‹ La Vigne dans le BordelaisChapitre 55 sur 73 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

résultats DK LA CDLTUBS DK LA ViGNE.

Dans ce dernier chapitre, notre intention n’est pas de nous livrer à des calculs statistiques qui demanderaient de très-graves développements, et présenteraient d’autant plus de difQcultés que nous avons toujours eu en vue les vins de haute qualité. Or, ces vins, nous l’avons déjà dit, malgré leur origine agricole, s’éloignent sensiblement de la règle commune aux produits de cette nature. D’abord, il n’en est pas sur lesquels les faits météorologiques exercent une action plus capitale ; une action susceptible nonseulement d’en faire varier la quantité annuelle dans les limites les plus étendues, mais surtout et par-dessus tout, d’en régler la qualité : depuis le point où son défaut est complet, où le vin n’en a plus que le nom; jusqu’à celui où, comblée de faveurs, c’est la liqueur suave, brillante, généreuse que se sont plû à chanter les poètes , le breuvage également favorable au corps et à l'esprit.

En second lieu, il n’est pas de produits non plus, parmi ceux recherchés parles hommes et donnant lieu aux transactions commerciales, sur lesquels la faveur, la mode même, et aussi le délaissement et l’abandon, aient eu plus de prise.

Nous nous bornerons donc, dans ce chapitre, à démontrer combien sont variables les produits de la vigne en quantité et en qualité. Et aussi, pourquoi chaque année régulièrement on ne fait pas également de bon vin. Enfin, et comme conclusion de l’ouvrage , nous présenterons un tableau sommairedu développement annuel de la vigne, dans le Bordelais, sous la triple influence de la vie de la plante, des phénomènes météorologiques et de la culture.

De» Tarlallon»ttiinuellc« de» prodalt» de lu vigne en quantité et en qualité. — £n dehors des grandes manifestations météorologiques, telles que la gelée, la sécheresse, l’excès des pluies, la grêle, etc., qui peuvent agir d’une manière si directe sur le produit de la vigne et en réduire la quantité, quelquefois môme la détruire complètement, il est, dans ce même ordre de faits, une foule d’autres causes, apparentes ou cachées, susceptibles d’agir dans le même sens. Nous disons cachées, non-seulement parce que nous n’en saisissons pas l’effet immédiatement, mais aussi parce que la cause de cet effet peut remonter à un temps plus ou moins reculé : établLssant ainsi et à ce point de vue une solidarité qu’on ne saurait nier, entre les années, les saisons, etc... En nous occupant de la coulure notamment, nous avons cité des exemples dans ce sens (f).

A l’égard de la qualité, et comme nous aurons occasion de le dire plus bas, toutes ces causes ont une impor-

(I) La maladie de la vigne a aussi marqué nne période, de I8j3 à 1S57 notamment, véritablement désastreuse. Ainsi Clii’.eau-Laftite, qui avait fait, en moyenne, do 1847 ù 1852, 109 tonneaux de vin par an, n’en fit plus, de 1 853 à 1 857, qne 53 1

Château Yquem, qui avait fait, dans cette première période, une moyenne annnelle de 116 tonneaux, n'atteignit plus, dans la seconde, qu'une moyenne annuelle de 291

RÉSULTATS DO VIGNOBLE

tance bien autrement grande et bien autrement décisive.

Pour éviter des répétitions, tant de ce qui a été dit que de ce qui peut rester à dire, nous nous bornerons ici aux indications d’un tableau qui nous paraît suffisant pour faire comprendre les variations nombreuses que peuvent offrir, tant les quantités que les qualités de vin appréciées par années.

Bien qu’il nous eut été possible de comprendre, dans ce tableau, plusieurs années du siècle précédent, et môme au-delà, nous nous bornons néanmoins à celles du siècle présent, sur lesquelles les documents sont plus nombreux et plus précis : ce qui ne veut pas dire cependant ni entièrement complets, ni entièrement positifs.

