‹ La ville de DavidChapitre 21 sur 49 · I.'OPHF.L · texte numérisé non relu

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décida à créer à son tour une théorie sur la topographie de Jérusalem préexilienne : Les Jébuséens, pense-t-il, habitaient au sommet du mont Moriah, autour de l'aire d'Oman ; mais leur citadelle se dressait sur la pente méridionale de la colline, à rOphel (1). D'après ce système, la ville basse se serait trouvée en haut, et la ville haute en bas. Voilà au moins qui est original !

Le célèbre orientaliste n'a point été amené à formuler cette h3'pothèse, pour avoir admis, comme tant d'autres, c^ue l'inscription de Siloé remonte seulement au temps d'Ezéchias ; il y voit une œuvre plus ancienne, voire même du règne de Salomon. Mais il présume qu'au nord de la fontaine de la Vierge, la colline est traversée par un vallon aujourd'hui comblé et reliant autrefois la A'allée de Jcsaphat à la vallée centrale. Ce serait là « l'abîme comblé par Salomon » pour réunir le sanctuaire à la « ville de David. »

Comme M. Saj^ce n'appartient pas à la classe des explorateurs de Jérusalem, il se base sur une interprétation toute personnelle des fouilles faites à l'Ophel par M. le professeur Guthc.

A la hauteur de la fontaine de la Vierge, celui-ci découvrit l'existence d'un ancien canal, à 2 ", 30 sous le sol. C'est l'égout de la ville, qui autrefois amenait les eaux ménagères de l'El Wàd par-dessus l'Ophel et les conduisait ensuite le long de son flanc oriental dans la vallée de Cédron (2).

L'ingénieur constata c|ue l'égout est en partie taillé

(1) The Siloam inscription, P. E. F. (Jnurt. St., 18S3, p. 210-2V6. — The topography of prae-exilic Jcnisulein, lit., p. 21i3-2i3.

(2) Au sud de la porte des Maugrabions, ce canal est brise ; les eaux ont

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dans le roc et couvert, de voûtes. De plus, la masse rocheuse qui porte le canal s'élève presque à pic à environ 50 mètres au-dessus du fond du torrent. Néanmoins, il eut le coura^çe d'insinuer que l'égout pouvait bien avoir été établi dans une dépression qui traverserait l'Ophel de l'est à l'ouest. Ce serait peut-être là, dit-il, la vallée comblée par Salomon (1 ; car, avant d'entreprendre ses fouilles, M. Guthe avait embrassé la théorie de Sion à l'Ophel.

Sur ce simple rapport et ces simples conjectures risquées, M. SaA^ce, Cj[ui place toute la ville des rois de Juda sur l'Ophel, déclara qu'il doit y avoir nécessairement une vallée cjui coupe la colline en deux, mais cjue cette vallée a disparu aux regards depuis que Salomon l'avait remblayée. Et c'est ainsi qu'une supposition toute gratuite devint une Aérité indiscutable. Au nom des fouilles anglaises et allemandes elle fut présentée à la foi des pèlerins (2i, et à la docilité des élèves de Séminaire (3).

Malheureusement pour le voracjo, M. Sélah Merill explora l'année dernière ce même canal sur un parcours de 6(X) mètres. 11 le trouva construit en maçonnerie sur le flanc oriental de l'Ophel, puis taillé dans le roc et couvert de voûtes ou de dalles, enfin, sur une longueur de \0 mètres, traversant la

leur libre cours par l'Kl U'ùd jusiju'aux tcnes (jui formaient le Jitnlni ihi Uni il la jonction du Ccdron cl de l'Hinnom. Les .\rabes, toutefois, les dirif,'enl eneorc à ciel ouvert sur l'Ophel, pour irri^'ucr leurs champs de léf,'umes.

i\l Àiisiinihiinijni hci Jinisalcin. /.. I). P. ]., Leipzii;, 1882, p. loO

cl ;52;j.

(2i Les professeurs de Notre Dame de France, op. cil., p. 57. [■.h .1. B. Peu, oi>. cit.. t. II. p. 38.

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crête de la colline par un tunnel entirrement taillé dans le vif (I i. Voilà à quoi se réduit l'dhinw coiuhlc à rOphel.

M. C. Conder, du reste, s'empressa de démontrer à M. Sa3'ce que d'après les explorations de MM. Wilson et Warren sur l'Ophel, et même d'après celles de M. (iuthe, l'hypothèse d'une vallée traversant la colline orientale est insoutenable (2). M. J. Tenz à son tour nia d'une manière tout aussi catégorique l'existence d'une semblable vallée (3).

Quant à M, Birch, le champion le plus ardent et le mieux doué de la théorie de Sion à l'Ophel, il trouve les idées émises par M. Sayce en général « étranges. » De la vallée elle-même, il se contente d'écrire : u Si les explorateurs allemands ont réellement constaté l'existence d'une vallée à travers l'Ophel, et non pas plutôt une simple dépression sur la crête de la colline, selon l'observation du colonel Warren (/er. recov., j^- -'H i i^i, que cette découverte soit la bienvenue ; car elle marc|uerait la limite septentrionale de la cité de David (.").. Néanmoins, je vois (p. 19^4 1 que le capitaine Conder, qui certes s'y entend aussi bien que M. Sayce, s'oppose éner-

(1) An ancient seicn- at Jousdiem, P. E. F. Quart St., l!)0'i, p. 392-39i.

(2) Jérusalem of the Ki)ig.<, P. E. F. Quart. St., 188i, p. 20-29. — Cfr. lieutenant Conder's re])orts, Siloam, lit., 18SI, p. 197.

3) y.ion and Ophel, P. E. F. Quart. St., ISS!), p. 121.

