pouvant ajouter beaucoup, par des raisons physiques déjà exposées, au danger des gelées.
Ordinairement et quand la trop grande humidité ou la trop grande sécheresse ne s’y opposent pas, ce travail se fait dans le courant de mars et la terre a le temps de se ressuier avant le moment où les boutons sont assez développés pour craindre la gelée.
Nous pouvons citer, comme exemple des dangers dont il s’agit, ce qui se passa dans le Bordelais en mai 1843, à la suite de gelées qui frappèrent particulièrement les Palus. Partout où l’on avait mis du blé, du trèfle, etc..., dans lesvigues, ces dernières furent maltraitées. On nous montra une pièce notamment, dont une portion déjà travaillée avait ainsi été débarrassée des hautes herbes qui encombraient encore le reste : cette dernière avait été frappée et non pas l’autre.
C’est donc un moyen préventif que celui qui consiste à avoir détruit les herbes qu’un hiver doux, ou les premiers jours du printemps, avaient favorisées. La grande transpiration des plantes herbacées étant une cause extrêmement aggravante de l’action des gelées.
11 est positif que partout où l’on a cru devoir cultiver du blé entre les rangs de vignes, principalement dans les Palus où cet usage est aujourd’hui général, on s’est trouvé, tontes choses égales d'ailleurs, beaucoup plus exposé à l’action des gelées.
Enfin on a cru encore reacootrer dans le retard de la taille, un moyen d’échapper aux gelées à cause du retard que, de In sorte, on imposait à la pousse elle-même. Nous avons déjà vu, en nous occu^nt de cette opération im-
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portante, quelles pouvaient être les limites de ce retard et quelles pouvaient aussi en être les oonséquences par raifort au bien de la vigne.
On a également pensé que des cépages dont le développement, au printemps, se montrerait tardif, ollriraient d’beureuses chances d’échapper aux gelées. Mais ces cépages ne sont pas toujours faciles à trouver; puis d’un autre côté, ce n’est pas là, après tout, la considération principale pour un tel choix.
C’est parle même motif encore que, dans certaines contrées beaucoup plus sujettes à la gelée que la nôtre, sur les bords du Rhin, au pied du Jura, en Hongrie, dans la plaine de Novi en Piémont, on enterre le cep de vigne pour retarder son développement Mais, ainsi que le fait remarquer M. le comte Odart, ce moyen retarde aussi toutes les autres périodes de .sa végétation et par conséquent la maturité du raisin (1).
S’opposer directement aux effets de la gelée, sur une plante et spécialement sur la vigne, est en réalité une chose beaucoup plus simple, beaucoup plus facile et beaucoup plus sûre que toutes celles qui consistent à éviter, par des moyens plus ou moins détournés, l’atteinte du météore. Seulement, cette simplicité et tous ces autres avantages, perdent beaucoup de leur valeur et finissent même par devenir tout à fait impossibles, quand il s’agit d’un grand nombre de plantes à garantir; quand il s’agit de vignobles tout entiers. Alors interviennent la question économique, sonvent même la question de possibilité : l’une et l’autre également défavorables aux procédés à mettre en usage.
Nous avons vu d-dessus, quelles étaient les con-
(I) Manuel du vigiietvn, p. 211.
ditioDs nécessaires pour la production de la gelée. Nous avons fait renoiarquer, au nonabre de ces conditions et comme l’une des plus essentielles, la nécessité d’une transparence telle dans l’atmosphère, que rien ne puisse gêner le rayonnement par lequel les jeunes pousses se refroidissent au point de souffrir et d’être détruites. Or, troubler cetie transparence, mettre entre la plante et les hauteurs atmosphériques, un obstacle, un écran, capable d’arrêter le rayonnement, n’est chose ni impossible, ni même difficile, au moins en principe.
Sans parler encore des couvertures et abris directs, dont nous dirons un mot ci-après, et dont font usage les jardiniers pour leurs cultures, toujours relativement très-restreintes, nous pouvons citer la fumée, se répandant audessus d’un vignoble et lui prêtant ainsi le même genre de concours que celui qui peut résulter, pour lui, de nuages naturels, a Les gelées, dit Olivier de Serres, sont aueunement destournées de la vigne, si en les prévenant on fait en plusieurs lieux d’icelles des grosses et espesses fumées avec des pailles humides et fumiers mi-pourris > (1).
Dans un de ses savants ouvrages, M. le professeur Boussingault, après avoir dit que les indigènes du Pérou avaient recours à un moyen semblable, pour préserver leur mais des atteintes de la gelée, rapporte en outre le passage qu’il qualiile de vraiment curieux et qui l’est effectivement, dans lequel l’historien du Pérou, l’Inca Garcilaso de la Vcga {Commentarios reales del Peru) décrit ce procédé. « Lorsque les Indiens voyaient, à la nuit tombante, le ciel découvert et sans aucun nuage, craignant alors la gelée, ils brûlaient du fumier afin de produire de la fumée, et chacun d’eux, en particulier, tâchait de faire
(I) Liv. 111, ch. V.
de la fumée dans sa cour; parce qu’ils disaient que la fumée empêche la gelée en faisant, comme les nuages, l’office d’une couverture. Ce que je rapportelci,jerai vu pratiquer dans le Cosco. Si les Indiens le pratiquent encore aujourd’hui, je n’en sais rien; je n’ai jamais su non plus s’il est vrai que la|fumée puisse empêcher la gelée, car alors j’étais trop enfant pour chercher à approfondir ce que je voyais faire aux Indiens. »
Mais ce qu’il y a de curieux, c’est que les auteurs géoponiques de l’antique Europe mentionnent une pratique tout à fait semblable pour la vigne; depuis Diophane qui en parle dans les Géoponiques (I) ; depuis Columelle qui en fait mention dans son livre des Arbres (i), jusqu’à Pline qui lui donne aussi une place dans son Traité (Thistoire naturelle (3).
