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LE NATATORIUM OU PORTIQUE CIRCULAIRE

A droite de la terrasse des Bibliothèques et à un niveau inférieur, un terre-plein soutenu par un mur décrit une courbe rentrante ; on y montait par quelques marches situées à l'extrémité du mur de soutènement de la terrasse des Bibliothèques {fig. 165), au bord de laquelle s'élevait une fontaine décorative K [fig. 166), composée d'un large bassin de forme cintrée. Ses quatre pilastres qui encadraient trois niches, dont une carrée, et dont la base conserve un enduit de ciment, supportaient probablement une architrave sous laquelle des statues versaient l'eau dans la vasque. En face de cette fontaine et à l'autre extrémité de cette petite terrasse, s'élève un monument qui, par ses dispositions inusitées,

est une des curiosités de la villa. On y pénètre par un portique maintenant détruit {fig. 170) dont les chapiteaux sont semblables à ceux du Nympheum du Palais et qui entoure sur deux côtés un vestibule par lequel on accède à un portique circulaire auquel, sans doute, se rapporte une inscription relatée par Sebastiani1 dont nous donnons ailleurs le texte (p. 336).

Fig. 106.

Fontaine K.

1. Xous supposons que cette inscription a rapport au portique qui se présente ici, car, dans la villa, il n'en existe pas un autre semblable.

Echelle

ImmI I I I L

Fig. 167. — Plan du portiuue circulaire et de son vestibule. (D'après Blondel et Winnefeld.)

Ph

LA VILLA HADRIANA

Cette construction reçut des noms fantaisistes : Sébastian! y voit le Platanistas de Sparte; il fut appelé aussi Tempio del tripode delfico, Teatro maritimo; le titre de Natatorium est plus acceptable, mais nous adoptons avec Contini le nom de Portique circulaire.

Ce portique est relié, d'un côté, à la Bibliothèque grecque par deux passages et, de l'autre, par deux petits corridors conduisant à la salle dite des Philosophes ou Basilique L. Dans l'axe de l'entrée et au fond du portique, une exèdre rectangulaire M était probablement ornée d'un banc et d'une statue.

Fig. 170. — Le portique circulaire, vu du vestibule.

Avec M. Blondel ', qui a étudié spécialement cette élégante construction (f'uj. 1(38-169) et dont nous utilisons les travaux, nous trouverons qu'elle présente simplement une ingénieuse transformation de la maison gréco-romaine représentée ici par un îlot de forme ronde, baignant dans un bassin circulaire et entouré d'un portique de même forme ayant 42m,565 de diamètre (fig. 171 et 173).

Clos par un mur où l'on voit l'amorce de la voûte sur laquelle s'élevait probablement une terrasse, le portique était formé de 40 élégantes colonnes de marbre blanc à chapiteaux ioniques. Placées au bord du bassin sur des dés de travertin et reliées par un parement de marbre formant stylobate, ces colonnes et un parement en mosaïque blanche bordée de deux bandeaux noirs limitaient la chaussée circulaire, large de 3m,43.

De distance en distance, dit M. Blondel, et sans symétrie, la plinthe du mur en marbre noir offre des parties saillantes d'une môme dimension (2,n,85), au-dessus desquelles des

}. Mélanges de l'Ecole de Home, année 1881.

SOUVENIRS DE VOYAGE ET CONSTRUCTIONS ORIGINALES

cases évidées étaient probablement destinées à contenir des bas-reliefs. Le mur était recouvert de stuc blanc avec légers ornements de couleur.

Entre le portique circulaire et la construction centrale, court un canal G, large de 4m,80, profond de lm,27 à lm,42, dont le fond est dallé en marbre blanc. Les parois verticales les plus développées sont revêtues d'un parement de marbre blanc; celles de l'îlot étaient recouvertes de stuc peint en rouge.

Fig. 171. — Vue du portique circulaire et de l'îlot central.

Dans une grande dalle G' se trouve l'orifice pour l'écoulement des eaux, en forme d'entonnoir et placé à la partie la plus basse du fond du canal; cette disposition, dit M. Blondel, permettait dérégler l'écoulement des eaux. L'eau étaitamenée par une conduite située dans le passage 0 qui reliait le portique à la Basilique.

De chaque côté de cet orifice, le dallage de fond décrit quatre grands arcs de cercle [ji'j. 173) tracés en rainures. M. Blondel explique cette particularité : les centres fixes a (que l'on voit sur notre plan fig. 16S et 109) portent, de part et d'autre, la trace de pivots; de même, à la buttée des arcs décrits par des battants B, se trouvent les traces de crapaudines pour l'arrêt de ces parties mobiles. M. Blondel conclut qu'il devait y avoir des battants s'ouvrant à la manière des écluses.

