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CHAPITRE III Siloé

/. — La fontaine de la Vierge.

Nous n'entendons exclure de l'inspiration divine aucune partie, si petite soit-elle, des livres saints. Dieu et rha^^iographe sont causes totales, chacun en son ordre et à sa manière. L'inspiration est un concours surnaturel, cjui ne change pas les habitudes littéraires d'un écrivain. Tout en écartant de son œuvre l'erreur formelle, elle respecte sa liberté et les propriétés de son langage, de son st3'le, de sa conception. Dès lors, voyons ce ciue veut dire l'auteur inspiré et gardons-nous également et de conclure contre ses assertions, et de rechercher dans ses expressions une théorie, qui peut-être nous est chère, mais étrangère à sa pensée. Efïorçons-nous d'être objectifs, la Bible ne pourra qu'y gagner.

Dans la vallée de Cédron, à l'est de l'Ophel, existe une source appelée par les chrétiens, probablement à cause d'un souvenir légendaire de Marie, « fontaine de la Vierge ». Les Arabes l'appellent Aïn-Oumm Daraclj, « fontaine de la mère des degrés ", allusion aux trente-deux degrés par lesquels on descend de la vallée jusqu'à la nappe d'eau, enfoncée dans une

D'i LA VILLE DE DAVID

caverne de «'^ mètres de profondeur. Un sj'phon naturel rend son débit intermittent, d'où légendes dans lesquelles l'imagination populaire, frappée par un phénomène dont elle ignore les causes, joue le grand rôle (11. Des travaux hydrauliques très remarquables l'ont utilisée en sens divers dès la plus haute antiquité. C'est tout d'abord un S3'stème de galeries et de puits, c[ui permettent de tirer l'eau au moyen de seaux et de cordes 2 ; puis un tunnel, percé dans le roc. et qui encore aujourd'hui amène l'eau au pied de l'Ophel dans une vaste piscine. .Vqueduc et réservoir sont appelés du nom significatif de n Siloé ». qui veut dire « missus, envoyé 3) ». En arabe, la piscine a nom Aïn-Sihvân. Le nom a même passé au village voisin, étage sur les pentes du mont du Scandale, Sihvàn.

Or la fontaine de la Vierge joue un rôle très important dans les théories topographiques dont nous faisons l'examen. C'est elle, nous dit-on, qui est en réalité le Gihon supérieur, dont il est écrit dans les Chroniques : « C'est Ezéchias qui boucha les sources du Gihon supérieur et les lit descendre à

(l| Sur la ditliTonco entre ce phcnomi-ne el ce que l'cvangile de saint .Ican raconte de la Helhesda, voyez P. Calmes, Evamjilr srloit aainl Jean, Paris, 190i, p. 221 222.

(2iNous reproduisons (Qj;. l^i) la coupe de ces excavations, d'après Wilsonet Warren, op. cit., p. 243-2ol. — H est probable qu'on eut d'abord l'intention de descendre à la source verticalement, comme un premier puits abandonné (en F| semble l'indiciucr. La KiJ'erJe étroite aboutissant il un second puits profond, ne put permettre de faire une provision d'eau sullisante pour le temple et lo quartier. C'est là ce qui aura décide l'entreprise plus hardie du tunnel, (|ui permet d'utiliser toute la ({uantité d'eau émise par la source. Dans une cbambrelte pratiquée sur le parcours de celte -galerie, on retrouva les niches encore j,'arnies de lampes de la piîriode romaine.

(3 Juan.. l.\, 7.

sii.oi': 95

l'cK'cident de la ville de David J i. » Car elle esta un niveau plus élevé que la piscine de Siloé, située au sud-ouest de l'Ophel, et lui communique son eau par l'aqueduc dont nous avons parlé. En conséquence, Ezéchias est l'auteur de ce canal, la fontaine de la Vierge est Gihon et la « cité de David » se trouve sur l'Ophel. \\t puisqu'un autre texte dit (ju'Ezéchias conduisit les eau.x: « au milieu de sa

A. \'all<''e de Cédron H. Ivsr.ili r

1). Orllic i;. r.Opl K. l'.iits (i (i.ilor il. Puits.

Fig. tô. — CoiPE UE LA UAI.KUlii CONDUISANT UK l'Oi'HKL A LA FU.NTAl.NL I>E LA \lKllGK.

ville (2) ». il faut conclure, ajoute-t-on, que la piscine de Siloé fut à l'origine à l'intérieur de lenceinte.

Que penser de ces conclusions ?

Tout d'abord, au temps d'Ezéchias et longtemps après, la fontaine de la Vierge n'était pas la seule source dans les environs de Jérusalem. En elTet. lorsque ce roi apprit l'approche de Sennachérib, il décida, d'accord avec son conseil, de « boucher les

(1) // P(ir., xxxii.ao.

(2; Lccli., XLVIII, lî).

sources des fontaines, qui étaient hors de la ville et quand cela fut concerté de l'avis de tous, il assembla une nombreuse multitude et il boucha toutes les sources et le ruisseau courant au milieu du pays, disant : De peur c^ue les rois d'Assur à leur arrivée ne trouvent des eaux en abondance (1). » Au temps de Josèphe, de nombreuses sources existaient encore, car il rappelle aux Juifs révoltés, qu'avant l'arrivée des Romains. « toutes les sources en face de la cité étaient presque taries, tellement que l'eau dut s'acheter à prix d'argent, tandis c^ue maintenant, continue-t-il, elles coulent en telle abondance pour vos ennemis, qu'elles ne suffisent pas seulement pour eux et leurs bêtes, mais encore pour les jardins 2 . » Et de fait les ingénieurs anglais découvrirent en plusieurs endroits l'existence d'anciennes sources.

Au fond de la vallée entre l'Haram et le Sion, ils ont remarqué un petit ruisseau Cjui coule lentement à travers les décombres, sans qu'il leur fut donné d'en retracer la source. Ce fut le 20 novembre, avant l'époque des pluies. Jadis cette eau avait été recueillie dans un aqueduc dont la cuvette est creusée dans le roc et qui est recouvert d'une voûte formée de cinq à six voussoirs c{ui rappellent l'art phénicien. Par places, le canal s'élargit de manière à former des réservoirs munis à leur plafond dune ouverture permettant d'y puiser l'eau (3). Nous aurons l'occa-

(i) // Par., XXXII, 2-:).

(2) Bell, jud., V, ix, 4. — Il y eut des jardins au nord de la ville {Bell, jud., V, II, 2 . La porte à l'angle nord-ouest do Sion reçut môme le nom de Gennalh, Jardins [liell. jud., V, iv, :*}. Le .Jardin du \\o\, au sud de Siloé, ne semble pas avoir été occupé par les Romains pendant le siège de la ville.

(3) Wilson and Warren, The recovrry of JerKsalem, p. 7G-77. — Warren, Explorations al Jérusalem, Rock coitlour.^, pi. VI, Londres, 1884,

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