Ce moyen d’une efficacité qui ne saurait être mise en doute, n’est pourtant pas employé. Comment en effet se trouver toujours prêt pour sa mise en œuvre; comment avoir constamment sous la main le combustible qu’il réclame ; comment aux moments voulus disposer ce combustible sur les points où il doit agir; comment avoir des agents assez intelligents pour ce genre d’emploi -, comment agir, eu égard à l’étendue, à la position, aux fractionnements, aux voisinages de la vigne, etc.., etc...? Toutes ces circonstances et bien d’autres encore font que ce qui est juste en théorie, ce qui peut être appliqué en petit, cesse d’être vrai en pratique, cesse d’être possible en grand.
On a aussi, dans ces dernières années, parlé d’abris artificiels et cherché à mettre ce moyen, le plus sûr mais
(1) Liv. V, ch. x.xxi.
(2) Chap. XIII.
(3) Liv, XVIII, ch, XXIX.
non le plus nouveau, d’accord avec l’économie que comportent les opérations de grande culture et, dans cette voie encore, le succès pratique, le succès utile n’a pu être réalisé.
Nous aurions beaucoup à foire du reste, si nous voulions ici mentionner seulement les moyen#nombreux cités par les diiTérents recueils spéciaux, comme préservatifs de la gelée, ou comme palliatifs de ce fléau. Tentatives bien dignes sans dodte de toute la sollicitude des cultivateurs, mais trop au-dessous, au moins jusqu’à ce moment, des causes générales qu’il s’agirait de combattre.
Cependant, en cette matière, il est encore une dernière ressource, et celle-là c’est la nature elle-même, dans sa touchante sollicitude, qui l’a préparée. Nous avons vu effectivement en nous occupant de la physiologie de la gne (il* partie) que cette plante, comme l'oranger, le mûrier, etc... était du nombre de celles qui possédaient un bouton double , un bouton proprement dit et un contre bouton.
Le bouton proprement dit, le plus élevé, est celui qui doit pousser; il attire à lui la sève, il l’absorbe et dès lors l’autre ne donne aucun signe de vie. Mais s’il arrive que ce bouton soit détruit par la gelée, la sève qui ne peut rester sans emploi se porte sur l’autre, assure son développement et le d^t peut se trouver réparé.
Il y a retard sans doute; il y a môme diminution dans l’énergie de la végétation ; mais enfin tout n’est pas perdu et l’on peut espérer encore des produits; même des produits avantageux ainsi que l’ont prouvé plusieurs exemples.
Mais quand la gelée vient tard, comme en 1861 (7 mai) et qu’elle compromet, tout à la fuis, et le fruit de Tannée et le bois de taille pour Tannée suivante, le cas acquiert
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une très-haute gravité et l’on comprend dès lors combien sont vives et nombreuses les sollicitudes du moment. A cet ^^rd, voici ce que nous disions dans notre appréciation du vignoble Bordelais en 1861.
Deux opinions se produisirent. Les uns dirent : taillez, c’est-à-dire retranchez la portion du jeune scion atteinte par la gelée, afln de favoriser, partout où il pourrait y avoir chance, la sortie, de la portion restante, de bois vigoureux et fructifères. Nous étions avec ceux-là; mais en nous basent sur de simples appréciations théoriques, les seules que l’on pût invoquer ; eu réduisant de beaucoup les pertes d’une déperditton de sève; en faisant remarquer combien la plante est prompte à cicatriser, combien le liquide, auquel on donne le nom de sève, est plus chargé, ^ surtout au printemps, de matières dissoutes, v^étales ou autres.
Les autres, par des raisons qui ne pouvaient être non plus que de la même nature, crurent devoir s’opposer à , toute taille.
A l’heure qu’il est, «qoutions-nous, et c’est là ce qui prouve pourquoi les pre^rès agricoles sont si lents, on rencontre, avec la même fiscilité, des vignerons qui se réjouissent d’avoir taillé et d'aubres qui se félicitent de ne l’avoir pas fhit.
Au surplus voici comment le père Cotte résume les moyens à employer pour garanür les vignes de la gelée :
1* Arracher tous les grands arbres qm empêchent le vent de circuler; 2” Ne pas labourer la vigne dans des tem^fê critiques et la veille des gelées; 3° Ne point semer sur les sillons de vigne des plantes potagères qui, par leur transpiration, nuiront à la vigne; 4* Ne pas mettre les échalas aux vignes que le plus tard qu’on pourra; Tenir les haies qui bordent les vignes du côté du Nord plus basses
que de tout autre c6té; 6* Amender les vignes avec des terrraux plutôt que de les fumer; 7* Si l’on est à portée de choisir un terrain, on évitera ceux qui sont dans les fonds ou dans les terrains qui transpirent beaucoup. »
Ea «rêie. — La grêle est un météore dont nous n’avons pas ici à présenter la théorie proprement dite. Disons seulement que nos localités y sont particulièrement exposées et que la vigne, pas plus que les autres plantes cultivées, ne peut être garantie de ses atteintes :
Ilélas I le pampre vert protège en vain son fruit, grêle affreuse tombe et l’écrase à grand bruit
(Virgilb).
Les dangers de la grêle sont subordonnés à des circonstances dues elles-mêmes, soit à l’état de ce météore, soit à l’époque où il se produit.
Selon que la grêle est plus ou moins abondante, plus ou moins grosse, elle fait plus ou moins de mal.
Quand elle tombe sans pluie, quand elle tombe sêcAr, comme on le dit dans la pratique, son action est des plus dommageables. Au contraire, la pluie dont elle peut être accompagnée, diminue beaucoup cette action et, souvent, même, la rend tout à fait nulle.
