L'ART A LA VILLA
Si Hadrien construisit dans sa villa un grand nombre de monuments à l'imitation de ceux qu'il avait vus dans ses voyages, il recueillit aussi des œuvres d'art pour les meubler. Amateur et artiste, il dut en elïet collectionner, en cours de route, tout ce qui lui semblait agréable, beau et décoratif, et faire l'acquisition, en Grèce, en Egypte et en Orient, d'œuvres qu'il fit expédier à Tibur. La diversité de facture des statues de la villa indique bien d'ailleurs qu'elles ne furent pas toutes faites sur place ni à Home.
Bien que le porphyre, le marbre de Phrygie, le basalte d'Egypte, l'albâtre oriental, le Paros et le Pentélique fussent exportés en blocs des carrières impériales, Hadrien sans doute commanda souvent sur place, à des artistes grecs et alexandrins, des copies des œuvres qu'il admirait le plus. Parfois même, il faisait reproduire en marbre des originaux de bronze, comme les deux Centaures signés Aristéas et Papias, sculpteurs d'Aphrodisias. De Délos, d'Argos, d'Olympie il rapporta probablement de ces sujets interprétés qui, au ne siècle, étaient fabriqués par les artistes de ces villes.
Il collectionnait aussi les mosaïques et fit reproduire les plus célèbres : c'est ainsi que l'on trouva dans sa villa la mosaïque des Colombes, dont l'original était à Pergame.
D'Egypte proviennent probablement quelques-unes des mosaïques nilotiques, les figures en basalte noir de la collection du Canope et aussi des images pharaoniques de même matière, prises à Sais. D'interprétation alexandrine sont encore les figurations d'ibis, de canards et d'oies, ainsi que ces sculptures décoratives envahies par d'espiègles amours; d'Alexandrie certainement a été rapporté le buste d'Isis du musée Chiaramonti; du même style sont les bas-reliefs bachiques, les masques de bacchantes, reproduits sur des vases dont la décoration rappelle les objets du trésor de Boscoreale.
On voyait aussi des vases et des candélabres corinthiens de haute stature, des statues servant à des fontaines jaillissantes où baignaient quelque nymphe, quelque jeune Bacchus et les putti alexandrins; tout un aréopage de philosophes grecs en hennés, semblables à ceux dont Cicéron fait si grand cas dans ses Lettres à Attkus; des Antinous en grand
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nombre, des Athènes, des Dianes, des Satyres, des Muses. On y trouva aussi des groupes célèbres malheureusement incomplets, très peu de Vénus, aucun Mars.
Indépendamment des œuvres importées, il y eut, à Tibur, des reproductions de statues de l'école de Stéphanos, élève de Pasitélès, et de Ménélaos, artistes qui avaient vécu en Italie, ou de Griton et Nikolaos, sculpteurs grecs, contemporains d'Hadrien. Plus d'une œuvre célèbre d'après Polyclète, Myron, Scopas, Praxitèle ou d'après des sculpteurs de leur école sont représentées par des copies. Mais, parmi les statues de la villa, Y Antinous surtout est l'un des plus purs spécimens de l'art du 11e siècle après Jésus-Christ.
Quant au groupement général des sculptures de la villa, nous pouvons dire, sans toutefois avancer qu'Hadrien ait voulu ériger cela en principe absolu, qu'il a réuni souvent dans un même monument les œuvres d'art d'une même école. Ainsi, dans les bâtiments dits Académie, on ne voit guère que des œuvres d'esprit corinthien et ionien ; dans le portique circulaire, ce ne sont, en majeure partie, que des vases et des bas-reliefs alexandrins ; au Ganope, c'est toute une collection de statues et objets égyptiens ou pseudo-égyptiens. Cela tendrait à prouver qu'Hadrien eut une tendance à grouper ensemble les œuvres d'art d'après leur origine.