DOUMAGES CAUSÉS A LA VIGNE PAH LES PLANTES SAUTAGES ET AUTRE
Comme tous les végétaux auxquels nous donnons nos soins, la vigne doit lutter contre une foule de plantes qui lui nuisent à différents titres, et que l’homme n’a pas toujours complètement le pouvoir d’éloigner ou de détruire.
La première raison du développement de ces plantes est dans la nature elle-môme dont elles suivent les lois, et qui leur a prescrit de croître et de multiplier. On connaît à cet égard les soins, les sollicitudes, la piévoyance de cette bonne mère, pour tous les êtres, animaux et végétaux. On sait de combien de précautions elle entoure la graine de l’espèce la plus insignifiante en apparence, et combien sont ingénieux les moyens dont elle fait usage, soit pour la conserver, soit pour la propager, soit pour > assurer sa germination (1).
D’un autre cèté, la persistance des plantes sauvages à
(I) L'ean, le vent, les tempêtes, les oiseaux, etc., sont les moyens divers dont se sert la nature pour la dissémination des graines.
Rien n'est curieux comme les phénomènes de cette dissémination, rien ne méritendt plus notre attention, si nous pouvions ici nous arrêter sur ce sujet.
s’emparer des terres que nous réservons à d’autres espèces, à nuire à ces espèces par quelques-unes des circonstances dont nous nous occuperons ci-après, s’explique très-facilement encore par les considérations suivantes.
D’abord, nous n’admettons, dans notre catalogue des plantes cultivées, qu’un très-petit nombre d’espèces, et, dans certains cas même, comme lorsqu’il s’agit de vigne, qu’une seule de ces espèces. Tandis, au contraire, que la nature, pour chaque contrée déterminée, se montre sous ce rapport d’une richesse que les personnes étrangères à la botanique pourraient croire sans limites.
C’est ainsi que, dans le département de la Gironde, pour les vingt ou trente espèces entrant dans nos cultures les plus variées, nous comptons, en phanérogames seulement, plus de 1533 espèces sauvages (1).
En second lieu, la plupart des espèces cultivées appartiennent à des contrées et à des climats, autres que ceux où nous les avons fixées; où nous voulons les maintenir, en opposition en quelque sorte, avec les lois de la nature: justement et comme nous l'avons déjà vu la vigne se trouve dans cette dernière catégorie.
Enfin nous voulons encore que nos plantes d’adoption aient seules le bénéfice des qualités de la terre et de tout ce que nous faisons pour ajouter à ces qualités, par les travaux, par les engrais, etc...
Toutes ces considérations réunies nous expliquent parfaitement pourquoi nos champs cultivés, en général, sont si facilement envahis par les plantes sauvages et pourquoi nous avons tant de peine à les défendre contre cet envahissement. Ecoutons à cet égard un poète qui n’a
(I) Flore bordelaise , par M. Laterrade 4« édit., p. 609, et suppléaieat.
pas dédaigné de soumettre ces questions importantes l’appréciation des Muses :
D'nn amour maternel la nature condnit t es plantes que son sein de Ini-mème prodnttj Aux cultures de l’homme elle est moins favorable.
Laissez dormir le soc, et le blé peu durable Ta perdre sans retour l'empire des sillons :
Le chardon y renaît hérissé d'aiguillons ;
La barlane a bienlét reconquis ses domaines.
Et Tbiéble touffu domine sur les plaines.
(R. R. Castel : Les Plantes.)
Les plantes susceptibles de nuire à la vigne sont trèsnombreuses, et nous devons les soumettre à une certaine classification, suivant les circonstances diverses d’où résulte le tort qu’elles peuvent lui porter. C’est ainsi que nous examinerons successivement, les plantes qui nuisent à la vigne par leur mode de développement, par leur multiplication, par leur voisinage.