LA AILLA HADRIANA

L'examen du plan de l'îlot fit voir qu'on ne pouvait y accéder que par les passages ménagés de chaque côté de l'hémicycle C ; mais, pour établir communication avec le portique circulaire, il fallait des ponts. M. Blondel, très logiquement, a trouvé que les

battants glissant sur les rails de marbre se rejoignaient au milieu du canal et formaient un tablier dont l'extrémité aboutissait au portique circulaire, juste entre deux colonnes. On pouvait ainsi, à volonté, s'isoler dans l'îlot et rendre libre Yeuripe qui l'entourait. 11 existe actuellement un pont fixe de maçonnerie à peu près à l'endroit où se trouvait un des ponts mobiles, mais il est d'une époque récente (fig. 171).

Le bâtiment de l'îlot central, passablement exigu, avait deux entrées symétriques par les passages déjà mentionnés qui conduisaient à Yatrium corin-

Fig. 17J.

Intérieur de l'îlot central.

thien A. Cet atrium, dont la forme est encore

Vî

dessinée par les dés de travertin {fig. 171)

sur lesquels s'élevaient des colonnes cannelées ainsi que par le dallage sur lequel ils reposaient, est d'un plan tout particulier. Son sol. légèrement déprimé, formait probablement un impluvium; au centre on voit encore, sur un socle qui supportait une statue-fontaine, la trace des conduites d'eau. Suivant Canina, cette salle centrale était couverte par une voûte octogonale.

L'entablement que supportaient les colonnes cannelées de l'atrium était orné de frises où sont sculptées, en bas-relief, des allégories marines, motifs (pie l'on retrouve aussi à la Plazza d'Oro.

Entre les deux passages, un vestibule C, ouvert de tous côtés par une colonnade, laissait libre la perspective vers l'entrée du portique. Le triclinium peut se placer en E, avec salles adjacentes. En 1) étaient des chambres et en face, en F, une installation pour des bains chauds. Le canal circulaire, ou euripe, servait de piscine; on y accédait des bains chauds par un escalier de quelques marches. Tout autour de l'îlot on avait ménagé des niches ornées de fontaines et de vases alexandrins dont deux ont été

Fig. I7:i. — Dallage de fond du canal circulaire.

Fig. 174. — Le portique circulaire.

Fig. 175. — La Basilique L.

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retrouvés et déposés : l'un est au musée des Thermes, l'autre à la salle des Animaux, au Vatican.

La décoration de cette partie de la salle fut, du reste, tout élégance et richesse; les chapiteaux étaient d'un style ionique fleuri (fig. 363), les stylobates du marbre le plus rare ;

Fig. 176. — Corridor 0 reliant le portique circulaire à la basilique; à l'arrière-plan, le Pœcile.

celui du vestibule est en porphyre. Les bas-reliefs des frises, s'ils ne sont pas d'un grand art, sont, du moins, d'une exécution libre, et en place durent faire leur effet. C'est là que furent découverts la belle statue de Faune en marbre rouge du Vatican (hors texte, PL X), ainsi que les bas-reliefs des Amours en chars traînés par des sangliers, des dromadaires et des gazelles (fig. 397-400). Quant aux vases, l'un est orné de cigognes et de lézards ; sur

SOUVENIRS DE VOYAGE ET CONSTRUCTIONS ORIGINALES 131

l'autre sont représentés des canards, un ibis et des poissons ; représentations d'esprit et de sujet alexandrins (fig. 436 et 437).

Qu'on se figure dans Yeuripe des cygnes blancs et des poissons de couleurs variées, des paons perchés sur les portiques, une brillante et fraîche décoration se mirant dans l'eau et contrastant avec la blancheur des marbres; tout cela et, en plus, le charme de ce lieu isolé, où l'on pouvait à volonté se reposer, festoyer et se baigner, ne concourait-il pas à en faire une des retraites les plus voluptueuses de la villa?

