‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 48 sur 73 · CIRCONSTANCES, ETC · texte numérisé non relu

CIRCONSTANCES, ETC

4. Le L. — entonnoir (G. — pixidata). Sur les ceps qui paraissent souffrir ou qui sont vieux.

5. Le L. — des murs {Parmelia parietina). Très-commun et très-adhérent aux ceps sur lesquels on le rencontre et pour lesquels 11 est un signe de souffrance et de décomposition.

6. Le L. — glauque {Physeia glauca), forme une croûte épaisse et adhérente sur les vieux ceps.

7. Le L. — cilié (P. — Ciliaris), sur les ceps des terrains maigres et secs.

8. Le L. — peltigère {Peltigera resupinata), végétation analogue à des lambeaux de cuirs, et recouvrant les parties horizontales des vieux ceps, dans certaines Palus.

Toutes ces plantes, nous l’avons déjà dit, ont une utilité générale : celle d’accroître sans cesse, par leurs débris, la matière organique du sol, ce qu’on appelle le terreau naturel, l’humus, en un mot d’engraisser la terre.

Elles semblent encore destinées à composer, pour certaines espèces, sur lesquelles elles se développent de préférence, une sorte de vêtement. Ainsi sur le tronc des arbres, sur les ceps de vignes, etc..., et cela avec d’autant plus de raison qu’on les voit se multiplier et se développer de préférence , justement du côté ou ceux-ci ont le plus à redouter le froid et la pluie (1).

universet d’hütoire naturelle s'exprime ainsi : » I.e Cladoma rangiferimt (aujourd'hui les botanistes le désignent ainsi) que la Providence a semé avec • profusion près des pèles, là ou toute autre végétation est arretée, ne « rend pas de moins grands services. Si le premier sert de nourriture à « l’homme lui-même, le second est l'aliment unique des Rennes pendant B les longs hivers de la Laponie. On peut lire, dans Linné les pages élo- B quentes où il prouve que sans le précieux lichen en question, ces B contrées deviendraient inhabitables. t> (Docteur Cauii.le Montagne.)

(1) On .sait qu’il est possible de tirer de cette dernière circonstance, tin moyen d'orientation dans les forêts. Ainsi, pour nous qui devons le froid et la pluie aux vents des régions du nord et de l'ouest, c'est tou-

Cependant, il est évident que la trop grande abondance des mousses et des lichens finit par nuire aux arbres et à la vigne. Non par les sucs que ces plantes peuvent enlever, nous avons vu qu’elles ont à peine des racines et que celles-ci ne s'implantent que dans les portions déjà mortes des parties qui les supportent; mais en supprimant leur transpiration sur toutes les parties qu’elles recouvrent, et en devenant un repaire pour des insectes et des mollusques à leur tour fort dangereux.

On a vu aussi qu’il y en avait certains que l’on devrait considérer comme le signe et la conséquence de souffrances antérieures des sujets envahis et, dès-lors, comme ajoutant à ces souffrances et aux suites qu’elles peuvent avoir.

Il convient de remarquer encore que, toutes choses égales d’ailleurs, la végétation cryptogamique se montrera plus particuliérement abondante, sur les ceps des vignes très-rapprochées les unes des autres, plautées serrées; sur les ceps des vignes situées dans des lieux habituellement humides.

Quant aux moyens k employer pour débarrasser la vigne des végétaux cryptogamiques qui peuvent lui nuire, déjà nous avons vu qu’ils faisaient partie d’une opération de culture à laquelle on donne le nom de nettoyage. Lors de la taille également on peut s’en occuper.

Une plante est dite parasite, quand elle.vit aux dépens d’une autre, en implantant ses racines ou suçoirs sur quelqu’une de ses parties, en lui enlevant une portion des sucs dont elle a besoin.

