‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 50 sur 73 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Dohhages dxvsèi a la vigne par les aniuac.x.

En parlant, ci-dessus, des plantes sauvages susceptibles de^nuire à la vigne, nous faisions remarquer combien était grande la sollicitude de la nature pour tous les êtres qu’elle a créés. Cette sollicitude, les animaux en ont aussi une large part, et nos cultures sont souvent gravement endommagées, par la nécessité qui porte ces animaux à les attaquer, soit pour se nourrir, soit pour assurer un abri pour eux-même ou pour leur progéniture.

Dans l’état où vivent les animaux d’espèces si diverses

(I) Uistoire ancienne des Juifs, liv., IV, chap. 8.

qui peuplent nos campagnes, constamment ou périodiquement, rien ne saurait les arrêter dans les entreprises qu’ils peuvent faire pour satisfaire aux besoins qu’ils éprouvent, pour se conformer à l’instinct qui les dirige. Pour eux, les plantes cultivées sont comme les plantes sauvages, et dans bien des cas même les soins que nous donnons à celles-là, les propriétés que nous leur faisons acquérir, sont autant de causes de la préférence dont ils les rendent l’objet. » Comme nous, dit un pieux auteur, ils ont un droit. Ils ont un titre certain dans la permission que Dieu accorda dès le commencement à tout ce qui vit, et à tout ce qui rampe sur la terre, de tirer leur.nourriture des plantes qu’elle produit, etleur chartre est en aussi bonne forme que la nôtre, puisque c’est précisément la même (1)...

Effectivement, après avoir assigné à l’iiomme les sources dé son alimentation quotidienne. Dieu ajouta ; • Mais j’ai donné à toutes les bêtes de la terre, et à tous les oiseaux des deux, et à toutee qui se meut sur la terre, qui a vie en soi, toute l’herbe verte pour manger (2). »

Une autre considération encore qui explique pourquoi plusieurs espèces d’animaux sauvages font aux plantes cultivées une guerre des plus acharnées, peut être tirée de la répugnance qu’éprouve la nature à voir ces plantes occuper seules le sol ; à les voir y dominer au détriment de toutes les autres ; à les voir enfin rompre de cette manière l’harmonie qu’elle y avait établie.

Cette idée, émise par un savant entomologiste à propos d’insectes déprédateurs de nos récoltes, est parfaitement juste et parfaitement dans les plans du pouvoir qui a

(1) Abbû Pluchet : spectacle de la nature, T. I.

(2) Genéee, ch. 1. V. 30

créé tous les êtres et n’a pas cessé un seul jour de faire tous ses efforts pour les conserver.

Comme toutes les autres plantes cultivées et par les raisons diverses que nous venons de signaler, la vigne rencontre donc, chez les animaux sauvages, des ennemis nombreux et souvent extrêmement redoutables.

Elle en compte parmi les insectes, les mollusques, les reptiles, les oiseaux, les quadrupèdes.

Elle en compte aussi parmi les animaux, d’espèces diverses, que nous élevons et que leur instinct ou tout autres motifs, portent souvent à lui nuire d’une manière plus'ou moins grave.

Sans doute, c’est au vigneron principalement, à l’intéressé, qu’il convient de s’opposer à de tels maux : son intelligence, son travail, sa sollicitude, rien no doit être négligé pour une œuvre de ce genre. Cependant, comme le danger peut prendre quelquefois de très-grandes proportions et dépasser de beaucoup les efforts isolés de simples particuliers, souvent l'ndministration a dû intervenir et telle est l’origine des règlements qu’il serait possible de citer sur la matière, si nous avions à nous en occuper ici d’une manière toute spéciale. Mais comme nous ne le pouvons pas, bornons-nous à rappeler qu’en France ces sortes de règlements paraissent remonter à l’arrêt rendu, parle Parlement de Paris, le 4 février 1732, sur l’échenillage; arrêt qui a successivement conduit h la loi du 26 ventôse, an IV, actuellement en vigueur, mais bien insuffisante pour un objet dont elle n’a en vue lu surplus qu’une des nombreuses dépendances.

JLe» inMicte*. — Ici également et malgré toute l’importance et tout l’intérêt d’un tel sujet, nous ne pouvons pas le faire précéder par les détails nombreux qu’il com-

porterait et que renferment d’ailleurs plusieurs ouvrages spéciaux; plusieurs ouvrages dans lesquels il est traité, môme au point de vue de l’agriculture.

