‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 51 sur 73 · Acte* de la Société Linné^ptie, t, XVII, p · texte numérisé non relu

Acte* de la Société Linné^ptie, t, XVII, p

CIRCONSTAÎtCES, ETC... NUISANT A LA VIGNE .'>51

secte, dit V. Audoin, est entièrement noir, tant en dessus ^u’en dessous ; la tète, qui offre deux petites carènes longitudinales, est ponctuée et revêtue de petits poils fauves. Les antennes sont fauves avec une pubescence de la même couleur; le corselet, ou prothorax, est gibbeux et couvert de petits tubercules arrondis très-serrés, qui le rendent tout granuleux ; les élytres ovalaires, qui présentent cbacpne onze stries longitudinales fortement crénelées, sont parsemées de petites taches fauves formées par des poils très-courts et très-serrés ; les pattes sont entièrement noires avec les cuisses très-renflées et une légère pubescence roussAtre à l’extrémitédes jambes. » (Fig. 61.) (grossie.)

B. Mode d'existence. C’est également à la belle saison qu’apparait l’Oliorhynque, au moment du premier développement des bourgeons de la vigne, dont il sc nourrit et qu’il peut complètement détruire. C’est alors qu’il se montre à l'état parfait : ses autres états et sa larve notamment étant d’ailleurs très- ■ peu connus. (Fig. 62 grandeur naturelle.)

Fig. 62. Far un rafflneroent d'astuce que comporte son instinct, mais que l’on croirait calculé, tant il le sert bien, tant il lui est avantageux pour se mettre à l’abri de la guerre qu’on pourrait lui faire, ce n’est que pendant la nuit que cet insecte cherche sa nourriture et qu’il attaque la vigne qni doit la lui fournir.

Dès que le jour a cessé, dès que l’heure du repos est arrivée et que tous les êtres vivants qui animent la campagne ont gagné leur retraite, l’Otiorhynque sort de la sienne, qui ne peut être [que la terre et les excavations

Fig. 6t.

plus OU moins profondes qu’offrent les vieux ceps, ponr se répandre sur la vigne, l’accabler par le nombre et dépouiller de sa naissante verdure.

L’observateur qui ne connaît pas cette manière d’agir, no sait d’abord à quoi attribuer les torts de plus en plus notables qu’elle accuse et ce n’est que lorsqu’il s’avise de visiter, la nuit, les vignes endommagées, qu’il arrive enûn à connaître l’ennemi dont il a à se plaindre; qu’a peut se faire une idée, sinon des forces dont il dispose, au moins de la dextérité, de l’avidité avec lesquelles il procède à ses attaques.

C. Moyens de destruction. On comprend combien il est difOcile de faire la chasse, et une chasse fructueuse, à un insecte qui trouve, dans son instinct, une ^ merveilleuse ressource pour exercer librement les dégâts qu’il peut faire, et pour se mettre à l’abri du juste ressentiment da vigneron.

M, le D’ Vallot, de Dijon, fait connaître cependant une pratique qui paraît avoir du succès. Nous rapportons textuellement ses paroles, bien qu’elles soient en partie la répétition de ce que nous venons de dire, touchant les mœurs de l’Otiorhynque.

« Pour ronger les bourgeons, les Perdis (1) profitent de la nuit, à la ûn de laquelle ils se retirent dans la terre, où ils se tiennent cachés pendant toute la durée du jour; ils en sortent le soir, grimpent après le cep et s’arrêtent sur le bourgeon pour le dévorer; on est toujours sûr de les trouver au pied des ceps dont les bourgeons sont attaqués ; il suffit pour cela d’écarter la terre à la profon-

(t) Nom que l’on donne aussi à cet insecte et à quelques autres analogues aux environs de Dijon. « Leur couleur grise, dit encore SI. Sallot, a rappelé celle de l’oiseau desigué sous le nom de Perdrix, et a donné lieu ï l’homonyme.

CIRCONSTANCES, ETC... NÜI.SANT A LA VIGNE 3ri5

deur d’un demi-pouce dans cet endroit, et l’on rencontre ces redoutables ennemis, dont on s’empare : il n’y a pas d’autres moyens de les détruire. Si dans la vigne on voit beaucoup de ceps attaqués, il faut augmenter 1e nombre des personnes qui doivent faire au pied des ceps la recherche de ces insectes; répéter cette sorte de chasse de six à huit jours d’intervalle, et l’on parvient ainsi à s’en débarrasser. »

Peut-être, toute question économique réservée, seraitil possible aussi de prendre cet insecte, en enduisant de quelques corps gras le cep de vigne sur lequel il doit passer pour gagner les sarments et les jeunes pousses? Ou bien encore, serait-il avantageux de lui faire la nuit et au Hambeau, ou le mnlin de bonne heure, avant qu’il eût eu le temps de se retirer, le même genre de chasse que nous décrirons ci-après pour l’altise î

Il n’est pas douteux non plus que l’Otiorhynque n’ait de redoutables ennemis parmi les oiseaux qui peuvent, sinon l’attaquer à l’état parfait, à cause de son genre de vie tout particulier, mais peut-être à l’état de larve; parmi les espèces diverses que nous avons vues faire la guerre ù d’autres coléoptères, jusque dans les profondeurs delà terre et surtout parmi les insectes; car pour cette classe d’êtres, aussi bien que pour celles qui occupent le plus haut degré de l’échelle des êtres organisés, il est vrai do dire, avec le proverbe : Qu’on n’est jamais trahi que par les tiens !

5» L'Eumolpe de la vigne. (Eumolpus vitis) (1). — Très-an-

(!) Speetneh de la nature, T. II, p. 3o3. Dans la Faune enhmoloijique de la Gironde, MM. Laporte, menlionnetit trois esptees de c6 genre. L’Eumolpe obscur {Eumolpus obscums, Latr.) l’EumoIpe bronzé (E. (rruÿiiiosus, Latr.) et l'EumoIpe de la vigne (£. vilù, Latr.), {Actes de la Société Linnéenne, T. XVIII, p. 177).

ciennement connu des vignerons, l’insecte qui va nous occuper a reçu d’eux des noms divers, parmi lesquels il faut surtout mentionner ceux de Grtbouri, d’Écrivain et de Diablotin.

L’abbé Plucbe (I) parait être le premier qui l’a désigné sous le nom de Gribouri : nom qu’il n’avait pas inventé sans doute et que les vignerons avaient dû lui donner depuis longtemps, dans la contrée où se trouvait l’auteur.

Quant à celui d’£crivain, il le doit au genre de dégât qu’il commet sur la vigne et auxtracesque laisse cedégât, principalement sur les feuilles et dont nous parlons ci après.

Aux environs de Paris, c’est sous le nom de diablotin que les hommes de la pratique désignent l’Eumolpe. Us lui donnent aussi, comme à l’Attelabe, ceux de coupe-bourgeon, lisetle, pique-broc, etc...

Bien que l’Eumolpe soit commun dans plusieurs parties du vignoble bordelais 12) et qu’il doive nécessairement y causer des dégâts, que l’on met sans douta sur le compte de quelqu’autre espèce, nous ne l’avons pas trouvé mentionné dans aucun des ouvrages de la localité, où il est parlé d’une manière plus ou moins complète de ce même vignoble. Jouannet le nomme bien dans sa statistique, mais.on voit qu’il le confond avec l’Âttelabe, qui seul a l’habitude de rouler les feuilles de vigne.

Ailleurs, et notamment en Bourgogne, l’Ecrivain est très-connu et très-redouté des vignerons, et nousapprendrons, par les observations faites dans cette partie de la France, quels peuvent être ses dégâts et comment il devient possible do s’en préserver.

A. Description. « Cet insecte, dit Victor Audoin, long de

(<) Spectacle de la ncUwre, T. Il, p. 353.

(2) C’est dans vignes 4 fond argilo-calcaire, dans les vignes de l'Entre-deux-Mers que nous l’avons trouvé souvent très-abondamment.

six millimètres, est noir et re vêu d’ une pubescence grisâtre ; la tête et le thorax sont finement ponctués, les antennes sont noires avec les quatre premiers articles rougeâtres, l’écusson est noir ; les élytrès, d’un rouge-brique, sont finement ponctuées et couvertes d’une légère pubescence d’un gris fauve ; les pattes sont noires avec les Jambes de la couleur des élytres. » (Fig. 03.) Fig. 63.

Pans son ensemble, l’Eumolpe ou Gribouri, ressemble parfaitement au hanneton; à part ses dimensions beaucoup plus réduites, les personnes étrangères à l’entomologie, n’hésiteraient pas â le considérer comme un individu de cette dernière espèce, non encore arrivé à l’état adulte. (Fig. 64 gran- F'g- naturelle.)

fi. Mode d’existence. Comme les autres coléoptères dont nous avons déjà parlé et notamment comme le hanneton, « l’Eumolpe subit, dans le cours de son existence complète, plusieurs transformations. Les périodes de ces transformations ont aussi les plus grands rapports avec celles du hanneton.

Comme ce dernier encore, il apparaît au printemps dès que la température moyenne des jours est assez élevée pour lui être favorable, et dès que cette température a déjà eu une durée telle que la vigne a pu épanouir ses premiers bourgeons.

Si ses appréciations sont trompées, si le froid et le mauvais temps reviennent, comme hélas I cela se voit si souvent depuis quelques années, alors il cherche un abri : soit sous les lanières de l’ancienne écorce, soit même dans la terre, où il se hâte de rentrer jusqu’au retour définitif des beaux jours.

L’un des torts que l’Eumolpe fait à la vigne, celui qui frappe le plus les yeux et qui lui a valu le nom d’Ecrivain, consiste dans les érosions ou découpures qu’il fait aux feuilles ; dans les lignes bizarres qu’il trace sur leur parenchyme et qui ressemblent effectivement, sinon à de l’écriture, au moins à des caractères hiéroglyphiques.

Il y a quelques années un homme qui porte un des plus beaux noms de la science moderne, M. Paul Thénard, 111s de l’illustre chimiste, dans un travail spécial sur l’écrivain et les moyens de le détruire, a prétendu s'étre assuré que les érosions dont il s’agit, qu’il a cherché à reproduire avec une plume sans encre, ne constituaient pas à beaucoup près les dégAts les plus redoutables de l’insecte ; mais que ces dégâts résultaient surtout du nombre et de la voracité de ses larves, dont le séjour avait particulièrement lieu dans la terre.

Il paraît cependant que les bourgeons et les grappes, ou mânes selon l’expression des vignerons bordelais, sont aussi attaqués par cet insecte, qui les ronge et finit par les détacher souvent complètement du pied. Quelquefois aussi il se porte sur le fruit à l’état de verjus, et alors, dit encore M. Vallot, on peut remarquer sur quelques grappes, des grains qui laissent paraître le pépin à leur surface : cette disposition est le résultat de l’érosion pratiquée, au mois de Juillet, par l’Eumolpe de la vigne, sur la surface du grain encore vert.

A Tétat de larve, et cet état est malheureusement trèspeu connu par les naturaliste, les ravages de l’Eumolpe paraissent donc pouvoir être beaucoup plus redoutables encore. « Dans les vignes atteintes que je possède à Buny, près Châlons-sur-Saône, dit M. Paul Thénard, l’écorce, le bois, la moelle étaient nets : restait à examiner les racines. Pour cela, j’arrachai moi-mémo plusieurs ceps, les

UES malades, les autres bien portants ; et, pour fairo l’opération avec plus de succès, je les déracinais à l’aide d’un jet d’eau vigoureux, qui, en enlevant le terrain, ménageait les racines, tout en les mettant à nu. Ce fut alors que je reconnus des lésions importantes sur le plus grand nombre des radicelles de ces malades, et rien d’anormal sur les autres. Ces lésions, en tout semblables à celles des parties vertes, me démontrèrent que là était le mal sérieux : c’était par les racines et non par les feuilles que la plante périssait, et tout indiquait que ces racines étaient attaquées, non par l’insecte parfait, mais par sa larve qui, de môme que celle du hanneton auquel j’ai comparé l’£crivain, passait en terre toute la première partie de sa vie. I)

Il parait eft’ectivement que ce qui tente particulièrement l’appétit des larves de l’Eumolpe, ce sont les racines les plus récentes et les plus tendres de la tigne, ce qu’on nomme les radicelles. Dans certaines contrées, cette action devient extrêmement préjudiciable à la plante; dans celte notamment dont parle M. Paul Thénard, la Bourgogne, sa vie moyenne a été réduite, par cette cause, de trente à vingt ans. Heureusement que, parmi nous, il n’en a pas encore été ainsi et que l’Eumolpe, bien qu’assez commun, ne nous a pas causé encore des torts aussi sensibles : ce qui n’empêche pas néanmoins qu’il y ait grand intérêt à rechercher ses moyens do destruction.

C. Moyen de destruction. L’Eumolpe a aussi comme l’Attelabe et surtout comme l’Altise dont nous parlerons plus bas et avec tous les développements que commandent ses dégâts fréquents dans le Médoc, l’habitude de se laisser tomber, de faire le mort, dès qu’il craint quelques danger.s, dès qu’on veut s’emparer de lui. C’est sur cette circonstance qu’est basée le genre de chasse qu’on peut lui

faire, à l’état d’insecte parfait, et dont nous renvoyons également les détails à l’article Altise.

M. Paul Thénard qui a fait, comme nous l’avons déjà dit, une étude toute particulière de l’EumoIpe et des moyens de destruction qui peuvent être employés contre lui sur une grande échelle, décrit ainsi celui qui lui a le mieux réussi et auquel il s’est arrêté. « Dans ma pratique je me suis arrêté aux tourteaux de colza et de navets, préparés à une température maximum de 80 degrés, et avec le moins d’eau potable, 1 ou 3 pour 100 au plus (I). Chaque année le tiers du domaine en reçoit 1,200 kilog. par hectare. Le tourteau préalablement réduit en poudre sous des meules d’huilerie, est employé du 15 Février au 15 Mars, au moment où on commence à donner le preroirr coup à la vigne. Pour cela, chaque vigneron en emporte tous les matins, dans sa hotte, une provision proportionnelle à la quantité de terrain qu’il doit piocher dans la journée : c’est environ l/24“* d’hectare, et, par conséquent il lui faut 50 kilog. de tourteaux. Arrivé à la sapée, il en sème une petite quantité à la volée, et pioche aussitôt la surface du terrain qui l’a reçue ; et il continue ainsi tant que son travail n’est pas interrompu. Il est essentiel que le tourteau soit semé par petites portions et pioché aussitôt; sans cette précaution, en effet, restant longtemps en contact avec l’humidité du sol, il pourrait perdre.

(( ) Voici UQ passage du compte-rendu de l’ouvrage de M. Paul Thonard, fait par M. Banal [Journal d’agriculture pratique), qui éclairera ce^ détails. « Après divers essais sur les poisons qui conviendraient I» <1 mieux pour tuer l’Insecte dévastateur saus nuire à la vigne, M. Paul « Thénard s’est anèté à l’emploi des tourteaux de graines oléagineuses; « mais des tourteaux qui n'ont pas été chauffés au delà de 80 degrés, et • qui ont été obtenus en employant le moins d’eau possible : ce sont des « conditions nécessaires pour que les tourteaux retiennent l’huilo esson- ■ tielle de moutarde sur laquelle l'habile agronome et chimisie compte « comme agent destructeur. »

dans l’atmosphère, la plus grande partie de l’essence de moutarde qu’il est susceptible de donner; dès-lors, H n’agirait plus contre l'Ecrivain, mais comme engrais. »

Quant aux résultats économiques de cette méthode, l’auteur les établit ainsi : dépense annuelle par hectare 46 fr. Augmentation de récolte 15 à 50 pour cent, ce qui constitue un bénéfice net par an et par hectare, de 54 Tr., sans compter la plus grande durée de la vigne.