Ici non plus, nous n’entrerons pas dans tous les curieux

jours k celle exposition principaiemeni que nos arbres, nos murailles, etc... se trouvent tapissés par la végétation cryptogamique.

détails d’organographie et de physiologie végétale que pourrait comporter ce sujet. Pas plus que nous ne nous arrêterons aux distinctions et aux classifications appliquées par la science aux parasites en général. Il nous suffira, pour donner une idée générale et assez complète de cet ordre de plantes, de citer le Gui (Fiscum album) que l’on voit végéter avec vigueur sur un grand nombre d’arbres fruitiers et forestiers.

La Gusente (Cuscuta) est une plante parasite que l’on a vu quelques fois se développer sur la vigne, sur les raisins. Écoutons notre très-savant et très-affectionné collègue à l’Académie de Bordeaux, M. Ch. Des Moulins, parlait de cette dernière circonstance, sous le nom do raisins barbus; car tel est l’aspect que cette végétation singulière donne effectivement aux raisins sur lesquels elle se fixe.

Après avoir fait remarquer que les tiges des graminées, siliceuses et dures, ne sont pas facilement attaquables par les suçoirs de la cuscute, qui germe d'abord dans la terre et se porte ensuite sur les plantes de son voisinage, ce judicieux observateur continue. « li n’en est pas de môme sur les grains de raisins, où elle trouve une facile et abondante nourriture. De là, ces raisins barbus au sujet desquels les anciens auteurs, et ceux des modernes aussi qui ne connaissent de la nature que ce qu’on en lit dans les vieux livres, ont écrit de si singulières choses et tant de phrases inutiies. »

Recherchant ensuite l’espèce de cuscute susceptible de se fixer sur les raisins, l’auteur ajoute : « Dans nos vignobles du S.-O. où ne croit pas le Cuscuta monoguna et où les grappes pendent rarement jusques très-près de terre, il n’y a guère de chances pour l’envahissement naturel des raisins, par nos cuscutes filiformes, si ce n’est sur les treilles conduites le long des murs. La fenêtre d’un gre-

nier s’ouvrira, par exemple, au-dessus du cep qui rampe contre las murs, et alors les graines de cuscute, rapportées avec le fourrage, lèveront sur la graine ou parmi la poussière qui s’amasse dans les défauts de ia maçonnerie. Quand la barbe ne fleurit pas, on ne peut la déterminer spécifiquement que d’une manière approximative, plus ou moins rapprochée de la certitude (•). »

La vigne compterait un autre parasite infiniment plus commun que celui qui vient de nous occuper, mais heureusement aussi sans aucun danger pour elle. C’est sur les feuilles qu’il se fixe, c’est l’Erineum Vilis, M.Laterrade le décrit ainsi, dans sa Flore bordelaise, p. 557. • Taches nombreuses, irrégulières, presque d’une couleur de rouille. Sur Ja face inférieure des feuilles de la vigne cultivée et sauvage. » Nous ajouterons que le nom de cette production est pris de son aspect même, qu’il signifie laine dans la langue grecque. Nous ferons remarquer aussi que si elle réside uniquement sur la partie inférieure des feuilles, à la partie supérieure elle ne manque jamais de se trahir par des renflements ou soulèvements plus ou moins apparents.

Les Erineum en général sont encore très-peu connus, il est môme des naturalistes qui se refusent à les comprendre dans le règne végétal et ne veulent voir en eux que de simples altérations morbifiques des feuilles sur lesquelles on les rencontre (2).

(1) Études organiques sur les nismtcs, 1853, p. 34. Eq 1866, nous e&nies, dans une des commnues de la Gironde, un exemple de raisin coscutd, juste dans les conditions que suppose M. Ch. Des Moulins et sur une treille garnissant le mur d'un grenier à foin. La barbe de ce raisin, dont nous publiâmes une description et que nous possédons encore, avait 35 centimètres de longueur.

(2) 11 parait aujourd'hui qu’effectivement il n'y a en cela qu’une hypertrophie des poils.

