‹ La ville de DavidChapitre 10 sur 49 · KA VILI.F, DE DANID · texte numérisé non relu

KA VILI.F, DE DANID

indéchiffrables. Ainsi selon lui hi \ille haute et la ville basse étaient limitées au nord par la première enceinte, parallèle à la vallée transversale. Le Gareb restait donc exclu de l'ancienne ville.

Lors du siège de 70, témoin et stratégiste, Josèphe raconte que les soldats romains avaient déjà successivement envahi la troisième et la deuxième enceinte, rasé la forteresse Antonia, détruit le temple et incendié l'Ophel, lorsciu'enfin ils délogèrent les factieux de l'Acra. la ville basse, et vinrent les assiéger dans la ville haute, au pied des célèbres tours d'Hippicus, de Phasaël et de Mariamne.

Or une telle tactique de la part des légionnaires est incompréhensible et un tel récit devient un tissu d'incohérences pour qui fait du Moriah la seconde colline, ou du Garel^ l'Acra, la ville basse.

C'est pourquoi les néo-critiques se montrent si sévères pour l'historien juif, à tel point que les plus indulgents le traitent d'écrivain distrait, fantaisiste, toujours en contradiction avec lui-même.

//. — Les deux collines de Ici ville de David.

Après avoir étudié la question en tous les sens pendant quinze ans. le savant palestinologue suisse, M. Tobler, eut une meilleure opinion de Josèphe.

Il nous raconte ses efforts pour retrouver sur le sol actuel l'emplacement de Jérusalem, au moyen des textes de la Bible et de l'historien juif, efforts demeurés sans succès jusqu'au jour où il se

Fiij. 3. — MoM-Siu.N. — Cauie iiM-soMÉritioLF:. Kquidistance 5 nii-ties — ICclielle 1 : 7 sf»'

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demanda s'il n'était pas, comme 'f'acite, viclime d'une illusion. Renonçant à voir dans le Moriah et son prolongement méridional d'Ophel la seconde colline de Josèphe, il donna une autre direction à ses recherches. Cette fois il crut avoir trouvé la clef du problème et ses conclusions timidement avancées (i) ont paru solides à M. Mommert(2).

Selon M. Tobler, la première colline de Josèphe n'est pas tout le Sion actuel, mais seulement la section occidentale du plateau, sensiblement la plus haute et la plus étendue. Josèphe dit « la plus droite dans sa longueur. » C'est là qu'il localise la ville haute. La deuxième colline est la partie nord-est du plateau, aujourd'hui environ 20 mètres moins élevée que l'autre section, arrondie et séparée de celle-ci par la dépression dont nous avons parlé plus haut; là se serait développée la ville basse; les travaux des Asmonéens auraient altéré sa physionomie primordiale. La dépression, encore A'isible aujourd'hui, de la vallée transversale jusqu'à Siloé serait le Tyropéon de Josèphe. Enfin la troisième colline située en face de la précédente, plus bas qu'elle et de l'autre coté de la large vallée, serait le Moriah. Le nom de T^^ropéon donné à partir du xvi"' siècle à la vallée Large, en partie comblée, aurait déterminé la série de transpositions, qui encore de nos jours mettent les topographes en désaccord entre eux et avec l'auteur de la Guerre juive.

Que penser des conclusions de M. Tobler, à la

(1) Topographie von Jrrusalein, t. I, Berlin, 1833, p. 28-43. — M est surprenant ([lie pendant un demi-siècle de discussions, parfois très vives, la théorie de M. Tobler n'ait guère été prise en considération.

(2) Op. cit.

lumière de la sainte Ecriture et des découvertes archéologiques ?

Racontant l'occupation progressive de la Palestine par les enfants d'Israël, les livres sacrés nous donnent c^uelques indications intéressantes : un détail topographique sur la vieille cité jébuséenne d'Urusalim, Jérusalem ; le récit, malheureusement trop concis, de la prise de la ville ; enfin un mot sur les travaux Cju'y exécutèrent les conquérants.

