‹ La villa impériale de Tibur (villa Hadriana)Chapitre 92 sur 111 · V. STATUES BACHIQUES · texte numérisé non relu

V. STATUES BACHIQUES

Parmi les statues bachiques on peut citer quelques belles œuvres : un buste de Bacchus barbu, de style grec (au British Muséum), et un Bacchus que Ligorio dit avoir orné le

théâtre latin. La seule statue caractérisée de Bacchus a été

retrouvée en 1881 (hors texte, PI. VIII, et fig. 530) sous un escalier, à côté des Bibliothèques; c'est une des œuvres les plus intéressantes de la villa. Dans cette figure, on trouve autant de grâce féminine que de vigueur masculine, et cela donne à l'ensemble une saveur toute spéciale qui dut beaucoup plaire à Hadrien. Sur le devant du crâne, on voit encore quelques petits points de repère en relief laissés par le copiste. D'un parfait modelé, plein de morbidesse, cette statue semble être la reproduction d'un original de métal; on le sent principalement à la nébride et à la chevelure; de plus, les yeux ont la pupille marquée, comme cela se faisait pour les tètes en bronze, avec de l'argent ou de l'émail. Ce Bacchus peut nous rappeler, par le mouvement du corps, une œuvre de Polyclète, qui aurait été exécutée au ier siècle de l'Empire d'après une œuvre du ive siècle. Il faut admettre avec M. Helbig que « l'original est une des tentatives les plus anciennes qui aient été faites pour donner une grâce nouvelle aux images des dieux adolescents, en introduisant dans leur corps quelques formes féminines ».

Les types de satyres de la villa semblent avoir été particulièrement choisis par Hadrien et plusieurs sont des copies d'œuvres de premier ordre. Par exemple, ce Satyre jeune au repos [fig. 531), dont le type rappelle probablement une statue de Praxitèle ; modèle très répandu dans l'antiquité. Cette figure appartenait à la galerie Malatesta, à Rome;

Fig. 531. — Statue de jeune Satyre (d'après Glarac).

(Krslaurations : Lu nez, l'avant-bras droit, la date, la main droile.)

Fi<;. ;>30. — Statue de Bacchus (Musée national, à Hume) (Voir nous texte, Pl. VIII).

(Reslauralions : Le devant du nez, un morceau du manteau, les grilles de la nébride, le pouce, l'index et quelques fragments de la main gauche, le bas de la jambe gauche, le tronc d'arbre saut l'extrémité supérieure, ia partie gauche de la plinthe.)

LA VILLA HADRIANA

Berlin en possède une réplique (Sculpturensammlung 359) ; mais le Musée du Capitole (chambre du Gladiateur) en conserve un des plus beaux spécimens (hors texte, PI. IX, et fig. 532), simplement modelé et d'une grâce juvénile pleine d'espièglerie. Celui-ci, qui se trouvait à la villa d'Esté, a été placé dans le Musée par Benoît XIV, en 1753. Il est possible

Fig. 532. — Statue de Satyre jeune (Musée du Capitole). (phot. Aixnari). Voir Pl. hors texte n° IX.

(Restaurations : Le nez, l'avant-bras droit avec la HùTe. le bras gauche, sauf la partie supérieure ainsi que le pouce et l'index qui louchent la peau de panthère, le pied droit, fragments du pied gauche, la plinthe.)

Fie. 533. — Statues de jeu.nes Satyres (Musée du Louvre).

que cette statue ait été coloriée, car quelques traces de couleur brune sont visibles sur le côté extérieur de la peau de panthère.

De même école est ce charmant Satyre jeune {fig. 533) accompagné d'un Satyre enfant, tenant l'un et l'autre xmpedum (au Louvre). Ce sujet est de même conception que les Satyres jouant de la flâle. Le galbe qu'offrent la ligne du corps et celle des jambes est exquis et la facture polie de l'épidémie est dans la manière soignée des œuvres de l'époque d'Hadrien. On

ART ET NATURE

connaît de même provenance (flg. 534) un Satyre jouant de la flûte (Chiaramonti), mais c'est une œuvre lourde et ronde, appartenant à l'art industriel '.

Deux belles statues de Satyres, en marbre rouge antique, proviennent aussi de la demeure impériale; conservées l'une au Vatican (cabinet des Masques), l'autre au Capitole (chambre du Faune), elles se réfèrent à un type créé par l'art hellénistique, « époque où l'on vit pour la première fois le pedum aux mains des Satyres ».

Le Satyre du Vatican (hors texte, PI. X), trouvé par le comte Fede au Portique circulaire et acquis sous Pie VI, tient une grappe de raisins dans la main droite et un pedum dans la main gauche, tandis que, dans sa pardalide relevée, il porte des fruits.

Celui du Capitole [fig. 535), découvert par Furietti dans les bâtiments de la prétendue Académie, fut donné au Musée en 1746, par Benoît XIV. Tout en ayant le même mouvement que la figure du Vatican, ce Satyre ou Faune est accompagné d'une chèvre dont une patte est posée sur un panier rempli de fruits. Cette dernière statue, très remaniée, est, par suite, d'une facture beaucoup plus froide que la précédente.

Dans le Satyre du Vatican, les yeux sont en verre nuancé, ce qui donne au regard une vivacité très expressive; quant à celui du Capitole, les yeux sont vides. L'examen de ces deux copies montre que les originaux étaient en bronze. Du reste, la facture l'indique absolument; on rio.sw.— Statue de sent, dans le Satyre du cabinet des Masques, cette nervosité de muscles cÂn Cuiacamonti)! exprimée énergiquement comme dans le métal. Avec le Faune à la chèvre, (Phovenance inceron peut aussi se rendre compte du ciselé de la corbeille et de la toison de l'animal. Le marbre rouge, en outre, est une matière bien appropriée à dos copies d'oeuvres en bronze qui étaient probablement claires de ton.

De même art, mais plus précieusement travaillés et aussi ér.ergiquemcnl rendus, sont les Centaures en marbre gris foncé (bigio morato), œuvre:; d'Aristéasct de Papias, sculpteurs d'Aphrodisias (en Carie), trouvées en 1731 par Furbtli dans uno salle située au sud do la villa, dans les bâtiments dits Académie.

Les noms des artistes sont inscrits sur la base : APIK1 EAC KA1 IIAIIIAC A-r-PDAEICEIC.

Mieux encore que le marbre rouge, une matière noirâtre était heureusement choisie pour reproduire une œuvre de bronze coloré. Ces deux Centaures paraissent non seulement de métal, mais sont encore comme ciselés; ainsi su voient les moindres détails des muscles, des cheveux, de la barbe et dos poils. L'épidémie, à cause do celte exagération de facture, semble un peu tendu; néanmoins les doux sculpteurs font preuve d'une technique supérieure. Hadrien dut l'aire grand cas de ces statues et tint certainement à les voir

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