LES CONSTRUCTIONS
L'organisation en cohortes et en centuries des artisans attachés aux travaux de l'empereur explique suffisamment la célérité avec laquelle fut construite cette villa impériale que l'on peut comparer à une ville entière. Le mode de construction adopté fut en effet économique et expéditif. On n'employait guère les blocs de pierre et de marbre que pour les consoles, les dallages et aussi les dés placés sous les arcs doubleaux. Aucune muraille n'est faite en pierre massive. Les marbres étaient des plus riches et des plus variés. On a trouvé le marbre gris (bigio morato), le marbre violet ou pavonazzo (marbre de Phrygie), les cippolini (verts, gris et rouges), le marbre blanc de Luna (près Carrare), les marbres grecs du Pentélique et de Paros, le jaune antique des carrières de Chemtou, le Scyros veiné de couleurs, le marbre du Thaze, le basalte d'Egypte, le granit rouge (rosso antico), le granit bréché, enfin le péperin et le travertin. Mais ces marbres et ces pierres, comme nous l'avons dit, ne servirent guère qu'aux revêtements et qu'à l'ornementation architecturale et sculpturale; le fond des constructions était en briques.
Les briques étaient de formes diverses : la brique plate et allongée, la brique cubique et trapézoïde pour l'appareil réliculaire, et la brique de la forme usitée de nos jours. Ces briques étaient généralement crues; toutefois on se servait de briques cuites surtout pour les angles des murailles, les embrasures des portes et des fenêtres, les chaînes établies sur toute la longueur d'un mur, les arcs doubleaux.
Les massifs étaient surtout confectionnés en blocage composé de pierres diverses, de briques et de mortier. Un revêtement en appareil réticulaire ou autre venait ensuite recouvrir la maçonnerie; de sorte qu'ici l'appareillage en briques n'est qu'une façon, mais non un mode de construction. Cependant il y a des exceptions et on voit des murailles dont les briques visibles offrent la principale résistance '. Outre Yopus y^eticulatum, on employait un autre mode qui consistait à placer deux assises de briques alternativement avec une ligne de briques plus dures et plus claires de ton.
1. Les chaînes de briques cuites établies le long des murs, tout en servant à consolider les massifs, servaient aussi à masquer les trous laissés par les traverses des échafaudages; ces chaînes sont espacées, du reste, de la hauteur d'un homme environ.
214 LA VILLA HADUIANA
Pour les arcs et les voûtes, on a usé d'un procédé non moins expéditif.
Les arcs des niches et des ouvertures sont faits généralement de briques accolées et posées sur champ. Les arcs placés dans le corps des murs ou dans le haut des niches se composent simplement de grandes tuiles plates également sur champ et noyées dans un blocage confectionné horizontalement. Le tout complètement dissimulé sous un appareil en briques.
Ce mode de construction ne pouvait naturellement pas suffire pour un grand arc, partie vive d'un édifice. Les vestiges des arcs qui, au frigidarium des grands thermes, formaient l'ossature des voûtes nous en fournissent la preuve. Les arcs doubleaux sont en briques bien appareillées et n'ont aucun revêtement illusoire; ils portent non sur un lit de briques, mais sur un dé de travertin qui se voit à la naissance de tout arc important et le dépasse souvent en formant console.
Pour la voûte elle-même, on a recouru à des procédés plus économiques dont la maind'œuvre n'exigeait aucune science. Une fois les arcs doubleaux et les chaînes de briques qui les reliaient entre eux construits sur des cintres charpentés, le blocage était étalé de façon horizontale et venait former une voûte qui, une fois sèche, n'était plus qu'un seul bloc. On revêtait ensuite de placages de tuiles cintrées qui, placées sur deux épaisseurs, donnaient à la voûte cette surface unie que l'on peut observer dans certaines parties de la demi-coupole de l'exèdre du palais impérial appelée triclinium d'été.
Si, de quelques détails de maçonnerie, nous passons à l'examen général des plans, nous voyons un grand nombre de monuments circulaires, semi-circulaires, de nombreuses exèdres et d'innombrables niches. Ces courbes apportent toujours une grâce extrême et rompent agréablement la sécheresse des lignes droites. Aussi conçoit-on qu'Hadrien ait usé largement de ces lignes capricieuses et légères dans presque tous les monuments de sa villa où il prodigua les dômes et les coupoles jusqu'à cette époque très peu employés par les architectes romains.
Quoique épris d'archaïsme, l'empereur ne copiait pas les monuments qu'il imitait, mais s'en inspirait. C'est surtout la décoration qui trahit le style étranger; aussi les architectes d'Hadrien ne relevèrent-ils probablement pas les plans d'ensemble des monuments imités et se contentèrent-ils de prendre quelques notations générales sans grande préoccupation de la vérité archéologique.