Là on trouvera tout ce qu’il est nécessaire de savoir sur l’organisation et sur le mode d’existence des insectes; sur leur pouvoir excessif de multiplication; sur leurs transformations successives ou métamorphoses ; sur leur classiiication.

Bien que la vigne ne soit pas cependant une des plantes qui comptent le plus grand nombre d’insectes, ce qui prouverait pour nous son origine étrangère, parmi ceux-ci néanmoins il en est de très-redoutables pour elle et susceptibles de lui causer' les plus graves dommages. A cet égard, nous devons à un savant entomologiste la récapitulation suivante des insectes particuliers à la vigne, recherchant sur cette plante l’alimentation ou le refuge dont ils ont besoin.

Coléoptères Î5 j

Orthoptères M 39

Hémiptères 4 t

Lipidopléres . 9 )

Maintenant signalons les principaux, les plus redouta-

bles de ces insectes; ceux dont le cultivateur a le plus d’intérêt à connaître la nature, les mœurs, les dégâts et les moyens de préservation.

1° LE nA«METON VULGAIRE. {Mdolontha Yulgaris). — A proprement parler,, le hanneton n’est pas ce qu’on pourrait appeler un ennemi, et surtout un ennemi direct de la vigne. Cependant quelquefois, comme en 1860 notamment, il attaque son feuillage comme tant d’autres du reste, et sa larve peut aussi nuire à ses racines.

A. Description. — Cet insecte est trop connu pour que nous nous assujétissions à en faire ici la description.

CinCONSTANCES, ETC... NUISANT A LA VIGNE .'>55

Nous dirons seulement que le genre hanneton est à son tour exfrômeraent nombreux, qu’il renferme plus de cent cinquante espèces vivant toutes, à l’état de larve, aux dépens des racines des plantes, à l’état d’insecte parfait, aux dépens de leurs feuilles.

B. Mode d’existence. — La belle saison ramène le hanneton dans nos campagnes ; il y parait en môme temps que l’hirondelle, au printemps, en Avril ou Mai. Cependant, pour y arriver, il n’a pas à faire, à beaucoup près, un aussi long voyage que ce gracieux oiseau, ce qui lu^ serait fort difficile du reste, à cause du peu de portée et de la lourdeur de son vol.

Lorsque nous le voyons paraître, ce qui le ramène, c’est l’augmentation de la température, c’est le soleil du printemps, c’est la certitude que la nature lui a déjà préparé la nourriture qu’il recherche. Il sort de dessous terre, où la chrysalide qui devait le produire se trouvait retirée dans le silence et l’obscurité, à l’abri du froid et à une profondeur de quinze à vingt centimètres environ. Lne autre cause peut encore régler cette sortie, la retarder souvent de beaucoup et faire même qu’au moment de son accomplissement grand nombre de ces insectes périssent. Cette cause, c’est la sécheresse de l’hiver et du printemps, qui durcit la terre et met obstacle aux mouvements de l’insecte, aux travaux qu’il doit accomplir pour se montrer au grand jour.

Dans nos relevés météorologico-agricoles annuels, nous notons avec soin l’apparition des hannetons ; c’est ainsi qu’ils paraissent s’ôtre montrés, en 1850 et 1851 vers le 13 avril; en 1852, vers le l'"’ mai ; en 1833, vers le 5 du môme mois; en 1854, vers le 6 avril, etc...

(I) J. Macquart : arbres et arbrisseaux d’Europe et leurs insectes.

Quoiqu'il en soit de ces observations toujours bien difficiles à obtenir justes, le jeune sujet se montre d’abord mou et faible ; mais bientôt le grand air et l’exercice lui donnent de la consistance et de la force et, immédiatement, sur les haies, dans les vergers, dans les bois, dans les vignes quand il s’est montré en grand nombre, commencent les ravages qu’il peut commettre sous cet état.

Heureusement ces ravages ne sont pas d’une longue durée : la mission essentieliement et presque exclusivement confiée par la nature à l’individu parvenu à l’état d’insecte parfait, étant la reproduction, la perpétuation de son espèce.