Mentionnons enfin la recommandation qui a été faite par plusieurs vignerons, de planter dans les vignes, assaillies par l’Eumolpe, quelques fèves dont ces insectes paraissent rechercher la verdure, qui les réunissent en très-grand nombre et au pied desquelles, aJoute-t-on encore, on peut les trouver dans le courant de la journée, en grattant légèrement la terre. Ce moyen, néanmoins, ne paraît pas mériter une grande confiance. • ’

6* L’Altise des potagers {Altica oleracea). — Cet insecte malfaisant paraît être indigène à l’Espagne; au moins sait-on que de temps immémorial il a ravagé les vignes du littoral de l’Andalousie, où il est connu sous le nom de Pulgon (grand puceron). On sait également que l’église de Malaga, dans la province de Grenade, possède d’anciennes formules de prières destinées à solliciter du ciel la cessation de ses ravages.

Quoiqu’il en soit de cette origine première, il paraît encore que l’Altise passa les Pyrénées et s’établit dans les vignobles qui sont au nord de ces montagnes; d’abord dans ceux du département des Pyrénées-Orientales et plus tard, en 1819 selon V. Audoin, en 1825 selon M. Gazalis- Allut (l), dans ceux du département de l’Hérault; avec cette circonstance bien remarquable que cet envahisse-

(1) De VAltise de la vigne,.. Montpellier

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ment qui dura environ quatorze ans, maintint toujours la limite extrême de la zône de l’insecte, à une distance parallèle à la mer, d’environ vingt à vingt-cinq kilomètres.

Selon M. Dunal (1), cet envahissement ne se serait pas fait sans avoir été remarqué : des personnes dignes de foi ayant assuré au savant professeur qu’elles avaient vu des essaims d’Altises se transporter d’un lieu dans un autre, notamment M. le docteur Courp, de Collioure, en 1827.

Dans ce trajet envahissant et pour ce qui nous est particulier, il serait bien difficile de dire à quelle époque l’Âltisea pénétré dans la Gironde, si réellement cet insecte n’y était pas connu avant ces dernières années ; de quel côté elle est venue, et quels sont les circonstances particulières qui ont marqué son arrivée.

Toutefois, s’il faut s’en rapporter à une tradition que nous avons recueillie sur les lieux môme, il y a environ vingt ou vingt-cinq ans qu’on vit l’Altise envahir les quelques vignobles que possède la commune de Talais en Bas- Médoc. L’insecte se maintintlà plusieurs années de suite; il y fit de grands ravages, et comme l’on croyait que sa présence était due au voisinage des Mattes (2), plusieurs propriétaires arrachèrent leurs vignes. Cependant il disparut, mais ce fut pour se montrer plus lard, vers 1851, sur l’autre point extrême du Médoc, notamment à Listrac, d’où il gagna Saint- Laurent, Saint-Julien, Pauillac, Saict- Eslèphe, etc. Plus tard encore, il s’avança de nouveau vers le Bas-Médoc, Gaillan, Queyrac, Vensac, Saint-Vivien, en

(1) Des Insectes gui attaquent la vigne, par M. Donal. professeur la Faculté des Sciences de Montpellier. Dans le Bulletin de la Société d’agrieultnrc du département de illérault; t. XIX, année 1832.

(2) Ou nomme ainsi les antiques délaissements delà Gironde, formés découches allemativcs de faluns modernes et de terres de marais.

furent très-fatigués et, depuis 1853 et 1854, les vignobles de Lesparre, Saint-Trélody et environs en furent Infestés.

Nous avons ouï dire aussi que, plusieurs fois et sans cause apparente, on l’avait vu disparaître de certains vignobles dont il s’était emparé; que l’on avait remarqué sa préférence pour ce qu’on nomme les Graves noires, tandis que l’Attelabe, la chèvre, donnerait la préférence aux Graves rouges ou argileuses.

Enfin, nons noterons encore, eommenous ayant été dit par un homme de la contrée tout à fait digne de foi, qu’à l’époque où on fit brûleries roseaux des llesqui sont dans la Gironde, vis-à-vis Pauillac, il y a, quelque trente ans, une quantité d’Altises tellement considérable, s’envola de ces parages, que les barques qui passaient à leur portée en avaient leurs voiles et leurs cordages littéralement couverts.

Parmi tous ces faits, il en est un qui doit particulièrement être remarqué, c’est que dans la Gironde, comme dans l’Hérault, l’Altlso effectivement semble maintenir sa zône d’envahissement^ une distance de la mer qui ne dépasse guère 20 à 25 kilomètres. Tel est sans doute le motif pour lequel les vignobles du Médoc ont seuls été atteints jusqu’ici, et le motif également qui doit faire espérer aux autres .d’échapper, comme ils l’ont fait jusqu’ici, à ce grave danger.

A. Description. — « Ce petit insecte, nous dit V. Audoin, est long de cinq millimètres, entièrement d’qn vert foncé ou bleuâtre, lisse et brillant; les antennes sont brunes avec leurs trois premiers articles verts; le prothorax offre, assez près de sa base, un sillon transversal, très-prononcé; l’écusson est petit et arrondi; les élytres paraissent lisses, car leur ponctuation est tellement fine, qu’on ne la voit qu’à la loupe; les pattes sont delà couleur générale du

corps avec les tarses bleuâtres. » Dans la Gironde, on désigne l’Altise sous le nom de puce bleue, barhot bleu, barbot, etc. (flg. 65 grossie : 66 naturelle).

B. Mode d’existence. — Il n’est pas rare de trouver des Altises sur les ceps de vigne même en hiver; c’est Fig. C5. ainsi que le 29 Janvier 1855, après des froids de 10°5, et alors que la terre était encore en grande partie couverte de neige, M. de Luetkens nous en faisait remarquer sur des vignes de la commune de Saint-Laurent et dans un état complet de vie et de santé. L’hiver de 1830 Fig. 66. ne les détruisit pas non plus dans l’Hérault.

Toutefois, ce sont là des exceptions, et l’Altise ne se montre en réalité et en nombre capable de nuire, qu’au printemps. C’est ainsi qu’en 1853, 1854 et 1855, nous avons noté le commencement de ses ravages vers la fin d’avril.

Dès les premiers jours de mai, l’accouplement a lieu et la première ponte est déposée, comme toutes celles qui suivront du reste, sur la partie inférieure des feuiiles; là, les œufs réunis ensemble et formant une petite plaque jaunâtre, sont protégés par les enfoncements que ménagent les nervures les plus grosses et les plus saillantes. Ils ont en longueur 1 millim. 1/4, en largeur 1/t millim. Ils offrent une ligne noire dans le sens de leur longueur et leur nombre peut varier de dix à cinquante.

Âu bout de huit à dix jours, l’éclosion a lieu. « A cette époque la tête do la jeune larve est seule complètement noire; elle est aussi fort grosse relativement au reste du corps. Le diamètre de ce dernier diminue progressivement d’anneau en anneau jusqu’au dernier, ce qui donne à la

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chenille la figure d’un triangle à sommet très-aigu dont la base est du côté de la tête. Le corps est composé de douze anneaux, sur le milieu de chacun desquels on observe une série transversale de petits points noirs et tuberculeux ; il n’offre que six pattes écailleuses.

« A chaque mue, la larve s’accroche à la feuille qui la porte, par son extrémité inférieure; elle reste pendant quelques jours étendue et immobile, devient jaunâtre, luisante, et a'handonne à la (In sa vieille peau. Au moment de cet abandon, sa couleur est d’un beau jaune serin; mais dans quelques heures, elle a pris une teinte noirâtre.

« Pour passer à l’état de nymphe, la larve se fixe également sur la feuille par la partie postérieure de l’abdomen , mais au lieu de rester étendue, elle rapproche ses extrémités en ramenant sa tête entre ses pattes, et de cette manière, sa partie dorsale devient convexe. La peau s’amincit de ce côté, se fend et livre ainsi passage à la jeune chrysalide qui, par des mouvements nombreux et frequents, refoule en arrière la première partie de la peau, et l’empêche de revenir sur elle-même, en portant en avant ses anneaux postérieurs armés de poils noirs et épineux. De nouveaux mouvements achèvent de la dégager (I).»

Ce sont les larves de l’Altise auxquelles les vignerons donnent le nom de chenilles, qui nuisent surtout à la vigne. D’abord, ainsi que l’a remarqué M. Cazalis^Allut, elles se nourrissent de la feuille qui les voit naître; cette feuille dévorée, elles se dirigent sur une autre; pendant le trajet elles rongent le sarment, le pédoncule des raisins qui sc trouvent sur leur passage. Bientôt les feuilles dont tout le parenchyme a disparu et qui n’offrent plus que le tissu

(I) Observation de M. Isidore Dumas, de Montpellier.

fibreux, rougissent, se dessèchent, comme si le feu avait atteint la plante, comme s’il l’avait grillée.

Durant les périodes diverses de leur existence, les larves grandissent progressivement d’un millimètre environ, chaque quatre .à cinq jours. Au bout de quinze à vingt jours environ, nécessaires à leur développement complet elles ont acquis cinq à six millimètres; elles ont subi deux mues, ou changé deux fois de peau.

Chacune de ces mues a été précédée de quelques jours d’immobilité; le même phénomène se produit encore avant ia métamorphose en chrysalide, ce qui fait croire souvent aux agriculteurs que l’insecte est mort, et qu’ils vont en être délivrés. Les différentes peaux abandonnées sont demeurées fixées aux feuilles, sous forme de fils noirâtres terminés par un godet. Celle de la nymphe particulièrement est demeurée toute chiffonnée et plissée, suspendue perpendiculairement à sa longueur.

En quittant définitivement cette dernière peau, les nymphes tombent à terre, sur la surface de laquelle il paraît qu’elles restent. Leur couleur est alors d’un beau jaune . doré, leur longueur d’environ cinq millimètres, et quinze à vingt jours environ so sont écoulés, depuis la sortie de la larve de l’œuf.

« Malgré leur apparente immobilité, continue M. Dunal, des changements continuels se passent dans ces nymphes. Leur côuleur devient plus foncée de jour en jour et leur extrémité noircit. Les diverses parties qui doivent composer l'insecte parfait, se montrent de plus en plus distinctes. Cependant ces nymphes sont encore dans un état de mort apparente, môme quand on les inquiète; elles présentent assez bien alors l’aspect d’un grain de blé noirci par un bout. Plus tard, par une sorte de balancement d’avant en arrière, chaque nymphe dégage ses aii-

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tenues, puis ses pattes, et se met enfin à marcher; bientdt après le développement est accompli, les insectes parfaits existent, huit à neuf jours ont suffi pour que cette dernière transformation se soit accomplie. »

Ainsi, dans nos climats, les phases diverses de la vie de l’Altise peuvent être établies comme suit : Accouplement, de fin avril à mi-mai ; ponte, tout mai ; larves, huit jours après ponte ; diverses mues des larves ; quinze h vingt jours, au bout desquels la métamorphose en nymphes est accomplie ; enfin huit jours encore, pour que ia nymphe devienne insecte parfait.

Des derniers jours de juin au 20 juillet, une nouvelle génération d’insectes parfaits existe, procédant à l’acte capital de cette existence par l’accouplement et demandant sa nourriture aux feuilles de vignes. Il est vrai qu’alors la solidité qu’ont acquise ces organes essentiels de la plante, rendent moins dangereux les dégâts de l’insecte.

Une nouvelle ponte suit bientôt ce second accouplement et les germes déposés à la fin de juillet et au commencement d'août, emploient encore trente à trente-cinq jours pour subir toutes les métamorphoses déjà signalées, et arriver à l’état d’insectes parfaits. A la fin d’août et au commencement de septembre, une troisième génération peut commencer, et les plus précoces des sujets qu’elle produit peuvent même, certaines années, donner lieu à une quatrième. C'est du reste le produit de cette troisième ou quatrième génération qui passe l’hiver dans des refuges qu’elle recherche avec soin, très-probablement sans prendre de nourriture, et qui se trouve prête, au printemps suivant, à renouer la chaîne de ces existences en apparence si frêles et si éventuelles, et cependant tout aussi assurées que celles des espèces les plus fortes ou CS plus utiles.

On comprend, d’après tout ce qui précède, combien est grande la puissance de multiplication de cet insecte, et combien ses ravages peuvent prendre de dé veloppemen t (1).

G. Moyen de destruction. — L’habile viticulteur de l’Hérault, dont nous avons déjà invoqué souvent le témoignage au sujet des Àltises et qui nous fournira encore de précieux renseignements sur le même sujet, assure que ces insectes ne séjournent pas plus de trois ans dans le même vignoble ; il ajoute de plus, et nous verrons plus bas la raison de cette opinion, que s’ils envahissent en grand nombre une vigne, et que l’on ne s'oppose pas à leurs ravages, ils n’y reparaissent plus l’aunée suivante. Enfin, et ceci viendrait à l’appui de ce que nous avons entendu raconter à quelques vignerons du Médoc, touchant la

disparition subite et inopinée des Altises de certains vignobles, qu'il suffit souvent d’un violent coup de vent de mer pour les faire entièrement disparaître, quel que soit leur nombre. « J’en fus délivré, nous dit- il, en 1843, par un violent coup de vont de mer qui survint le 2 mai. Les feuilles de mes vignes, salées et brûlées en grande partie par ce vent-là, ne furent sans doute plus du goût des Altises, qui périrent ou émigrèrent. C’est ainsi qu’un évènement providentiel accomplit, dans quelques heures, ce que je n’avais pu obtenir avec beaucoup de persévérance et de dépenses dans plusieurs années. »

En 1853, au mois d’avril, sur l’invitation d’un honorable

(I) Soit un couple d'Altises qui aura pondu au printemps, 10 œufs seulement et produit ainsi 5 mdles et t> femelles; ces o nouveaux couples donneront en juillet 10 œufs chacun, soit 50, d'où encore vingtcinq mâles et vingt-cinq femelles. En septembre, troisième génération produisant 260 germes, ou 125 couples. Enfin, avant les froids, dernier accouplement annuel et, s'il réussit, production de 1250 individus, que l'on pourra voir au printemps suivant se répandre sur la vigne et recommencer le cours de cette effrayante progression.

propriétaire du Médoc dont nous citerons plus bas les moyens ingénieux pour la destruction de l’Altise, nous nous rendîmes dans cette contrée, afln de rechercher s’il n’y aurait pas quelque liquide dont on pourrait faire usage, par arrosement, pour cette môme destruction. Nous acquîmes la certitude que ces insectes étaient tués par les acides et les alcalis concentrés, mais qu’il» n’éprouvaient plus aucune souffrance dès que ces substances énergiques étaient un peu étendues d’eau.

Nous vîmes également faire usage, pour le môme motif, de matières grasses et gluantes, de coltar, d’huile, de goudron, etc. liais l’application de ces matières aux ceps et aux écbalas, indépendamment de la main-d’œuvre exigée, présentait le grave inconvénient d’une certaine difficulté dans la pratique et, par-dessus tout, il était fheile de reconnaître que le bouton de la vigne souffrait de cette atteinte, que cela gênait son épanouissement et ajoutait beaucoup à ses chances de destruction.