Le livre de Josué a inséré dans son texte deux notices descriptives, rédigées dans le style minutieux et prolixe, que les critiques attribuent au Code sacerdotal. L'une trace la limite des tribus de Juda et de Benjamin de l'orient à l'occident, l'autre de l'occident à l'orient : «... A la fontaine de Rogel, elle remonte la vallée du fils d'Hinnom, côt03'ant la cité des Jébuséens(l') au midi, et elle monte la vallée jusqu'au sommet de la montagne qui regarde Géhennom à l'occident et qui est à l'extrémité de la vallée des Refaïm contre l'aquilon 2). » Et plus loin : « ... Elle descend le versant de la montagne, qui regarde la vallée du fils d'Ennom et cjui est au nord à l'extrémité de la vallée des Refaïm, et elle descend Géhennom, côtoyant les Jébuséens au sud et elle descend à la fontaine de Rogel (3). » De ces indications il ressort que la vieille cité jébuséenne, devenue ville de David, était contournée au sud et à l'ouest par la vallée d'Hinnom (4).

(1) Le texte massorétii]uc et les LXX ajoutent en manière de glose explicative <' qui est Jérusalem. » Ce serait là un indice en faveur de l'antiquité de notre notice.

{2) Jos. XV. 8.

(3) Jo.s\ XVIII, 16.

(4) La montagne dont il est question dans le livre de Josué est celle du Mauvais Conseil, au sud de la vallée d'Hinnom, s'inclinant vers l'ouest.

La vallée centrale, qui vient du nord et débouche dans le Cédron au sud de Siloé, peut-elle passer pour la vallée visée par nos documents ? Nous ne le croyons pas; car si elle longe l'Ophel à l'occident, elle ne forme en aucune façon un coude, qui l'enserre au sud et à l'ouest. Un coup d'œil sur la carte, ou mieux encore l'examen des lieux, permet d'en juger. Au contraire, ces conditions sont parfaitement remplies par la vallée d'Hinnom, connue dans la Bible par le culte idolàtrique de Moloch, et située au sud et à l'ouest du mont Sion (1). Ce serait donc sur celui-ci plutôt que sur l'Ophel '2) qu'il faudrait chercher l'antique ville jébuséenne de Jérusalem.

D'après deux passages du livre des Juges, un clan Benjamite, sans chasser les Jébuséens, aurait de très ancienne date cohabité avec eux (3), tandis que des Judaïtes se seraient emparé de la cité, en auraient passé les habitants au fil de l'épée et l'auraient livrée aux flammes (4). Evademment il ne peut pas être ici

La valloo de Raphaim est d'après Euscbe {Onninasticon) au nord de Jérusalem, dans la tribu de Denjamin, et comniun«'ment d'après Josèphe (Ant. jud. VII, IV, 1 ; — XII, 4) et la Bible (// Rcg. II Sam.) V, 18, 22. — Is. XVII, 5) au sud-ouest de Jérusalem. Du reste le mot éineq, vallon plat et cultivable, qui la désigue {II Rcg. {II Sam.) XXIII, 13 , indique qu'il faut y voir la plaine fertile bornée au nord-est par le mont du Mauvais Conseil. — Voir De Ilummelauer, Cdduh. in lib. Josue. XV, 8, Paris, 1903, p. 334.

(1) IV ni) Rcg. XXIII, 10. — // Par. XXVIII, 3. - Jer. XIX, 2, 6.

(2) Les professeurs de Notre-Dame de France {Op. cit., p. o6, 145) prennent la vallée qui longe le côté méridional et occidental du mont Sion pour la vallée de Raphaîm, et la vallée centrale à la fois pour le Tyropéon et rilinnom. La vallée centrale venant du nord, comme celle de Cédron, forme, en se joignant à celle-ci. un angle très aigu. Elle n'ollre nulle part un coude ou une ligne allant de l'orient à l'occident.

(3i Jud. I, 20.