Ce qui préoccupe le hanneton mâle, et réciproquement, durant ces belles soirées du printemps où l’on entend bourdonner dans les taillis et partout où il y a de la verdure, c’est la recherche d’une femelle avec laquelle il puisse s’accoupler. Bientôt il* l’a trouvée et celle-ci, continuant son vol, l’emporte dans les airs ou vient dans quelque lieu écarté passer avec lui les vingt-quatre heures environ qu’ils doivent rester unis. Ce temps fini, le mâle cesse de prendre de la nourriture, il languit quelques jours et finit par périr complètement épuisé, après huit ou dix jours d’existence.

La femelle, restée seule dépositaire du germe qui doit perpétuer son espèce, quitte également les arbres^ s’abat ' sur la terre, y creuse un trou do quelques centimètres de profondeur dans lequel elle dépose de 50 à 80 œufs. Celte fonction terminée et elle-même devenue inutile, elle sort de son nid et, comme le mâle, meurt au bout de quelques jours. Certains observateurs même assurent que c’est dans ce nid et sur sa ponte qu’elie attend la mort, de cette manière les hannetons se sont montrés à peu près pendant un mois.

Ce sont ces œufs, dont l’éclosion parait assez prompte, qui donnent lieu à la larve; tout aussi connue que

l’insecte lui-méme et que les cultivateurs désignent sous le nom de ver blanc, mans, turc, etc... (flg. 37.)

Cette larve, extrêmement vorace, passe dans cet état trois ou quatre ans, exerçant ses dégâts, non sur les parties des végétaux en décomposition, comme celles des espèces du genre scarabée, mais sur les parties des végétaux vivants, sur leurs racines, leurs bulbes, leurs tubercules, etc... A l’égard du tort majeur qu’elles causent à ces racines et par suite au végétal tout entier qu’elles font souvent périr, le célèbre physiologiste de Candolle a émis un doute qui nous semble bleu légitime et que nous de» vons mentionner ici. « Je soupçonne, dit-il, que ces larves ont les mâchoires trop faibles pour couper les racines sans chercher à les ramollir; qu’elles le font au moyen de sucs abondants que la plupart transsudent par leur bouche : ces sucs sont souvent âcres ou acides, et pourraient bien agir comme poison sur les végétaux ainsi attaqués (t). » C’est pendant l’été et l’automne qu’ont lieu ces dégâts, également funestes aux agriculteurs et aux horticulteurs. Pendant l’hiver, ils cessent : le ver blanc s’enfonçant alors à une plus grande profondeur, pour échapper à l’action du froid et pour rester plongé dans une espèce d’engourdissement, semblable à celui que subissent les animaux hibernants.

Enfin, c’est également après avoir subi, à la profondeur quelquefois de plus d’un mètre, sa dernière métamor-

(I) Physiologie végétale : t. III, p. 1370.

pbosti, que la lurve du hanneton, le ver blanc, devenue insecte parfait, devenue hanneton, se rapproche de la surface de la terre, pour en sortir en avril ou mai, comme nous le disions ci-dessus et après avoir passé dans ce milieu trois ou quatre ans.

De cette sorte, les hannetons que l’on vit apparaître au printemps de 18t3i, étaient le résultat de l’accouplement et de la ponte de ceux qui s’étaient montrés en 1857 et 1858. On comprend ainsi que, pour juger de l’abondance ou de la rareté de ces insectes, on se tromperait grandement si l’on cherchait les causes de ces résultats dans ce qui se serait passé d’analogue l’année immédiatement précédente. Nous avons dit déjà quelles étaient les principales causes de cette variation, sans compter une certaine périodicité que l’on dit avoir été remarquée et d’après laquelle, sur quatre années, il y en aurait toujours une durant laquelle les hannetons seraient extrêmement abondants.

C. Mayem de destruction. — Tous les insectes et tous les animaux sans exception que produit la nature, par des raisons que nous chercherons à exposer plus bas, ont, dans cette même nature, des ennemis qui s’attachent à leur poursuite, qui cherchent à leur ôter la vie, pour maintenir celle qui leur est propre.

A l’étal d’insecte parfait, les hannetons sont poursuivis avec acharnement par plusieurs oiseaux et notamment par les moineaux, dont on connaît la voracité et l’instinct rapace. D’ailleurs, c’est dans cet état qu’il est plus avantageux de les détruire, puisqu’il sufllt de l'anéantissement d’un couple pour diminuer de 50 à 80 le nombre de ceux qu’on aurait eu à redouter comme larve et plus tard comme insecte parfait. On peut s’en saisir en les enfumant sur les arbres où ils se sont fixés ; en les faisant tomber

par des secousses violentes impriméesà ces arbres, comme

le font les enfants, etc., etc Ces opérations doivent se

pratiquer de grand matin et avant le réveil de ces insectes.