Un moyen plus commun et plus ancien, c’est celui qui consiste à profiter, pour détruire les Attises, de l’instinct qui les porte à sauter et à se laisser tomber sur la terre, dès qu’on les approche, ou dès qu’on communique le moindre ébranlemement aux ceps et aux écbalas sur lesquels elles reposent. C’est dans ce but qu’on a recours à de grands entonnoirs en ferblanc, enduits intérieurement d’huile ou autres matières grasses. En promenant ces entonnoirs sous les ceps, le bruit que l’on fait, le choc ou l’ébranlement que l’on peut communiquer aux écbalas, font que les Altises s’y laissent tomber dedans et qu’ainsi on peut en prendre et en détruire un. très -grand nombre.

(Fig. 67.) Fig. 67.

On trouve dans les An»a/£s de Flnslitut agronomiqne de OnV/non (26* livraison, p. 113) la description d’un moyen basé sur le même principe ; mais comme il s’agit des Altises qui attaquent le colza, il a été possible de mettre l’appareil sur des roues, et d’ajouter ainsi beaucoup à son effet, tout en diminuant les frais de main-d’œuvre.

Mais nous-méme, en 1853 et 1854, avons eu l’avantage de faire connaître une manière de procéder, employée par feu M. Delarose, propriétaire à Trentodon, commune de Saint-Laurent (Médoc). Cette manière, aussi simple qu’économique, voici comment la décrivait l’honorable propriétaire que nous venons de nommer, dans une lettre qu’il nous adressait, le 5 mai 1853 :

« Je me sers, depuis trois jours, d’un procédé fort simple, fort peu coûteux, disposé par mon iils aîné, et que je crois infaillible, pour détruire presqu’enlièrement les Altises ; c’est de les faire tomber, en frappant légèrement les pieds de vignes, sur une pianchette imbibée d'une forte couche de coitar, retenue par des petites baguettes qui entourent la planchette; cette planchette armée d’un léger manche étant présentée sous le pied de viguii, reçoit les Âltises que fait tomber le manœuvre en frappant légèrement Vaste de la vigne, avec une autre baguette qu’il tient de la main droite.

a Vous dire la rapidité de l'exécution de ce moyen et la quantité innombrable d’Altises détruites par jour, par chaque manœuvre, est incroyable.

• Montre en main, un manœuvre intelligent parcourt sa rège de cent pas de longueur contenant 85 pieds de vigne (environ), dans l’espace de sept minutes ; il peut donc dans sa journée, composée de huit heures de travail, dépasser soixante-quatre règes de vignes, soit un journal et demi. (0 hecta. 50)...

Plus tard encore, le 12 mars 1854, M. Delarose ajoutait à ce qui précède, les nouveaux développements qui suivent, après avoir insisté sur les dég&ts de l’insecte qui nous occupe :

« Or, rien n’est si facile que de le détruire. Il suffit de munir une douzaine de manœuvres de tablettes en zinc ou en ferblanc de 50 à 60 centimètres de longueur, sur 40 de largeur, dont les bords sontlégèrement relevés pour retenir le corps gras dont il convient d’enduire la surface de la tablette, comme qui dirait du coltar dont je me sers de préférence; d’en armer leur main gauche par le moyen d’un mancheron de 20 centimètres de longueur, et de présenter cette tablette ainsi préparée, sous chaque pied de vigne, en frappant légèrement avec la main droite le pied de vigne superposé.

<1 La destruction est subite et presque complète.

« Faite avec soin et répétée deux fois, cette chasse ne laisse exister presque aucun de ces insectes. »

Enfin, le 25 avril 1855, nous reçûmes de M. Alçuet fils, propriétaire à Saint-Estèphe, la description d’un procédé analogue à celui que nous faisons connaître ci-dessus, comme pouvant encore être employé avec le plus grand succès pour la destruction de l’Altise.

« J’ai réuni, nous disait cet honorable propriétaire, deux planches minces, d’une longueur de 65 centimètres et d’une largeur de 20 centimètres environ, formant équerre. J’ai, dans la partie qui doit être maintenue horizontale, fait trois entailles de façon à donner un libre accès aux canassons et aux pieds de vigne, et, dans celle qui doit rester perpendiculaire, j’ai pratiqué une ouverture ovale, assez grande pour l’entrée de la main, qui devra présenter et maintenir l’appareil sous les rangs de vigne. J’ai enduit la partie inférieure, celle portant les entailles,

avec du goudron ou du coUar, j’en ai fait autant à la supérieure jusque dans la moitié de sa hauteur. J’ai moimême essayé et fait essayer par mes vignerons, cet appareil, en le plaçant sous les rangs de vigne, l’un le tenant ainsi, l’autre frappant avec une baguette légère et pointue la latte et la carratsonne, et poursuivant en outre, avec cette baguette également enduite de coltar, les Altises qui se réfugiaient sous les feuilles ou cherchaient à se cacher dans la terre. Par ce moyen, j’ai obtenu une destruction presque complète de l’insecte et, pour peu q ne l’on ait soin de repasser un on deux jours après dans les vignes déjà soumises à cette chasse, je suis persuadé que l’on achèvera de l’en éloigner... Par ce moyen si simple, deux personnes placées l’une vis-à-vis de l’autre et munies, l’une de l’appareil, l’autre de la baguette, peuvent facilement suivre 60 à 80 règes de 100 pas de longueur dans une journée (1). >

Dans tous les cas, que l’on fasse usage de l’un ou de l’autre des deux procédés décrits et basés sur le même principe, on devra avoir bien soin, dans cette opération, de marcher de manière à ne pas projeter, s’il fait du soleil, son ombre en avant ; car le sentiment qu’a l’insecte de cette ombre, sufüt pour l’avertir du danger qu’il court et pour le porter à user du seul moyen de salut dont il dispose, c’est-à-dire, de se laisser tomber sur la terre.

De ces deux manières du reste, c’est dans son état parfait qu’on le détruit, et avec lui par conséquent, toute la postérité à laquelle il n’aurait pas manqué de donner lieu.

(1) Le 21 mai 1835, nous eûmes l’honneur d’étre reçu par H. Alcruet snr sa propriété de CluUeau-Faleme, commune de Saint-Estépbe. Nous y vîmes les appareils ci-dessus décrits, et l'examen que nous limes des vignes nous convainquit qu'effectivement leur application avait une grande puissance de destruction.

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Une autre tendance des Altises qui peut encore offrir des facilités à leur chasse, c’est celle qu’elles ont de chercher un refuge vers la fin de l’automne, au moment où les feuilles de vigne sont devenues dures et sèches, au moment où elles vont tomber (1). Alors on les voit se réunir en grand nombre sur les haies, dans les fourrés qui avoisinent les vignes, comme on a pu souvent le remarquer dans le Hédoc, et jusque sur les plantes herbacées qu’elles peuvent rencontrer dans ces mêmes vignes, et notamment sur l’Amarantbe sauvage (Amaranthus sylvesiris). Il peut être facile alors de les détruire, en faisant suivre les haies, les fourrés dans leurs bordures, en y mettant le feu si c’est posssible, et mieux en faisant couper les herbes qui ont aussi attiré ces insectes.

Le 33 avril 1855, un autre propriétaire de la commune de Saint-Estèphe , M. Bonifet, fit connaître , dans le Courrier de la Gironde, un moyen de destruction basé surceder* nier principe : «Il s’agissait tout simplement, disait-il, de mettre du maïs dans les vignes. Il ne coûte aucun frais de culture; les soins que l’on donne à la vigne sont suffisants.

« La récolte venue, on recueille l'épi et on laisse la tige sur pied. A l’approche des froids, tous les insectes, trouvant dans les feuilles qui enveloppent le fruit un abri sûr et commode, s’y réfugient pour laisser passer l’hiver. Sitôt les premières gelées, et lorsqu’on est sûr que les insectes se sont mis à l’abri, on doit couper les tiges et les brûler.D

Enfin on peut encore, dans le but de cette destruction, leur ménager des abris complètement artificiels, où on sera sûr de les rencontrer en grand nombre. « 11 convient.

( I ) On sait effectivemeDt que la chute des feuilles est due à l'accusiuIatioD, dans ces organes, des sels terreux que la sève eu s'évaporant y a déposés , à la dnreté, au défaut de souplesse qui Tosultent de ce dépôt à la fin de la saison.

dit encore à cet égard M. Casalis-Âllut, de construire des abris artificiels aux Altises, afin de les détruire avec plus de faeilité. Des pierres plates, sous lesquelles on met des broussailles, des joncs, du mauvais foin, remplissent également ce but. On disséminera ces abris autour des vignes et dans les vignes mêmes. Il sera nécessaire de donner aux pierres une pente inclinée vers le nord. Après la chute complète des feuilles, l’œuvre de destruction pourra commencer. Le feu est le moyen le plus expéditif. »

On peut aussi supprimer les feuilles qui présentent des œufs d’Altises à leur partie inférieure, ou qui offrent des larves déjà nées, ce que décèle la perforation de ces feuilles.

1U-. Guérin-Menneville, dans un article publié en 1848, dans le Cultivateur, T. XXIV, citait les travaux d’été et d’hiver comme propres, selon lui, à détruire ces insectes. « Il est probable, disait-il, qu’on ferait périr beaucoup de larves et surtout des nymphes de ces Altises, si on avait le soin de cultiver les vignes aux époques où ces nymphes sont encore dans la terre. Il faudrait faire ce travail fin juin ou au commencement de juillet, pour attaquer la première génération, et ensuite dans l'hiver, pour attaquer celle qui hiverne. » Malheureusement, nous savons que les cultures d’été ne détruisent pas les Altises; car la quatrième façon que l’on donne en juin et juillet n’en débarrasse pas les vignes du Médoc. Quant à celle d’hiver, il est probable qu’elles auraient plus de succès, et nous savons que dès cette année (1855), quelques propriétaires y ont eu recours.

Mais la nature qui ne permet jamais qu’une espèce, animale ou végétale, se multiplie dans des proportions capables de troubler l’harmonie de ses lois, a suscité à l’Altise de redoutables ennemis. Elle en a parmi les oiseaux : tous ceux que l’on qualifie d’inseclivores, lui font la chasse et

la perdrix surtout, paraît en détruire un grand nombre. Aussi le viticulteur de l’Hérault, dont nous avons si souvent invoqué l’autorité, s’étonne-t-il de racharnement avec lequel est poursuivi ce malheureux oiseau : » La perdrix, dit-il, qui devrait être l'oiseau sacré du vigneron, est poursuivio par lui à outrance. On tue les mâles au moment de l’accouplement, les femelles sur les œufs, et enfin, au mépris des règlements sur la chasse, lorsque la coupe des blés est terminée, les jeunes perdreaux sont donnés en pâture aux chiens de chasse. »

Parmi les oiseaux domestiques, les poulets, les dindons, sont encore d’utiles auxiliaires pour détruire les altises ; on a des exemples de succès très-remarquables dans la Cironde, obtenus par ce moyen, et il est étonnant que l’on n’ait pas plus communément recours à son emploi, que les poulaillers que l’on élève pour cela dans les vignes n’y soient pas encore plus nombreux.

Enfin, deux autorités déjà plusieurs fois invoquées dans le courant de ce travail, M. Cazalis-Allut et M. Dunal, se réunissent pour présenter, comme ennemi acharné et destructeur infatigable de l’Altise, un autre insecte de l’ordre des hyménoptères, la Punaise bleue {Pentatoma cœruka).

Ici nous arrêterons des détails qui nous conduiraient trop loin, dans le domaine de l’histoire naturelle pure et que nous consignâmes, du reste, en 1856, dans un petit ouvrage intitulé : Insectes et mollusques ennemis de la vigne dans le département de la Gironde.

Nous regrettons particulièrement de- ne pouvoir dire quelque chose des Ichneumons, genre d’hyménoptères dont l’instinct est admirable pour la destruction de plusieurs insectes nuisibles, y compris l’Altise.

(1} La femelle de cet insecte est poarvae d’organes qui iui permettent

7° La Cochenille de la vigne (Coccus vilis) (1). — Nous cessons de nous occuper des coléoptères qui nous ont offert six insectes essentiellement ennemis de la vi^e et qui auraient pu nous en offrir un bien plus grand nombre, si nous ne nous étions pas rigoureusement astreints à ne présenter que les plus dangereux, ceux causant réellement des dégéts, pour entrer dans un autre ordre, dans celui des hémiptères.

Laissant aux naturalistes les caractères divers qui- déterminent ce sixième ordre, nous n’insisterons que sur un seul véritablement intéressant pour l’agriculture; nous ferons remarquer que les sujets qu’il comprend, offrent une bouche dont les pièces se prolongent en lames ou filets, plus ou moins cornés, constituant ainsi une sorte de bec que l’insecte enfonce dans le tissu des plantes ou des animaux, pour en retirer les sucs dont il se nourrit.

Cet ordre n’offre à nos études spéciales que la Cochenille de la vigne.

A. Description. La Cochenille de la vigne est de forme elliptique; applatie, ayant 3 à 5 millimètres dans sa plus grande étendue , offrant au centre une partie culminante noirâtre, arrondie et facile à distinguer du reste du corps de l’insecte qui est d’un rouge brun plus ou moins foncé.

Le tout est d’autant plus facile à distinguer, au moins dans son ensemble, que la Cochenille que l’on rencontre sur la vigne, la femelle du genre, y reste complètement immobile et avec une particularité extrêmement remarquable dont nous parlons ci-après.

d’introduire ses œufs dans le corps d’autres espèces; où naissent ses petits, en donnant la mort aux individus qui les ont d’abord nourris.

(1) Le genre Coclienille a été divisé par les entomologistes, et la Cochenille de la vigne se trouve maintenant comprise dans le genre Kermès, c'est le Kermes vitis.

B, Mode d’existence. < Les Cochenilles vivent sur certaines plantes, et y demeurent fixées pendant toute la durée de leur vie. Le poids de leur corps, comparé à la brièveté de leurs pattes, montre qu’il eur st impossible de se déplacer. Les pattes servent prosqu uniquement à ces insectes pour se tenir cramponnés sur les végétaux où ils puisent leur nourriture. Au moyen de leur bec acéré, ils en absorbent ainsi la sève.

« Au printemps, ces hémiptères sont de très-petite taille, ils peuvent se déplacer un peu ; mais bientôt ils prennent un accroissement tel, qu’ils ressemblent la plupart, à de petites graines arrondies. Ils ont la propriété de secréter par tous les pores de leur peau une matière cotonneuse d’un blanc de neige qui les recouvre totalement, et qui, chez certaines espèces, est si abondante, qu’elle s'échappe par fiocons (1). »

C’est cette dernière particularité, que nous notions cidessus comme extrêmement remarquable, qui peut faire reconnaître sans peine la Cochenille partout où elle s’est établie ; car elle se montre sur le vieux bois de la vigne, comme autant de petites boulettes de coton que l’on aurait roulées entre les doigts et que l’on y aurait attachées avec de la colle.

Ce coton, sur lequel l’insecte reste appliqué et complètement immobile, lui sert de nid; il y dépose ses œufs et bientôt il y meurt et se dessèche.

Les naturalistes ont été et sont encore fort embarrassés pour découvrir les mâles de cette singulière espèce; car, ainsi que nous l’avons déjà dit, il ne s’agit dans tout ce qui précède, que des femelles. Certains, comme Réaumur, avaient cru les voir dans des diptères d’une petitesse ex-

(I) Nouveau Dictionnaire d'Bistoire naturelle.

trême; mais un observateur plus récent, M. Costa, de Naples, a démontré qu’il n’y avait là que les parasites de l’insecte et que le mâle devait être cherché ailleurs, au moins parmi les individus du môme ordre.

D’après ce que nous venons de dire, il est bien facile de reconnaltre’la présence de la Cochenille sur la vigne : les petites masses cotonneuses auxquelles elle donne lieu, éparses ou rassemblées sur les bois déjà noirs, dos annéfcs précédentes, pouvant être distinguées de fort loin.