Digilized by GoogU

Ajoutons enfin combien est peu fondée l’opinion des personnes qui considèrent lÆrinrum comme une dépendance, ou au moins comme un signe de VOïdium Tuckeri et affirment qu’elles ne l’avaient pas vu avant l’invasion de ce dernier. Après la description que nous venons de rapporter ci-dessus, M. Laterrade qui rédigeait la 4* édition de sa Flore, en 1846, ajoutait ; Très-commun (i).

Plante» qui nniacnt A la vigne par leur vol«lnage.

— L’abbé Uozier admet, pour les plantes en général, trois manières de pouvoir se nuire mutuellement, quand elles sont trop voisines : ou par la manière d’ôlre de leurs racines ; ou par la manière d’absorber les principes répandus dans l’atmosphère; ou par des transpirations, des émanations qui leur sont particulières.

Généralement les végétaux ligneux, les arbres, ne peuvent être trop rapprocliés de la vigne sans lui nuire, à cause de la rivalité qui s’établit dans la terre, entre leurs racines : assuré que toujours la vigne, dit Olivier de Serres, reçoit de l’intérêt par l’approche de tout arbre quel qu’il soit.

Tous les arbres, il est vrai n’offrent pas l’inconvénient dont il s'agit au même degré et il en est parmi eux que les vignerons redoutent particulièrement. Ainsi l’ormeau dont les racines, surtout dans les terrains maigres et peu profonds, ont la propriété de s’étendre fort loin, de braver pour cela les plus grands obstacles. Or, on sait que , les racines traçantes appauvrissent la superficie du sol, surtout si elles donnent lieu à des drageons (1). Le mûrier

(I) C'eut été ici le moment de nous occuper d'un autre cryptogame bien autrement reiloutabie, l’OUliwn Tuckeri, si déjà nous ne l’avions fait, en exposant les principales maladies auxqneiles la vigne est sujette. (1) « Les racines, douées de la faculté d'ajouter constamment de nou-

est aussi compris dans la catégorie des arbres qui nuisent à la vigne par leurs racines.

D’après cela, on comprend la raison des lois et ordonnances rendues chez les différents peuples, en vue de fixer la distance à observer dans la plantation des arbres, par rapport aux cultures voisines.

Chez les Grecs, Solon s’était chargé de ce soin. • Il régla aussi avec intelligence, dit Plutarque, les distances qu’il faudrait observer dans les plantations. Les arbres ordinaires devaient être à cinq pieds des champs , et à neuf si c’était un figuier ou un olivier, parce qu’ils poussent très-loin leurs racines et que leur voisinage ne convient pas à tous les arbres. »

Chez les modernes, on trouva de pareilles prescriptions et l’on peut se convaincre qu’elles remontent aussi très-haut. Ainsi la coutume d’Orléans, entr’autres, portait, article 259. » 11 n’est loisible planter ormes, noyers ou ♦chênes au vignoble du bailliage d’Orléans, plus près des vignes de son voisin que de quatre toises. • Selon les autres coutumes, cette distance variait entre sept à neuf pieds (2"-27 à 2”92).

L’article 671 du code civil, statuant sur le même objet, prescrit de s’en rapporter à cet égard aux réglements particuliers déjà existants, ou aux usages constants et reconnus. Et, à défaut de réglements et usages, il fixe deux

a velles m.itières vivantes i leurs extrémités, sont en mémo temps ca- • < pables de percer la terre solide où elle croissent, de s'insinuer entre les « plus petites cavités, et do passer d'une place à une autre dès qu'elles U ont coniommé les particules nutritives avec lesquelles elles étaient en « contact. » (Jtiou Liudeley : Thmrie de l'hurliailture, p. 16.)

A part rincuuvéuieut de ses racines et seulement dans certains cas. l'ormeau serait au contraire, et comme nous allons le voir, sympathique à la vigne.

mètres poui les arbres de haute futaie et demi*mètre pour les autres arbres.

