‹ La ville de DavidChapitre 20 sur 49 · I. (H'iiia · texte numérisé non relu

I. (H'iiia

« La Jérusalem ou cité de David de M. Birch, avec sa superficie de 10 à \~) acres, renferma l'Acra qui était la ville basse )> {II Sain., V, (Ji, et la citadelle qui n'était pas l'Acra, à moins qu'on ne veuille imputer à Josèphe une nouvelle erreur. Nous aurions donc de fait Sion, Moriah, l'Acra et l'Ophel sur une éminence de 10 acres de surface, tandis que les deux autres collines (y compris le Gareb), avec les lOOacres qui restent, ne portaient rien du tout, pas même de nom. Et pourquoi cela? Parce que M. Birch rejette tous les renseignements fournis par les anciens documents, quand ils ne cadrent pas avec sa théorie.

« Est-ce que ce hameau pouvait servir de capitale à un ro^^aume de 15,000 milles carrés (24,000 kiloinêtrcs carrés), à l'époque où florissaient encore Xinive et Memphis? Et s'il en fut ainsi, à quelle période de l'histoire d'Israël le hameau se serait-il développé vers l'Occident jusqu'à couvrir .'ÎOO acres? Ce n'est certes pas à l'époque troublée des derniers temps de la monarchie que fut construite la ville haute, puisque d'après M. Birch lui-même, le jjIus ancien ronparl de Josèphe, [autour du mont Sion, parait avoir été élevé en tout premier lieu [V]. »

Ces remarques sont fort justes et peut-être faut-il restreindre encore l'étendue de la « ville de David à l'Ophel », pour faire place au Millo, que réclament ceux qui se soucient de sa défense.

Or, à s'en tenir aux données bibliques, la « ville de David » devait avoir nécessairement une certaine étendue. Sans parler de la tente, qui durant quelque temps 3^^ al^rita l'arche d'alliance et aura pris néces-

(I) CHy nf Daciil, P. E. F. Quart. St.. 1883, p. 19o.

sairement des proportions rappelant plus ou nioins celles de la » maison de Jahvé » à Silo (1), il faut bien trouver place pour les rues, étroites si l'on veut, et pour les remparts, construits économiquement peut-rtre, et pour le palais royal, qui n'était pas celui de Sargon, mais enfin n'était pas non plus une cabane de fellah, puisque le roi fit venir architectes et ouvriers de T3^r (2).

11 y a même touchant ce point certains détails fort suggestifs dans la Bible. En ce temps-là la poU'gamie, d'usage en Orient, florissait à la cour des rois d'Israël. David avait son entourage, son « méssib », une vingtaine de femmes [3) qui, toujours d'après l'usage, avaient leurs servantes (4), et parfois des appartements qui devenaient de vrais palais '5). Et de ces femmes David eut des enfants, « une quarantaine de fils », nous disent les Chroniques [C)).

Ces enfants fondaient des familles et s'entouraient d'un luxe princier, chars, cavaliers, coureurs, etc. La Bible l'affirme pour Absalon (7) et pour Adonias (8). Sans témérité on l'affirmera pour Salomon et ses frères. Après sa victoire sur le roi de Soba, David se réserva 100 attelages pour sa personne (9); et dira-t-on que c'est trop si nous mettons 000 personnes pour la famille roA'ale, \' compris les servi-

(1) / Rrg. {l Sam.),U U.

(2) II Reg. (II Sam), V, IL — / Par., XIV, L

(3) // Rcg. {II Sam.), III, 2-5 ; — V, 13-16.

(4) Gen., XVI, 1 ; - XXIX, 24; — XXXV, 25. — Judilli, XIII, 11.

(5) /// (/) Reg., VII, 8 ; — IX, 24.

(6) / Par., III, 5-8: —XIV, 4-7.

(7) // Reg. (II Sam.), XV, 1. — Cinquanlo hommes marchaient devantlui. <8) III (I) Reg., I, 5.

(9j // Reg. [Il Sam.), VIII, 4. — / Par., XVIII, 41.

l'ig. /.). — Le Moiuaii et l'Dpiiel. — (Jakie mypsomkikkji e. ICqiiidistance 5 mètres — KchcUe i : 7 500

l'opiiel 77

leurs et les servantes, que le Deutéronome i 1 i et le prophète Samuel (2) accusent la royauté de multiplier à l'excès?

