CHAPITRE II L'Ophel
/. — Sou c tendue.
Depuis une cinquantaine d'années, l'Ophel des Nathinéens figure dans les théories topographiques de Jérusalem sous le nom de colline cVOphel; elle tend à se substituer à la colline de Sion comme berceau de la cité. Il est donc juste que nous examinions ses titres de recommandation.
Disons tout d'abord que l'Ophel, dans le sens large qu'on lui prête, n'est autre que le prolongement méridional du Moriah, qui va mourir à Siloé. Son nom hébreu désigne un renflement du sol peu considérable (1), et n'apparaît comme nom propre que dans les récits rédigés après l'exil. Certains critiques on ont conclu que, durant la période préexilienne, l'Ophel ne désigne aucun endroit spécial de Jérusalem (2).
Peut-être est-ce là une conclusion exagérée. En effet, les documents c{ui en parlent, à propos des constructions de Joathan 3 et de Manassès y^), paraissent toujours nous ramener dans les environs du
(1) Tumor loci. — Cfr. IV {11) R<'g., V, 2i, dans la plaine du Jourdain.
(2) Rfickert, op. cit., p. o3-o9.
(3) U Pin:, XXVII, 3.
(i) II Par., XXXIII, 14.
TO
LA AII.I.E DE DAAin
temple. Néhémie à son tour désigne par Ophel un petit quartier au sud du temple, à proximité de la fontaine de la Vierge ^^1), et Josèphe semble même descendre jusqu'à Sîloé (2). C'est là qu'habitaient les Nathinéens, chargés de fournir aux lévites de l'eau et du bois pour les sacrifices. D'après une notice du livre de Josué, cette fonction fort ancienne ne serait autre qu'une forme particulière de servitude imposée par les Israélites aux indigènes de Canaan, épargnés par le glaive du vainqueur (S'). Rien donc n'empêche de voir dans l'Ophel un faubourg réservé à ce genre de serviteurs, groupés, comme du reste les autres gens de même métier, là où leur activité s'exerçait le plus facilement. Etablis à proximité du sanctuaire, non loin de la fontaine, et presque à la campagne, leur nombre dut s'accroître à mesure que le temple acquit une importance plus considérable ; mais leur présence à l'Ophel pourrait bien remonter aux premiers temps de la monarchie israélite.
En tout cas. tout cela s'accorde assez bien avec les vieilles coutumes; après la victoire, le vainqueur détruisait la ville ou l'occupait ; la population primitive, si elle n'était pas exterminée, était réduite en servitude et plus ou moins traitée en parias. Les anciens Hébreux n'agissaient pas différemment : la loi du chereni et les prédications des anciens prophètes en témoignent. Après l'exil, le judaïsme accentua son exclusivisme d'une manière fort significative et ne songea jamais à traiter sur le même pied d'égalité les Juifs et les non-Juifs.