. A l’état de larve, les hannetons comptent plus d’ennemis encore et c’est justice : car c’est sous cette forme surtout qu’ils nuisent aux plantes cultivées et souvent à la vigne. Lorsque le vigneron voit , au printemps, un cep d’abord vig^reux, s’arrêter, languir, jaunir; s’il cherche bien, parmi ses racines, il n’est pas rare qu’il rencontre une ou plusieurs larves de hannetons occupées à les ronger, peut-être aussi à faire pénétrer dans leur tissu l’espèce de poison qu’elles semblent y déverser.

Dans le sein de la terre et parmi les animaux nombreux qui y font leur séjour, d’une manière passagère ou définitive, régnent encore, de la part de la nature, non-seulement la même sollicitude, la même prévoyance que nous voyons à l’extérieur, mais encore le même désir de maintenir une juste proportion entre tous ces hôtes; d’empêcher que certaines espèces l’emportent trop en nombre sur certaines autres.

C’est ainsi que parmi les habitants de ce milieu, les hannetons comptent de nombreux et redoutables ennemis.

Dans les rangs des coléoptères, plusieurs espèces du nojpbreux genre Carabe doivent surtout être mentionnées. Doués d’un instinct carnassier qui les porte souvent à s’attaquer entr’eux, soit à l’état d’insectes parfaits, soit à l’état de larves, les Carabes se jettent avec acharnement sur les hannetons, également dans ces deux périodes distinctes de leur existence, et en font une grande consommation. Plusieurs entomologistes assurent même que la femelle du hanneton devient souvent la proie du carabe doré, au

moment où elle s’enfonce dans la terre pour y déposer ses œufs (1).

Dans les rangs des quadrupèdes, il en est un particulièrement que l’on peut considérer comme exerçant aussi une chasse continuelle, comme travaillant sans cesse à purger la terre des insectes et des larves qu’elle peut renfermer. Ce quadrupède c’est la Taupe, que tous les cultivateurs connaissent et détestent et que son genre d’existence, exclusivement insectivore, porte cependant à leur rendre les plus grands services.

La taupe est extrêmement vorace et son besoin d’alimentation est tel, qu’il suffit d’un jour d’absiinence, après le repas le plus copieux, ainsi que s’en est assuré M. Flourens, pour lavoir mourir de faim. « Une taupe que je possédais, dit un autre observateur, dévora successivement et avec la plus grande gloutonnerie, quinze vers de terre d’environ huit centimètres do longueur, six mans et deux hannetons... J’espérais qu’un semblable souper pourrait la conduire jusqu’au lendemain; mais à huit heures du matin, je la trouvai morte d’inanition. Son autopsie me démontra que pas une parcelle de touaces aliments n’était restée dans l’ostomac : tout était digéré. » 11 paraît également démontré que les larves des hannetons, les mans, ont l’habitude de profiter, pour leur séjour, des cavités qu’ils trouvent déjà établies dans le sein de la terre et

(I) « Parmi les insectes, les carabes sont les plus redoutables de tous a les carnassiers ; 11$ ne se contentent pas de dévorer une immense « quantité d’insectes ; on dirait qu'ils prennent plaisir à leur 6ler la vie, « sans que le besoin de la faim les presse. Ou en a vu des individus, repus ■' de chenilles de toutes espèces, se jeter avec fureur sur d’autres indi- « vidns de la leur, que l'ctat de replétion où Us se trouvaient réduisaient • à l’impuissance de se défendre, les déchirer et leur arracher un à un « leurs organes intérieurs. »

(A. Salacrodp : Nouveaux éléments d'histoire naturelle).

particulièrement de celles que les taupes y ont pratiquées pour leur chasse ; or, on comprend dès-lors combien il est facile à celles-ci de se saisir d’une proie aussi friande. Dès lors, il n’est pas étonnant d’entendre dire que, dans certaines localités, les cultivateurs vont jusqu’à acheter des taupes, pour les mettre dans leurs vignes, pour les opposer aux larves de hannetons qui fatiguent ces arbrisseaux.