Assez généralement, c’est sur les treilles fixées le long des murailles qu’elle s’établit et, pour notre compte, c’est là seulement que nous l’avons vue. Cependant, il parait que, dans certaines localités, elle a pu porter ses ràvages plus loin et envahir des vignobles entiers. Alors les piqûres qu’elle fait aux ceps sont tellement nombreuses, qu’elles y déterminent des exubérances capables de les faire périr.

G. Moyen de destruction. « On pourrait, dit V. Audouin, détruire une partie des Cochenilles en raclant les écorces, ou peut-être en employant quelque enduit. J’ai vu, ajoutet-il, à la Rochelle, des ceps qu’on avait nettoyés avec un mélange de savon noir, d’eau et d’essence de térébenthine, et qui paraissaient débarrassés des Coccus ; mais il serait nécessaire de renouveler l’expérience pour s’assurer de son efficacité. »'

Mais la nature, elle aussi, a mis obstacle à la trop grande multiplication des Cochenilles, en leur suscitant des parasites nombreux et audacieux. Les diptères qu’on avait cru être les mâles de ces insectes, ne sont en réalité que ces parasites ; ils les piquent dans les premiers temps de leur vie; ils déposent dans leurs corps des œufs qui s’y développent et y produisent des larves qui en ont bientôt dévoré tout l’intérieur. Alors la Cochenille, sans changer d’attitude, reste collée et aplatie sur le coton qu’elle a

transsudé, mais elle est morte, et son corps ridé et desséché, ne renferme pius aucun des organes nécessaires à l’existence. On la prendrait alors pour une punaise de lit.

Enfin il est encore un Ichneumon (Ichneumon coccorum) qui s’attaque à la Cochenille et qui la détruit, par le procédé que nous avons déjà mentionné à propos de l’ai-

tise.

8“ Le Barbitiste porte-selle {barbitiste ephippiger) (1). — Cet insecte, de l’ordre des orthoptères, pourra être plus facilement reconnu par les vignerons, lorsque nous leur dirons qu’il est également désigné sous les noms de sauterelle, gros-grillon, etc...

(( Il est des sauterelles aptères (sans allés) dans l’état parfait, telle que la sauterelle porte-selle, qui diffère également de beaucoup d’autres, en ce que les fruits, et particulièrement le raisin, dont elle entame les grains, sont sa nourriture habituelle (2). »

■ Cette sauterelle, dit de son côté M. Macquart, cause quelquefois de grands dégâts dans les vignes (3). •

Enfin, V. Audoin, assure que cet insecte n’est pas ordinairement assez abondant dans les vignes pour qu’on ait beaucoup à redouter ses ravages; cependant, ajoute-t-il, dans quelques localités, ses dégâts ont parfois été assez considérables. 11 entame les grains de raisin avec ses mandibules, mange leur pulpe tout en respectant les enveloppes, et mutile de cette façon des grappes entières.

(1) Oa trouve cet insecte désigné sous des noms divers, dans la synonymie entomologique. Ainsi sous celui du Locusta ephippiger, sous celui A'Ephippigcr vitium, sous celui de Gryllus ephippiger, sous celui de Tettigonia, sous celui de Bruchus famim, etc.

(2) Encyrlop. méthod., Uist. nat., t. X. p. 341..

(3) Les arlrres et les arbrisseaux d’Europe et leurs insectes.

LA VlÜNE DANS LE BORDELAIS

Dans les environs de Dijon, les vignes sont quelquefois attaquées par les Sauterelles porte>selle, mais les dég&ts sont bornés. Dans la Gironde nulle plainte, U est vrai, n’a encore été formulée à cet égard : bien cependant que nous ayions trouvé l’insecte sur les ceps, et qu’il pût arriver qu’il vint à s’y multiplier et à y commettre des ravages notables.

A. Description. La Sauterelle porte-selle est longue de 20 à 27 millimètres; sa couleur est cendrée, jaunâtre ou brun mêlé de vert ; son corselet est très-élevé, ses élytres courtes, épaisses, en forme de. voûte. Elle a sur la tête deux tubercules saillants placés l’un au-dessus de l’autre.

B. Mode d’existence. Le mode d’existence de la Sauterelle qui nous occupe, est le même que celui de toutes les autres sauterelles en général, et même de tous les insectes que comprend le second des onze ordres dans lequel ils sont tous répartis, l’ordre des Orthoptères. Ainsi tous ces insectes ne subissent plus que des demi-métamorphoses, leur larve en naissant n’a pas Informe d’un ver, mais elle ressemble à l’insecte qui l’a engendrée.

C. Moyen de destruction. La sauterelle porte-selle est assez grosse pour qu’on puisse aisément la voir et la saisir sur les ceps de vigne, malgré son agilité à sauter. C’est donc avec la main qu’il faut la prendre, si sa multiplication cause quelque inquiétude, pour la mettre dans un sac et pour la brûler.

Ajoutons qu’il est peu d’espèces qui comptent autant que celle-là des ennemisacharnés, soit parmi les oiseaux, soit parmi les autres animaux que nous avons vus faire leur nourriture d’insectes (1).

(1) Sans parler du mal que font dans notre climat, les sauterelles, à une foule d’autres produits de la terre, an« prairies, au Wé, etc., nous cilerons ceux de ces insectes qui portent si souvent la duvastatieo dans

9° La gcêpk coHiiüRK (Yespa vulgaris). — LaGuôpe, rangée par les naturalistes dans l’ordre des Hyménoptères, doit être comprise aussi parmi les insectes qui peuvent causer aux produits de la vigne de notables dommages. Bien que carnivore et capable d’entamer les chairs cuites ou crues, la Guêpe est aussi très-avide de fruits sucrés, et c’est pour cela qu’on la voit si souvent attaquer les meilleurs raisins de treille et même ceux des vignes de la grande culture. C’est lorsque l’année est chaude que ses dégâts peuvent être sensibles, soit qu’alors elle se montre en plus grand nombre, soit que le raisin plus mûr, plus sucré, lui convienne davantage. Cette remarque put être faite notamment en 1822, année de grandes chaleurs, de raisins très-mûrs et de bons vins.

Quand la vigne est peu chargée, que les raisins sont rares, la Guêpe semble aussi augmenter ses ravages, ainsi qu’on a pu le constater en 1854, dans un grand nombre de localités du département de la Gironde et notamment dans le Blayais.

A. Description. Cet insecte est trop commun et trop -connu pour que nous nous attachions à le décrire. Mentionnons seulement le bruit que fait la Guêpe en volant, bruit que l’on nomme bourdonnement, et le dard corné

les campagnes de l’Orient, en Égypte, dont elles constituent une des plaies, et dans nus possessions d'Afrique, où elles ont maintes fois déimlt les récoltes, comme en 1866,

Dans les contrées dont il s'agit, on voit les sauterelles s'avancer en si grand nomlire, que leurs volées obscurcissent le jour et qu'il suffit de quelques heures, pour qu'elles aient détruit complètement et avec un bruit iugubre, résultant du broiement de leurs mdchoires, les blés sur lesquels elles s'abattent

L'histoire nous apprend qu’en Numidie un vent de sud ayant précipité les sauterelles sur U côte, leurs cadavres amoncelés donnèrent lieu, en se décomposant, fi une maladie pestilentielle. Dans certaines localités, on les pousse dans d'énormes tranchées, et on les y recouvre de terre letsqu’elles les ont comblées.

dont son ventre est armé, et dont l’insecte fait usage pour piquer ses ennemis et inoculer dans leur chair une gouttelette de liqueur qui cause d^la douleur, de l’inflammation et de l’enflure.

B. Mode d’existence. La manière de vivre et les mœurs de la Guêpe, sont absolument les mêmes que celles de l’abeille. Comme cette dernière, elle vit en société et construit des nids que l’on nomme guêpiers. Souvent ces nids, de couleur grisâtre et de volume variable, sont filés dans les vignes, aux arbres, ou aux échalas.

C. Moyens de destruction. Ces moyens seraient difficiles et même quelquefois dangereux, surtout si l’on voulait attaquer les nids. Mais heureusement, la Guêpe compte de nombreux ennemis , principalement parmi les oiseaux et, nous le répétons, ce n’est que bien rarement, et par exception qu’elle se multiplie assez pour causer aux vignobles de notables dommages.

10“ Les Guenilles. — Le mot chenille, qui sert de titre à ce paragraphe, ne peut être employé en histoire naturelle, ni pour désigner un groupe d’insectes, ni pour en désigner un seul; l’entomologie ne connaissant, en effet, aucun insecte auquel elle applique un nom qui ne lui sert qu’à exprimer un état particulier de, l’un des grands ordres, parmi lesquels elle place les êtres nombreux, objets de ses études.

On nomme donc chenille, ep histoire naturelle, l’un des états par où passent les lépidoptères ou papillons, dans le cours des quatre transformations ou métamorphoses qui leur sont particulières et qui comprennent, l’état d’asuf, l’état de chenille, l’état de chrysalide ou nymphe, l’élat de papillon. Les chenilles sont les larves des papillons, comme les vers blancs , les mans, sont celles des hannetons.

Le cultivateur qui n’a pas à s’occuper de ces distinc-

lions et qui manque trop souvent, en histoire naturelle, de connaissances qui pourraient lui être Lien nécessaires, qualifie de chenilles une foule d’insectes tout à fait distincts les uns des autres, mais dont il n’a à se plaindre, en effet, que sous cet état; que durant la période d’existence qui s’écoule entre leur sortie de l’œuf et leur transformation en chrysalide.

Ceci admis, on voit que si nous voulions nommer et décrire tous les insectes ou papillons dont les chenilles attaquent la vigne, nous aurions un travail considérable, sans compter que nous nous verrions exposés à des répétitions aussi ennuyeuses qu’inutiles.

Faisons donc comme les cultivateurs, considérons les chenilles qui attaquent la vigne, qui vivent de ses feuilles, comme autant d’ennemis de celte plante; décrivonsles d’une manière générale, comme s’il s’agissait des genres auxquels elles peuvent appartenir; examinons-les des différents points de »ue où nous nous sommes placés à l’égard des autres insectes et désignons enfin, pour les principales, pour les plus malfaisantes, les papillons qui les ont produites et qu’elles doivent produire à leur tour.

A. Description. « Les chenilles, dit V. Audouin, présentent des caractères bien tranchés; elles ont une tête distincte; une bouche pourvue de lèvres, des mandibules et des mâchoires pour triturer, broyer et mâcher; un appareil de secrétion pour filer, situé au-dessous de la lèvre inférieure; des stigmates ou des ouvertures pour la respiration, placées de chaque côté du corps; enfin, des pattes de'deux espèces, les unes articulées au nombre de six, terminées chacune par un ongle, et fixées sur les trois premiers anneaux qui suivent la tête; les autres ne se montrant qu’ù partir du sixième anneau, au nombre de quatre à dix, inarticulées et formées par des tubercules

charnus dont le pourtour et parfois l’intérieur, sont armés de plusieurs petits crochets.»

Les chenilles ont ordinairement la forme d’an cylin* droïde allongé, leur peau est lisse ou velue, et leurs couleurs extrêmement variées, mais toujours les mêmes pour chaque espèce, le disputent souvent, par leur vivacité et par leur arrangement, à celles des fleurs sur lesquelles elles vivent.

B. Mode d'existence. L’existence des chenilles ne peut ja* mais être bien longue, puisque cet état de l’insecte n’est lui-même qu’une portion de son existence totale, laquelle lie comprend ordinairement qu’une saison de l’année et quelquefois beaucoup moins. Ainsi, il en est qui durent à peine quelques jours, tandis que d’autres peuvent vivre des mois entiers : cela dépend des espèces.

Généralement, les chenilles sont extrêmement voraces et on leur voit faire une consommation énorme des parties des végétaux dont elles se nourrissent, et le plus ordinairement des feuilles. Le développement rapide qu’elles doivent à cette grande alimentation, paraît être la cause des mues ou changements de peau qu’elles subissent et dont le nombre, qui peut aller jusqu’à neuf, est également réglé selon les espèces. Ces mues sont des époques critiques pour l’animal , que l’on voit alors rester immobile et cesser de manger pendant un ou deux jours. Vient enfin le moment du changement en chrysalide, qui est également précédé par la suspension de l’alimentation et qui donne lieu à des pratiques diverses selon les espèces; mais témoignant toujours, chez toutes, du plus adnlirable instinct.

Signalons maintenant, parmi le grand nombre de chenilles qui attaquent la vigne, celles qui peuvent causer à cette plante les dommages les plus sensibles.

li° Le Gociirus de la qrapfe (Cochylis omphaeiella) (1). — Voici, d’après V. Audoin, quelles sont les particularités les plus remarquables qu’offre cet insecte , à l’état parfait et à l’état de chenille.

Le papillon est long de 7 à 8 millimètres, quand ses ailes sont fermées, et lorsqu’elles sont étendues, il a environ de 14 à 15 millimètres d’envergure. Ses ailes antérieures sont jaunâtres, traversées par une bande d’on brun foncé, ses ailes postérieures d'un gris cendré.

La chenille ou ver, car on la désigne sous le nom de ver de la vigne, de ver de la vendange , enfin de ver-coquin est une larve à seize pattes, d’une longueur de 1 1 à 1 2 millimètres, de couleur brun clair et chargée, sur ses anneaux, de tubercules luisants, un peu plus foncés et desquels partent quelques poils courts et blancs.

Cette cbenille se montre dès le mois de mai. Au moyen de soies, elle enlace les fleurs et les petits grains déjà formés pour dévorer le tout avec plus de facilité. On a calculé qu’alors, trois de ces petites chenilies pouvaient facilement dévorer une grappe de grosseur ordinaire.

Plus tard, quand le raisin est formé, qu'il entre en maturation , une seconde génération de l’insecte donne lieu à de nouvelles chenilles, qui naissent sur le grain, le percent et pénètrent dans son intérieur pour en dévorer la chair jusqu'aux pépins. Les ravages peuvent être alors d’autant plus considérables que chaque chenille, de cette seconde génération, peut consommer quatre à cinq grains entiers pendant la durée de sa vie et en gâter un bien plus grand nombre.

Bien que lo ver-coquin fût connu des anciens (2), les : «

(I) DesigniS aussi sous les noms de teigne : Teigne de la vigne, Teigne de ta grappe, etc...

(Ü) Les livres saints le mentionnent.

observations dont il a été l’objet de la part des viticulteurs modernes, ne remontent pas bien haut. Bonnet, vers 1740, l’observa à Genève et le décrivit; Pazumot en entretint l’Académie de Dijon, en 1769; Béguillet, le mentionna dans son œnologie, en 1770; enfin, l’abbé Rozier, en le désignant sous le nom de teigne de la grappe, ajoutait qu’il se trouvait principalement dans les provinces de Bourgogne, de Champagne, du Dauphiné, du Lyonnais, du Beaujolais, etc... 11 est positif, en effet que, dans le Bordelais, on n’a jamais cité ses dégftts comme dignes de quelque attention.

12“ Les noctcellks (Noctua). — Les insectes ainsi nommés sont des lépidoptères ou papillons nocturnes, qui admettent un très-grand nombre d’espèces, dont quelques-unes, trois selon V. Audoin, peuvent nuire à la vigne : la Noctuelle épaisse, la N, obélisque, la N. Aigle.

Les papillons assez semblables, de ces différentes espèces, ont de 20 à 25 millimètres de long. Ils sont de couleur foncée et offrent sur leurs ailes trois lignes, soit blancb&tres, soit noirâtres et plus ou moins tranchées.