L’article 672, dit quecelui sur la propriété duquel avaneeut les branches des arbres du voisin, peut contraindre celui-ci à couper ces branches et il ajoute que, si ce sont les racines qui avancent, il a le droit de les couper luimême.

On comprend cependant qu’il ne serait pas toujours avantageux d’éloigner de la vigne toutes sortes d’arbres et que môme; soit à cause de la nature du terrain, soit à cause du non danger bien constaté de grand nombre d’essences; soit enfin à cause du profit qu’ils peuvent offrir, il en est beaucoup que l’on peut sans danger maintenir dans la vigne.

L’ormeau, si dangereux dans les fonds médiocres, ne présente plus les mêmes désavantages là où ses racines Trouvent une terre riche et profonde. Chez les anciens, cet arbre ne servait-il pas de soutien à la vigne et, do nos jours encore, no le voyons-nous pas, dans la féconde plaine submersible de la Garonne, se prêter, concurremment avec l’épine blanche {Cratœgus oxyacantha), au même usage ; ne voyons-nous pas aussi sur les bords de l’Adour, dans le vignoble justement renommé de Madiran, l’érable et le cerisier remplir le môme office?

Plusieurs essences fruitières, non-seulement sont considérées comme pouvant sans inconvénient se mêler à la vigne; mais à l’égard de quelques-unes môme il semble y avoir à cela un avantage marqué pour la quantité de leur produit.

Le figuier et la vigne, écrivait Olivier de Serres, s’entr’aiment aussi. Dans nos contrées méridionales cette opinion s’est conservée et le figuier est toujours très-commun dans la plupart de nos vignobles. Parmi les autres essen-

ces fruitières jouissant du même privilège, nous citerons, comme exemples remarquables, le pêcher dans les vignes blanches et si justement renommées de Barsac, Preignac, Sauternes; le prunier dans celles des rives du Lot; l’abricotier dans celles de ces vignes situées au confluent de cette rivière et de la Garonne, au lieu de Nicole. Nous savons aussi qu’il en est de même de l’amandier dans les vignes du Saumurois.

Au point de vue qui nous occupe,, c’est-à-dire par rapport à leurs racines, certaines plantes herbacées paraissent aussi pouvoir nuire à la vigne. Parmi celles-ci, mentionnons surtout la luzerne, si remarquable par le nombre, la longueur, la solidité de ses racines ; par la tendance et la facilité qu’a cette plante de projeter ces organes dans une terre et de les y multiplier et diriger dans tous les sens (1).

Il serait bien difflcile d’expliquer la lutte qui peut s’établir entre certains végétaux, par rapport à l’absorption des principes répandus dans l’atmosphère. Nous ne nions pas la possibilité de cette lutte signalée par l’abbé Rozier, mais nous croyons mieux établi et d'une appréciation plus facile le tort résultant, pour la vigne, de la privation, par le voisinage des arbres, de la lumière et de l’action directe des rayons solaires.

Ce tort qui doit varier avec la grandeur, l’abondance et l’épaisseur du feuillage, est de l’appréciation de tout le monde; car c’est par lui, ainsi que le fait remarquer Olivier de Serres, « que la vertu du soleil peut être du tout ■ ostée au raisin.»

S’il est des vignes, comme nous venons de le dire, où

(1) D'après M. fle Gasparin, on voit au musée de Berne, une racine de luzerne de seize mètres de longueur.

se volent en grand nombre des arbres fruitiers, il en est d’autres aussi, et en tôte celles du Médoc, où ne se rencontrent nulles plantations de ce genre. Parmi les raisons de cette proscription, l’ombre susceptible de résulter de ces arbres est citée comme l’une des principales ; on peut y ajouter aussi ia maigreur du terrain et l’obligation de ne rien compromettre de son précieux produit.

Un autre motif qui porte à banir certaines essences des vignobles, c’est la nature toute particulière des sucs qu’elles peuvent exsuder. Comme exemple de ces sortes de cas, le noyer doit être particulièrement cité. Un auteur du siècle dernier rappelle à cet égard le proverbe suivant :

Une taupe dans un pré,

Un sergent dans un village.