Les larves des hannetons sont également détruites par grand nombre d’oiseaux, par les corbeaux, les corneilles, les pies, etc, qui en sont très-friands. J’ai vu, nous dit l’abbé Rozier, ces oiseaux fourrer leur bec en terre jusqu’aux yeux pour chercher les vers blancs, comme ils font malheureusement pour les pois, les blés et autres graines. Les pou es, les canards aiment aussi beaucoup ce genre d’alimenta kn, et c’est un puissant moyen de destruction que des labours fréquents, suivis par la conduite de ces animaux sur la terre que là charrue vient de renverser.

Les plantations de laitues et autres salades sont pour les horticulteurs uq bon moyen de destruction des larves des hannetons. Le goût prononcé de ces larves, pour ce genre de nourriture, fait qu’elles s’y rendent avec empressement, et leurs attaques les trahissant bientôt, il est facile de les prendre et de les détruire.

Çnfln, on a encore parlé d’un mélange de suie et de sulfate de fer, ainsi que des cendres de four à chaux, de tourbe et de houille pyrltedse, comme moyen de destruction des mans ; mais l’on comprend sans peine qne de tels procédés ne peuvent guère convenir à la grande culture.

â'L’EccHLOHE (1) (Euchloravitis). — A. Description. — Voici

(I) Nommé aussi Hanneton de Frisch [Uetolontha Friscliii;.

en quels termes V. Audoin décrit l’Euchlore de la vigne : a Cet insecte, long de 15 à 20 millimètres, est fort épais. 11 est entièrement d’un beau vert métallique très-brillant. Les antennes et les parties de la bouche sont brunes. La tête et le prothorax sont criblés d’une ponctuation fine et très-serrée; ce dernier offre une bordure latérale d’un jaune verdâtre qui se confond avec la couleur verte. L’écusson est arrondi et ponctué. Les élytres sont , - ponctuées et présentent quelques

côtes élevées peu prononcées. Les pattes sont vertes avec des reflets cuivreux et des poils et des f \ ’ épines brunâtres. Tout le dessous

i } du corps est d’un vert cuivreux. »

(Fig. 58.)

Fig. liS. ®

B. Mode d'existence. — Sous ce

rapport, l’Euchlore ne diffère en rien du hanneton : il vit comme lui, il subit les mêmes transformations, seulement sa larve est plus petite.

A l’état d’insecte parfait, et comme lui encore, il s’attaque aux feuilles de vigne et en dépouillerait promptement les ceps, si sa multiplication atteignait des proportions qui sont rarement son partage.

A l’état de larve, ce sont les racines qu’il recherche.

G. Moyen de destruction. — Ici encore nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit au sujet du hanneton : l’Euchlore rencontrant, comme larve et comme insecte parfait, les mêmes ennemis et offrant les mômes difficultés à une destruction directe, s’il devenait nécessaire de la tenter.

3" L’Attelabb (Allelabus Bacchus) (I). — Voici un véritable

(1) Cette (blnominatioD, qui est celle de M. Scboeobcri, est souvent rom-

ennemi de la vigne, dans nos contrées. Celui-là ne nous visite pas accidentellement, il est notre compatriote, il vit parmi nous et tous les ans nous le revoyons : seulement et fort heureusement, il ne se montre pas toujours dans les mêmes proportions et, tandis qu’ordinalrement ses dégâts sont tels que le vigneron peut ne pas y faire attention, quelquefois néanmoins ils prennent une grande importance et exigent de sa part une sollicitude toute spécial.

C’est sous les noms de bêche, Usette, urbec, chèvre, coupebourgeon, velours-veri, becmare, etc..., etc..., que cet insecte est connu dans les vignobles de la France.

Quant à son histoire, elle pourrait remonter très-haut; car les anciens le connaissaient, et sa manière de vivre les avait frappés. Dans une de ses comédies (La Castillaire, acte I, sc. H), Plaute compare à V Involvulus , béte méchante et dommageable qui s’enveloppe dans la feuillu de vigne, un des personnages de sa pièce, qui s’enveloppe dans son discours. Galien parait aussi l’avoir connu, ainsi que Columelle , qui lui donne le nom de volucra. Aldrovande le décrit très-bien, de même qu’Olivier de Serres dont nous emprunterons plus bas le témoignage, et qui le désigne sous le nom de coignieau. Pluche (Spectacle de la nature) le désigne sous celui de bêche. Charles Etienne et Liébault en parlent, de même que Liger, que Boullay, d'Orléans, que l’abbé Rozler, etc., etc...

