CC
une nouvelle action : non plus , il est vrai , comme la première, dont la plante seule a profité; mais pour une action destinée à montrer bientôt à tous les yeux les résultats déterminés par les efforts combinés de la nature et de la culture; destinée à conduire ces résultats au point qu’ambitionne cette dernière , car c’est elle, en réalité, qui doit en profiter, qui doit en avoir le prix.
Pour les nouveaux phénomènes dont l’accomplissement va avoir lieu, les deux grandes causes de la végétation, la chaleur et l’humidité, ne doivent plus s’associer d'une manière à peu près égale et balancer l’effort respectif qu’elles ont à fournir. Le moment est venu où l’une de ces causes, la chaleur, va l’emporter sur l’autre de la manière la plus tranchée : déterminant ainsi tous les changements à opérer et ne réclamant de l’autre qu’une sorte de contre-poids, une opposition accidentelle aux excès auxquels elle pourrait se laisser entraîner.
Quand arrive l’été, le vigneron, que tant de travaux ont déjà occupé, se trouve condamné à une sorte de repos. On dirait que la nature, dont il a reçu tant de preuves d’intérêt, veut procéder seule aux premiers actes vraiment décisifs du produit de la plante, particulièrement à celui de la floraison. De là sans doute le proverbe :
Vigne en fleur
Ne veut voir ni vigneron ni seigneur.
Mais, si ses bras se reposent quelques instants, il n’en est point de même de sa vigilance et de sa sollicitude : ni l’une ni l’autre ne s’endorment, et d’ailleurs il est, pour les tenir en éveil, des avertissements, des signes dont la nature encore a pris soin do se charger.
RÉSULTATS DU VIGNOBLE
Dès qu’il voit, dans son jardin, le Lis (1) ouvrir ses blanches corolles, sans hésitation, il peut prendre le chemin du vignoble, et, avant qu’il y ait pénétré, le vent léger qui vient d’en agiter les pampres aura porté jusqu’à lui la suave odeur qu’il exhale de toutes parts.
EiTectivement, les mêmes causes météorologiques qui sous notre climat, font épanouir les fleurs d’une liliacée importée de l’Asie, déterminent aussi la floraison de la vigne, également originaire de cette portion du globe.
Tout le monde sait, et nous l’avons dit, comment se passe ce dernier phénomène chez la vigne. Les pétales qui font partie de la fleur, privés de leur souplesse par les rayons solaires , commencent à céder à l’elTort qu’ils avaient Jusque-là contenu. Ils se disjoignent, se dessoudent, non par leur sommet, ce qui, peut-être, serait livrer encore trop immédiatement au contact extérieur les organes délicats de la reproduction; mais par leur base, par leur point d’insertion sur le disque. Ainsi ces pétales sont poussés de bas on haut, soulevés par le pistil et les étamines, dont l’action commune achève enfin de les expulser complètement. Ils tombent, toujours réunis par leurs sommets et conservant encore cette forme de bourse, de capuchon, de calotte, que leur donnait cette réunion
(I) Il s’agit ici du Lis commun. Lilitim candidum, type de la belle famille des Liliacées. Cette plante croit naturellement, il est vrai, en Suisse, mais on la considère comme originaire de la Palestine, en Syrie, où elle est tellement commune que le Sauveur en parle comme d’une plante dont on se sert pour chauffer les fours. 11 dit aussi au peuple que Salomon, dans toute sa gloire, n’était pas vêtu comme le lis des champs.
Cette belle plante a quelques propriétés médicales. Elle est adoucissante et calmante ;
La racinp daUs» soui sa molle Opaisseur,
D’une plaie enflammée amortit la douleur.
«r.fi
et que n’ont pas sensiblement dérangée les dessoudures, les disjonctions qu’ils viennent de subir.
A ce moment, la fleur de la vigne est épanouie. Les cinq étamines qu’elle renfermait, devenues libres, s’éloignent du pistil, sur lequel elles avaient été comprimées jusquelà, de manière à former avec son axe un angle de quarante degrés environ, et à faire rayonner autour de lui les anthères qui les couronnent et d’où sortira la poussière destinée à féconder son germe.
Mais ici laissons parler la poésie; elle seule possède un langage digne des phénomènes qui vont s’accomplir; elle seule peut nous en révéler les gracieux mystères :
Au centre de la ilenr des colonnes légères Lancent de leur sommet de fécondes poussières ;
Ces atomes subtils, snr l'ovaire épandus,
Par de secrets canaui josqu’an tond descendus, “
De cellule en cellule, à la graine engourdie.
Vont porter à la fois la chaleur et la vie.