Nous citerons néanmoins, comme historiquement remarquables : à cause de la grande disette de vin, l’année 1480; à cause de la grande abondance, les années 1613 et

Pour la première de ces années, ce fut par suite d’un froid excessif dont nous avons parlé, qui gela, au dire d’un historien bordelais, toutes les vignes des Graves et Palus, qu’eut lieu la grande disette de vin et l’élévation de son prix à 40 et 43 livres le tonneau (1). Ln autre de ces historiens (2) a consigné ces mêmes faits dans le quatrin suivant :

L'an mil quatre cent quatre-vingt Et un, y eut famine en France,

Force d'eaues et tant peu de vins.

Que le peuple en fut en souffrance.

Eu 1613, «y eut à Bordeaux, dit la Chronique, si grande abondance de vin, qu’on n’en y eut jamais autans. » Qu’on

(1) Lacolonie, Ilist. de Bordeaux, t. I, p. 440.

(2) Bodchet, Annales d’Aquitaine.

en donnait à boire aux bestiaux, ajoute l’abbé Bellet dans ses notes manuscrites, et que la barrique pleine ne se vendait qu’un écu.

En l'7T9, la production fut également si abondante, que les propriétaires remplissaient encore la barrique pour un écu.

A l’égard de la qualité, il est aussi des années, dans le siècle dernier, dont les vins ont èu une très-grande réputation. De ce nombre sont ceux de 1784, et surtout ceux de 1798, que l’on a regardés comme les plus parfbits qui aient été obtenus de mémoire d’homme, comme n’ayant jamais été égalés depuis (1).

Nous-même avons eu l’avantage il y a quelques années de boire du vin de 1798, chez un propriétaire du Médoc, qui le conservait comme souvenir de 'famille. Ce n’était plus, il est vrai, qu’une eau vineuse, mais dans laquelle on constatait encore, comme dans le sujet de race, la noblesse de l’origine et la perfection du succès.

Nous devons faire observer que les appréciations que nous donnons sont celles de la culture et du moment des vendanges. Appréciations qui ont pu maintes fois et par le temps éprouver des modifications plus ou moins profondes. Egalement, les mots dont nous nous servons pour les exprimer, tant en qualité qu’en quantité, sont encore ceux consacrés par l’usage (2).

(1) A l'égard de ces vins, nous nous rappelons une conversation que nous eûmes avec feu M. Dufour-Dubergier, alors maire de Bordeaux, juge si compétent et si sûr en ces sortes de matières. Il s'agissait des grandes années en vins, si rares dans le cours des siècles, que le XIX* n’en compte encore qu’une (181 1). Ayant voulu comparer celle-ci avec 1798, U. Dufour-Dubergier nous dit qu’une telle comparaison ne pouvait pas se faire, et qu'il y avait, à cause de la grande supériorité de la première, un ahimf entre les d<vx.

(2) Un de ces mots cependant pourra paraître singulier, en ce sens

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RESULTATS DU VIGNOBLE

Enfin, nous devons ajouter encore que c’est du vin rouge dont il s’agit principalement dans notre tableau, et, bien que le blanc subisse à peu près les mêmes influences, quelquefois cependant, nous l’avons déjà dit, il peut offrir, en qualité surtout, des résultats sensiblement différents.

Pourquoi on ne fait pan do bons vina Ion* le»

an» t — Il résulte du tableau du paragraphe précédent que les années sont loin de se ressembler, en matière de vin, ni pour la qualité, ni pour la quantité. Voici effectivement, sous ces deux rapports, comment doivent être réparties les soixante-six années qui figurent dans ce tableau.

1* Qualité.

2’ QuantiU'.

Un vignoble étant donné dans les conditions d’établissement, de formation, d’âge, etc., capables de garantir la qualité que l’on peut en attendre, cette qualité, on vient de le voir, se montre extrêmement variable suivant les

Excellente

Très-bonne . . . .

Bonnes

Ordinaires

Médiocres

Mauvaises

Très-mauvaises . .

Très-atjondantes . .

Abondantes . . . .

.Movennos

Réduites

Disettcuscs . . . .

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