Dans la Gironde, cet insecte est aussi très-commun et très-connu. Rien n’est plus facile que de le rencontrer dans nos vignes, où il se présente presque toujours par couple, et où il ne manque pas d’attirer les regards, à cause de l’élégance de ses formes et de la vivacité de ses couleurs.

11 paraît même qu’autrefois , il était beaucoup plus re-

placée aujourd’hui, dans les ouvrages d'entomologie, par celle de Rhynchite Bacchus (Rhywhilcs Bacchm).

douté qu’aujourd’bui dans les vignes du Médoc, ainsi que le prouvent d’anciens registres de culture, sur lesquels sont portées des sommes assez fortes, pour la destruction de la chèvre ou de la lèche.

A. Description. — « Cet insecte, dit V. Audoin, long de huit à neuf millimètres, est plus ou moins verdâtre ou rougeâtre et entièrement doré; tout son corps est légèrement velouté; les antennes sont noires; le rostre (sorte do bec), fort long, est grêle et d’un noir violacé; la tête est courte. Le prothorax (partie du corps immédiatement après la tête et portant la première paire de pattes) est globuleux et criblé de points enfoncés; dans la femelle, il 0^ de chaque côté une petite épine aiguë, dirigée en ■avant; mais il en est, tout à fait dépourvu dans le mâle. Les élytres, légère.ment pubescentes, sont criblées de gros

points enfoncés; les pattes sont de la couleur général!! du corps, avec l’extrémité des jambes et les tarses plus Fig. 59. obscurs. » (Fig. 59 grossie.)

B. Mode d’existence. — a Certaines bestioles de diverses espèces, tourmentent la vigne au nouveau temps, spécialement celles qu’on appelle coignieaux, de couleur verte luisante, coupant les tendrons de raisin, enfin s’enfermant dans des feuilles de la vigne, qu’ils roulent comme parchemin, y faisant leurs œufs (1). »

C’est effectivement à la belle saison, au mois de mai, qu’apparaît l’Âttelabe, au moment où la vigne peut lui offrir, tout à la fois, de quoi se nourrir et de quoi satisfaire au travail admirable qu’exigera l’établissement de sa jeune famille; c’est-à-dire des feuilles assez grandes, assez fortes, pour y déposer ses œufs, et pour les y enrouler

(1) Olivier de Serres.

cooime dans un cornet, comme tîjns une espèce de cigare. (Fig. 60.) Ordinairement, c’est par couples qu’on le

rencontre sur ces feuilles, d’où il se Isdsse tomber au moindre choc.

Ce travail , qui suit immédiatement l’accouplement, nous allons en apprendre les détails vraiment surprenants, de la bouche d’un naturaliste justement renommé, M. Pierre Hubert, de Genève (I).

D’abord, c’est la femelle seule qui y procède, et son premier soin est de ronger à demi le pétiole (ou la queue) de la feuille qu’elle a choisie, pour la forcer à s’incliner et sans doute aussi la rendre plus flexible, la disposer à s’enrouler.

« Comme le fémoral (autre Attelabe particulier è l'aune, au noisetier, etc... et dont l’auteur a déjà parlé), l’Atlelabe Bacchus, contient la feuille à force de bras dans les progrès successifs qu’il fait faire à son enroulement, mais les révolutions s’opèrent plus rapidement ici , parce que l’insecte dont il s’agit est inflniment plus gros et plus fort que le précédent (î). L’industrie de celui-ci s’exerce plus particulièrement sur les feuilles de la vigne qui ont .trois lobes principaux, quelques fois cinq... Lorsque la feuille est découpée, comme celle de la vigne, après en

<1) Mémoire pour servir d l’histoire des Attelâtes, etc... Dans les Mémoires de la Société do physique et d’histoire natorelie de Genève, (. Vlll, 2e partie, p. Iü5.