Un vent violent, durant la chute des gréions, est encore une circonstance très-aggravante. On comprend que le trajet oblique que suivent alors ces gréions, augmente considérablement les chances qu’ils avaient de rencontrer les parties de la vigne susceptibles de souffrir de leur atteinte.
Dans ce cas, la grêle les prend en écharpe; les atteint comme la faulx atteint les herbes d’une prairie.
La grêle est la conséquénce des orages, et les orages eux-mêmes nous sont amenés par les beaux Jours; par les
jours du printemps et de l'été. « C’est au sein des orages, dit un collaborateur de l’abbé Rozier, que se forme ce météore, au milieu du tonnerre qu’il se prépare, parmi les nuages sombres et obscurs qui nous dérobent la clarté du jour, et qu’une tempête impétueuse semble lancer de l’horizon... »
Il paraît résulter des observations faites dans nos con> trées, tant durant le siècle précédent que durant celui-ci, que les grandes grêles ne se manifestent guère avant le mois de mai, et ne dépassent guère non plus le mois d’août. C’est donc pendant quatre mois qu’elles sont à craindre.
Or, ces quatre mois sont précisément ceux durant lesquels la vigne accomplit les grands phénomènes de son existence annuelle : qu’elle pousse scs sarments, fleurit, forme son fruit et l’engage dans la période de la maturation.
Ainsi la grêle peut frapper la vigne quand ses pousses sont encore tendres et herbacées, qu’elles portent des boutons ou des fleurs; quand ces mêmes pousses ont formé des sarments, et qu’à ces sarments sont attachés des raisins plus ou moins formés, plus ou moins avancés dans la voie de la maturation.
Dans ces premiers moments, si le fléau atteint l’intensité, trop souvent son partage dans nos contrées, la vigne peut être dépouillée d’une portion, et même de la totalité de ses pousses annuelles. Celles-ci peuvent être meurtries dans leurs parties les plus solides, les plus voisines du vieux bois; elles peuvent être brisées dans leurs .parties supérieures, dans celles qui sont encore tendres et herbacées.
On comprend dès lors combien peut être grand le dommage.
D’abord, la récolte de l’année se trouve anéantie : les feuilles, les boutons pins ou moins avancés qu’elles abritaient, devant nécessairement disparattre sous les cbocs multipliés de corps qui ont la dureté de la glace, et auxquels les lois de la gravitation donnent une grande force.
Toute la portion des pousses annuelles, trop fmble encore pour résister à ces chocs, est brisée et détachée, en totalité ou en partie, de celle qui avait eu le temps d’acquérir plus de dureté et plus de solidité.
Quant à cette dernière, elle éprouve elle-même des meurtrissures qui déchirent plus ou moins profondément les différentes enveloppes de la peau, mettent à nu le bois proprement dit, et lui font souvent de profondes cicatrices.
Nous ne chercherons pas ici à présenter le désolant tableau offert par une vigne récemment atteinte par la grêle. Nous dirons seulement que ce qui surprend le plus, en ces sortes d’occasions, c’est la disparition subite et totale de toute verdure; c’est le retour de la vigne à l’état de dépouillement complet dans lequel l’hiver l’avait mise; c’est la perte de tous les attraits, de tous Les charmes qne lui avait rendus le printemps.
II existe une opinion populaire qui attribue à la grêle un certain venin, et considère, comme preuve de son existence, le changement de couleur qui s’opère bientôt sur tous les points des parties vertes touchées par des grêlons. Cette preuve n’a rien de sérieux : partout où il y a blessure et déchirement, l’air se trouve en contact direct avec des parties du végétal non destinées à supporter son atteinte. De là une action physique et des phénomènes chimiques susceptibles de changer la couleur de ces parties et de leur imposer des teintes plus ou moins foncées.
Si l’on réfléchit à celte circonstance, dans laquelle se trouve placée la vigne, de ne donner du fruit que sur le bois do l’année, sorti lui-même de celui de l’année immédiatement précédente, on comprend la double perte occasionnée par la grêle : la perte de la récolte de l’année; la perte du bois devant produire celui sur lequel fut venue la récolte de l’année suivante.
On considère donc ce fléau, quand il se produit durant la péÿode comprise entre l’épanouissement de la vigne et la formation de son fruit, comme donnant lieu à l’anéantissement de deux récoltes. Sauf cependant les moyens susceptibles d’être mis en usage pour en diminuer les conséquences, et dont nous parlerons ci-après.
Si la grêle atteint la vigne quand le fruit est à l’état de verjus et plus avancée encore, la perte de ce fruit, en totalité ou en partie, peut en résulter, mais ici encore il y a certaines circonstances qu’il importe de signaler.
Par rapport à cette perte, on comprend qu’elle est d’autant plus certaine : d’abord que le fléau a plus d’intensité et, en second lieu aussi, que le fruit lui-même est plus développé, plus volumineux, plus fragile.
A l’égard de ce fruit, il existe encore une remarque qu’il importe de noter. Nous avons déjà vu que les gens de la pratique admettaient, dans la grêle, une sorte de venin se communiquant aux sarments frappés. Cette idée est bien plus répandue encore à l’égard des raisins : ceuxci ne faisant jamais que des vins maigres, secs, âpres, quand ils ont été endommagés par la grêle.
Plus encore que dans le cas précédent, il est facile de comprendre la raison de ce dernier phénomène.
D’abord , les plaies faites par la grêle aux baies de raisins peuvent bien, en nombre de cas, se cicatriser; mais non sans créer un obstacle plus ou moins grand à la ma-
LA \ k;ne dans i.e bordelais
turité de ces baies : maturité qui est la première et capitale condition des bons vins.
En second lieu, et ceci surtout par rapport aux grêles qui Viennent surprendre la vigne peu de temps avant les vendanges, ces plaies, en exposant la pulpe à l’action directe des agents atmosphériques, donnent lieu à des combinaisons, à des réactions propres à altérer sa nature, à diminuer, à changer ou à détruire quelques-unes des substances qu’elle renfermait. »
Les grêles hostiles à la vigne ne sont malheureusement pas rares dans le Bordelais. Bien qu’il ne s’agisse pas ici d’un traité sur la météorologie, nous citerons néanmoins quelques faits particuliers à ce fléau dans nos contrées.
