Voir le plan de Penna {fig
EXPLORATION DE LA VILLA
villa, à peu de distance du Ponte Lucano, en suivant la voie vers Tivoli. C'est l'opinion de Nibby. A cet endroit on remarque un pylône de travertin (fig. 71) percé d'un passage voûté, surmonté d'un dé en marbre orné de moulures et d'un bas-relief où une statue virile tient un cheval par le mors (fig. 12). Au dire d'historiens tiburtins, les têtes auraient été stupidement mutilées par ordre du duc d'Albe, en 1557.
A peu de distance s'élève une construction semblable, dont le bas-relief, représentant une scène comique, a été transporté à la villa Albani {fig. 73). M. Daumet suppose que, d'un pylône à l'autre, une grande grille servait à clore l'entrée donnant sur la voie tiburtine. Il est à croire que, de ce côté, dans la campagne, la villa fut entourée par une tranchée. Toutefois ces deux constructions paraissent antérieures à Hadrien. Quoi qu'il en soit, il est indubitable que l'entrée de la villa se trouvait dans ces parages.
Sur le plan de Piranesi (fig. 5G-57), une voie pavée antique, notée aussi par Penna, se dirige vers le Pœcile, où se trouvait peut-être une entrée des bâtiments situés au nord. Il est toutefois possible que l'entrée principale
des bâtiments ait été à l'endroit indiqué dans le plan de Piranesi sous le nom de Vestibulum (fig. 70, 75 et 76), sorte de hall précédé d'une plate-forme avec perrons de chaque côté. Entre deux murs et des piliers ornés de niches, une large entrée, dont l'aspect peut rappeler un arc monumental, donnait accès à un atrium de 38 mètres, encore élargi par trois portiques de 16 colonnes chacun et que Penna prétend avoir été couvert par une voûte. Une exèdre large de 7'", 35, éclairée par trois fenêtres, faisait face à l'entrée. A droite de ce vestibulum, on pénètre dans un petit édicule ou temple avec area, dont les murs sont creusés de niches alternativement rondes et carrées (fig. 77 et 78). 11 est probable que cet endroit était le laraire de la villa, élevé aux dieux protecteurs de l'empereur et du lieu. De cet atrium-vestibule on accédait à gauche directement
Fig. 74. — Entrée actuelle de la villa Hadriana.
Fig. 7o. — Le Vestibulum de la villa (vue intérieure)
LA VILLA HADRIANA
dans la villa, en face de la niasse des thermes avec leurs toitures plates ou bombées [fig. 79). Près de cette entrée, Piranesi dit avoir trouvé des chapiteaux et des colonnes d'une « forme extraordinaire», et Ligorio note les débris de statues où l'on reconnut une
Fig. 70. — Le Vestibulum de la villa, vue extérieure (d'après Penna).
Frj.77. — Edicule attenant au Vestibulum (d'après Penna).
Artémis, une Atalante (type de l'Artémis de Versailles), une Fortune Virile et une Tranquillité, divinités allégoriques qui nous semblent bien choisies pour décorer l'entrée paisible d'une villa
Fig. 78. — Edicule attenant au Vestibulum.
S'il est possible d'indiquer l'entrée de la résidence impériale, il est plus malaisé de retrouver les sources qui alimentaient d'une eau abondante les nombreuses fontaines, les bassins et les thermes. Sur le point culminant de la colline, subsistent les restes de deux aqueducs, de directions différentes, prenant naissance sur la colline San Stefano. Penna marque aussi (plan n° 63), non loin de la Vigna di Saucci, une source d'eau ferrugineuse attenante à des réservoirs et un aqueduc de 240 mètres, qui, servant aussi de soutènement à des jardins, recevait les eaux dérivées de l'Anio.
