C.llION
Saint Jérôme rattache même ce souvenir au « lieu arrose parles eaux de Siloéij). » Or, tout cela n'a rien à faire avec lîir-Ayoùb situé à .'i(K) mètres de distance, à un niveau notablement inférieur à la piscine de Siloé, au sud de la jonction du Cédron et de riTinnom, et qui probablement n'a été creusé qu'au VI'" siècle de notre ère (2i.
La Bible à son tour ne contredit pas à cette anciennes tradition, nous dirions même qu'elle la confirme. Au temps de la rébellion d'Absalon, David, éloigné de la cité sainte, envo\'a deux de ses fidèles, Jonathas et Achimas, s'informer secrètement de ce qui se tramait contre lui. Le grand prêtre Sadoc, au courant de cette démarche, devait leur faire parvenir les nouvelles pour le roi. Or les deux émissaires se blottirent « près d'Aïn-Rogel [lli », et
II) « L'autel do Tophel, qui est dans la valloo du lils d'Ennom. si^nilie le lieu irrijïué par les eaux de Siloé. » Connu, lit Jcr., VI], 31, iMij^ne, l'atr. laL, t. XXIV, col. 73.). — Cfr. IV (11) Rog., XXIII, 10.
(2| Don .Ican Maria eut la complaisance d'attirer notre attention sur un passage do Cyrille de Sçythopolis, qui dans cette discussion ollro le plus vif intérêt. L'historien raconte (Vtia S. Salnir, éd. Cotelerius, liccl. gr. )iion., Paris, l()8lj, t. lU, p.33'i) qu'après une cruelle sécheresse de cin([ ans, Jean, patriarche de Jérusalem, fit creuser un puits profond de iO toises. Le lieu choisi pour ce puits se trouve « en descendant au torrent de Siloé, prés de la colonne Saint-Cùme, sur le chfinin de la jjrande Laurel) ou Saint-Sabas. Celtiî indication convient fort hien au Bir-.Ayouh.
Puis .Moudjir-ed-Dine rapporte, au sujet de Bir-Ayoub, le fait suivant [Hist. de Jcruindem et d'iléhron, éd. Sauvaire, p. \8S) : k J'ai lu dans une chronique, dit Aboul-Qàsem, que l'eau ayant manque à Jérusalem, les habitants eurent besoin d'un puits en cet endroit (Bir-.\yoùb) ; et ils le creusèrent à une profondeur de quatre-vingts coudées. » La chroniijue concorde avec le récit du biographe de saint Sabas, et comme il n'ojt jamais question d'un puits dans ces parages avant le vi» siècle de notre ère, on ne devrait plus soutenir que /f' /'»?/.s de Job esi la fontaine Rogel. Mais les partisans de l'Uphel le savent bien, sans l'.AïnRoyel au Bir-.\yoùb, Il (( ville de David n ne saurait être à l'Ophel.
(3) II Reij. [Il Sam.), XVII, 17-lS.
ce fut un gamin qui les y découvrit. Le récit se conçoit fort bien dans la gorge du Cédron, qui possède une « fontaine ». celle de la Vierge, coulant dans une caverne profonde. Alais il devient peu intelligible au « puits de Job », au milieu d'un champ découvert, exposé aux regards des habitants de rOphel et de Sion et par conséquent peu recommandable pour servir de cachette.
11 3' a même jusqu'au nom « Aïn-Rogel, fontaine de l'Espion », qui suggère le rapprochement avec la « fontaine » du Cédron. Voilà pourquoi nous en ferions aussi «. la fontaine qui est dans le jardin royal ", de l'historien juif (Ij. Le Jardin du Roi (2) s'étend sur tout ce triangle de terrain fertile formé par la jonction du Cédron, de l'Hinnom et de la vallée centrale. Le Bir-Ayoûb, plus au sud, à un niveau inférieur et avec sa nappe d'eau d'ordinaire à 20 mètres de profondeur, même s'il existait alors, ne pouvait pas contribuer à la fertilité de ce coin de terre; tout autre est le cas de la fontaine de la Vierge et de la piscine qu'elle alimente.