Contiguë au Portique circulaire, par un corridor 0 (fig. 176j, s'élève une vaste salle L que l'on a nommée Salle des Philosophes, pour la raison insuffisante que son abside possède sept niches qui auraient pu contenir les statues des Sept Sages. Nous y verrons une Basilique (fig. 175) avec M. Boissier, qui fait observer très judicieusement que, à l'exemple de Trajan, Hadrien était grand justicier. Du reste, le plan de cette salle rectangulaire terminée en abside lui donne bien l'apparence d'une basilique ; devant sa façade court un portique largement ouvert. Près de l'entrée aboutissait un passage couvert longeant extérieurement le mur du portique circulaire dans le haut duquel on voit les trous où pénétraient les poutres d'une toiture. De ce même côté et adossé au Portique circulaire, s'élevait un petit édicule N, qui, suivant Contini, servait d'entrée à des corridors souterrains.

Fig. 177. — Le mur du portique double F, vu de la porte nord-ouest de la basilique.

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LE PCECILE

De la basilique un double perron conduit dans un portique au milieu duquel se dressait un grand mur (fig. 177) que l'on pense avoir fait partie du Pœcile1 mentionné par Spartien parmi les monuments grecs de la villa de Tibur.

Inspiré par celui d'Athènes, ce Pœcile, ou soi-disant tel, occupait une vaste esplanade dominant la campagne romaine, soutenue et régularisée par de puissantes substructions dans lesquelles sont ménagées les salles appelées les Cenio camere dont Piranesi fait un quartier des prétoriens.

Cette esplanade (fig. 178) était entourée d'un portique rectangulaire large de 7m,35, supporté par plus de 110 colonnes posées sur un léger soubassement visible surtout au portique nord. Un grand mur, percé, à l'est, de nombreuses baies, longeait ce portique au centre duquel ouvrait un édicule A avec exèdre (fig. 180), muni de portes latérales donnant sur le stade ; peut-être y avait-on exigé, comme au Pœcile d'Athènes, un autel à Mercure.

Il est vraisemblable que le petit côté opposé à celui de l'ouest était percé dans toute

i. Pour le Pœcile d'Athènes, voir : Strabon, II, 210; — Pline, XXXV, 3o, 2; — Pausanias, XV.

Fig. 178. — Plan du Pœcile et «es Cent chambres (d'après Winnefeld).

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son étendue de hautes fenêtres qui permettaient de jouir de la vue magnifique qui se prolonge au loin vers la plaine; la seule muraille qui reste encore debout borde le côté nord. Longue de 230 mètres et conservée dans toute sa hauteur (10 mètres), elle était mitoyenne

Fig. 179. — Area du Pœcile et vue sur les monts de la Sabine.

à deux portiques semblables reconnaissables aux dés des colonnes aujourd'hui disparues qui, de chaque côté, supportaient l'architrave en bois sur laquelle reposait la toiture. On

Fig. 180.

Porïiijue II du Pœcile.

voit du reste, sur le mur extérieur de la Basilique où buttait le toit, la disposition du faîtage, plat d'abord et incliné ensuite (fig. 181). Le mur isolé B est interrompu par une ouverture centrale1 (fig. 182). A chaque extrémité du côté nord du double portique, le plan s'arrondit et forme, à l'extrémité ouest (fig. 184), une terrasse élevée d'où l'on jouit, sur tous les environs, d'une admirable perspective ; on peut môme, dans le lointain, apercevoir la ville de Rome et, au-dessus, dans la brume chaude de l'horizon, se devine la mer qui se confond avec le ciel (fig. 614).

1. Il existe une autre ouverture, mais elle n'est pas antique.

LA VILLA HADRTANA

Un bassin d'environ 100 mètres de longueur sur 28 mètres de largeur occupe le centre de Yarea, que l'on prétend avoir servi à des représentations naumachiques. Tout autour la place est suffisamment vaste et plane pour qu'il soit permis de penser à un hippodrome {fig. 185).

Fig. 181. — Le Pœcile, vu do stade.

L'orientation du grand mur du Pœcile est de l'est à l'ouest, de sorte que l'on pouvait, à volonté, y trouver le soleil ou l'ombre à toute beure du jour. Au sud, le portique était ouvert à l'ardeur du midi, taudis qu'au nord il donnait sur de frais

Fig. 182. — Extrémité orientale du portique double F.

Fig. 183. — ■ Ouverture centrale du portique double F.

ombrages. Des deux côtés de ce mur, subsistent encore, à la base, les restes d'une épaisse couche de mortier battu et de stuc jadis recouvert de couleurs. Cette décoration rappelait-elle celle du portique qu'Hadrien'a voulu imiter? On ne saurait le dire.

