VIII PRÉFACE
la sagesse dans les conjectures, et l'on peut les suivre sans aucune inquiétude. Quand M. Gusman s'est assuré que nous ne risquons pas de nous perdre parmi ces débris, il les reprend l'un après l'autre, sans en omettre aucun. Nous en avons, dans son ouvrage, la reproduction fidèle, et, après nous les avoir montrés comme ils sont, il essaie de deviner ce qu'ils étaient et à quoi ils pouvaient servir. C'est ainsi que nous voyons successivement passer sous nos yeux ce qui devait être la demeure privée du prince et ses appartements de réception ; puis les lieux où il prenait ses divertissements, théâtre grec, théâtre latin, odéon, grands et petits thermes, bassins de natation, etc. ; enfin ces monuments, les plus intéressants de tous et les plus originaux, par lesquels, au retour de ses voyages, il essayait d'imiter ce qu'il y avait vu de plus curieux, pour en garder le souvenir : la vallée de Tempe, le Ganope, qui le faisait songer aux charmes de l'Egypte, le Pécile, qui lui rappelait Athènes.
Ce n'est pas tout : M. Gusman tient avant tout à être complet. Après avoir étudié la villa dans son ensemble, pour que rien ne nous échappe, il en reprend à part tous les détails, il énumère et met sous nos yeux tout ce qu'on y a trouvé, les mosaïques (il y en a d'admirables), les stucs, les chapiteaux et les bases de colonnes, les bas-reliefs, les frises, et jusqu'aux antéfixes de terre cuite, qui se sont détachés des toits. Il ne se borne pas à reproduire ce qui s'y trouve encore, il veut nous donner une idée de ce qui n'y est plus. La villa d'Hadrien a, pendant trois siècles, alimenté tous les musées de l'Europe. C'est là qu'ils allaient se fournir d'objets d'art antiques, pendant que l'antiquité était à la mode. Les propriétaires du terrain, qui voulaient en tirer de bons revenus, affermaient le droit d'y faire des fouilles; il y avait surtout, non loin du théâtre grec, un marécage, où se déversaient les eaux de la villa, qu'on appelait le Pantanello. On y avait jeté pêle-mêle, pendant les siècles de barbarie, les fragments mutilés des dieux et des déesses de marbre, et c'était une