Ajoutons que le nom même de l'endroit voisin du jardin royal nous amène à l'Aïn-Oumm Daradj. Josèphe raconte que lors du tremblement de terre, au temps d'Osias (3), une masse de rocher se détacha « du lieu appelé Eroge, et roula de l'occident à l'orient à une distance de quatre stades, de manière à obstruer les chemins et le jardin du roi {\). » Or, Erogé est évidemment le nom estropié de Aïn-Rogel
(l)Anl.ju(i.,\\l, XIV, 4.
(2) Néhémie, III, 13, place le Jardin du Roi prés de la piscine de Siloé.
(3) Amos., I, 1. — Zach., XIV, ii.
(4) Ant.jud., IX, X, 4.
Giirox 117
pour MM. von Alten (I), Schick (2), Grove (3j et Stenning (V). Nous croyons l'identification exacte et partant nous plaçons Aïn-Rogel au nord du Jardin du i^oi, à la fontaine de la Vierge. Celle-ci accuse certains phénomènes, qui devaient autrefois surtout frapper vivement l'imagination populaire : son intermittence, le bourdonnement de ses eaux, le caractère toujours un peu mystérieux de la caverne qui la recouvre. De là à en faire un point de repère pour les limites, du reste assez flottantes, des tribus, il n'3'^ a qu'un pas. Suivez ainsi la ligne qui sépare Benjamin de Juda, elle vous conduira tout naturellement à la fontaine de la Vierge et nullement au Bir-Ayoùb.
La ligne de démarcation entre les deux tribus commença au nord de la mer Morte (5i, qui autrefois, comme Fa démontré M. Clermont-Ganneau (6), s'étendait à (> ou 7 kilomètres au-dessus du point actuel. A mi-chemin entre le Jourdain et Jérusalem, elle arrive « en face de la montée d'Adommim, au midi du torrent. » La gorge Wady el Kelt, peut-être le Kérith où se retira le prophète Elie i7), devait déboucher alors à la hauteur de l'embouchure du Jourdain, et lorsque, courant de l'est à l'ouest, elle se recourbe brusquement vers le nord, un vallon s'en détache. C'est bien la « montée d'Adommim,
(1) Die Daridstadl. /.. I). P. T., Leipzig, 1880, 1(52. {2) Boundaru bclavcn Judah itnd Benjamin, P. E. F. Quai t. St., 18S6, p. 56.
(3) Voir Uastings, Dicl. of tlic Bible, t. I, p. "11. art. Kn-Rogel.
(4) M. Ibid.
(o) Jos., XV, 8 ; - XVIII, G.
(6) Oii était rembonchure du Jourdain à l'époque de Josué? — Recueil d'arch. or., t. V, Paris, 1903, p. 267-280.
(7) ni {I) Reg., VIII, 2-9.
lis i.A vir.LE dp: david
au midi du torrent 1 . » Suivons le vallon; car limite naturelle, il passe a aux eaux qui sont appelées Aïn Schemes i fontaine du Soleil . » LAïn- Hoad. que les chrétiens appellent << fontaine des Apôtres », est généralement regardée comme la « fontaine du Soleil », d'autant plus qu'à 2 kilomètres de distance, VArach es Schemes '2 semble rappeler l'ancien nom du livre de Josué. De la « fontaine du Soleil », suivons la route vers Jérusalem, comme nous y invite M. Tyrwhitt Drake .'1 ; car passant entre le mont des Oliviers et le mont du Scandale, elle se termine à xVïn-Rogel.
Si Aïn-Rogel est la fontaine de la Vierge, tout devient clair et naturel; si l'on suppose, au contraire. cjuAin-Rogel soit le Bir-Ayoùb, dans l'h}-pothèse invraisemblable qu'il existât déjà à l'époque où fut rédigée notre notice, nous Aoilà forcés d'expliquer pourquoi un puits est appelé fontciine, confusion que les anciens sémites ne se permettent pas. et comment la vallée où se trouve Bir-AA'oùb et qui débouche à l'occident de la mer Morte, en plein territoire de Juda, est située par le texte sacré au nord de la mer Asphaltite, et passe par Beth Hoglah, le moderne Kasr Hadjlâ, à (> kilomètres au-dessus de l'embouchure du Jourdain 'i).