Généralement, les orages chargés de grêle nous sont amenés par les vents d’ouest ou de nord-ouest, et suivent une direction complètement opposée aux cours d’eau que renferme notre bassin. Ils remontent la vallée de la Garonne, en se heurtant contre les obstacles divers formés par les coteaux de cette vallée, qui les arrêtent, les divisent ou leur font prendre des directions plus ou moins obliques. Ils s’engagent aussi dans les vallées particulières aux affluents de ces fleuves : Dordogne, Lot, Baïse, etc., pour les remonter souvent très-haut et subir dans ces nouveaux parcours des déviations analogues aux premières.
K Les points les plus souvent frappés par la grêle, dit M. Jouannet, sont situés, pour la plupart, ou dans la partie montueuse du Bazadais, ou sur la crête de gravier qui longe le fleuve et s’étend, depuis le Bas-Médoc jusqu’à Langon , entre la vallée et les landes. Malheureusement, c’est sur cette même crête quo se trouvent les meilleurs crûs du département de la Gironde.
« Les grêles funestes à la rive droite suivent ordinaire-
ment les coteaux qui bordent cette rive, et semblent fondre de préférence sur les communes situées entre la hauteur de Lormont et le sommet le plus élevé de Saint- André-de-Gubzac fl). »
Il n’est pas rare de voir ces orages embrasser d’immenses espaces , et porter le fléau de la grêle sur des points nombreux et souvent très-éloigncs les uns des autres.
Il n’est pas rare non plus de voir la grêle, dans nos contrées, atteindre des dimensions telles que les animaux et les hommes eux-mêmes aient à la redouter. A cet égard, voici ce que l’on trouve dans les observations de M. Sareau de Boynet, le 28 mai, année 1727 : « Grêle horrible... Le nommé Ducbesne, courrier de Bayonne,. en fut assailli; avant d’arriver à Labouheyre, un grain de grêle le blessa à la tête , dont il sortit du sang , ce qui l’obligea de mettre un mouchoir sous son chapeau, qui le garantit d’autres grains plus considérables. Un autre lui frappa si rudement la main gauche qu’il ne fut plus en état de tenir la bride du cheval qu'avec la main droite, qu’il enveloppa de son manteau; enfin il arriva à Labouheyre tout moulu, il y trouva un homme agonisant que l’on confessait : la grêle l’avait mis dans cet état. »
Gette grêle ravagea trente lieues de pays, elle offrit des grêlons du poids de deux livres (1 kilogramme).
Quant à la fréquence de ce météore, il serait assez difficile de l’établir d’une manière générale; car beaucoup de ces grêles ne sont pas enregistrées, et d’autres aussi ne méritaient pas de l’être, par le peu d’étendue et l’insignifiance de leurs dégêts.
Le.s remèdes contre un fléau dont les conséquences sont
(1) Statistique de la Gironde, t. I, p. 92.
f.A VIGNE DANS LE BORDELAIS
de détruire radicalement les portions végétales qu’il atteint, quand elles sont encore tendres et herbacées; d’y faire de profondes blessures, quand elles sont solides et ligneuses, Gg. 55, A, ne peuvent pas être nombreux. On n’en connaît pas, en effet, à opposer à la grêle en vue de ces ravages immédiats. Seulement, il a été fait quelques tentatives heureuses, pour prévenir, autant que possible, les suites qu’il doit avoir, quand le bois qu’il frappe est encore hors d’état dé lui résister; quand ce bois peut être complètement détruit : emportant ainsi avec lui, et la récolte de l’année et celle de l’année suivante.
Parmi ces tentatives, il en est une que nous citerons ici, exactement dans les mêmes termes qui nous servirent à en rendre compte à la Société d’agriculture de Bordeaux, le 4 janvier 1853.
Le 16 mai 1852, disions-nous, un formidable orage éclata sur notre département; le vent et la pluie firent des dég&ts sur un grand nombre de points; la grêle atteignit les vignobles de plusieurs communes, notamment une grande partie de ceux de Villenave et de Léognan, dans lesquelles notre très-honorable collègue, M. Bouchereau, a la majeure partie de ses possessions.
Dans ces sortes de cas, on sait combien la vigne peut i être maltraitée : car, selon l’intensité du fléau, ce n’est pas seulement de la perte totale de la récolte pendante dont il peut s’agir pour elle, mais aussi de celle de l’année qui suivra. 11 peut arriver, en effet, que la pousse annuelle , les sarments qui devaient donner du fruit et qui devaient fournir à la taille de l’an prochain , se trouvent
dans un état tel qu’il ne soit plus permis d’en espérer ni l’un ni l’autre.
Il peut arriver aussi, surtout à cette époque avancée de l’année, que ces mêmes sarments aient acquis assez de force, assez de consistance ligneuse, pour que certaines parties de leur étendue aient résisté au fléau : celle naturellement qui se rapproche le plus de leur point d’insertion sur le bois de l’année précédente, sur le bois le plus récemment taillé.
Alors, au lieu de demander, par une nouvelle taille, à ce même bois, des sarments qu’il ne produirait peut-être pas, ou qu’il ne produirait que d’une manière imparfaite; au lieu de coiirir le risque de n’avoir, pour la taille de l’an prochain , que des sarments sortis du vieux bois, et par conséquent momentanément improductifs; au lieu de s’exposer à élever outre mesure la vigne; au lieu enfin, en laissant les choses dans l’état où elles se trouvaient, de voir infailliblement la taille de 1853 s’opérer sur des bois mutilés, sans force et sans vigueur, notre collègue, dont l’habileté viticole vous est si bien connue, conformément à une tentative qu’il avait déjà faite en 1830, et à une application analogue que fit également M. le comte de Kercado (1), adopta un parti que les détails suivants et la figure qui les accompagne, feront parfaitement comprendre.