Et dans la vigne un noyée Sont capables de tout gâter.

Dans ces dernières années, des naturalistes et des agronomes ont tenté de réhabiliter le noyer et de repousser les reproches qui lui étaient faits, de nuire par ses émanations, par les sucs que les eaut pluviales enlèvent à ses feuilles, aux animaux et surtout aux plantes. Nous ne savons pas jusqu’à quel point leur opinion est fondée, mais ces reproches, ainsi qu’on vient de le voir, sont bien anciens, bien répandus, et Olivier de Serres lui aussi dit «qu’avec grande raison les meilleurs mesnagers ne logent les noyers ailleurs que là où ils ne peuvent beaucoup nuire, o

Pour expliquer comment des pkantes, la plupart herbacées et dépourvues d’ailleurs des moyens de nuire que nous venons de signaler, peuvent cependant contrarier la vigne par leur voisinage et lui causer qnelque dommage,

il faut recourir à ce qui a été dit depuis longtemps (l)sur les sympathies et les antipathies des plantes; il faut admettre que celles-ci, çomme les animaux, ont des préférences et des répugnances dont les motifs ne sont pas toujours faciles à expliquer.

Dans une longue nomenclature que fait l’abbé Rozier, de CCS sentiments opposés prêtés aux plantes par l’opinion des praticiens, il répète que la vigne est en sympathie avec l’ormeau, avec l’érable, avec le cerisier, justement avec les arbres qui lui servent d’appui dans grand nombre de localités. Il ajoute encore que cette plante fuit le laurier et que la ciguë périt auprès d’elle.

Varroti cite également le cyprès, comme antipathique à la vigne (-2).

Mais une antipathie plus curieuse, par l’autorité qu’elle a eue dans l’antiquité et par la gravité des auteurs qui l’ont proclamée, c’est celle de la vigne pour le Chou. Bien avant que Pline mentionnât ce fait bizarre (3) alors complètement accrédité ; que les Géoponiques l’eussent enregistré, Cicéron l’avait exprimé en ces termes : « On dit que la vigne a horreur du chou, comme de quelque chose de pestilent, et que, s’il y en a de plantés à ses côtés, elle ne les touche par aucun endroit (4). »

Selon une opinion répandue alors, le chou était né des larmes de Licurgue. Or ce Licurgue était un roi de Thrace, dont nous avons déjà parlé dans notre partie historique, à cause do la résistance qu’il opposa au culte de Büc-

(1) Chez les anciens, notaoRnent par Aristote : de$ plantes, ch. vi ; par ThiSophraste : des causes des plantes, IW. H, ch. ix.

(2) Économie rurale, \W. I, ch. x.wi.

(3) Ilist. nat., liv. ,\XIV, ch. i.

(4) Salure des Dinu, liv. 11.

chus et de la vengeance terrible qu’eu tira ce dernier (l).

11 est aussi des plantes dont l’action malfaisante sur la vigne se traduit par l’odeur qu’el\es répandent, par le goût qui leur est particulier. « En général la vigne a une merveilleuse facilité à se charger du goût des plantes voisines. C’est ainsi que les raisins qui croissent dans les marais de Padoue, ont un goût de saule. Dans l'Ile do Tbasos, on fait venir l’Hellébore {Helleborus Niger) le Concombre {Cticumis) et la Scamonée {Convolvulus Scamohia) au pied de la vigne. Après cela on obtient un vin désigné sous le nom de Phthorion, c’est-à-dire qui fait accoucher avant terme (2). »

Dans le Dictionnaire de l’abbé Rozier, les continuateurs de ce célèbre agronome, après avoir dit que les vins des environs de Paris ont un goût et une odeur de souci, ajoutent : « Il faut cependant convenir que dans ce cas, l’odeur et le goût sont purement accessoires, parce qu’ils sont dus, non au sol, mais à la quantité de plantes de souci qui croissent naturellement dans les vignes. C'est par la même raison que, dans certains cantons, les vins ont le goût d’ÂristoIoche, etc... (1). »

(I) Une opinion très-répandue chez les auciens, voulait que le chou fût un préservatif de l'ivresse : d'où, disait Théophraste, l’antipathie de la vigne pour cette plante. Antipathie du resic qui s'étendait jusqu'au raifort, plante de la même famille, ainsi que le constatent ces vers d’Atbénée.