('il La masse rocheuse (lu mont Moriah, comme celledc loutos les collines lie Jérusalem, descend par terrasses, par des degrés formés par les couches ii;('olo;,'i(|ues ; mais les ingénieurs n'ont remarciué nulle part qu'elle se relève d'une manière notable sur le faite du penchant méridional.

|.)) S'il y avait un abimc entre la ville de David et le .Millo d'un côté et le nouveau quartier royal et le temple d'un autre côté, à quoi se réduirait alors la ville qu'on y cherche ?

jifiquement à l'existence d'une telle vallée (l). »

La cause est donc entendue.

Il était réservé au R. P. Germer-Durand de railler finement ceux qu'elle avait séduits : « A force de vouloir contredire la tradition généralement admise sur la position du Calvaire, du mont Sion et de la ville ancienne, écrivait-il en 1890, on en est venu à chercher la cité de David sur le prolongement méridional du mont Moriah, appelé communément la colline d'Ophel, et à réduire la citadelle de Jébus, si longtemps indépendante, à une hutte à peine défendable, entourée de tous côtés par des hauteurs qui la dominent. Le ynont Sion dans un trou, c'est ce que M. le professeur SaA'ce, de l'Université d'Oxford, appelle la Jérusalem préexilie ; c'est le dernier mot actuel de la science ; elle en reviendra.

« Un vo3'ageur américain qui voyait tout en grand, avait inventé une vaste Jérusalem, dont l'enceinte fantastique remontait jusqu'au tombeau des rois (2). Maintenant, sans doute par réaction, on fait de la cité primitive une cité liliputienne. Nous acceptons trop facilement, sans les contrôler, les affirmations de la science dite moderne (3). »

Mais, ô vicissitude des choses humaines ! Voilà que deux ans plus tard, le R. P. Germer-Durand soutint avec la même ardeur que, de toutes les théories topographiques conçues jusqu'alors, celle de M. Sayce est la seule acceptable. « La ville liliputienne » lui parut tout d'un coup assez vaste pour

(1) yolea on the prue-e.rilic Jenisitlein, P. E. F. Quart. SI., 188i, p. 1±

(2) De la famille des rois d'Adiabène.

(3) Topographie de l'ancienne Jérusalem, Echos de Sotre-Dume de France, 1890, p. 22.

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servir de capitale au royaume d'Israël. « Le trou de M. Sayce » était devenu subitement « un véritable nid d'aigle. » La légère dépression de la crête, signalée par M. Guthe, se creusa et s'élargit si bien qu'elle finit par devenir « la vallée large » de Josèphe, le « vorago » de la Vulgate. « Les fouilles anglaises sur le flanc oriental de l'Ophel, écrit-il plus tard, ont révélé, entre la fontaine et l'angle Sud-Est du Haram, un fossé large et profond, dont l'escarpement à pic a 10 mètres de haut environ du côté de la ville basse, et dont le flanc Nord-Est est formé par une pente rapide du rocher. Ce fossé est barré par un mur llanqué d'une tour... Le fossé, déjà profond par rapport à la ville basse, prenait, par rapport à la citadelle, l'aspect d'un véritable précipice. Salomon dut le combler: Coequavit voraginem civitatis David (li. »

Que s'était-il donc passé à Jérusalem pour motiver un tel changement dans les opinions d'un résident de la Ville sainte, qui depuis de longues années avait suivi de près toutes les fouilles archéologic^ues pratiquées à Jérusalem? Le R. P. Germer-Durand ne le dit pas, et avant 189'l aucune nouvelle fouille n'a été faite à l'Ophel.

Le R. P. Lagrange venait entre temps de patronner la théorie de l'Ophel, mais sans dire un mot de la prétendue découverte d'une vallée traversant la colline orientale. Quel bel argument il 3' avait cependant là pour sa thèse, si l'abîme de M. Sayce lui eût inspiré plus de confiance qu'à M. Birch I

Il pécha cependant par excès de prudence, en

(I) Topographie de Jénisalem, Echos d'Orient, 1903, p. 12.

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évitant toute allusion à u la vallée de la cité de David », que Salomon lit combler. Puis à propos de M. SouUier i li et de M. Ruckerti'i), qui lui rappelaient son oubli, il ne crut pas opportun de le réparer et se contenta de relever avec enjouement certaines expressions employées par les deux écrivains à propos d'autres questions en litii^e. Divertissant, habile peut-être, mais peu scientifique.

Et chose étran«2,'e, le 11. P. Séjourné, qui eut plus tard l'occasion de revenir sur la question, lui non plus ne songea à résoudre l'objection, qui semble bien condamner la théorie de l'Ophel. Il y a plus, le R. P. Lagrange élimina même intentionnellement certaines considérations fort importantes dans le débat. C'est ainsi qu'il écrivait en I89() : « Je dois faire observer, que je me suis borné à la question de Sion, c'est-à-dire au no3'au primitif de la ville, laissant décote très intentionnellement la construction de David et de Salomon... Dans mes études j'ai voulu procéder strictement, sans parler des travaux de David, sur lesquels je n'étais pas et ne suis pas encore exactement fixé ('Vi. » Il n'avoue pas moins candidement que d'après sa théorie il ne sait pas encore où placer l'Acra i '» .

C'est regrettable ; car, d'après l'Ecriture Sainte, les travaux de David et de Salomon sont intimement liés avec la forteresse jébuséenne. Pour procéder strictement il fallait commencer toute étude de ce genre, sinon par se fixer exactement sur les cons-

(1) Revue bibli(^ue, 18!):'), p. IW-lii. (i)/d., 1898, p. 322-323.

(3) Reçue biblique, 1890, p. 143.

(4) Op. cil., p. 19, 24, 2G, 37.

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