Ajoutons les prêtres, les lévites et les dignitaires de la cour, dont les listes nous sont parvenues dans les Chroniques (3), les gardes du corps, les 000 Géthéens ou Gibborim (les Vaillants) (4), lesCéréthéens et les Phélétéens(5), tous hommes mariés et pères de famille. Enfin le corps d'armée de 2^»,0(K) hommes qui se rela3''ait tous les mois (6).

Peut-être trouvera-t-on ces chiffres, donnés par le l)as-judaïsme, sans prétention d'exactitude et singulièrement exagérés ; toujours est-il qu'avec David on est en face de l'histoire, et que l'histoire ne peut être traitée à la façon de la légende. Le R. P. Lagrange est si bien de notre avis^ qu'il envoie tout ce monde loger sur la colline occidentale de Sion (7). Plusieurs partisans de l'Ophel font de même. Il faut attendre les professeurs de Notre-Dame de France, qui prennent Bethsour pour Bethso et des schcnes pour des stades (8), afin d'apprendre comment sous

(l) Veut., XVII, ir,-17. i'I) I Reg. Il Sdin.), I. 10-17.

(.3)/ Par., X.WII.

(4) H Rcfj. (II Sam.), XV, 18. — / Par.. XI, iO-iO. (■)) II Rpg. [Il Sam.), XV, 18. — /// (/) R('(j., i, 38, 14. — .losèphe, .Ant.Jud., VIF, V, 1 (6)1 Par., XXVII, 1.

(7) Rfnir biblique, 18%, p. Ii3.

(8) Bethsour [Jos., XV, o8. — Il Par., IV, 2!). — I Macch., IV, 20. — .!«/. jud., Xll, IX, 4) pst une forteresse située à 27 kilomètres au sud de .Icrusalem. Lo \\. P. (iermer-Durand, au contraire, en attribue la fondation au.x .Machabées et la place au mont Sion, « â cinq stades de Jérusalem )) ill Macch., XI, o]. Le R. P. Lagrange (Rmie biblique, 1903, p. 463- 46G) éprit à ce sujet : « Nous sommes bien obligés de protester aussi avec le 11. P. Barnabe contre la nouvelle théorie du R. P. Germer-Durand sur

78 LA xii.i.i': i)i-: kavid

IcsMachabées la colline occidentale fut occupée pour la première fois et reliée au temple sous Hérode (I;. Admirable réduction des faits et des lieux à leur plus simple expression, grâce à une imagination féconde, qui sied au romancier plutôt Cjuà l'historien.

Mais, nous l'avons tlit plus haut, faire remonter la « ville de David » sur les pentes de Sion du sud au nord, est une anomalie qu'il ne faut pas supposer sans preuves solides. Aussi d'autres savants, préoccupés des exigences de la criticjue historitiue, permettent-ils aux gens de David d'établir leur demeure jusqu'à l'aire d'Oman, qui elle, tous l'avouent, était hors de la cité. Mais ceux-ci ne purent guère y séjourner longtemps ; car entre cette propriété, acquise par le vieux roi et bientôt occupée par le temple, et la pente d'Ophel avec sa ville de Sion, Salomon construisit « la maison de la forêt du [.iban 2 » et le palais de la lille de Pharaon .'> ;

le dcveloppomcnl de ,Iénis;ilcm. l.ii luiiilo aiitorilL' dr> notre sav;int colliiboralciir donnera sûrement bi^anconp de vogue à son système. Or, sur un point capital, il nous parait insDutenable. » Le H. P. Lagranf;e démontre ensuite, ce que M. l'abbé lleidet, entre autres, avait déjà fait {DIcl. de lu Itiblr de Vùjouroii.r. Paris, ISn;;, t. I, col. IT'iO ss.t, (jue les.) atadrs de la Vulgale (// Mdccli., .\I, ii) doivent être lus évidemment 5 scliénr);, IbO stades, comme l> porto le manuscrit alexandrin. — .Malgré cela, les professeurs de \otre-Dame de France continuent à enseigner, comme une vérité indiscutable, que jus(]u'au temps des .Macliabées, le mont ."^ion actuel se trouvait à « cincj stades il>20 mètres) de Jérusalem. » — I ne erreur manifeste aux yeux de tous les savants, sert de base à leur théorie sur la topographie de l'ancienne .lérusalem. On ne s'étonnera pas des étranges conséquences qu'ils déduisent de ce « point capital. » I) I.d l'ii lest i lie, p. ;j8-a0.