Il tailla immédiatement, non sur le bois de 1851, et qui avait déjà subi une taille, mais sur celui de 1853, sur celui de l’année courante, et qui n’aurait dû y être soumis que plus tard, en 1853. 11 sauva, de ce bois qui ne pouvait plus lui donner des raisins, la partie suffisamment développée, suffisamment élaborée : d’abord pour avoir pu ré-
(1) Elle fut publiée dans l'Ami des Champs.
sister aux mutilations de la grêle, puis pour pouvoir lui assurer des sarments sur lesquels s’effectuerait la taille de 1853 et d’où sortiraient, sans équivoque, des branches fructifères pour cette même année.
il faut remarquer encore ici que la vigne ne donne son fruit que sur un bois de l’année, et avec cette condition, on outre, que ce dernier bois, lui-méme, doit être sorti de celui de l’année précédente. D’après cela, si la vigne dont il s’agit n’avait pas été taillée, d’après les principes déjà énoncés et sur lesquels nous allons revenir avec plus de détails, il serait infailliblement résulté de là les circonstances suivantes, parfaitement connues de nos vignerons.
Les sarments de l’année 185î, qui avaient perdu, par le fait de la grêle, la moitié ou les trois-quarts de leur longueur, et qui ne présentaient plus par conséquent qu’une portion de cette môme longueur extrêmement réduite, et, en outre, plus ou moins maltraitée, auraient immédiatement fait partir do leurs yeux supérieurs des jets qui auraient eu encore le temps de s’aoûter, et sur lesquels on eût été forcé d’opérer la taille de 1853 : bien que leur insertion n’eût présenté qu’une solidité très-douteuse.
Or, une taille ainsi faite, aurait offert le double inconvénient : t" de se trouver sur un bois qui aurait pu être plus ou moins faible; 2* d’élever beaucoup la vigne; car, ce bois lui-même, comme nous venons do le dire, n’aurait pas manqué de sortir des yeux les plus supérieurs du bois atteint par la grêle, et de laisser ainsi une grande étendue entre son point d’insertion sur le bois de 1852 et celui du sarment grêlé, sur le bois de 1851.
Il ne faut pas croire, en effet, que la taille après la grêle n’aurait pas pu s’effectuer encore, si on l’avait voulu, sur
le bois de 1851. La saison n’était pas assez avancée pour que les jets fournis par les bois mutilés de ces sarments, n’eussent eu parfaitement le temps de s’aoûter, mais ils auraient tous été frappés de stérilité.
Par une remarque extrêmement judicieuse, et que nul auteur encore n’avait émise, notre collègue établit que tout bois de vigne qui a produit un jet, lequel jet lui-même a eu le temps de s’aoûter, perd, par ce fait, toute propriété fructifère. C’est là, du reste, le phénomène que nous offre annuellement la vigne. Elle nous démontre, en effet, que du sarment d’où est sortie la branche sur laquelle nous venons de cueillir un raisin, ne saurait plus sortir immédiatement d’autres branches fructifères, et que celles-ci ne sauraient plus être que le partage de cette dernière branche, laquelle par ce fait, se trouve à son tour frappée de stérilité et ainsi de suite.
Or, tailler sur le bois de 1851, à une époque aussi avancée de L’année (16 mai) , c’était retrancher de ce bois, des sarments qui avaient déjà acquis un notable développement; qui s’étaient déjà aoûtés en grande partie et qui, par conséquent et par ce fait, avaient déjà frappé de stérilité tout autre bois pouvant sortir, dans le courant de 185â, du bois de 1851.
De la sorte, on s’explique pourquoi le vigneron ne fait jamais sa taille, en vue du fruit, que sur le bois de l’année qui vient de Unir, et pourquoi la vigne, à mesure qu’elle vieillit, contracte une attitude qui semble le résultat de contraintes qu’elle aurait éprouvées, et qui n’est en dernière analyse, que la conséquence de l’insertion successive, les uns sur les autres, des bois qu’elle a fournis pendant les années que compte son existence ; des bois dans lesquels la fertilité a tour à tour passé, en se fixant toujours sur le dernier, \e plus récemment produits
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11 est vrai cependant, qu’en prenant à la rigueur ces principes, on arriverait à condamner la pratique du ro* gnage des sarments, qui, elle aussi, a pour conséquence de faire produire immédiatement aux yeux les plus élevés des branebes qui en sont l’objet, des jets d’un développcpement souvent fort considérable. On arriverait à considérer celte pratique comme frappant de stérilité ces mêmes branches.
Hais ici, il Haut faire attention à une circonstance fort Importante et qui est cause que la pratique dont il s’agit échappe au principe ci-dessus établi.
Elfectivement, nous avons dit qu’un sarment ne devenait stérile que tout autant que le jetqu’il produisait avait le temps de s’aoûter. Or, le rognage se fait à une époque de l’année trop avancée pour que les jets dont il provoque le développement puissent encore s’être euiûtés.
Cependant, on sait que grand nombre de vignerons, parmi les plus distingués, condamnent la pratique du rognage en disant, ce qu’expliquerait maintenant l’observation intéressante de notre collègue, que cette pratique nuit à la force productive de la vigne.
Une autre remarque qu’il convient encore de faire, c’est que le procédé que nous exposons, ne saurait être recommandé qu’avec certaines limites de temps. Ainsi, passé le 10 juin environ, il serait dangereux d’y recourir; car alors le bois dont il provoquerait la sortie et le développement, pourrait manquer du temps suffisant pour acquérir toutes les qualités exigées par la taille qu’il aurait à subir Vannée suivante.