(2) Selon l'ahbé Rozier, ce serait l'œuvre de cinq à six jours.

r,IG

avoir roulé un des lobes, il rapproche les lobes voisins, et les applique successivement sur le cylindre déjà formé, par le même procédé de traction qui a donné lieu aux révolutions qu’il a fait subir au premier lobe; toute la feuille est employée de cette manière à la formation du cylindre qui doit faire la subsistance des larves auxquelles il est destiné. »

Après avoir signalé les travaux analogues des Attelabes, sur des feuilles autres que celles de la vigne, sur celles du poirier et du noisetier, l’auteur ajoute : « Lorsque ces insectes opèrent sur les feuilles de vigne, n’ayant qu’une seule feuille à contourner, ils ne font jamais d’incision qu’au pétiole de cette feuille unique; aussi, à moins qu’elle ne serve directement à la nourriture d’une grappe, cette perte ne peut occasionner aucun dommage au fruit Je n’ai jamais rencontré deux feuilles de vigne ou plusieurs, consacrées au même rouleau... L’Attelabo vert donne à son ouvrage une consistance très-solide, parla pression successive des tours dont il est composé. Mais l’élasticité de la feuille tendrait à les écarter à la longue, s’il ne savait, comme l’Altelabe fémoral et mieux encore, leur imposer des liens durables et à l’épreuve des injures atmosphériques. '

« Chaque rouleau est terminé, dans sa partie cylindrique, par un bord cimenté au corps de l’ouvrage dans toute sa longueur; on pourrait, avec juste raison, renouveler ici la comparaison du rouleau de l’Attelabe avec l’estompe, dont il a la forme, et qui est collée dans toute sa longueur sur le bord du dernier tour.

« J’ai douté quelque temps, dit encore M. P. Hubert, de l’organe d’où sortait la matière dont les Attelabes de cette espèce se servent pour cet usage, et je me suis assuré, ainsi que l’avait pensé mon ancien ami M. Perrot, que

c’était de l’extrémité de leur abdomen. Cette observation était très-difficile à faire, soit à cause de la petite quantité, soit à cause de la transparence de la liqueur qui sert à coller les deux membranes. M. Perrot avait vu l’Attelabe frotter de son ventre la place que l’insecte voulait consolider, et il en avait conclu avec justesse que cet acte était destiné à presser l’un contre l’autre les parois entre lesquelles la colle devait avoir été ajustée.

« J'ai vy le môme fait, et j’ai de plus vu sortir par la voie ordinaire des excrétions, la liqueur destinée à cet objet. Elle se répand entre les deux surfaces de la feuille, tout le long du bord, et à mesure que l’insecte a injecté cette liqueur, il frotte la place par- dessus le bord de la doublure extérieure, tandis qu’il contient le rouleau à force de bras.

« Enfin, dit encore M. P. Hubert, l’insecte ne s’en tient pas là : la colle ne lui parait pas suffisante pour la solidité du cylindre dans lequel il a déposé, à notre insu, les germes de sa progéniture. Des mouvements de tête , qui m’avaient induit en erreur sur la source de cette substance, s’expliquèrent très-bien ensuite lorsque je vis que ces insectes faisaient agir leurs dents tout le long de la suture du rouleau pour faire pénétrer la dernière enveloppe dans la précédente, à peu près comme l’Attelabc fémoral, mais par le moyen d’une morsure commune aux deux cloisons.

• Si l’on défait un de ces rouleaux, on verra, sous le dernier pli, deux rangées de petits trous qui pénètrent dans les deux dernières couches, et qui sont comme des espèces de boutonnières, moins distinctes que celles de l’Attelabe fémoral, mais où la substance de la lame supérieure pénètre suffisamment pour consolider le rouleau et maintenir ses tours dans leur position, etc... n

C’est dans les replis de ces rouleaux, préparés avec tant d’art et de sollicitude, qu’on peut trouver les deux ou trois œufs que la femelle de l’Attelabe y avait déposés : ces œufs sont ronds et d’un vert jaunâtre.

La larve qui en sort bientôt, au bout de huit à dix jours, vit au dépend de la feuille, flétrie et desséchée en grande partie, qui lui a servi de berceau. Arrivée à son développement complet, cette larve a de quatre à cinq millimètres, elle est apode, c’est-à-dire sans pattes, ;a tête est brune et son corps blanchâtre. Quelques jours plus tard et dans le môme lieu, elle se métamorphose en nymphe ; enfin l’insecte parfait, qui résulte de ce dernier changement, sait encore pratiquer, au travers de la feuille roulée, un trou rond par lequel il s’échappe.

Pendant les périodes diverses de cette existence singulière et les détails merveilleux qu’elle offre à l’observateur, on comprend que le plus grand tort que l’Attelabe Bacchus puisse causer à la vigne, c’est évidemment de la priver de ses feuilles; c’est de lui enlever des organes indispensables au développement et à la nutrition de son fruit ; des organes dont ce fruit a souvent besoin aussi pour se mettre à l’abri de l’action trop forte et trop directe des rayons solaires.