Planteu qal nnla«nt A la vigne par lenr mode de dc^veioppement. — Dans cette première catégorie nous rangeons toutes les plantes dont le développement a lieu sur quelques parties de la vigne et principalement sur son tronc. Ces plantes appartiennent à la grande division dite des cryptogames (i), ou végétaux cellulaires, par les naturalistes : ce sont des champignons microscopiques, des mousses, des lichens, des hépatiques. Nous y joignons aussi celles que leur mode d’existence a fait qua-
(I) Le nom de cryptogame est donné & l’une des deux grandes divisions du règne végétal. Il vient dn grec et dgaifle Noces cachées.
Chez ces plantes effectivement les organes sexuels, sont d'nne constatation très-difiicile et d'une nature très-différente de celles des phanérogames (mariages visibles.)
Linné à qui l'on doit ces noms de cryptogames, cryptogamie, les avait créés ponr la 24* classe de son système sexuel, laquelle comprend tontes les plantes privées d'étamines et de pistils.
lifler plus spécialement de parasites, bien qu’elles soient beaucoup moins nombreuses que les autres.
Les plantes cryptogamiques sont extrêmement nombreuses, la science en compte aujourd’hui plus de 20,000 espèces, dans lesquelles ellecomprend jusqu’à ces taches, ces colorations diverses que l’on voit sur les vieilles murailles, sur le bois, le fer, etc... et qui sont effectivement, pour le naturaliste, des végétaux parfaitement organisés, de véritables forêts microscopiques.
Principalement destinées, par la Providence, à former et à augmenter sans cesse l’humus dont s’enrichit la terre, on les voit se fixer partout où peut se montrer le moindre débris de la matière organique, et voilà pourquoi la surface des végétaux ligneux s’en montre recouverte; pourquoi aussi leur abondance et leur dimension augmentent en raison de l’abondance et de l’accumulation de ces débris.
C’est ainsi que la vigne nous les offre en abondance, principalement sur son tronc : là où les débris dus à la taille et au mode de renouvellement annuel de l’épiderme de l’écorce, favorisent particulièrement leur développement; là aussi où l’orientation de l’ouest leur assure l’humidité réclamée par ce développement.
n est tel pied de vigne en effet que l’on pourrait considérer, grâce à toutes ces circonstances et à celles qu’y ajoutent encore une longue durée, un âge avancé, comme une fiore complète des plus riches et des plus variées.
Ce serait pénétrer trop avant dans le domaine de l’histoire naturelle pure, que de vouloir faire la description, ou simplement la nomenclature, de toutes les espèces cryptogamiques croissant sur les diverses parties de la vigne. Une autre raison d’aiileuTS, pour nous détourner d’un tel dessein, c’est qu’en réalité toutes ces espèces sont
loin d’avoir la même importance, par rapport au tort qu’elles peuvent causer à cette plante.
Les cryptogames que l’on peut considérer comme réellement nuisibles appartiennent à trois des familles comprises dans cette grande division du règne végétal : aux mousses, aux hépatiques et aux lichens.
Sans entrer non plus dans tous les détails que pourraient comporter la description botanique, organugraphique et physiologique de ces familles, bornons-nous à quelques généralités propres, sinon à les faire connaître, au moins à rendre possible la distinction de chacune d’elles.
« Tout le monde connaît ces Jolies petites plantes délicates, et souvent élégantes, dont les tiges présentent assez ordinairement ie port et la miniature des buissons et des grands arbres ; les tapis de mousses, leurs touffes serrées et veloutées bravent les rigueurs de Tbiver, et fleurissent au milieu des frimas.
c Quand on examine les mousses de près, on s’aperçoit bientôt qu’elles portent de petits filaments terminés par des globules de la grosseur de la tète d’une épingle, qui se composent d’un petit vase fermé d’un léger couvercle, qui souvent encore est recouvert d’une coiffe soyeuse en forme do natte ou de capuchon. Ces petites urnes, car c’est ainsi qu’on les nomme, sont rondes, ovales, en forme de pipes à fumer, et portées chacune par un filet soyeux plus ou moins long. Ces petits vases contiennent unepoussière donton ne connaît pas encore bien l’usage (i), car les uns la considèrent comme le pollen des fleurs mâles, et les autres comme des graines; l’on n’est donc pas encore certain si l’urne des mousses est l’organe mâle
(i) On sait atgoutd'hai que ce sont les graines, ou spores.