Maintenant, suivons, sur là figure ci-après, les détails de la taille dont nous venons d'exposer les principes généraux (Bg. 56).
■* A. Est un bras de vigne, ou cot, sur lequel étaient venus
les sarments a, a, qui avaient servi à la taille de <851. b, b, b, b, sont les sarments sortis de cette taille, qui de-
Taient donner du fruit en 1852 et du bois pour la taille de 1833. La grêle avait atteint ces sarments : elle avait détruit les feuilles et les fruits qu’ils portaient : elle avait d’autant plus brisé et meurtri leur tissu, que celui-ci se rapprocbait davantage de leurs extrémités supérieures, qu’il était moins élaboré', plus tendre, plus herbacé.
Ce furent ces mêmes sarments que l’on tailla, que l’on amputa en e, c, e, e, aün de faciliter immédiatement le -développement des boutons dont ils étaient munis; de mettre en mesure ces boutons de profiter, pour se développer, pour s'aoûter, des mois favorables à la végétation que pouvait encore fournir l'année.
Nous ajouterons que cette manière de procéder ayant parfaitement réussi, ayant en tous points répondu aux prévisions de notre collègue, grand nombre de cultivateurs se sont empressés d’aller, par eux-mémes, se convaincre de ses résultats, et plusieurs même n’hésitèrent pas, lors du sinistre qui y avait donné lieu, à l’appliquer dans leurs vignobles.
En 1851, un autre habile viticulteur du département de l’Hérault, M. Cazalis-Allut, publia également quelques détails sur le mode de taille à appliquer aux vignes frappées par la grêle ; mais ici il ne s’agissait que du cas où l’action du fléau destructeur était venu surprendre les vignes tout à fait dans la première période de leur développement annuel. ((Lorsque les pousses encore herbacées de la vigne, disait M. Cazalis-Allut, sont fortement endommagées par la grêle, il faut s’empresser de les supprimer. On aura grand soin, en faisant cette opération, de ne pas endommager, avec le seccateur, les yeux de secours placés ù côté des yeux principaux , qui ont déjà donné naissance aux pousses atteintes par la grêle. Cette suppression active le développement dos yeux de secours, favorise la pousse des sous-yeux, et l’on peut espérer, en agissant ainsi, d’obtenir encore un certain produit, si la saison n’est pas trop avancée. Si elle est trop avancée, il conviendra mieux de supprimer les raisins. Ils n’atteindraient pas une maturité convenable, et épuiseraient les ceps inutilement, etc... (1). > %
Dans les cas où le premier procédé ci-dessus ne pourrait pas être employé, à cause de l’époque trop avancée de , l’année et par les considérations déjà développées, il ne resterait à espérer les bois de taille que de ceux que la grêle
(l) Bulletin de la Société d’Agriculture de l'Uératdt, année 1851.
aurait pu épargner. Peut-être y aurait-il lieu aussi, à débarrasser les ceps de tous ceux dont la mutilation serait trop complète, pour pouvoir ainsi garantir aux autres une végétation plus vigoureuse et plus anormale; pour pouvoir prévenir cette végétation désordonnée et en quelque sorte folle, qui couvre bientôt de pousses et de feuilles les sarments frappés.
Le« piales longues, abondantes on Intempestives. — Les pluies peuvent nuire à la vigne de deux manières ■ par leur durée et leur abondance, par leur inopportunité.
Dans le premier cas, ce qui est un bienfait pour les produits de la terre, une condition indispensable do leur réalisation, devient au contraire, pour les mêmes produits, par sa persistance, par son excès, un grave obstacle, une cause d’altération et même de destruction plus ou moins complète.
Nous avons consacré, dans la deuxième partie de cet ouvrage,^ l’appréciation de la pluie, comme phénomène météorologique, des détails sur lesquels nous ne reviendrons pas. En ce moment, nous n’avons à considérer ce même phénomène que par rapport au tort qu’il peut faire à la vigne, très-sensible d’ailleurs è son action nuisible.
On sait aussi que les longues pluies agissent sur la température, en la réduisant, en ne lui permettant pas d’atteindre le degré normal indiqué pour chacune des saisons de l’année. Lors donc que ces pluies sa rencontrent au printemps, à l’été, ou à l’automne, leur action générale place la vigne sous une influence doublement désavantageuse : elle a trop d’humidité, elle n’a pas assez de cha-> leur et tous les actes qu’elle doit accomplir sont retardés, contrariés et restent incomplets.
Les années durant lesquelles la pluie a nui à la vigne ne sont malbeureaseinent pas rares; mais aucune, sous ce rapport et dans le siècle présent, ne lui a été aussi hostile que 1816. On peut dire que cette hostilité fut complète, désastreuse et nous pouvons la prendre pour exemple des perturbations de ce genre et de leurs consé* quences.
Malheureusement, les observations faites sur cette année, dans nos contrées, se bornent à de simples annotations mensuelles consignées dans le Bulletin polymatipie de Bordeaux. Nou9 allons néanmoins reproduire ce qu’elles ont de particulier pour la vigne, ce qu’elles ont d’instructif pour notre sujet.