Les chenilles sont connues par les cultivateurs sous le nom de ver-gris, ce qui désigne déjà leur couleur dominante, laquelle n’exclut pas néanmoins quelques lignes longitudinales, d’un noir plus ou moins vif, et quelques teintes verdâtres et autres. Elles ont jusqu’à 5 centimètres de longueur et sont sans poils.

Ces chenilles vivent dans la terre, mais elles la quittent •epcndant la nuit pour grimper sur les ceps et en dévorer les bourgeons au moment de leur épanouissement. Lorsqu’elles sont rassasiées de cette alimentation, elles se laissent tomber sur la terre pour s’y cacher de nouveau.

13° Les bohbix {Bombyx). — Ces lépidoptères, nocturnes comme les précédents, offrent plusieurs espèces dont les

chenilles sont nuisibles à la vigne, tels sont le Dombix mendiant, le B. lubricipède, le B. villageois, et surtout le B. caja.

Le papillon, du Bombix caja, l’un des plus jolis de nos contrées, est long de 4 centimètres ; ses ailes antérieures sont brunes, ornées de rigoles blanchâtres, irrégulières ; ses ailes postérieures sont rouges et offrent six ou sept taches d’un bleu foncé, ceintes de noir. (Fig. 68.)

La chenille, qui peut dépasser 5 centimètres de longueur, est noire, dit V. Audoin, avec des bouquets de poils de la môme couleur, implantés sur des tubercules également noirs; les trois premiers anneaux et les pattes sont garnis de poils, d’un roux vif, qui sont insérés sur des tubercules d’un blanc bleuâtre; la tôte est d’iïn noir brillant; les pattes sont brunes, ainsi que la partie ventrale; la blancheur éclatante des stigmates les fait ressembler b une rangée de perles. (Fig. 69.)

Fig. 69.

Cette chenille ne vit pas exclusivement de la vigne, mais souvent cependant on l’y rencontre en très-grand

nombre. M. Dunal cite, entre autres, une vigne de 30 ares seulement, où l’on aurait facilement tué, dans une matinée, douze cents de ces grosses et voraces chenilles. Elle marche assez vite, et quand on veut la prendre elle se pelotonne comme un hérisson. Elle est commune dans les jardins sur les laitues.

14* Le sphinx de la vigne {Sphynx elpenor). — Le papillon ainsi nommé a 60 à 65 millimètres d’envergure; il est rose, avec les ailes antérieures d’un vert jaunâtre tendre, ayant leur bord costal et trois bandes transversales roses.

La chenille, dit encore V. Âudoin, longue de 8 centimètres, quand elle est adulte, est d’un brun grisâtre entrecoupé de noir ; elle présente sur les quatrième et cinquième anneaux deux taches latérales noires, orbiculaires, marquées d’une tache d’un brun verdâtre, avec un cercle d’un blanc violacé. La corne caudale, propre à la plupart des chenilles du Sphinx, est noire avec l’extrémité blanchâtre. Les pattes écailleuses sont d’un gris luisant, et les pattes membraneuses sont brunes. Dans le jeune âge, cette chenille est verte; quelquefois même elle conserve, pendant toute sa vie, cette couleur; mais ses dessins ne dilfèrent jamais.

Cette chenille, qui recherche particulièrement les plantes du genre Epilobe, très-communes d’ailleurs dans les marais du Médoc, attaqne aussi les feuilles de vigne, mais sans nuire sensiblement aux autres parties plus essentielles du cep.

16® La pybalx de la vigne {Pyralis). — Voici un insecte dont on a beaucoup parlé, il y a une quinzaine d’années, alors qu’il menaçait d’anéantir les produits de la plupart des grands vignobles de la France, et que rien de véritablement efficace n’avait encore été trouvé pour mettre fin

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à ses ravages, ou simplement pour en diminuer l’importance.

Plus heureux que les départements de l’ancienne Bourgogne, que ceux des rives du Rhône, que ceux qui avoisinent les Pyrénées-Orientales, etc., celui de la Gironde n’eut pas à souffrir du fléau, bien cependant qu’il eût été possible de le signaler dans son voisinage : dans la Haute Garonne et dans la Charente-Inférieure.

Le papillon de la Pyrale, dit V. Audoin, est d’une longueur de il à 16 millimètres ; son envergure mesure 20 à 2-1 millimètres. Ses ailes antérieures sont jaune pâle, à reflet d’un vert doré, avec une tache près de leur base et trois bandes transversales brunes. Ses ailes postérieures sont de couleur grise violacée, uniforme. Ses pattes et son abdomen sont d’nn jaune gris&tre.

La chenille, continue le même auteur, dont la longueur totale peut atteindre de 2 centimètres et demi à 3 centimètres, est verte, plus ou moins jaunâtre, avec des bandes d’un vert jaunâtre, ou d’un vert obscur, et des taches punctiformes, lisses et blanchâtres, munies chacune d’un poil ; la tête noire, et le premier anneau brun ou noir, ^b’^vantage que nous avons eu jusqu’ici de nous trouver à l’abri des atteintes de la Pyrale, joint aux ouvrages nombreux qui ont été publiés sur cet insecte (1), nous dispensent d’entrer à son égard dans de plus longs détails.

C. Moyens de destruction des chenilles. Le ver de la vigne, ou ver-coquin, est bien difficile à détruire sous cet état, et le conseil qui a été donné de saupoudrer la vigne avec de la poussière de grand chemin, pour le faire périr, ne

(I) Surtout l’ouvrage capital de V. Ai’doin, dont nous avons extrait de si précieux renseignements, bien qu'il ait pour but essentiel la Pyrale, ainsi qne l’indique son titre : Uistoire des insectes tiuisibles à la cigne, et particuliérement de la Pyrale, 1842. Avec 22 planches enluminées.

LA VlfiNE DANS LE BORDELAIS

paraît pas avoir eu de succès. A l’état de papillon, on a pensé qu’il pourrait être plus facile de l’atteindre au moyen des feux, conseillés principalement pour la Pyrale.

On a pensé aussi que les chenilles des Noctuelles pourraient être atteintes avec assez de facilité dans la terre, où elles séjournent le jour et où elles attaquent ainsi les racines de la vigne.

Celle du Bombix caja est assez grosse pour être vue facilement et pour être enlevée avec la main. Il en est de même à l’égard de celle du Sphinx elpénor.

Quant à celle de la Pyrale, par les motifs déjà exprimés, nous renvoyons ceux qui pourraient avoir à s’en plaindre aux ouvrages spéciaux dont cet insecte a été l’objet.

Mais, à l’égard de toutes ces chenilles, nous dirons avec Olivier de Serres : « Pour les faire mourir, ne faut que cultiver souvent le fonds de la vigne pour, en rompant leurs nids, les détourner de s'engeancer : à quoi est bon aussi mêler quelquefois au guéret des cendres de lessive ou buée, des sciures de bois, des suies de cheminées, des sablons, des fumiers propres à la vigne et autres engraissements; car tout cela contrarie à toutes telles races de vermine (1). »

Le nettoiement des abords des vignes , la destruction des ronces, buissons, etc., qui les avoisinent et qui sont sans utilité, et par dessus tout, réclienillage en temps opportun, tels sont autant de moyens préventifs d’une grande valeur.

Proclamons aussi et proclamons-le bien haut, combien, à ce point de vue, les oiseaux peuvent prêter à l’agriculture un salutaire concours; combien il serait désirable qu’on épargnât davantage des auxiliaires dont la diininu-

(I) Théâtre d’Agriculture, etc., li<'. 111, cl', v.

tion trop rapide et la disparition totale ne pourraient qu’esposer l’agriculture aux plus graves dangers.

Ce sont ceux surtout qui ont reçu de la Providence la mission de délivrer les champs, de délivrer les villes, de délivrer nos habitations des insectes qui y pulluleraient; au grand désavantage des plantes, des animaux et des hommes même, dont l’industrie serait bien embarrassée s’il fallait se garantir directement de ces hôtes importuns ou incommodes, quelquefois même de ces ennemis acharnés.

On sait quelle est à cet égard l’active et incessante sollicitude de l’hirondelle qui n’apparatt dans nos climats qu’au moment où les insectes se développent, et qui ne les quitte que lorsqu’ils ont gagné les retraites dans lesquelles ils doivent passer l’hiver. Celle du moineau n’est ni moins grande, ni moins utile, malgré les ressentiments que lui attirent sa voracité et ses instincts pillards. A cet égard, nous pouvons rappeler qu’un observateur anglais, U. Bradely, s’est assuré qu’un couple de moineaux ayant des petits à nourrir, détruit pendant ce temps 3,360 chenilles par semaine, à raison de 40 par heure, et en supposant qu’il ne s’en occupe que douze heures par jour.

C’est en vain que, pour se soustraire aux oiseaux qui se nourrissent de leur corps, qui en nourrissent leur progéniture, les chenilles ont été douées d’avantages qui font que, par leur manière d’être, leur attitude, leur couleur surtout, grand nombre d’entre elles ne peuvent être que très-difQcilement distinguées des branches, des rameaux, des feuilles sur lesquelles elles séjournent C’est en vain que, pour le même motif, l’instinct leur a suggéré des ruses qui feraient honneur à des animaux bien plus avancés dans l’échelle de l’organisation : rien de tout cela ne saurait les soustraire à l’atteinte de leurs ennemis ailés.

qui les épient sans cesse, qui les voient du haut des airs, qui ont mission de les atteindre et de les détruire.

Mais ce n’est pas tout, et comme tous les autres insectes qui nous ont déjà occupés, les Lépidoptères à l’état d’œufs, de chenille et de chrysalide, ont des ennemis nombreux et acharnés parmi les individus de leur propre classe.

V. Audoin, en s’occupant de la Pyrale, mentionne un grand nombre de ces insectes de proie, en faisant remarquer qu’il en est que l’on peut, en quelque sorte, qualifier d’omnivores, à l’égard des chenilles, qui toutes leur conviennent; tandis que d’autres, au contraire, ne font la chasse qu’à une seule espèce, à l’exclusion de toutes les autres. Bien que la liste en soit longue, nous allons néanmoins l’exposer avec quelques-uns des détails les plus intéressants qu’elle peut offrir.

Parmi les Coléoptères, il faut citer, dans la famille des Carabiques, le Carabe doré (Carabus auratus), dont nous avons déjà signalé l’instinct destructeur et carnassier. Dans la famille des Halacodermes, le Malachie bronzé (MeUachius œneus), qui peut à cet égard lui être comparé.

Parmi les Névroptères, dans la' famille des Myrméléoniens, l’Hémérobe-perle (Hemerobius perla), à qui V. Audoin a vu dévorer les œufs et les chenilles de la Pyrale.

Parmi les Hyménoptères, plusieurs espèces appartenant à la famille des Ichneumoniens, si habiles, nous l'avons dit, à déposer dans le corps même des chenilles les œufs d’où sortiront des larves qui les dévoreront. A celle des Chalcidiens, que la nature adoués d’instincts analogues. A celle des Oxyuriens, qui donnent lieu à des larves capables de pénétrer également, après leur naissance, dans le corps des chenilles. Enfin, àcelle des Euméniens, dont la prévoyance est telle, qu’on les voit ramasser et mettre en lieu de sûreté des larves destinées à alimenter une progéniture qui

ne naîtra cependant qu’après la mort de ces tendres et prévoyants parents.

Parmi les Diptères, le Syrphe hyalin ({Syrphys hyalinatus), de la famille des Syrphlens, dont la larve dévore certaines chenilles après les avoir recouvertes d’une matière gluante. La Mouche des jardins (Musca horlorum), de la famille desMusciens, également douée de la faculté de déposer sur le corps des chenilles des œufs d’où sortiront des larves qui pénétreront dans ce corps et s’en nourriront

Parmi les Orthoptères, nous trouvons le Perce-Oreille {Forficula auricularia), qui ferait la guerre aux chenilles delaPyrale, et autres sans doute, pour leur faire excréter un liquide dont cet insecte est extrêmement friand.

Parmi les Araignées, toutes celles que l’on rencontre dans les vignes, car toutes n’y sont attirées que par l’instinct carnassier qui les porte à faire la guerre aux insectes vitivores, et à déployer contre eux les ruses les plus ingénieuses.

Cependant dans ce genre une espèce mérite particulièrement d’être signalée*: c’est le Théridion bienfaisant {Theridion benignum, Valkenaër). u Cet animal, qui rend des services positifs à l’agriculture, dit V. Âudoin, en détruisant un grand nombre d’insectes vitivores, n’est long que de 2 ou 3 millimètres; il est noirâtre; son abdomen est ovalaire, de couleur fauve, ayant à sa partie dorsale une tache noire, de forme carrée ; ses pattes sont rougeâtres. D établit ordinairement sa toile, qui est irrégulière et trèsfine, entre les grains des raisins. »

Enfin, parmi les Mollusques, il faut encore comprendre la Limace agreste (1) (Umax agreslis), qui parait consom-

(I) Que l'on nomme improprement Loche, et dont lavorscité est connue des agricnltcurs et des jardiniers.

mer pour sa nourriture un grand nombre des œufs d’où seraient sorties des chenilles, ou des larves des Coléoptères divers qui ont l’habitude de déposer ces œufs sur les feuilles de vignes. La grande multiplication de cette limace durant les années humides, et la voracité qui lui est particulière, expliquent suffisamment comment le cultivateur, qui a tant à s’en plaindre ailleurs, peut cependant, en cette circonstance, lui devoir de signalés services.

Les torts, souvent si considérables pour les plantes cultivées, aussi bien que pour les plantes sauvages, que nous savons être la conséquence des déprédations des insectes; la guerre incessante et acharnée qui règne entre les espèces nombreuses de celte classe d’êtres : tout cela serait de nature à nous donner une triste idée de la prévoyance et de la sagesse de la Providence, si nous ne devions y voir, au contraire, la preuve la plus manifeste de cette prévoyance et de cette sagesse : un moyen admirable de maintenir constamment l’harmonie dans l’ensemble de la création.

Sans les chenilles, la végétation, en certains cas et en certains lieux, pourrait prendre un développement qui deviendrait nuisible, et, sans les ennemis des chenilles, ces insectes pourraient à leur tour porter aux végétaux des torts trop notables, anéantir même complètement plusieurs de leurs espèces ; car la puissance de multiplication de ces animaux est telle que, selon Muller, un seul couple de chenilles peut, en dix ans, donner lieu à 1,953 billions d’individus !

Quant aux cultures qui nous intéressent, et auxquelles nous accordons tant de travaux et de sollicitudes; si nous les voyons atteintes par des ennemis si nombreux, si actifs, si acharnés, si difficiles à détruire, n’est-ce pas aussi

CIRCONSTANCES, ETC... NUISANT A LA VKiNE 395

parce que les plantes qui les composent, protégées et soignées par nous de préférence à toutes les autres, menacent de devenir dominantes, exciusives; en un mot, de troubler l’harmonie de la nature ?

N’est-ce pas parce que le produit que nous en retirons doit toujours être, conformément aux paroles mémorables qui furent dites au premier homme, le gage de nos peines et soins, ie prix de nos sueurs ?

>ioUnM|ae«. — Sous le nom de Mollusques, tes naturalistes distinguent des animaux en très-grand nombre, dépourvus du squelette, ou charpente osseuse, qui caractérise en général ceux qu’ils désignent sous le nom de vertébrés.

Ce nom de mollusques, qui signifie mous, leur a été donné parce que leur corps, privé de pièces dures, solides et capables de le soutenir, se trouve ainsi sans consistance et protégé seulement par une peau lâche, molle et visqueuse, qui l’enveloppe comme un manteau.

On comprend que l’organisation intérieure de ces animaux doit aussi offrir des caractères tout particuliers, ainsi que le prouve du reste celte circonstance capitale, qu’ils ont le sang hlanc ou bleuâtre et froid.