^4) Jud. I, 8.

question de la ville dont la prise par David est fermement attestée par l'histoire sacrée et par Josèphe. Reste donc à y voir, avec ce dernier {\\ la ville infé-

Fig. i. — JÉIlLSALt.M, AU TE.Ml'S DE I>AVIl). — Ancienne enceinte ; enceinte actuelle.

rieure ou ville basse, nettement distincte de la ville haute, la vraie Urusalim des tablettes de Tell-Amarna, à moins que l'on ne considère ces paroles, avec le

11) .loscphe dit des enfanls de Juda : « Après avoir fait la con<iuùtc de la ville inférieure, ils no purent prendre la ville supérieure, à cause de la solidité des murs et la nature du lieu, d Ant. jud., V, ii, 2.

R. P. Lagrange, comme une glose de copiste à la gloire de Juda, entraînant à sa suite une harmonisation textuelle, que rien n'appuie 1 .

La première hypothèse nous paraît plus fondée. Voici pourquoi. Les villes de l'antiquité comprenaient le plus souvent deux parties : la citadelle et la ville basse. La première, établie sur un point culminant et d'accès difficile, était défendue par une enceinte fortifiée. En cas de danger, elle servait de refuge à ceux qui habitaient la ville basse, plus exposée aux incursions ennemies, mais où débordait à son aise le trop-plein de la ville haute. Les Israélites durent ici comme ailleurs, tenter des coups de main plus ou moins heureux, en vue de s'emparer de positions avantageuses, leur garantissant la possession effective du pays. Et la ville basse paraissait si exposée aux surprises, c|u'un des premiers soins de David fut de l'introduire dans le système de fortifications de sa nouvelle capitale.

Devenu roi, l'ancien lieutenant de Saûl comprit la nécessité d'une résidence au milieu des tribus, attachées à leur autonomie et par instinct ennemies d'un gouvernement central. Un glorieux fait d'armes était à leurs yeux la meilleure recommandation pour le nouveau chef. David jeta les 3'eux sur Jérusalem, située au cœur même du pays, et réputée imprenable.

« Et le roi et tous les hommes qui étaient avec lui, alla vers Jérusalem, contre les Jébuséens, habitants de cette terre. Et ceux-ci dirent à David : Tu n'en-

\) Le livre des Juges, Paris, 1903, p. Ij. — Lauteur fait observer qu'au f. 21 certains manuscrits ne lisent pas les mots « dans Jérusalem » du texte massorélique et de la Vulgate.

treras pas ici à moins que tu n'enlèves les aveugles et les l)oiteux. Ils signifiaient par là : David n'entrera jamais ici... Or David prit la forteresse de Sion, qui est la ville de David (1 ). »

D'après le livre des Chroniques, qui paraît citer la môme source, David crut même devoir exciter l'ardeur de ses guerriers, <« et il dit : Quiconc^ue frappera le premier les Jébuséens sera prince et chef. Et Joab, fils de Sarvia, monta le premier et fut fait prince i2'. »

Sur quelle colline se trouvait la cité jébuséenne ?

Guidés par Josèphe et l'onomastique séculaire encore existante, les anciens l'ont toujours localisée sur le mont Sion actuel. Personne ne le conteste, et la configuration du site inspire au R. P. N. Schloegel la remarcjue suivante : « Si jamais, dit-il, un texte indique clairement la position de Sion, c'est bien celui du ir livre de Samuel, v, ()-9. Il ne peut être ici cjuestion que du point le plus élevé et le plus facile à défendre de la colline sud-ouest, du Sion traditionnel ^3i. »

Dans ce cas. Jérusalem se serait développée à l'analogie des autres villes anciennes bâties en terrain montagneux. Descendant du point le plus élevé et le mieux défendu d'un ra^'on donné, elles se sont peu à peu étendues sur les hauteurs voisines, les enfermant dans leur enceinte à mesure que la population y devenait plus dense. Elles formaient ainsi un ensemble de quartiers plus ou moins irréguliers, entourés de murs, munis de portes et de

(1) // Rrg. {Il Sam.) V, G, 7. î)

(t) I Par. XI, C-8.

(3) Die Bûcher Samuels, Vienne, 190i, t. II, p. 2'J.

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