D<!cembre tSiS. « Les inondations des champs ont nui « aux plantes céréales, et la trop grande humidité de la « terre a etnpècbé de faire avec avantage les plantations a d’arbres. »
Janvier 1816. « Les pluies presque continuelles ont a rendu le premier mois de cette année aussi humide a que possible, et empêché la plupart des travaux agria coles. »
Février, a La température du mois de février a été extrêa mement variable, un froid sec et glacial ayant plua sieurs fois été remplacé par un temps doux et plu-
a vieux, et réciproquement Quelques beaux jours ont
a favorisé la plantation des arbres ; les vignerons se sont a aussi empressés de bêcher leurs vignobles. »
Mars, a La température de l'air a été en général froide a et humide ; il en est résulté beaucoup de lenteur dans a les progrès de la végétation, qui est peu avancée i la a fin du mois. »
Avril, a Les premiers jours de ce mois ont été assez a beaux, mais bientôt le temps est devenu variable, né-
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a buleux, pluvieux et la température froide La végé-
<1 tation a fait très-peu de progrès pendant tout ce temps- « là, ayant été le plus souvent privée des regards du « soleil. *
Mai. « Les vents d’ouest et nord-ouest qui ont régné
• pendant la plus grande partie de ce mois, ont amené <1 les nuages et les pluies et ont produit des vicissitudes .« eonlinuelles dans l’atmosphère, dont la température a « été plus souvent bien au-de^ous de ce qu’elle a cou- « tume d’ètre à cette époque de l’année... La vigne, quoi- V qu’ayant échappé aux gelées tardives, ne donnait pas ■n de flatteuses espérances, n
Juin et Juillet. «Les pluies qui nous avaient affligés pena dant les mois précédents ont continué pendant tout le « cours de ceux-ci, et n’ont été interrompues que rare- « ment par des intervalles d’un ou deux jours au plus..... « La vigne verte et robuste en apparence, n’a commencé « de fleurir que vers la fin de juin et n'avait pas entière- « ment fini à la fin de juillet, qutnque la très-grande par- « lie des grappes eût complètement coulé, surtout sur 4 les coteaux. »
Août. « La plus grande partie du mois a été remplie « par des alternatives de beau temps et de nuages plu- « vieux. Pendant les derniers jours, le mauvais temps a « prévalu... Les vignes se sont un peu rétablies, mais pas < assez pour qu’on puisse espérer une médiocre quantité « de vin et qu’il soit de bonne qualité. La couleur du rai-
• sin n’avait pas commencé de changer vers la fin du « mois. >
Septembre. « Beaucoup de beaux jours interrompus par « quelques jours pluvieux ou sombres, ont rempli le a mois de septembre plus agréablement que ne l’ont été U les mois précédents Les vignes ont bien plus souf-
« fert que les moissons, et les derniers jours du mois,
« il y avait très-peu de raisin qui eussent changé de cou- « leur, ce qui fait craindre qu’ils ne mûrissent point et « qu’il n’y ait pas de vendanges pour la plupart des U propriétaires : chose qu'on ne se rappelle pas d’avoir • vue. »
Octobre. « Les seize premiers jours de ce mois ont été « parfaitement beaux et d’une température élevée. Le 17, « le ciel a commencé à se couvrir de nuages et le temps « est devenu variable. La pluie, les nuages et la sérénité U de l’atmosphère se sont succédés alternativement pen- « dant le reste du mois et la température souvent très- (( froide, a descendu quelquefois jusqu’au degré de
« congélation, avant le lever du soleil Les raisins se
« sont considérablement améliorés, mais pas assez pour « promettre une récolte passable; les cépages tardifs sont <1 encore verts et ne mûriront point. Vers la ün du mois, « il n’y avait encore que peu de vendanges commencées. »
Novembre. « La première quinzaine de ce mois a été « extrêmement pluvieuse, presque sans intervalles et les (I vents ont quelquefois soufflé avec la plus grande vio-
i( lence La plupart des vendanges n’ont commencé
« que le 4 ou le 5 de ce mois qui ne les a pas toutes vues ■I finir. Le vin est, comme on s’y attendait, peu coloré, « peu spiritueux, très-aqueux, très-âpre, et en si petite « quantité que l’on ne l’estime que de la cinquième à la « sixième partie des récoltes ordinaires. »
En résumé, voici quelle fut la période végétative de la vigne, 1815-16, sous l’influence de pluies presque continuelles.
I. Hiver : (décembre, janvier, février.) — Action nuisible d’une excessive humidité ; difficulté des travaux de la saison.
II. Printemps : (mars , avril , mai.) — Langueur de la pousse; retard prononcé, végétation lente, espérances médiocres.
III. Eté : (juin, juillet, août.) — Développement herbacé. Floraison fin juin, non terminée fin juillet. Grande coulure, particulièrement sur les coteaux. Changement de couleur du raisin non commencé en août.
IV. Automne : (septembre, octobre, novembre.) — Trèspeu de raisins avaient totalement changé de couleur en septembre. Craintes de ne pas les voir mûrir : chose qu’on ne se rappelle pas aroir vue. Cépages tardifs encore verts en octobre. Vendanges en novembre et au-delà. Vin peu coloré, peu spiritueux, très-aqueux, très-àpre et en trèspetite quantité.
Les longues et abondantes pluies peuvent agir d’une manière plus directe encore sur la vigne, et aller jusqu’au point de lui faire contracter une maladie à laquelle on donne le nom spécial de champlure, de cbamplure d’été, car il y en a aussi une d'hiver, qui a pour cause le froid, a La cbamplure d’été , dit un ancien auteur de l’Orléanais, arrive lorsque l’année, ayant été pluvieuse et froide, le bois n’a pu mûrir, ce qui fait que la moindre gelée d’automne le gâte et le fait champeler, et ce bois n’est plus propre pour la taille de l’année suivante, parce qu’il n’a aucune sève, étant sec comme chenevotes (1). »
On reconnaît dans cotte affection, beaucoup plus commune dans le nord de la France que parmi nous, ce que les jardiniers appellent un défaut à’aoûtement du bois.
Nous venons de remarquer que les longues pluies déterminaient aussi un abaissement dans la température. C’est-à-dire une action combinée moins active de la cba-
(1) J. Bottlay ; Manière de cultiver la vigne, etc...
leur et de l’humiditè, ces deux causes essentielles de la VH^tation, que ne le comportait la saison. D’où ii résultequ’en été, par exempie, cette végétation peut avoir encore les excitations du printemps : excitations , on le sait , qui sont essentiellement herbacées, poussant à l'ouverture des bourgeons , à l’allongement des jeunes scions , à la formation des feuilles.