(2) /// (/) Reg., Vil, i. — On mil sept ans et demi pour construire le temple el treize ans pour bâtir le palais.

(3) /// (/) nea. 111, 1 : — IX, I, 2't.

l'oi'Iiim. 7î)

bref un ensemble de demeures ro3'ales(lj, qui au midi attei<i,nit la porte des Chevaux '2).

Conclusion. L'étendue de l'Ophel ne parait pas su dire pour ce cpie l'histoire nous dit de l'c-tcndue de la « ville de David », et les explications des partisans de cette théorie soulèvent plus de difficultés qu'elles n'en résolvent. Aussi n'y a-t-il pas lieu de transporter à (( la colline d'Ophel » ce que nous avons dit do la colline de Sion.

//. — La vcdlcc entre le Unnple et la ville de David.

La Bible mentionne un autre travail exécuté par Salomon, travail tellement colossal et dispendieux que l'augmentation des corvées et des charges publiques qu'il entraîna, excita un commencement de révolte parmi le peuple, (c Et voici la cause de sa rébellion contre lui. Salomon avait bâti le Millo, et comblé la vallée de la cité de David (3). »

Quelle est cette vallée? On ne peut pas songera celle de Cédron à l'orient. Il faut plutôt porter ses regards sur la vallée large qui limite la colline du temple à l'occident. Cette vallée, il est vrai, n'a jamais été comblée entièrement; elle a même jusqu'à nos jours conservé une profondeur considéralîle.

Cependant, les ingénieurs de la commission anglaise ont rencontré entre le dallage de la plus

([) .M. Pelt ("/). cit., t. Il, p. 30) a tort do i>lacer les demeures royales de Salomon dans la « cité tle David )). Le texte biblùiue ne permet pas cett(> confusion.

[•1] IV (II) Rcfj., XI, IG. — II P'ir., XXXIII, Ij. — Xrli., 111, -IS.

(3) III (/) Rc<j., XI, 27.

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ancienne rue et le fond de la vallée une accumulation de terre de 16 mètres de hauteur I . Au niveau de cette rue, la distance de la colline orientale à l'occidentale est de 125 mètres, ce qui constitue 1,00() mètres cubes de remblai par mètre de longueur de la vallée (2). Ce serait un travail déjà considérable. Nous ignorons ensuite quel genre de travaux furent exécutés sur le terrain de 7,000 mètres carrés de l'encognure comprise entre l'esplanade du temple et le palais de Salomon, et qu'Hérode enclava dans le Haram 'V. La masse de décombres de 30 mètres de hauteur qui s'étend au sud. est restée inexplorée. Si, enfin, le viaduc dit arclic de Robinson était vraiment loeuvre de Salomon, anxieux de relier son palais au Millo qu'il a fortifié, il faudrait sans doute le comprendre dans le travail qui causa tant de dépenses (4), et qui fit murmurer le peuple. Quoiqu'il en soit, le texte malgré son laconisme nous apprend qu'entre le temple et le nouveau quartier d'une part, et la « ville de David » d'autre part, existait une vallée profonde.

Sans une vallée cjui divise la petite colline orientale en deux, entre le temple et l'Ophel, ce lieu ne saurait donc prétendre à la gloire d'être l'emplacement de la « ville de David. » Aussi s'est-on mis vaillamment à chercher la vallée.

Une inscription hébraïque découverte dans le tunnel de Siloé attira l'attention de M. Sayce, et le

(1) Wilson and Warren, The recorrnj of Jenisulrni, p. 100-110.

(2) Id. Coupe, p. 119.

(3) Il n'était pas permis aux ingénieurs de pousser une galerie dans l'intérieur de l'esplanade.

(4)Zi/(0 Reg.,\], 27.

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