EXPLORATION DE LA VILLA
Les eaux, au sortir de ces aqueducs (fig. 81 et 82), disparaissaient sous terre et passaient par un chenal ménagé dans un crypto-portique en forme de trapèze, où l'on croit retrouver les Enfers indiqués par Spartien (plan n° 70). De là elles se déversaient par une large bouche dans un canal droit appelé le Styx, dont la tranchée existe encore. Quelques-uns de ces crypto-portiques souterrains semblent liés au système établi pour le service des eaux. Penna, du reste, montre, dans une des planches de son ouvrage, le
Fie. 79. — Les Thermes, vus du Vcstibulum.
chenal qui était placé sur un des côtés d'un crypto-portique (fig. 82-83). Des fouilles nouvelles permettraient seules de déterminer complètement la distribution des eaux que les aqueducs déjà cités conduisaient d'un côté vers la terrasse du sud, de l'autre vers la terrasse du nord. Entre ces deux dérivations, le canal dit le Styx semble avoir servi à alimenter la partie intermédiaire de la villa.
A partir du Sérapeum, on peut suivre le parcours de l'eau abondante qui descendait vers les thermes et, de là, gagnait le Pœcile, où l'on voit encore les traces d'un large bassin. Des fontaines jaillissaient au bas des substructions du Pœcile, près des Cent chambres, et, non loin de là, on a retrouvé une fontaine décorative en marbre blanc (fig. 439). Quant au Natatorium, ou Portique circulaire, il dut être alimenté par la même eau que les thermes, fort endommagés, qui sont situés au nord du stade.
L'eau des fontaines de la Piazza d'Oro s'écoulait vers le Nympheum du Palais, puis
LA VILLA HADRIANA
WËjÊÊiÊà*
IBhfS&t jti
fë,..4ifiJ5f
NOBF*''TrirT7mffiŒf*t ri
W&ySwtpïz *^&a*i&
IHk/ÏF *lËBiï%tÊ
llllÉf^
msStt Jppë' "SÈoiujZ-
Wv^*H*' "xWm
WÊÊlÊti$'!'*^ÈÊ!Êfr-ËÊ^
WÊ^zÊtÙË^'^wài
Ë^lltekfe
sFT^îIX" '/Sk^X
fllfl'flrlrD'B'8 Hll
&.LJT BjmF^BM
WÊsÈ
au
1 1 -anwuAn .
Fi g. 80. — Aqueducs (d'après Penna).
était distribuée par les multiples conduites qui desservaient les fontaines de la terrasse
de Tempe, les jardins ou terrasses des Bibliothèques, ainsi que le lavabo des Dix chambres ou Ospitali*. Dans les terrains situés en contre-bas des Bibliothèques existait une grande réserve d'eau. Il est certain aussi que les sources naturelles que possède encore la villa furent utilisées ; elles s'écoulaient vers un autre Nympheum, voisin du théâtre grec, et donnaient aux bâtiments connus sous le nom de Palestre une excellente eau potable. Les grands magasins d'eau que
notent Penna {fig. 84-85) et M. Daumet étaient situés à des niveaux différents ; quelquesuns, peut-être, étaient destinés à
contenir de l'eau sulfureuse ou
de l'eau de mer, comme cela a
existé dans la Maison-Dorée de
Néron. Finalement les eaux de la
villa semblent s'être réunies en
un lieu principal où se voyait
encore, à la fin du xvine siècle, le
marais déjà mentionné, le Pania-
nello, aujourd'hui desséché et placé, comme l'indiquent les plans de Piranesi et de Penna,
à l'ouest du théâtre grec (fig. 56 et 63).
Nous avons parlé des crypto-portiques, corridors souterrains qui unissaient secrètement les diverses parties des bâtiments. C'est une des curiosités de la villa, mais un petit nombre est aujourd'hui accessible. Le tracé qu'en font Contini et Piranesi ne doit pas être complet ; nous pouvons le suivre sur les divers plans (principalement le plan n° 70). Néanmoins on peut évaluer au moins à 2.500 mètres les corridors explorés. Le plus éloigné du centre
des palais est celui qui a la forme d'un trapèze, dont les deux côtés non parallèles ont
Fig. 81.