Ils ne sont Jamais pourvus des cinq sens; peu ont des yeux, moins encore des oreiiles, on n’est pas fixé sur i’odorat et sur le goftt; mais à l’égard du toucher, on suppose qu’il doit être assez développé chez quelques espèces, à en juger par la mollesse et la finesse de la peau qui les enveloppe, et aussi par ies observations qui ont pu être faites à cet égard.

Ils ont la propriété de secréter un suc qui donne lieu en se durcissant, à une enveloppe solide, ou coquiile, do nature calcaire , comme chez les limaçon». Quelquefois

aussi, cette espèce de bouclier pierreux est renfermé dans l’épaisseur de la peau, et alors l’animal parait entièrement nu, comme les limaces, vulgairement loches.

Les mollusques sont ovipares, c’est-à-dire, qu’ils naissent d’un œuf et avec les formes qu’ils doivent conserver durant toute leur vie. Doués du reste d’un instinct borné, et privés des moyens de défense que ne peuvent leur fournir ni leur force, ni leur agilité, ni même leur industrie, ils ne se maintiennent et n’acquièrent souvent un nombre considérable, qu’à l’aide de leur fécondité et de la ténacité de leur vie, et aussi à l’aide des circonstances fortuitesqui viennent parfois favoriser ces facultés passives.

Cuvier divise les mollusques, dont le nombre d’espèces connues dépasse aujourd’hui cinq mille, en çix classes. Lue seule de ces classes nous intéresse, c’est la troisième que le savant naturaliste désigne sous le nom de gastéropodes (1) et qui comprend les mollusques ayant pou| caractères principaux une tête facile à distinguer, un pied ou disque charnu, comme organe de locomotion.

C’est dans cette classe effectivement et parmi les gastéropodes terrestres que se trouve le genre hélix, hélice, limaçon, escargot, etc...

EJmacon on B«rargol [Ilelix]. — Ce mollusque est ainsi nommé d’après le mot latin limus, limon, et à cause de la mucosité limoneuse dont son corps est toujours enduit, de même qu’un autre genre qui lui est très-voisin, le genre Limax (limace) et qui renferme des espèces bien connues, quoiqu’improprement désignées par les agriculteurs et les horticulteurs, sous le nom de loches.

(I) Dts duBi mots grecs, ventre el pied; dont le rapprochement indique l'une des circonstances caractéristiques de ces animaux : marcher sur le ventre.

CIRCONSTANCES, ETC... NUISANT A LA VIGNE .Tî).-,

La Singularité de l'organisation du Limaçon, que l’on voit traîner avec lui sa demeure ; souvent les belles couleurs de sa coquille, la facilité de le prendre, le mets qu’il fournit les dégâts qu’il commet ; tout se réunit pour le signaler à l’attention du moindre observateur, et pour faire cornprendre qu’il a dû être connu dès la plus haute antiquité.

Effectivement, le? Uvres saints en ont parlé (l) Aristote et Diüscoride l’ont décrit, et les Romains, comme on le voit dans Varmn et dans Pline, avaient trouvé l’art d engraisser, pour la table, des Limaçons qu’ils faisaient venir à grands frais de diverses parties de l’Italie, de l’Illyrie, de l’Afrique et des îles de la Méditerranée.

^ Enfln, ce moliusque a été, de la part des modernes l’objet d’études nombreuses, ayant pour but : soit sa connaissance au point de vue de l’histoire naturelle; soit son emploi comme aliment; soit les dégâts qu’il peut causer en horticulture et en agriculture, et les moyens divers de s’y opposer. C’est à ce dernier point de vue particulière- ' ment que nous allons l’examiner nous-môme.

A. Description. — Ainsi que nous venon.s de le dire, le Limaçon est trop anciennement et trop généralement connu, pour que nous nous assujettissions à en faire ici la description que pourrait comporter un traité d’histoire naturelle. Tout le monde sait que lorsque l’animal sort de sa coquille, sa tête présente quatre tentacules rétractiles, vulgairement nommées cornes, et que les deux plus petites de ces tentacules portent les yeux à leur sommet. (Fig. 70 ) C’est cette organisation toute particulière qu’avait eii vue le poète, quand il disait ;

Tol-mêroe, insecte impur, qui traînes ta prison,

Toi, que notre courroui écrase avec raison ;

(IJ Psaumes : Ch. LVllI, v. 9.

Qoe je dois t'admirer quand tu me développes Les étonnants ressorts de tes longs télescopes.

Et qu'à mc' yenx surpris tu présentes les tiens Qu'élèvent par degrés ieurs mobiles soutiens (i)l

liR bouche du Limaçon est allongée et armée supérieu-

Fig. 70.

renient d’une mâchoiré courbe, dentée, et dont M. de Blainville fait parfaitement comprendre la disposition en lu nommant peigne dentaire. C’est au moyen de cette mâchoire et peut-être aussi de la propriété qu’il a de pouvoir ramollir les tissus les plus durs en les humectant, que l’animal attaque les feuilles, les fruits, les écorces, dont il fait une grande consommation.

B. Mode d'existence. — Un naturaliste français des plus distingués et des plus dignes de notre confiance, puisque scs études ont toujours eu pour but le bien de l'agriculture, M. Macquart, de Lille (2) s’exprime ainsi sur le sujet qui nous occupe. « Les hélices ou escargots sont au nombre des mollusques dont l’instinct et les habitudes sont

(1) Racine fii.s : La Religion, chant I".

(2) Au moment où nous écrivions ces iignes, nons apprenions la mort de M. Macquart. Le savant naturaiiste est mort à un âge avancé, il est vrai : bien cependant qu'il soit également vrai do dire que la vie de l'homme utile, de l’homme qui rend des services, est toujours trop courte.

les plus dignes d’attention. Ils ont la merveilleuse aptitude de régénérer les tentacules, les yeux et même la tête qui leur ont été enlevées (1). Dans leurs amours, nous les voyons réaliser bizarrement la fable des flèches de Cupidon; car, avant leur union, deux individus se lancent un dard renfermé dans une bourse, pour se rendre réciproquement favorables (i). Ils déposent leurs œufs dans les troncs des vieux arbres ou sous les feuilles sèches et humides, en y faisant des excavations avec leur pied. Lorsque les petits sont éclos, ils se nourrissent d’abord de la pellicule de l’œuf (3), qui, consistant en carbonate de chaux, favorise le développement de la coquille. Ensuite ils se nourrissent d’herbe, à l’exception d’une seule espèce singulière {Hélix Algii a), qui dévore ses semblables. Lorsque les premiers froids de l’automne se font sentir, les escargots cessent de se nourrir et se réunissent en grand nombre, sur les bords des fossés, dans les buissons et les haies, et se disposent à leur retraite hivernale. Chaque individu se forme une cavité en secrétant sur la plante du pied beaucoup do mucus qu’il lie à la terre et aux feuilles sèches, de manière à élever autour de lui une espèce de muraille dont il presse et polit les parois par le mouvement circulaire de sa coquille. Une voûte est construite par le même procédé. Ensuite il retire sou pied en dedans, le couvrant de son manteau; il ouvre l’orifice respiratoire et y introduit de l’air; puis il formeavec son mucus, une membrane située entre le manteau et les substances extérieures. Bientôt après, le manteau secrète

(t) Pourvu cependant qu'on n’aille pas jusqu’à extirper les ganglions nerveux qui entourent l'œsopbage.

(2) Suivant M. Bouchard, il parait que ce dard n’existe que cliez le individus qui s'accouplent pour la première fois.

(3) Kitby.

SUT toute sa surface une grande quantité de fluide blanc qui sèche à l’instant, et ferme exactement la bouche de la coquille. Lorsque cette espèce d’opercule ou d’épiphragme est durcie, l’animal en détache son manteau, ensuite, expulsant une partie de l’air qu’il a inspiré, et étant ainsi réduit de volume, il se retire un peu plus avant dans sa coquille, forme une nouvelle couche de mucus et continue ainsi, répétant cette opération jusqu’à ce qu’il y ait quelquefois cinq ou six de ces couches formant autant de cellules remplies d’air entre lui et l’épiphragme, et qui se trouvent plus nombreuses dans les escargots habitants des montagnes que dans ceux des plaines. Enfin il cesse de se mouvoir ; il s’engourdit et tombe dans l’état d’hibernation. Au retour du printemps, il reprend du mouvement, il avance le pied, rompt la première cloison, respire l’air qui se trouve dans la première cellule, parvient successivement jusqu’à l’épiphragme qui cède à ses efforts; sort enfin et rompt son long jeûne (t),

« Toutes ces habitudes des escargots signalent les soins de la Providence. Ces animaux ne peuvent ni prévoir le degré de froid auquel ils peuvent être exposés dans leur état d’hibernation, ni savoir par quel moyen ils peuvent se préserver des effets qu’ils en ressentiraient; mais la bonté suprême y pourvoit : à un moment déterminé par elle, souvent sans être stimulés pur l’abaissement de la température, mais obéissant à l’excitation instinctive d’une puissance secrète, ils commencent à construire leur habitation hivernale et se livrent à tous les actes que nous venons de décrire (2). j>

Ces détails, pleins d’intérêt, nous font comprendre com-

il) Gaspard et Beu.; Z'joI. Joumai.

(2) .M. .VACQfART : FnrvUés intérieures des animaux imertébrés.

ment est-ce qu’il se fait que les limaçons peuvent résister aux froids de l’hiver et comment l’espèce peut se montrer de nouveau, même après les froids excessifs de 1709, de 1830. Ils nous font comprendre aussi, pourquoi au printemps, lorsque les limaçons s’élèvent sur les ceps de vignes et sur les échalas, il arrive souvent, pour peu que la terre soit humide en ce moment, que leur coquille se montre avec des empreintes de boue, des fragments de la terre dont l’animai vient de se dégager.

Un autre fait bien essentiel, et qu’il convient aussi de mentionner ici, c’est que les Limaçons, exigeant pour la constitution de leur coquille, du carbonate de chaux, leur abondance, toutes choses égales d’ailleurs, esf toujours plus grande dans les terres de cette nature ou dans celles au moins dont le sous-sol est calcaire ou marneux. C’est ainsi notamment, qu’en 1833, où les limaçons, par leur nombre, constituèrent un véritable fléau, les contrées do la Gironde qui eurent le plus à en souffrir, furent Saint- Êmlllion, Bourg, Blaye, Barsac, les coteaux calcaires, et les communes des graves et du Médoc à sous-sol marneux. « Les limaces peuvent très-bien vivre sur une terre qui manque presque entièrement de calcaire et l’infester tout entière; mais on ne pourra trouver de colimaçons en abondance au pied des haies, que là où la chaux se trouve présente en grande abondance, et où ces animaux pourront facilement l’obtenir pour constituer leurs coquilles (2). »

« Lorsqu’on s’élève sur les montagnes, dans les Alpes, dans les Pyrénées, dans l’Auvergne, on voit le nombre des mollusques diminuer insensiblement. On n’en trouve plus,

(t) JoxasTOü : Élémmts de chimie agricole.

OU presque plus, quand on est arrivé sur les terrains schisteux ou granitiques (1). »

Une observation bien curieuse à cet égard et tout à fait pratique, est celle dont nous faisait part, en 1853, notre savant compatriote etcollègueM. Cb. Des Moulins, comme l’ayant recueillie sur sa propriété de La Souys, commune de Bouillac, près Bordeaux. Deux parties composent cette propriété : la Côte et la Palu; la formation calcaire et la formation tourbeuse. Sur cette première partie, le ravage des limaçons, par rapport à la vigne, était complet; mais une ligne des plus nettes et des plus tranchées indiquait la flu de ce ravage, dès que la formation calcaire faisait place à la formation tourbeuse.

Une autre cause qui fait varier le nombre des limaçons d’année en année, et qui peut souvent favoriser’ leur multiplication jusqu’au point de les faire considérer, par les vignerons, comme un véritable fléau, c’est la météorologie; ce sont les saisons pluvieuses, les hivers sans gelée, c’est l’humidité qu’ils recherchent particulièrement et qui convient à leur organisation; c’est l’absence de froids capables de les atteindre dans leurs retraites, de détruire leurs œufs.

Notre siècle compte plusieurs années qui peuvent être citées sous ce rapport. Notons, comme ayant été mieux observées 1843, 1846, 1853, 1867.

En 1843, on vit, au mois de mai, des pièces entières de vignes qui n’offraient plus de feuilles, et dont toute trace de verdure avait disparu, comme au sein de l’hiver.

En 1846, des circonstances analogues se produisirent, et l’on vit alors le maire de Tune des communes du Mé-

(I) A. Moocin'-Tahdon ; Histoire naturelle des mollusgttes, 1. 1, p. 5G.

doc, prendre un arrêté spécial pour contraindre ses administrés, dans l’intérêt de la salubrité publique, à enfouir les limaçons qu’ils étaient de leurs vignes, et non à les abandonner sur les chemins , après les avoir écrasés, comme c’est l’usage.

En 181)3, le mal parut être plus grand encore. Assaillies dès les premiers jours du printemps, les vignes d’un trèsgrand nombre de localités, furent bientôt réduites à l’état où elles sont durant l’hiver, durant les mois où elles n’offrent ni bourgeons, ni feuilles, ni pampres. C’était, écrivions-nous alors, un spectacle tout à fait inusité, que celui qu’offraient les vignes de la Gironde à cette époque de l’année, à cause des ouvriers nombreux qui en parcouraient les rangs et s’arrêtaient successivement à chaque pied, comme si l’on eût été aux vendanges, comme si déjà le moment était venu de les dépouiller de leurs fruits. Mais ces efforts, ces dépenses ne conduisaient, après tout, qu’à de très-médiocres résultats; il suffisait d’une nuit, pour que la terre, échauffée par le soleil du printemps, laissât s’échapper de son sein et gravir le long des ceps et des ëchalas, les nouveaux limaçons dont elle avait reçu les innombrables germes durant deux hivers consécutifs sans gelée et sans glace. En 1867, on a revu tous ces faits : les maires ont pris des arrêtés pour prescrire l’enfouissement des mollusques. Des écoles primaires ont fait vacances, pour augmenter les bras employés à leur faire la chasse. >

Ces animaux, d’une voracité extrême, ne nuisent pas à la vigne, seulement en dévorant ses feuilles et ses pousses encore tendres, en la privant de bois pour la taille de l’année suivante ; mais aussi en répandant, durant leur trajet nocturne, une liqueur visqueuse sur ses bourgeons.

LA Vir.NE DANS LE BORDELAIS

en contrariant ainsi le développement et l’épanouissement de ces bourgeons.

I partout : une, ff. axpersa; dans les lieux frais : deux, H. nememlis: H. hortentis;

dans les lieux secs : quatre, fl. rhodosthoma, H. varioMlis H. carthusiana, fl. ericetorum, ,

Maintenant, nous devons signaler les espèces du genre Hélix qui, dans la Gironde, sont particulièrement hostiles à la vigne (1). Ces espèces sont au nombre de sept au moins et peuvent être réparties en trois classes, comme ci-dessus: 1° Le limaçon vuLSAnu:. — Hélice chagrinée {Hélix aspersa). — Tout le monde connaît ce Limaçon, le plus commun et le plus vorace de tous ceux qui habitent nos contrées (2). 11 peut atteindre la grosseur d’une noix; sa coquille est d'un gris foncé, avec des chinures roussêtres,

( I ) Il y a quelques années que M . Cb. Des Moulins publia, dans le B’illelin d’Histoire naturelle de la Société Linnéenne de Bordeaux, le Catalogue des espèces et variétés de mollusques testacés terrestres et fluviatiles, observés dans le département de la Gironde, etc... Or, parmi ces mollusques, le genre ïlelix figure avec 22 espèces.