Dernière considération, mais non la moins importante : « A peu près au centre de la ligne suivant
(l)Sainl .lorome (Onomasiicon) idenlilie la « montée d'Adommim » avec la colline de TeFrit edDain. Pn-s de celle colline se Iroiive la maniée (le Jéricho, où les chnHiens ont localise i'holcl de la parabole du bon Samaritain. Luc, X, 30-3V.
[•1] Siiney of W. Pal., Mewoiis Ifl, p. 12.
(3) Tyni hitl Prake's repurls, /'. /;. /•'. Quart. .St., ISTS, p. 70.
(i) Clermont-lianneau, op. cit., p. 270.
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laquelle se développe le villa<^e de Siloam, raconte M. Clermont-Ganneau, il existe un plateau rocheux surmonté de constructions arabes, (|ui en masquent la vérital)le forme et l'étendue ; la l'ace occidentale coupée à pic surplombe légèrement la vallée. Des degrés, grossièrement taillés dans le roc, permettent de le gravir non sans peine et de pénétrer ainsi directement de la vallée au milieu du village; c'est le chemin, malaisé et même dangereux, mais direct, que suivent habituellement les femmes de Siloam qui viennent remplir leurs outres à la source dite de la Vierge (Aïn Sitti Mariam, Znim ed Deraji. Or ce passage et le banc rocheux dans lequel il est pratiqué sont appelés par les fellahin ( l) Ez Zehwèlé. Il est impossible de ne pas être frappé de l'identité absolue c{u'ofïre ce nom avec la pierre de Zohélet, que la Bible (I {III) Rois, I, 9) place près d'Aïn- Rogel. 11 suffît, en effet, de comparer jD^T^ T à s^Y. y^ pour constater avec quelle précision les éléments phonétiques se correspondent. Le t3"pe vocalique lui-même est exactement reproduit, à part une interversion insignifiante du son (), qui, en hébreu précède, et en arabe, suit la consomme /7, Une transcription homogène nous présentera d'une manière encore plus nette cette identité : hébreu ZOHELET = arabe construit ZEHOELET.
« Je crois donc pouvoir considérer l'emplacement de la pierre de Zohélet comme définitivement déterminé. Ce point fixé d'une façon certaine, peut servir à déterminer beaucoup d"aulres du plus haut intérêt...
(1) Les paysans, les habitants du village.
'< Par exemple, il devient infiniment probable que c'est à la fontaine de la Vierge, et non pas au Bir-Eiyoùb, qu'il faut mettre Aïn-Rogel. En effet Bir-Eiyoûb est éloigné de Zehwèlé de près de 7(K) mètres, la piscine de Siloé de 'i(K) mètres; tandis que la fontaine de la Vierge située juste vis-à-vis de Zehwèlé n'en est séparée que par la largeur de la vallée, environ une soixantaine de mètres (1). »
La découverte eut du retentissement (2). M. Conder la jugea pleinement satisfaisante pour « toute personne versée dans la langue hébraïque et la langue arabe {3i, » et en [SS\, il se permit de reprocher à M. Schick de placer Aïn-Rogel à Bir Ayoùb « contre l'opinion cornmune des savants ('ti. » M. Wilson ne doute pas de l'identité d'Aïn-Rogel avec la fontaine de la Vierge et de Zohéleth avec Zehwèlé (5). M. Stenning écrivit que la masse des savants est certainement favorable à cette identification ()]. jVI. Warren, enfin, trouve que d'après « l'opinion commune TAïn-Rogel correspond à la fontaine de la Vierge (7). »
(1) La pierre de ZnhHet, Aïn-Rofjrl ri Jardin du roi, P. A". F. (Jiutrl. St., 1.S70, p. 251. — Cfr. Surrcij o/ Il . Pal., .Meiiioirs, Jérusalem, p. !»4, 293 et :37:>.