CIRCOÎiSTANCES, ETC... NUISANT A LA VIGNE 515
«U femelle de celte famille myslérieuse et microscopi- •que (1).
« Les mousses tienneot à la terre par des racines excessivement fines, brunes et serrées ; mais il y a des espèces et même des genres qui croissent sur l’ardoise et sur des pierres unies qui ne permettent pas aux racines de pénétrer dans leur masse, et qui, par conséquent, doivent se nourrir entièrement parleurs feuilles et nullement par leurs racines (2). »
€ Les lichens sont ces singuliers végétaux qui n’ont ni racines, ni tiges, ni feuilles, ni fleurs, et qui se présentent le plus souvent sous la forme de pellicules qui adhèrent aux écorces des arbres et aux rochers par de petites fibriles dont leur surface inférieure est souvent hérissée. Ces espèces d’expansions coriaces sont quelquefois si adhérentes aux pierres, qu’il est impossible de les en détacher sans les détruire. Parfois ce n’est qu’une poussière grise, brune ou noirâtre, qui s’étend sur toute la surface d’un monument ou d’un rocher. La couleur sombre des vieux édifices est due à un lichen microscopique. D’autres fois les lichens présentent des couleurs assez vives; il y en a aussi de jaune-citron ponctués de noir, de couleur orange ; d’autres, d’un rouge écarlate, ont l’odeur de la violette. Un très-grand nombre de lichens s’élèvent de quelques millimètres ou même de quelques centimètres au-dessus de leur point d’attache, et présentent alor^ des anneaux déliés, entrelacés ou finement découpés...
< On ne connaît point le genre de reproduction de ces
(<) Od sait que ce sont les organes femelles.
(2) C. P. Brard : Dietiomurire usuel d'hist. nat, etc...
Les naturalistes comptent aujourd'hui plus de 1 200 espèces de mousses bien tranchées.
singuliers corps ; on croit qu’une partie quelconque prise au hasard, .et placée dans des circonstances favorables, peut devenir un individu complet, et donner naissance à d’autres lichens de la même espèce (1)... »
Quant aux hépatiques , leurs familles sont intermédiaires entre celles des lichens et des mousses. Elles consistent donc, tantôt en simples expansions foliacées, comme les lichens, tantôt en une tige avec des rameaux et des feuilles, comme les mousses, Leurs organes reproducteurs sont placés à la surface ou dans l’aisselle des feuilles.
Maintenant nous serons plus laconiques encore dans l’énumération des espèces appartenant aux trois familles que nous voulons mentionner. Ce sont :
Parmi les mousses,
1 . L’IIypne soyeux (Uypnum sericeum). On la voit enveloppant les vieux ceps d’une manière plus ou moins complète, et principalement du côté d’où vient ordinairement la pluie et le froid, l'ouest et le nord.
Parmi les hépatiques,
2. La Jungermanne noirâtre (Jungermatwia lamarisâ). Recouvrant les ceps d’une enveloppe de couleur noire et comme feutrée, du côté d’où vient la pluie et là où quelque cause retient plus ordinairement l’humidité.
Parmi les lichens,
3. Le Lichen des rennes (Cenomyce rangiferim). On le voit au Las des ceps dans les lieux secs et pierreux, principalement dans le Médoc (2).
(1) C. P. Brard : ouvrage cité. On sait aujourdliui que celte repro-'* ductiou est lue à des graines, ou spores.
Le nombre des espèces de lichens aujourd'hui connus dépasse 1300.
(2) En parlant de ce lichen et le comparant, pour son utilité, au lichen d’Islande (Physcia Islandica) un collaborateur du Dictionnaire