Heutlonnons aussi, comme propres à fournir les indications les plus précieuses, les deux ouvrages suivants :

Tableau méthodique et descnptif des mollusques terrestres de l'Agenais, par M. J. B. Gassies.

Histoire naturelle des mollusques terrestres et d’eau douce qui rirent en France, par M. l’abbé Dupny, d'Auch.

(2) Plusieurs personnes donnent improprement à ce limaçon le nom de Limaçon des vignes, Limaçon vigneron. Ce dernier, bien différent, est nommé par les naturalistes flc/ia: pomalta. il est gros comme un abricot, sa coquille est blanchâtre avec des zones roussltres, etc. On le trouve dans la France septentrionale et noUunment aux environs d' Amiens Très-recherebé par les gourmets, à cause de sa grosseur et de sa succulence, il avait aussi excité la sensualité des Romains ; car c’est l’espèce qu’ils faisaient venir de fort loin pour l'engraisser.

Ou trouve aussi, dans la Gironde, une variété de limaçon commun à coquille de couleur grls-jannitre [HeHx griaea), parsemée de i>ellts points noirs.

et le bord de l’ouverture de cette coquille est d’un blanc de faïence très-éclatant. L’animal est gris foncé, avec des rides nombreuses. (C’est celui de la figure 70 ci-dessuS.)

Ce mollusque s’accouple en été et pond, cinq à huit jours après, un nombre considérable d’œufs, de cinquante à cent et au-delà, répartis dans deux trous. Ces œufs sont ovales; ils ont quatre millimètres de longueur sur trois et demi de largeur; leur couleur est blanc-verdfttre. On les trouve agglomérés par une mucosité incolore et gluante. Les petits éclosent vers le vingtième jour et ne deviennent adultes que dans les premiers mois de la seconde année.

'i.o La UMAÇÜN D£S BOIS, OD HénOEA, OD 6BAN0E UVHéS {Hélix nemoralis). — Le umaçoh dxs ja&ouis, on petite uvHÉE (Hélix horlensis). — Nous joignons ensemble ces deux espèces qui n’en font qu’une aux yeux du plus grand nombre; car pour les distinguer, les naturalistes se basent sur ces circonstances seulement, que la première a la coquille un peu plus grosse que la seconde, et que, chez celle-ci, l’ouverture de cette môme coquille, le pé> ristome, est toujours garni d’un cqrcle blanc, tandis que chez l’autre, ce cercle est de couleur brune-violàlre.

A part cela, ces deux espèces oHpont à l’œil des coquilles delà grosseur d’une forte noisette environ, presque toujours remarquables par la vivacité de leurs couleurs: soit unies, soit rehaussées par des bandes d’une teinte plus ou moins tranchée. Ainsi, il y en a de :

Jaunes citron, unies et sans rayures;

Jaunes, avec une bande brune, seulement visible en dessous ;

Jaunes, avec deux band^ brunes, dont une visible en dessus ;

Jaunes, avec trois bandes, dont une très-large, ordinairement placée inférieurement;

Jaunes, avec trois bandes égales ;

Jaunes, avec quatre bandes égales : rares ;

Jaunes, avec cinq bandes : les plus communes;

Roses, avec des bandes brunes disposées comme sur celles qui ont le fond jaune, etc., etc.

L’animal, proportionné à ces coquilles, varie entre les couleurs jaun&tre, blanch&tre et verd&tre.

Ces deux espèces de limaçons s’accouplent pendant toute la belle saison, et pondent dans un trou en terre ou dans le creux de vieux arbres. Leurs œufs, au nombre de cinquante à cent, sont ronds et blancs, et paraissent réunis en une sorte de pelote. Les petits qui éclosent au bout d’une quinzaine de jours, sont adultes à la fln de la seconde année de leur existence.

3* Le Limaçon ruodostome {Uelix rhodosUma. H. Pisam). — La coquille de cette espèce est à peu près de la même grosseur que celle des précédentes, mais elle est plus applatie. Sa couleur est très-variable, cependant elle est généralement d’un blanc assez clair, quelquefois aussi jaunâtre ou grisâtre. Tantôt elle offre des bandes fauves ou pourprées, tantôt ces bandes no sont qu’une suite de ta-, cbes irrégulières et en apparence sans ordre.

Un caractère qui serait précieux pour reconnaître cette espèce, s’il était persistant et s’il ne disparaissait presque complètement, peu de temps après la mort de l’aniinal, c’est la teinte rose prononcée qu’offre l’intérieur de la coquille à son ouverture. C’est aussi la perforation étroite et profonde, ombilic, qu’offre cette coquille, au point où la demi-ellipse que forme son ouverture, vient tomber sur la partie inférieure de la coquille.

L’animal est d’un blanc-jaunâtre.

Très-commune dans les contrées silico-caillouteuses de la Gironde, les Graves, cette espèce s’accouple en été et

a pond huit jours après, et à trois reprises différentes une soixantaine d’œufs ronds, gélatineux, luisants et de couleur blanc-verdâtre, légèrement recouverts d’un mucus ténu et miroitant. Les petits sortent de terre environ vingt jours après, et n’atteignent leur état parfait que l’année suivante (t). »

4“ Le umaçon variable {Hélix variabilis). — Pour quiconque n’est pas naturaliste, la seule différence qui parait exister entre cette espèce et la précédente, c’est que la dernière est d’un volume beaucoup plus restreint, et que son ombilic est proportionnellement plus ouvert et plus profond. Sa couleur est ordinairement blanchâtre, ou blanc roux; souvent aussi elle offre des bandes ou des fragments de bandes de couleur pourpre-noirâtre.

Très-ordinairement, l’animal est noirâtre, ou presque noir.

U Cette espèce pond en septembre et octobre, et à plusieurs reprises, dans la terre qu’elle creuse avec le mufle, soixante à quatre-vingts œufs ronds, blancs, opaques, qui éclosent après vingt jours. Les nouveaux nés atteignent leur accroissement complet à la fin de l’année suivante. C’est une des espèces qui pullulent le plus (3). »

Très-communément, en effet, il arrive de rencontrer des ceps de vignes, des échalas, des bornes, etc., littéralement couverts de cette espèce de limaçons.

5° Le umaçon des chahtrecx {Hélix carthusiana.) — Cette espèce offre une coquille applatie, grosse comme une petite fève, d’un blanc corné, avec une ouverture que garnit, intérieurement, un bourrelet blanchâtre, et extérieurement, une bordure d’un roux fauve.

(1) H. J.-B. Gasiies : ouvrage cité.

(2) M. J.-B. Gassies : ouvrage cité.

L’animal est blanchâtre, on d’un blanc Jaunâtre.

« L’Hélix chartreux pond en avril et mai des œufs gros pour sa taille, au nombre de quarante à cinquante. Les petits sont adultes à la fin de l’été ou ^ l’automne; c’est l’espèce dont le péristome (extérieur et bord de l’ouverture) tarde le moins à se former(l). »

6° Le uaAçoN rcbah {Hélix erketorum. — La coquille de cette espèce, à peu près de même grosseur que celle de l’Hélix variable, offre une cavité ombilicale très-large et tellement profonde qu’on dirait qu’eile parvient à l’extrémité opposée de la coquille, au sommet des spires. Elle est blanche ou cendrée, unicolore, ou ornée de bandes foncées et ordinairement bien prononcées.

L’animal est grêle, gris-bleuâtre, ou jaunâtre.

Ce Limaçon est surtout commun dans les prairies, les pelouses et les friches arides. Il garnit le sommet des tiges herbacées que le soleil de l’été a desséchées.

C. Moyens de destruction. — Le vigneron rencontre dans les limaçons des ennemis, il est vrai, qui ne le surprennent pas, qui ne le fuient pas, qni ne le déroutent pas par leurs ruses et leur audace ; mais qui cependant l’obsèdent, le fatiguent et finissent souvent par le décourager complètement, par leur opiniâtreté, leur ténacité et leur nombre parfois prodigieux.

Le meilleur et le plus sfir moyen de s’opposer aux dégâts de ces mollusques, c’est de les prendre avec la main sur les ceps et sur les échalas et de les écraser ; mais ce moyen, tout simple et tout facile qu’il parait, finit cependant par devenir presque complètement illusoire, quand il s’agit d’années aussi fécondes en limaçons que celles que nous avons citées ci-dessus. Il faut ajouter aussi qu’il

(i) M. J. -B. Gassies : ouvrage cité.

est dispendieux ; car il réclame un grand déploiement de main-d’œuvre : justement au moment où la reprise des travaux des champs rend celle-ci plus rare et plus coûteuse.

On a aussi employé avec succès, pour ce genre deidestruction, des canards, que l’on conduit dans les vignes et qui sont très-avides de limaçons. Des poules que l’on y fixe pendant tout le temps où elles ne peuvent elles-mêmes y faire des dégâts.

Parmi les moyens préventifs, ou qui ont pour but de détruire ces animaux à l’état d’œufs, de germes, ou dès les premiers moments de leur existence, il faut comprendre les diverses façons données à la terre; leur exposition subite, par suite de ces façons, au grand air, au soleil, au froid qu’ils ne peuvent encore supporter et qui les font périr.

11 faut comprendre aussi l’éloignement des abris qui pourraient les protéger : fossés garnis d’berbes, haies touffues, murailles non crépies, etc... Enfin, mentionnons aussi, mais avec la condition que ce puisse être possible sur une échelle de quelque étendue, la pratique conseillée d'arroser la terre autour des pieds des vignes aux approches de la nuit et quand le temps est humide, avec un lait de chaux, ou mieux avec delà chaux vive.

Mais ici encore et comme pour toutes les autres espèces que nous avons vues pouvoir devenir hostiles à la vigne, pouvoir compromettre son produit, la naturea disposé les choses de telle sorte qu’il est, pour les limaçons à l’état d’œuf et à l’état d’individu jeune ou adulte, des ennemis nombreux et acharnés.

Ces ennemis, ils les rencontrent même dans la terre parmi les oiseaux qui savent fouiller cette terre, pour y chercher leur proie, comme les corbeaux, les grues, les hérons;

parmi les oiseaux en plus grand nombre encore qui les saisissent sur les branches, sur les feuilles des plantes, au moment où ils commettent leurs dég&ts. Ils les renconirent enfin parmi les quadrupèdes; car le hérisson en est tellement avide et en fait une telle consommation, qu’il suffit, comme on l’a vu plusieurs fois, d’introduire un seul de ces animaux dans un jardin, pour qu’il y détruise, en peu de temps, tous les limaçons et les autres espèces analogues qui pouvaient s’y trouver.

Cette circonstance, soit dit en passant, devrait mieux disposer les habitants des campagnes en faveur du hérisson, qu’ils se croient obligés de tuer dès qu’ils l’aperçoivent, comme ils tuent du reste, et avec tout autant d’injustice, une foule d’autres animaux.

Les limaçons ont également des ennemis jusque chez des espèces beaucoup plus faibles qu’eux en apparence, jusque chez les insectes. En parlant des larves qui vivent de substances animales, M. J. Macquart, dit : « Quelquesunes vivent aux dépens des colimaçons; c’est ainsi que la larve du Dnle (Drilus), lorsqu’elle a choisi sa victime, monte sur la spire, s’y accroche et attend patiemment que l'hélix sorte de sa coquille et se mette à ramper. Alors elle se glisse sous le manteau du mollusque dont elle fait sa proie, et elle en dévore plusieurs autres de la même manière, avant de passer à l’état de nymphe (1). » Cette observation curieuse, due primitivement à M. Mielzinski, fut renouvelée par un autré naturaliste, malheureusement enlevé trop jeune à la science, M. Picard, d’.Abbeville. Ce dernier ajoutait, que lorsque la larve en question s’est renfermée définitivement dans une coquille, elle en nettoie l’intcrieuravec un soin étonnant, et au moyen des bouquets

(!) Facultés intérieures des animana; invertébrés.

de poils qu’elle porte sur les cdtés du corps, elle rejette au dehors une sanie noire et fétide, produit de la décompo* sition d’une partie de l’hélice (1).

Enfin ij est parmi les hélix eux-mémes , un genre nommé Zonite qui dévore les autres. M. Moquin-Tandon s’en est assuré pour le Zonites olivelorum et d’autres naturalistes ont vu le Z. algirus attaquer les Hélix Limbata et carthusiana et dévorer l’animal jusqu’à l’extrémité du tortillon (2).

i^e* oiaeaux. — Il n’est pas utile sans doute d’entrer ici dans de longs détails, soit sur l’organisation, soit sur l’instinct des oiseaux en général. Tout le monde connaît ces êtres intéressants qui peuplent nos campagnes, animent leurs solitudes et font souvent retentir leurs échos des sons les plus mélodieux.

Selon les espèces auxquelles ils appartiennent, les oiseaux sont parmi nous sédentaires ou de passage; selon ces espèces aussi, ils demandent leur nourriture, soit aux insectes, aux graines sauvages, et alors ils* rendent à l’agriculture les services les plus signalés; soit aux fruits, et dans ce cas le vigneron peut avoir à en redouter plusieurs.

(1) L'insecte dont il s'agit ici fait partie de cenx qni vivent dans nos contrées, et voici en quels termes le mentionne M. J.-L. Laporte, dans sa Faune entoinoloijique du département de la Gironde, en parlant des coléoptères serrirornes, tribu des Melyrides.

« Drile jaunâtre, Dritus flavescens. Latreille.

a Un peu velu, noir, élitres flexibles et jaunâtres. Sa larve vit parasite ■ dans la coquille de l'He/w-ncmora/iS, dont elle mange l'babitant; après « avoir passé à l'état de nymphe dans cette coquille, elle en sort i Tétat * parfait, etc... a

(T. XVI, p. 97. Artesde la Société Linnéenne de Bordeaux),

(2) Nous devons mentionner aussi plusieurs compositions présentées pour arrêter les limaçons dans leurs promenades sur les ceps et pour leur

cto

Pour tous ceux efTectivement dont le régime est Trugivore, par habitude ou par occasion, il est clair que les raisins ne peuvent manquer d’avoir de l’attrait et voilà pourquoi, en réalité, il serait bien difücile de nommer et de classer tous les oiseaux capables de causeràla vigne, de cette manière, quelque dommage.

Toutefois, il ^est certaines esf)èces que leurs besoins et leurs habitudes ont dès longtemps signalées aux vignerons, comme pouvant nuire d’une manière essentielle à leurs récoltes, et dès lors nous devons leur accorder un moment d’attention : ces espèces sont -la Grive {Turdus mutieus), l’Etourneau (Stumus vulgahs).

1 ° Les Grives.— 0 Les Grives sont des oiseaux qui ont à peu près la taille du merle ordinaire, et qui, à leur couleur près, s’en rapprochent beaucoup par leurs autres caractères. Les Grives sont presque toujours grises en dessus ; leur poitrail présente, sur un fond blanchâtre, un assez grand nombre de taches noires ou brunes qui deviennent plus rares et plus éloignées sur le ventre; leur bec, leurs pattes, leurs ongles, sont d’un gris brunâtre, etc... (1). »

Les Grives font partie des oiseaux qui traversent nos localités, en allant du Midi au Nord, depuis la mi-mars jusqu’au mois de mai et que l’on revoit, allant du Nord au Midi, en août, septembre et octobre. A cette première époque de l’année, elles se tieuneut dans les prés humides à la recherche des vers et autres insectes mous. A la seconde, elles donnent la préférence aux vignes et l’on sait

donner la mort. Au Concours régional agricole de Bordeaux (mai I8G7), M. Héricé, de Castillon (Gironde), présenta une sorte de pommade pour cet objet. Nos propres expériences nous avaient prouvé qu'effeclivemeut cette pommade était mortelle pour les limaçons.

