PEINTURE
Par suite de la dégradation presque complète des murs enduits de stuc, les peintures décoratives de la villa sont devenues assez rares; il en existe encore sur plusieurs murs extérieurs des bâtiments, entre autres sur celui du Nympheum du Palais, dont la cimaise était rouge, et de la grotte-exèdre placée entre les deux bibliothèques.
Au mur du Pœcile la couleur a disparu avec l'enduit, mais on voit encore à la base le revêtement spécial destiné à la polychromie. On retrouve aussi des restes de décorations au crypto-portique du Pulvinar, dont le style sobre est d'esprit pseudo-égyptien (fig. 304). De même harmonie sont aussi les quelques revêtements peints du triclinium du palais impérial et de plusieurs endroits que j'ai notés à leur place.
Parmi les documents authentiques de décoration peinte provenant de la villa, nous citerons quatre fragments : 1° fresque représentant des arabesques peintes en vert et en rouge sur un fond jaune ; 2° un autre fragment mesurant 0,22 x 0,24 ; 3° une arabesque peinte sur un fond divisé par bandes de diverses couleurs (0,30 x 0,59) ; 4° fragment d'arabesque peinte sur fond bleu (0,18x0,20 '/,)'.
Nous ne connaissons par aucun document des peintures où il y ait eu des figures; nul doute cependant que les murs de la villa n'aient été ornés de grandes compositions inspirées de tableaux célèbres, semblables à celles qui existaient à Herculanum, à Pompéi, à la Maison-Dorée de Néron, au Palatin et ailleurs. Il serait en effet bien étrange qu'Hadrien, qui avait orné sa villa de tant de sculptures et de mosaïques, ait, de parti pris, exclu les peintures, lui qui se flattait de tenir le pinceau.
Fig. 304. — Fragments de peintures provenant du crypto-portique des batiments annexes du Stade (magasins de la villa).
1. L.-J.-J. Dubois, Catalogue d'antiquités égyptiennes et romaines qui composent l'une des collections d'objets d'art
formées par feu M. Léon Dufourny ; Paris, 1819, in-8°. Nos 267*, 268*, 269*, 270*.
Sebastiani, comme nous l'avons vu, rapporte que les constructions de la colline San Stefano possédaient des peintures encastrées dans les murs d'unfportique. De son côté,
Fig. 305. — Vénus (d'après Penna).
Fig. 306. — PÀius (d'après Penna)
Penna mentionne que, en 1801 , un peintre, Marco Carloni, copia plusieurs sujets dans la villa. Ce furent ces mêmes sujets, au nombre de dix, qu'Agelli et Contardi publièrent en lithographie, sous le titre : Piciurae a ruderibus Adrianae Villae Tiburtinae extractac.
Fig. 307. — Junon, Vénus et Minerve (d'après Penna).
Fig. 308. — Vénus, l'Amour et Ascagne (d'après Penna).
Penna les reproduit dans son ouvrage; en voici l'é numération :
Venus; Paris; Junon, Vénus et Minerve; Vénus, V Amour et Ascagne; Apollon et les Muses; Minerve et Uranie ; Mars confie Romulus et Rêmus au Tibre; Orphée; Scylla et Glaucus; Circé et Glaucus (fig. 305-314).
ART ET NATURE
Tous les originaux, écrivait Penna, entre les années 1831 et 1836, sont perdus ou méconnaissables, à l'exception du sujet représentant Circé et Glaucus, qui, détaché du minet transporté en Angleterre, serait aujourd'hui à Brockelsly Park (Lincolnshire).
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Fig. 309. — Apollon et les Muses (d'après Penna}.
Fig. 310. — Minerve et Uranie (d'après Penna).
L'authenticité même des sujets a été discutée; plusieurs savants n'y veulent voir qu'une
Fig. 311. — Mars confie Romulus et Rémus au Tibre (d'après Penna).
Fig. 312. — Orphée (d'après Pensa).
imposture ; selon eux, les lithographies n'ont rien conservé du style et de la manière antiques. Sans vouloir entrer dans le fond du débat, je ferai observer que presque toutes les reproductions d'œuvres antiques exécutées au xvme siècle et au commencement du xixe siècle méritent les mêmes reproches. Il est probable d'ailleurs que ces dessins doivent leur
LA VILLA HADRIANA
mauvaise réputation non à un faux complet, mais à la préoccupation de vouloir, en la restaurant, trop préciser une œuvre très maltraitée par le temps.
flg. 313. — scylla et glaucus (d'après Penna).
FlG. 314. — ClRCÉ ET Glaucus
(d'après Penna).
II en est probablement de môme pour cette peinture à l'encaustique, représentant
Cléopàtre, dont l'authenticité est aussi contestée. Elle aurait été trouvée en 1818 au Sérapeum de la villa Hadriana, par l'antiquaire Micheli, qui avait à Florence des collections d'antiquités1 (?). Apporté à Paris en 1864, ce portrait échut au baron de Bonneval, qui le transporta à Sorrente. Cette peinture, exécutée, dit-on, sur ardoise (?), était brisée en seize morceaux. Pendant quelque temps, elle défraya la chronique, et presque tous les savants la déclarèrent fausse, la jugeant surtou t d'après la gravure de l'Américain John Sartain (fig. 315). Nous ne nous faisons pas l'avocat de cette cause ; mais une peinture de si petite dimension, composée de tant de morceaux, dut, pour être rétablie, subir de telles réparations que, vu surtout la manie de compléter qu'avaient tous les restaurateurs du commencement du xixe siècle, nous ne serions pas éloignés de croire que ce portrait a été repeint. Comment alors le juger en connaissance de cause?
Fig. 315. ■ — Cléopàtre (d'après la gravure de John Sartain).
1. Sur les circonstances de la découverte, voir la Gazette officielle romaine, de 1818, et le journal toscan Antoloyia, de 1822, auxquels renvoie une brochure intitulée : Peinture grecque à l 'encaustique représentant la reine Cléopàtre... (Nice, 1889.)