A ceux qui sont troublés quand ils ont bu du vin,

Avec trop d'excès pendant un long festin.

Nul remède n'est tel que de prendre et de mordre Du raifort souverain contre un si grand désordre.

(2) Pu^E : Uisl. nat., liv, XIV; ch. xvii.

Nous avons aussi entendu certains propriétaires se plaindre de l'altération qu'éprouverait le parfum des grands vins dans les vignes où l'on i fait usage des échalas préparés au coltar.

l.A VIGNE DANS LE BORDELAIS

A l’article Aristoloche, il avait déjà été dit : « Quelquesunes des espèces de cette plante ne sont que trop multipliées dans les vignes des provinces méridionales; et si l’on n’a soin d’extirper surtout l’Aristoloche longue et ronde (Aristolochia clemalilis), sa mauvaise odeur se communique aux raisins, et le vin qu’on exprime de ces raisins conserve un goût et une odeur désagréables (2). »

Dans nos contrées et notamment dans le Médoc, la Mercuriale (Mercurialis annua), est regardée comme donnant au vin le goût ou l’odeur peu agréables qui lui sont propres. Comme cette plante est connue dans nos campagnes sous le nom de rambergue, on qualifie aussi du nom de vin de rambergue, le vin qu’elle aurait ainsi infesté.

Au surplus, il est d’autres plantes encore, telles que la Ronce (liubus fruticosus), la Verveine (Verbenaca officinalis), etc., auxquelles on attribue les mêmes propriétés, par rapport à la vigne.

D’après une observation même de M. le comte Qdart, toutes les plantes sauvages venant dans les vignes pourraient, à la rigueur, être rangées dans cette catégorie. Il Ayant fait, nous dit-il, une année, retarder la dernière façon à la terre dans une de mes pièces de vigne peuplée^ de plants de Bourgogne, j’ai été 'moins frappé que les années précédentes de la sensation peu agréable que me faisait éprouver la dégustation du vin de cette vigne, quand le raisin y mûrissait au milieu d’une multitude d’herbes (3).

(1) Cours d’aijrivuUure, U IX, p. 401.

t2) Cours d'a(jricuUure, t J, p. 673.

3) ilamici du Yigncrou, p. 221.

Plante* qui nnl*ent A la vlune, par leur mulMplIcaUon trop Oacile et trop abondante. — 11 s’agit ici de toutes ces plantes se développant, selon les circonstances de lieu, de terrain, d’exposition, etc., et auxquelles on a donné le nom collectif et assez impropre de mauvaises herbes. S’il en est quelques-unes qui l’aient effectivement mérité, par des penchants naturels directement nuisibles à la vigne, la plupart ne doivent cette qualification qu’à une trop grande facilité de développement et de multiplication (1).

Toutes nos vignes, situées dans les quatte stations spéciales que nous avons déjà désignées. Graves, Palus, Côtes et Plateaux, ont à redouter l’envahissement des mauvaises herbes : soit de celles qui viennent partout, soit de celles plus ou moins spéciales à chacune de ces stations.

Parmi ces dernières, il en est même que leur abondance et leur Oxité , en certains lieux , en certains vignobles , ont en quelque sorte fait considérer comme caractéristiques de ces vignobles, comme indicatives mêmes des qualités de leurs vins.