(2) Quaresmius {Klucidatio T. S., t. Il, p. 2011; dit «lue » pn-s des misérables demeures de Siioam, méniifjées dans d anciens scpulrres, se voit le rocher de Zohéleth, où Adonias servit un banquet a ses partisans, d Puis (p. 222), il trouve que le Fr. .\nselme do Cracovie, Adrichoniius et Viilalpandus ont probablement raison de voir dans la fontaine de la Vierj^e l'Aln-Rogel de la Bible.
(3) The stoue ofZohelelli, P. K. /•'. Quart. St., 1881), p. 90.
(4) Urrr Schick' s paper, P. 11. F. Quart. St.. 18Si, p. 242, n. (a) The recovery of Jérusalem, p. 30o.
(6) llastings, Dict. oftheU., t. I, p. 711, art. Lit-Rogel.
(7) Id., t. Il, p. 387, mot Valley of Hinuom. — Il y a jusqu'à M. Birch (The stoue of Zohéleth, P. F. F. Quart. St., 1890, p. 199) qui admette que le mol arabe Zehwèlé puisse dériver du mot hébreu Zohéleth.
(I*. I M, in)
(WIIOX l'Jl
Quand après cela le W. P. Lagrange, laissant dans l'ombre et Zohéleth et Zehwèlé (I), affirme en l(S!)2 que (< on identifie communément la fontaine llogel avec le lîir E^'oub actuel (2), » volontiers on se rappelle sa spirituelle boutade : « On ne sait jamais, bon an, mal an, s'il y a eu des pommes en Normandie (3)... »
Parlant d'Aïn-Rogel, les professeurs de Notre- Dame de France ne craignent pas de nommer le Zohéleth et le Zehwèlé. Ils nous signalent l'intéressante découverte; mais, dirait le R. P. Vincent, <( leur briève notice manque de la précision nécessaire (4). » La voici : « Ce Zohéleth, dont parle la Bible, se trouve sur le sentier qui du Bir E3'oub monte à Siloé; c'est un banc de rocher taillé qu'on appelle encore Ez Zéhouéleth (5). » Ce qui veut dire en bon français, qu'il se trouve sur le sentier qui de la fontaine de la Vierge monte au village de Siloam. Le Bir Ayoùb, situé à 700 mètres au sud de ce sentier, est ici un point de repère assez mal choisi pour donner une orientation exacte au pèlerin, cjui désire posséder la vérité « en gros, mais au moins avec clarté et précision (6). »
En résumé, l'ancienne tradition, fort en harmonie avec les indices recueillies dans l'Ecriture sainte, ou fournies par l'archéologie, nous incline, d'accord
(1) Il se contente d'écrire : « Adonias voulant se faire couronner roi du vivant de David, ses partisans le conduisent à la fontaine Rogel que Josèphe dit être dans les jardins du roi. » (Op. cit., p. 32). Le mot Zohélelli est resté dans la plume.
(2) Id., Ibid.
(3) Ln niPthnde historique, Paris, 1903, p. 188.
(4) Renie biblique, IDO."), p. 149.
(oj La Palestine, p. 182.
(G) Revue biblique, 1904, p. 473.
avec les plus célèbres palestinologues, à faire de la fontaine de la Vierge l'Ain- KoLîel bihli(|uc. Ce n'était donc pas Gihon.
//. — J.c Gihon de Scdomon.
Tous ceux ({ui mettent la « cité de David » à rOphcl, identifient Gihon supérieur dont Ezéchias introduisit les eaux dans la ville, avec Gihon où Salomon fut proclamé roi. ("ette identification n'est pas pour nous déplaire. Afin de procéder avec méthode, nous chercherons d'abord où eut lieu le sacre du fils de Bethsabé. Ecoutons la Bible :
<< Adonias, fils d'Haf^n-ith une antre femme de David), s'élevait en disant : Je régnerai. Et il se pourvut de chars et de cavaliers et de cinquante hommes qui couraient devant lui... et ayant immolé des béliers et des taureaux et des victimes choisies près du rocher de Zohéleth, c[ui était voisin d'Aïn- Rogel. il appela tous ses frères, fils du roi, et tous les hommes de Juda, serviteurs du roi l;. » Ses partisans paraissent avoir été assez nombreux et ses chances de succès assez sérieuses, car « vous savez, disait-il plus tard à la mère de Salomon, dont il implora la clémence, que le tronc m'appartenait et que tout Israël avait fait de moi son souverain i2). » Et de fait, assure la Bible, une grande foule se rendit avec lui sur le banc de rocher taillé qui a nom Zohéleth, en face d'A'in-Uogel.