C’est effectivement quelque chose de triste à voir, qu’une vigne envahie par une grande quantité d’Attelabes Bacchus; qu’une vigne dépouillée de sa verdure, par la voracité, par l’instinct merveilleux de ces insectes et dont les sarments n’offrent plus que des rouleaux pendants, flétris et jaunâtres, résonnant sous le vent qui les agite, comme les feuilles qu’ont desséchées les gelées d’automne, sans pouvoir encore rompre entièrement leurs pétioles.

Mais dans ces sortes de cas, fort rares du reste parmi nous depuis longtemps, ce n’est pas la feuille seulement

qui est atteinte, mais le raisin lui-même dont l’insecte perce la peau pour en pomper le suc, au dire de plusieurs observateurs.

G. Moyens de destruction. — On comprend que la manière la plus facile et la plus sûre de détruire l’Attelabe, c’est de profiter pour cela des avantages que nous fournit son instinct, du soin qu’il prend de reniermer ses œufs dans les feuilles de la vigne : instinct funeste à sa progéniture, dit M. le comte Odart ; car il est facile alors de détruire beaucoup de ces insectes en cueillant toutes les feuilles recoquillées et en ayant soin de les brûler.

Un auteur du commencement du siècle dernier, cite le moyen suivant, qui serait assez facile, mais dont nous n’oserions pas garantir l’efficacité. « Pour empêcher que ces insectes n’endommagent la vigne, il faut placer sur le milieu de la largeur des poUées (règes ou platins), un ou deux grains de chenevis,à dix ou douze pieds de distance les uns des autres, et faire en sorte qu’il y en ait toujours sur le bout de chaque poüée, parce qu’il s’y en trouve d’ordinaire plus qu’ailleurs. L’odeur de cette plante est si contraire à ces insectes, qu’ils s’en éloignent toujours le plus qu'ils peuvent. Ceux qui ont fait cette expérience s'en sont bien trouvés; mais, comme ce chenevis deviendrait chanvre, si on le laissait trop longtemps, il faut pour empêcher qu'il ne nuise à la vigne l’arracher lorsqu’il y a lieu de présumer que ces insectes ne pourront plus lui nuire, du moins pendant le resta de l’année. Le temps de mettre ce chenevis en terre, est lorsqu’on laboure, pour ne pas g&ter le guéret quand cette façon est donnée, c’est-à-dire, vers le mois de mars, à l’égard des vignes qui se labourent vers ce temps-là. Pour ce qui est des autres, on ne donne cette façon qu’au mois de mai, il y faut enterrer le chenevis six à sept semaines aupa-

l,A VIGNE DANS LE BORDELAIS

ravant, et marquer les endroits où il y en a, pour ne pas emporter cette plante avec l’outil dont on se sert pour labourer, n

4° L’Otio&hyhqob siLLonNÉ (Otiorhynchus sulcatus). — Cet insecte fait partie d’un genre extrêmement nombreux et qui se trouve représenté, dans le département de la Gironde, par treize espèces (1). Celle de ces espèces qui va nous occuper, généralement connue sous le nom de Cha^ rançon gris, est indiquée par les auteurs de la Faune entomologique de la Gironde, comme vivant dans les bois. Nous ne savons pas si, là, elle est très-multipliée, mais dans les vignes, ses gîtes sont heureusement assez rares et assez restreints.

Plusieurs fois nous avions entendu parler des ravages qu’elle y cause ; toutefois, nous n’avions pu avoir encore des détails bien précis de ces ravages Jusqu’au printemps de 1854, où nous fûmes consulté à cet égard par l’honorable M. Gélibert, président à la Cour impériale de Bordeaux. C’est sur un espace restreint de la propriété que possède à Blaye ce magistrat, au nord de a citadelle et sur la limite de celle de M. le marquis de i,agrange, que l’insecte depuis quelques années exerçait des déprédations assez importantes. En vain, chercba-t-on à prévenir ces résultats, en arrachant les vignes où il s’était établi, on le vit se replier alors sur celles qu’il n’avait pas encore atteintes et, comme un ennemi habile, se maintenir ainsi dans la position qu’il s’était déjà faite.

L’Otiorbynque est encore un ennemi redoutable pour la luzerne.

A. Description. • Long de iO à 12 millimètres, cet in-

(1) Faune entomologi([ue, etc. par MU. Laporte père et fils ;

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