Or, si la vigne doit nu printemps, comme toutes les autres plantes ligneuses, former son bois, accumuler dans ses tissus des sucs abondants; à l’été, ce genre de développement doit être beaucoup plus restreint, et l’élaboration de ces sucs doit plus spécialement être son œuvre. Donc , végéter encore à l’été comme au printemps, c’est subir une perturbation également désavantageuse à la vigne elle-même, à l’abondance et surtout à la qualité de son fruit. On a dû remarquer ci-dessus cette mention de notre observateur de 1816, à propos de l’influence beaucoup trop humide de juin et juillet : a La vigne, verte et robuste en apparence, n’a commencé à fleurir, etc... » Evidemment, ce n’était plus le temps d’être verte et robuste, ce n’était plus le temps de végéter comme au printemps, et tout ce luxe herbacé ne constituait qu’un bien-être apparent.
A la fin de l’été et à l’automne, ce danger est encore beaucoup plus grand, et c’est alors particulièrement que la vigne peut avoir à souffrir de pluies inopportunes.
En 1852 notamment, ce cas se présenta, il plut abondamment en août, et la moyenne d’eau quotidienne, qui doit être durant ce mois, sous notre climat, de l”" 7, fut de 4”“9. Nous disions alors, pour expliquer la médiocrité des vins de cette année : « Pour comprendre pourquoi les vins de 1851-52 furent si médiocres, il faut faire attention que la vigne, pendant qu’elie mûrit, qu’elle élabore son fruit,
ne doit plus végéter. Que la grande disproportion qui doit régner alors entre la chaleur qui domine et l'humidité qui est en défaut, doit être telle que la sève se ralentit, s’arrête même; que le bois se dessèche, change de couleur, qu’il meurt, comme disent les vignerons, et qu’ainsi toute la vie de la plante est absorbée au profit de la maturation. Or, en 181@, la vigne a toujours végété; toujours la sève a fait affluer de nouveaux sucs dans le raisin, toujours les feuilles, toujours le bois, ont continué à pousser, et, ainsi que nous l’avons noté en août, la perturbation à cet égard a été telle que quelques vignes ont de nouveau fleuri, o
« Dans les années humides, la sève entre dans le fruit trop abondante et trop aqueuse, et les cellules destinées à l’élaborer ne peuvent le faire que d'une manière imparfaite; le fruit devient gros, mais aqueux et insipide (1). Ou peut dire que le raisin procède alors comme Pénélope : il défait, sous l'influence de la pluie, la maturation commencée sous celle du beau temps, et cette maturation n’avance pas.
Les pluies qui surviennent tout à fait dans les derniers temps de la maturation, au moment des vendanges, ne peuvent être qu’inopportunes, quand elles se prolongent. Si le raisin est complètement mûr, elles peuvent le faire éclater et le conduire à la pourriture. Dans tous les cas, elles introduisent dans le vin de l’eau qui peut bien augmenter sa quantité, mais non toujours sa qualité.
Un autre très-grave inconvénient de l’excès des pluies, dans la dernière période de la végétation annuelle de la vigne, dans celle de la maturation, août et septembre, c'est de rendre inégale cette maturation.
(I) De Canoolle : Phys. tég. p. 577.
Quand le temps est favorable, quand le raisin a mûri uniformément, alors les vendanges sont faciles et promptes , la fermentation dans les cuves n’éprouve pas de retard, et le vin a les plus grandes chances d’être bon.
Mais, au contraire, quand ce temps s’est montré contrariant, par l’excès de pluie, par le défaut de chaleur, alors la maturation oüre les plus grandes inégalités, de vigne à vigne, de pied à pied, de raisin à raisin, de grain à grain.
Alors nécessité de vendanger par triages et à plusieurs reprises, de faire des choix, tant à la vigne qu’au pressoir. Mauvaises dispositions pour la fermentation dans les cuves et pour la production de vin de bonne qualité.
Tous ces faits désavantageux ont été aussi le partage de l'année 1860 : l'une de celles que l’on devra nécessairement enregistrer, avec 1816, parmi les plus mauvaises du XIX' siècle.
Un des grands actes de l’opération naturelle dite maturation des fruits en général, c’est la formation, dans ces fruits et par conséquent dans le raisin, du sucre.
Un des grands actes de l’opération chimique dite fermentation du moût, c’est la transformation du sucre en alcool.
On comprend dès lors pourquoi une année trop humide, donne des vins sans force, sans agrément, sacs chance de conservation : le raisin a manqué de sucre, le vin manque d’alcool.
La cbalenr et la aérheresM. — La vigne, loin de redouter le soleil et la chaleur, les recherche au contraire, ' et tout ce que nous avons dit sur ce sujet en nous occupant de météorologie le démontre de la manière la plus complète. Néanmoins, ici encore, comme pour tous les
autres météores, l’action d’abord favorable peut devenir nuisible, quand elle est trop vive, ou quand elle se prolonge trop.
Sous l’influence des rayons solaires trop forts et trop directs, le raisin peut souffrir; parce qu’effectivement ce n’est qu’à l’époque où ce fruit est déjà avancé, où il entre en maturation, de la mi-juillet à la mi-août, que ces accidents sont à craindre, que l’on peut voir le raisin être grillé par le soleil.
Sans être très-commun dans nos contrées, au moins d’une manière générale, cet accident a pu néanmoins y être constaté plusieurs fois ; là surtout où il est encore favorisé par la nature de la terre, par une exposition directe au midi. 11 n’est pas rare alors de voir des rangs de vigne ne plus offrir que des raisins flétris, desséchés et privés de toute espèce de suc.
Quelques observations que nous fîmes au mois de juillet 1859, feront comprendre la possibilité de tels résultats. Voici les différences que nous constatâmes entre la chaleur diffuse et la chaleur directe :