D’après M. Lalerrade, deux de ces plantes surtout désigneraient : l’une les bons vins rouges, l’autre les bons vins blancs de Graves. Nous tenons effectivement, de cet ob-

(I) Les mauvaises herbes, ou plantes nuisibles, ont él6 de tout temps l'one des principales préoccupations du cultivateur; la cause première de plusieurs des pratiques auxquelles il s'assujettit En France, d’après un ancien règlement, un cultivateur pouvait contraindre son voisin négligent à détruire les Chardons dans ses terres. En Uanemarck, une loi oblige les cultivateurs é extirper de leurs champs la Marguerite dorée (Chiisanihemum seyelum). En 1220, Alexandre II, roi d'Ecosse, déclarait, par une loi spéciale, le cultivateur qui ne détruisait pas cette plante < traître à la patrie, empoisonnant de plantes nuisibles les terres du « roi, et y introilnisant une troupe ennemie! » En outre, tout serf qui avait de cette plante chez lui, était condamné A donner un mouton, pour chaque tige qu'on y trouvait. •

(SiR John Sinclair.)

servateur compétent et consciencieux, les indications suivantes, en partie consignées dans sa Flore bordelaiee.

Le Lamier embrassant {lamium amplexicaule) serait la plante indicative des bons vins rouges. Après avoir donné la description botanique de cette plante , notre savant compatriote ajoutait : « On la trouve dans les vignes : à Haut-Brion, etc. Nous l’avons toujours remarquée dans les vignobles qui donnent de bons produits (1).

La Spergule, ou Spargoute des champs {Spergula arvensis), serait la seconde, à cause que son abondance est aussi particulièrement remarquable dans les vignobles à grands vins blancs de Barsac, Sauternes, etc. (2).

Dans ces mêmes vignobles, et notamment dans le plus renommé de tous, celui du Château d’Yquem, commune de Sauternes, nous avons toujours été frappé par l’abondance inusitée du Souci des champs (Calendula arvetisis) (3), dont nous venons de parler dans l’article précédent. Comme il fleurit toute l’année, sur plusieurs points il semble recouvrir en totalité la terre d’un tapis jauneorangé, qui est la couleur de sa fleur. Là, nous ne sachions pas qu’on lui attribue aucune influence désavantageuse, bien que sa floraison soit si persistante (3).

(1) Le genre Lamium est compris dans la famille naturelle des Labiées. Notre Flore spéciale en compte quatre espèces.

(2) Le genre Spergula, appartient aux caryopliyllées. Nous en avons également quatre espèces, et la culture en possède une qu'elle emploie comme fourrage ; la Spergule géante, Spergula maxima.

(3) Au sujet de ce même vignoble encore, M. Laterrade mentionne une monstruosité botanique qui semblerait en quelque sorte lui être particulière, et que nous avons eu l'occasion de vérifier, en compagnie d'hommes tout A fait compétents. Il s'agit de la Valérianelle à fruit caréné , vulgairement Mèche ou Doucette {Valeriaiiella carinata). « M. do » Saint-Amans {Flore agenaise, p. 14) a observé sur le même pied des « fruits unidentes, caractère du V. auricula, auquel se rapporte une a monstruosité à fleurs dilTormes, à dents du calice foliacées, que M. Bo- « reau mentionne (Fl. du centre de la France, p. 226), et que nous a avons trouvée abondante à Yquem, commune de Sauternes. ■>

CtnCONSTANCES, ETC... KÜISANT A LA VIGNE 529

Après ces désignations spéciales, il est un certain nombre d’autres plantes dont la propagation, dans nos vignobles, est extrêmement facile, et que l’on peut considérer comme constituant le fonds de celles qu’ils ont à redouter, sous le nom de mauvaises berbes; comme motivant, en grande partie, les façons annuelles dont cous les rendons l’objet.

Nous réunissons, dans un tableau, tout ce qu’il nous a semblé essentiel de dire sur chacune de ces plantes.

TXBLEAU E.

Page 1