Aqueducs.
Fig. 82. — Corridor souterrain donnant sur la vallée de Tempe; à droite, canal de conduite des eaux (d'après Penna).
1. Les Dix chambres sont situées au nord-est de la cour des Bibliothèques, plan n° 70.
EXPLORATION DE LA VILLA
environ 300 mètres, et les deux petits, de 100 à 150 mètres; leur largeur est d'à peu près 4 mètres. Tout ce corridor, creusé dans le tuf (pg. 86), n'a aucune maçonnerie et est éclairé par 78 lucarnes de 1 mètre et demi de diamètre, disposées à égale distance, de sorte que, extérieurement, on suit la forme du souterrain impraticable, rempli de terre et d'eau. Sur ce corridor se greffent plusieurs galeries allant vers l'ouest, dont l'une, longue de 80 mètres, large de 2 mètres et demi, et prenant jour par quatre ouvertures, se dirige vers l'Académie. De ce dernier bâtiment un escalier conduisait à un branchement
FlG. 83. — CORRIDOR SOUTERRAIN (VUE ACTUELLE DE LA FIGURE 82).
qui allait dans la direction de Roccabruna. Un autre crypto-portique, long de 40 mètres, se termine à un édifice rectangulaire isolé; une troisième voie souterraine mène au théâtre ou Odêon; enfin un autre corridor court vers l'entrée présumée des Enfers.
De l'angle est de ce trapèze part la plus longue voie souterraine de la villa, qui, d'après les indications du plan de Piranesi, a dû servir de cave pour les vins et autres produits. Penna, dans une de ses planches, en dessine la configuration (pg. 87). On y voit des cellules placées de chaque côté de ce corridor où aboutit une grande artère souterraine dont l'entrée se trouve sous la terrasse qui domine les thermes [pg. 88). Là, un petit tronçon (pg. 89) dessert les escaliers des bâtiments placés au sud des thermes et improprement appelés Praetorium. En remontant vers Tempe, une autre voie souterraine
LA VILLA HADRIANA
communique avec le crypto-portique particulier du Puhinar, ou bâtiments annexesdu Stade, puis longe le côté ouest du stade1, pour conduire au Portique circulaire; du stade, par certains détours, il aboutit enfin près du Vestibulum. Entre le Pulvinar et la Piazza d'Oro, un autre corridor souterrain se dirige vers les palais impériaux et débouche dans un
Fin. 84. — Réservoirs situés très du Nympheum du nord
(d'après Peinna).
Fin. 85. — Réservoirs (d'après Pe.nna).
crypto-portique rectangulaire, semblable à celui du Pulvinar, et qui a issue sur la cour des Bibliothèques. Enfin plusieurs ouvertures de ces souterrains donnent sur la vallée de Tempe (fig. 90).
Fin. 80. ■ — Corridor souterrain en forme de trapèze, indiqué
COMME FAISANT PARTIE DES E.NFERS( Voir PLAN GÉNÉRAL N° 70 ET LES PLANS ANTÉRIEURS) (d'aPRES I'ENNa).
pIG 87. — Corridor souterrain avec cellules sur les côtés (d'après Pe.nna) (Voir plan de Piranesi, fig. 58).
Cet ensemble de passages souterrains, outre qu'il facilitait la rapidité du service, servait au transport des denrées et matériaux utiles à l'existence et nécessaires à l'entretien de la villa; ces voies secrètes pouvaient aussi, à l'occasion, permettre à l'empereur de se rendre, comme au Palatin, sans être aperçu, d'un monument à l'autre.
\. Contini, dans le plan de I.igorio qu'il compléta, indique un corridor souterrain traversant le Stade et allant aboutir au crypto-portique du Pulvinar (Bâtiments annexes du Stade).
EXPLORATION DE LA VILLA 71
Nous connaissons, d'après Spartien, les noms qu'Hadrien attribua à différentes parties
Fie. 88. — Entrées des coiuudors souterrains situés sous la terrasse dominant