(I) tlaARD : Diction, usuel d’hist. luU.

que c’est là que les chasseurs vont les chercher : les raisins les engraissant beaucoup et leur chair acquérant ainsi beaucoup de délicatesse, (fig. 71.)

Toutefois, il ne faudrait pas croire, conformément à une opinion cependant bien répandue, que les Grives se

Fig. 71.

soûlent en mangeant du raisin. Voici comment un des collaborateurs de M. d’Orbigny, dans le Dictionnaire universel d'histoire naturelle, explique les faits qui ont pu donner lieu à cette opinion. « Peu de jours après son arrivée dans le midi de la France, la grive commune a acquis tellement d’embonpoint en se gorgeant de figues, d’olives et de raisins, qu’elle devient incapable de fournir

en volant, une longue traite. C’est elle qui a donné lieu à ce proverbe : soûl comme me grive, parce qu’on pense qn’ello s’enivre en mangeant du raisin. Si les observateurs qui ont avancé ce conte avaient fait la part de toutes les circonstances, ils n’auraient certainement pas attribué aux raisins l’état d’inertie dans lequel se montre la grive. Pour nous, cet état doit être rapporté à deux causes : à l’embonpoint de l’oiseau et aux fortes chaleurs de la journée, etc... (1). I)

D’ailleurs le raisin ne renferme encore rien d’alcoolique, il est seulement pourvu du sucre qui devra produire cette substance par la- fermentation; or le sucre n’enivre pas.

Le tort que font les Grives en consommant des raisins, n’est pas généralement considéré comme bien sensible. Cependant il est des cantons qui s’en plaignent et il est des années aussi où ce tort peut prendre d’assez grandes proportions. Dans les observations météorologiques de l’abbé Bellet, on lit ce qui suit, à propos de l’année 1733 qui fut très-humide et donna de fort mauvais vin. t La grande quantité de grives a désolé la vigne, on les a chassées par le bruit des chaudrons ; elles ont été fort maigres au mois de novembre par la mauvaise qualité des raisins (2). »

S" Les Etocrneaux. — «Les Etourneaux sont des oiseaux de la grosseur et du port du merle; le fond de leur plumage est le noir changeant en vert ou en pourpre, et chaque plume porte une tache fauve, sur le dos de l’oiseau, et une tache blanche sur toutes les parties inférieures du corps ; cette maculature disparaît presque entière même

(0 M. Z. Gerbe. — T. VIII, p. 138.

('.>) Manuscrit de la bibliothèque de Bordeaux.

CIRCONSTANCES, ETC... NUISANT A l.A VIGNE 613

chez les vieux mâles. Les pattes de ces oiseaux sont rosées, et leurs ongles sont noirs; le bec d’abord brunâtre, passe avec l’âge au jaune vif, surtout chez les mâles (11. »

Les Etourneaux arrivent dans nos localités, allant du Midi au Nord, depuis le mois de février jusqu’à celui d’avril. Bien qu’ils soient «ssenticllement insectivores et qu’ainsi ils rendent à l’agriculture de très-grands services, ils ont aussi, pour le fruit de la vigne, un goût tellement prononcé que là, comme le dit un auteur ancien, ils causent eux-mémes un dommage inQniment supérieur au bien qu’ils peuvent y faire : semblables à ces officiers de police, qui, sous prétexte do conserver le droit des mineurs ou des absents, commencent à manger les deux tiers de leurs biens. Ces petits animaux, ajoute-t-ii , viennent en très-grandes bandes :

en une nuit ils vendangeront entièrement un arpent de vigne, (flg. 7î.)

« Ces oiseaux, dit encore un autre auteur du mémo temps, aiment beaucoup les raisins, et lorsque plusieurs bandes s’abattent dans une vigne, et qu’iis reviennent à diverses reprises, ils y font un dégât terrible. Aussi n’at-on pas fait difficulté, en droit, de comparer la perte qu’ils causent dans uu héritage, à celles que font souffrir les tempêtes en grêle, les inondations des rivières, et les passages des armées ennemies, efd’obliger également, dans tous ces cas, les propriétaires à indemniser les locataires, à proportion du dommage qui a été souffert, parce que ce

(I) Brard, etc...

Fig. 72.

eu

sont toutes forces majeures auxquelles il n’est pas possible de résister (I). »

Dans la Gironde, les étournaux ne se montrent en nombre capable de nuire aux vignes que dans le \oisinage des côtes de la mer. C’est là principalement où nous avons eu occasion de leur voir former d’immenses troupeaux; mais c’est là aussi que les vignes sont rares.

Dans les contrées plus méridionales que les nôtres, cet oiseau, dit un judicieux observateur, est redouté des propriétaiies des vignobles, à cause des ravages qu’il fait dans cette culture, au moment de la maturité des fruits. Comme il vil en troupe, c’est une véritable nuée que l’on voit s’abattre à la fois, et en se relevant chacun de ces animaux emporte des grains de raisin à son bec et à ses pattes (2).

■.es Reptiles. — Certains reptiles ont aussi été accusés de manger des raisins. Le lézard vert surtout (Lacerta viritHs) a encouru ce reproche, dans les localités où l’exposition au soleil et les moyens de retraite qu’il affectionne, murailles, tas de pierres, etc., ont aidé à sa multiplication. Cela peut être, quoiqu’il soit prouvé que cet animal est essentiellement insectivore, et qu’alnsi même il a des droits incontestables à la protection du cultivateur.

(1) De Lauaiire : Trnitè de la police, t. II, Liv. V.

Voici le passage des lois roinaiiies auquel il est lait allusion dans celte citation : « SniTant Servius, le proprietaire doit dédommager son fertt inier toutes les fois qu’il a éprou’'o des pertes qui résultent d'une t cause à laquelle il ne pouvait pas résister : telles que les inondations « d'un fleuve, les dégâts des geais ou des étourneaux, et autres accidenis « semblables, ou une incursion des ennemis, etc... »

Paiideetes de Justinien, t. XIX, § î.

(2) J. M. de S.tiNT-FÉLix : Zoologie du ciil/irateur.

i«» 9u.tdrap<^fie«. — Beaucoup de quadrupèdes sauvages s’attaquent à la vigne et lui causent souvent de grands dommages. Toutefois, parmi ceux qui consomment des raisins, habituellement ou accidentellement, il fhiit particulièrement citer le renard , le blaireau, la fouine, la belette, le rat, le lièvre, etc...

4° Le Renard {Canis vulpes).

Le renard est très-friand de raisins, bien cependant qu’il n’ait recours à ce genre de nourriture que lorsque sa chasse ne lui en fournit pas d’autre; circonstance qu’a parfaitement saisie le fabuliste :

Certain renard

Mourant presque de faim, vil au haut d’une treille Des raisins mûrs apparemment...

8” Le Blaireau {Melet vulgarif), bien plus digne peut-être do la protection des cultivateurs que de la guerre acharnée qu'ils lui font, se laisse aller quelquefois aussi à demander aux vignes de son voisinage un supplément au gibier dont il fait sa nourriture habituelle : mulots, grenouilles, serpents, nids de guêpes, etc.

Nous avons entendu des propriétaires des céteaux du Gypressac, de Floirac, etc... vis-à-vis Bordeaux, se plaindre amèrement des vendanges anticipées qu’il ftdsait dans leurs vignes et de la protection que prêtaient à sa multiplication les rochers et les bois voisins.

3“ La Fouine {Mentela Foina) et la Belette ( W. vulgains) ont l’une et l’autre une réputation de vol et de destruction bien méritée, en matière de poulailler et de pigeonnier. Dans quelques localités, on leur reproche encore de s’en prendre aux raisins.

4” Lk Rat, ennemi de tant de choses, peut quelquefois aussi, on en a des exemples, le devenir de la vigne. Dans

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ce genre nombreux, l’espèce qui parait la plus redouta* ble, est celle que les naturalistes désignent sous le nom de surmulot ou rat des bois (Mus decumanus).

Les individus aujourd’hui beaucoup trop nombreux des surmulots, ne sont pas indigènes parmi nous, l'Europe ne les possède que depuis le milieu du xviii* siècle. Selon Pallas, les surmulots arrivèrent à Astracan en 1727, en si grande quantité à la fols, qu*^on ne pouvait rien soustraire à leurs atteintes. Ils venaient des déserts de l’ouest et avaient traversé le Volga, dont les flots en engloutirent sans doute un grand nombre. Buffon rapporte que les endroits où l’on constata, pour la première fois, leur présence en France et où ils se firent bientôt remarquer par leurs dégâts, sont les châteaux de Chantilly, Marly et Versailles (1).

Très-fort, très-grand et très-méchant, ce rat parait être devenu le maître dans toutes les localités où il s’est établi. Dans la Gironde, nous l’avons particulièrement entendu accuser des plus grands dégâts aux fruits et aux raisins, sur les côteaux de Langoiran et du Tourne. Dans cette localité, on lui donne le nom de raie grise, à cause de son pelage qui a effectivement cette teinte, surtout sous le ventre.

5° Le Lièvue (Lepus timidus) et le Lapin (L. cuniculus) doivent aussi être compris parmi les animaux susceptibles de causer des dégâts à la vigne, en mangeant son fruit et même en rongeant ses sarments. « Les lièvres mêmes, tout timides qu’ils sont, osent venir furtivement quand le jour baisse ronger aussi les jets les plus tendres. Mettez au devant de la vigne un flambeau de soufre, la fumée qui en sort, et qui se répand au loin, chassera

(I) Dictionnaire universel d'histoire naturelle, t. X, p. 747.

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CIRCONSTANCES, ETC.. . N ü £S ANT A I.A VIGNE 617

ces animaux incommodes; ou bien- frappez-les d’un plomb mortel pour purger l’empire de Bacchus de cette race à grandes oreilles (l). »

L’abbé Rozier, qui avait vécu sous un régime où la chasse, uniquement réservée à la noblesse, avait permis dans certaines contrées une multiplication excessive des lapins, déclarait qu’il n’existait aucun animal plus destructeur : il ronge, disait-il, et coupe tout ce qu’il rencontre, non pas qu’il soit pressé par la faim, mais pour avoir le plaisir cruel de détruire, etc...

Nous n’avons pas la prétention d’écrire ici un traité de jurisprudence en matière de vigne, et de signaler avec soin les lois et ordonnances protectrices de cette plante. Seulement nous ferons observer, en terminant ce paragraphe, que grand nombre d’animaux domestiques peuvent lui nuire, et qu’il a été convenable de la défendre contre ce danger. Soit que ces animaux aient agi sous la direction, ou à l’insu de leurs maîtres ; deux circonstances cependant dont ces derniers sont toujours responsables, quoiqu’à des degrés différents.

6* Les animaux domestiques en génIral. Ce$ animaux appartiennent h deux catégories principales : aux oiseaux et aux quadrupèdes.

Dans la première, se rangent les poules, les pigeons, etc.

Dans la seconde, les chiens, les vacbes, les chevaux, les ânes, les porcs, etc..., tous hôtes très-malfaisants dans les champs de vignes : soit en broutant les sarments, soit en les brisant, soit en mangeant les raisins.

Dans cette seconde catégorie encore se rangent les brebis et surtout les chèvres, race essentiellement malfai-

(£) PÈRE VANNifeRE : Prædium nistiaim, chant X*.

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santé, ainsi que l’a dès longtemps proclamé la traditionnelle haine du bouc et de Bacchus.

Nulle espèce n’est plus portée à brouter la vigne que la chèvre et le bouc, et nulle espèce non plus ne cause, par ce moyen, à cette plante, autant de dommage. L’antiquité gauloise, qui avait à reprocher à l’empereur Domitien l’arrachement des vignes, s’était vengée de ce tort en donnant au bouc le nom de bouc Domitien.

Sous l’ancien régime, difTérentes coutumes contenaient des dispositions en vue des dommages que certains animaux, et surtout les chèvres, pouvaient causer aux vignes et ailleurs (1). Il y avait aussi des prescriptions de ce genre dans l’arrêt du conseil d’état du 39 mai 17î!5, dans l’ordonnance de 1669, et dans la loi du 6 octobre 1791. « Pour peu, disait M. Tessier, qu’on laisse échapper les chèvres, elles, ravagent les champs ensemencés, des vignes, des arbres utiles, qui repoussent mal... On est allé jusqu'à dire que l’haleine des chèvres gâtait les vaisseanx propres à mettre du vin, assertion qu’on peut regarder cependant comme un préjugé. »

Abt. V. — Dosiivges caüsés a la vignb par le voisinage

DE CilITAINES INDOSTRIE3.

« Les conséquences de la civilisation, dit do Candolle, tendent à introduire dans l’air atmosphérique des matières gazeuses, parmi lesquelles nous devons mentionner la fumée et le gaz qui s’échappent des usines (2). »

(t) A Bordeaux, ces sortes de répressions rentraient dans les dispositions des paragraphes 53 et 134 de l'ancienne coutume, rédigée en patois, et dans celles des articles cviii et cix de la nouvelle, titre ouxième : D* bestail trouvé en héritage d’Aultruy.

(2) PhysiologU végétale, t. III, p. 1173.

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CIRCONSTANCES, ETC... NUISANT A I,A VIfiNE B49

Pour étaLIir que cette fumée agit sur les végétaux vivants d’une manière toujours délétère, le môme auteur fait remarquer que son action résulte : i” de la chaleur plus ou moins forte qu’elle communique à l’air ; 2* de la quantité d’acide carbonique dont elle est mêlée; 3“ des matières charbonneuses, de l’huile empyreumatique et de l’acide pyroligneux qu’elle contient.

Relativement à cette première manière d’agir de la fumée, le môme auteur nous dit encore : « J’ai vu, dans un léger incendie qui eut lieu dans le jardin de Genève en 182b, toutes les plantes ou parties des plantes situées au-dessus d’une certaine hauteur, périr sans rémission, quoique la fumée n’y eût pas séjourné plus d’une demiheure. »

La seconde ne saurait être non moins désavantageuse, bien qu’il soit beaucoup plus difücile d’assigner son mode d’action. Sous ce rapport, nous nous rappelons avoir été consulté par un propriétaire de Preignac, qui attribuait au voisinage d’un four à chaux les accidents nombreux d’avortement qu’avait à subir sa vigne, à l’époquiide la floraison.

Quant à la troisième, elle cause aux plantes tous les accidents d’un véritable empoisonnement, surtout quand la fumée est due à la houille et qu’elle provient de fabriques de produits chimiques; quand elle se trouve mêlée à de l’acide chlorhydrique, à de l’acide sulfureux, etc...

Un peu d’attention suffit pour rendre compte de tous ces résultats dans le voisinage des fours à chaux, assez communs dans la Gironde, et sur les points où les vents poussent habituellement la fumée do ces usines, quand elles sont importantes et conduites avec activité.

M. le comte Odard va plus loin encore, et il exprime des craintes en pareil cas, même pour la qualité du vin.

<1 Souvent, dit-il, il sufût qu’une vigne soit exposée aux exhalaisons de quelques usines où l’on fait usage de cbarborn de terre ; ou bien encore à celle d’un four à chaux, même à celles qui n’ont pas le véhicule de la fumée, telles par exemple que l’odeur infecte et continue d’une amidonnerie, ou d’une fabrique de poudrette, pour que la vendange s’impreigne de particules nuisibles, dont l'elfet, insensible sur le raisin, se fait néanmoins sentir sur le vin. (1). »

(1) Manurl du viijncroH, p. <29.

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