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Le Pœcile d'Athènes était célèbre par les fameux monochromes dus aux pinceaux de Polygnote. D'après Pausanias, on y voyait, en entrant, un tableau représentant les Athéniens prêts à en venir aux mains avec les Lacédémoniens. Sur le mur du milieu étaient représentés le combat de Thésée contre les Amazones, les Grecs à la prise de Troie, les

Fig. 18i. — Plate-forme B située a l'extrémité ouest du portique double F.

chefs assemblés pour délibérer sur l'attentat d'Ajax contre Cassandre, plus loin la bataille de Marathon, et, hors du champ d'action, les barbares fuyant en désordre dans les marais, les Perses massacrés par les Grecs devant les vaisseaux des Phéniciens, le héros de

Fig. 18::

Bassin rectangulaire occupant le milieu de l'area du Pœcile.

Marathon, Hercule, Thésée, Minerve, Callimaque, Miltiade et le héros Echetlus. Devant la colonnade, des statues en bronze représentaient des hommes célèbres, entre autres Solon. Si le Pœcile de Tibur a été décoré de peintures, il est probable qu'elles représentaient des tableaux largement traités, dans le genre des grandes décorations d'Herculanum ou plutôt des œuvres analogues à celles que le peintre romain Ludius avait imaginées pour les portiques-promenades : des vues de ports de mer, des sujets connus, comme à Pompéi; sans doute aussi des sites qu'Hadrien avait admirés dans ses voyages.

LA VILLA HADRIAXA

Tout dénudé qu'il se présente actuellement, ce mur gigantesque fait impression, tant par les souvenirs qu'il peut rappeler que par son extraordinaire conservation au milieu de tant de ruines.

Est-ce bien là la reproduction du Pœcile d'Athènes, qui, d'après Curtius, n'avait que 60 mètres? Il est permis d'en douter. Nous y voyons surtout un colossal portique-

Fig. 186. — Le mur du portique double F, vu de la plate-forme D ouest.

promenade, dont une répétition, sur une plus petite échelle, existe du côté des aqueducs, absolument orientée de la même façon et qu'un auteur nomme Portique du Lycée (Voir plan de Piranesi, fig. 59, 60, et fig. 247).

Fig. 187. — Le Pœcile, vu du monument G.

La construction, bien dégradée, il est vrai, qui représenterait plus justement le,; Pœcile d'Athènes, ne serait-elle pas dans les bâtiments du sud que nous verrons plus loin près de V Académie , où un mur, auquel est accolé aussi un double portique, mesure à peu près les 60 mètres du Pœcile athénien ?

La tour D, dont les substructions occupent le centre du portique C, soutenait peut-être une plate-forme élevée servant de loggia impériale. De ce même côté, le mur de clôture du portique a été ouvert sur un monument G dont il reste peu de chose; mais les débris de colonnes et le dallage en marbre en démontrent suffisamment la richesse {fig. 187).

Fie. 188. — Les Cent chambres, vues près du vestibule.

LES CENT CHAMBRES l

Les Cenlo camere, ainsi nommées à cause de leur grand nombre, sont situées dans les substructions du Pœcile (plan n° 178, A', A', A', I). Elles démontrent, d'une façon vraiment ingénieuse, l'esprit utilitaire des géomètres et des architectes romains. Le Palatin nous en offre aussi des exemples. Il en était d'ailleurs ainsi dans la plupart des édifices romains adossés à une colline.

On pénètre facilement dans les Cento camere par une brèche moderne, pratiquée dans le sol de Yarea du Pœcile, vers le portique sud. Dans l'antiquité, on y arrivait par une large tranchée qui sépare l'esplanade des terrains environnants au sud, et qui prenait naissance à côté du vestibule d'entrée de la villa. A cet endroit, en effet, on aperçoit, comme à fleur de terre, une ligne d'ouvertures sombres, qui ne sont autres qu'une des séries des Cent chambres que Piranesi et Penna nomment, l'un le Camp, l'autre le Quartier des prétoriens (fig. 188-189).

Une garde militaire quelconque préposée à la garde de l'empereur, et peut-être chargée aussi de la surveillance rurale, résida certainement à la villa; mais nous savons par Aurelius Victor qu'Hadrien avait réuni, en grand nombre, des constructeurs et des ouvriers d'art embrigadés comme des soldats; peut-être étaient-ils casernes dans ces constructions.

On accédait également à la base des Cento camere en suivant une voie antique greffée sur celle que Piranesi nomme la Voie du Pœcile et que nous avons déjà parcourue en

Fig. 189.

Les Cent chambres, vues du vestibule (d'après Penna).

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