C'en était fait du droit de succession, réservé par
(1) ///(/) R^fj., I, 5-!».
[2) IIl {l\ Reg., H. l.i.
(.IIION 12')
David au fils de sa femmo la\(jritc, si celle-ci n'eut décidé le vieux roi à une abdication soudaine en fav^eur du jeune Salomon. II fallait agir vnte, prévenir les desseins d'Adonias et le mettre devant un fait accompli. Sa ^arde royale, Céréthéens et Phéléthéens, était aux ordres de David, le grand prêtre Sadoc et le prophète Nathan favorables au fils de Bethsabé, et le roi leur dit : « Prenez avec vous les serviteurs de votre maître, et place/ mon fils Salomon sur ma mule, et conduise/.-le à Gihon. I']t ([ue là le prêtre Sadoc et le prophète Nathan l'oignent roi d'Israël. Et vous sonnerez, de la trompette et vous direz: Vive le roi Salomon! Et vous monterez à sa suite et il viendra et il siégera sur mon trùne et il régnera à ma place (^1). »
Ces ordres furent exécutés, et après l'onction du nouveau souverain « toute l'a multitude monta à sa suite et le peuple chantait avec des llûtes et se réjouissait avec une grande joie et la terre retentit de leurs cris (2). » Adonias et ses partisans entendent enfin « le tumulte joyeux de la fantasia qui annonce le règne du nouveau monarque (3i, » non pas à Gihon, comme semble le croire le R. P. Lagrange [\), mais au retour de la cérémonie, après que le cortège fut revenu à Sion (5i ; car Joab, chef de l'armée, qui se trouvait auprès d'Adonias, se demanda >« que
^l) /// (/i Rcij., I, 3:i-3j.
;2) Ul (/) Reg., I, 4;i.
O) /// (/) Ri'fj., I, 'il.
Cl) (< Do la fonlainc Rogel (lUr-ÀyoKh), on entend le tumullc joyeux de la fantasia qui annonce le rèj,'nc du nouveau monaniue : Gihon dait donc non loin de là. n P. Lagrange, op. cil., p. ,"52.
['.)) .losèphc {iiit. jud.. VII, XIV, 5) raconte aussi qu'Adoniaset les siens n'entendirent le son des trompettes ot les clameurs du peuple (jue lors(iuc Salomon était déjà de retour en ville.
IJl I.A AILLE DE nAVID
siti^nifie cette clameur de la ville on tumulte (11 ? » I5ientôt accourut Jonathas, le fils d'Al^iathar, pontife rival de Sadoc, et il raconta au milieu de la surprise et de l'efïroi de tous, le hardi coup d'état qui venait d'assurer le trône à Salomon. Chacun aussitôt de s'esquiver, craignant la vengeance du nouveau maître (2V
Retenons qu'Adonias et les siens se trouvent au rocher de Zohéleth, en face d'Aïn-Rogel dans la vallée de Cédron ; que suggère la vraisemblance?
David voulait déjouer les projets d'Adonias. C'est clair. Aurait-il dès lors envo3'é Salomon se faire sacrer sous ses yeux, dans la même vallée, à quelques centaines de mètres de lui? Mais c'était s'exposer à voir son habile entreprise se dénouer dans le sang.
Au rocher de Zohaleth. les conspirateurs ne se doutaient de rien; ils entendirent les clameurs lorsque le cortège fut rentré en ville, et même alors ils ne purent en deviner la cause. A l'arrivée du fils d'Abiathar, Adonias s'attendait toujours à apprendre « une bonne nouvelle TVi ».
De nouveau les textes sont formels. Mais tout cela se conçoit-il si le Gihon et Aïn-Rogel, comme le veut le R. P. Lagrange, sont respectivement la fontaine de la Vierge et Bir-Ayoùb ? Pour qui connaît les lieux ou jette un regard sur la carte, la supposition paraît inadmissible (\). Et cependant le docte pro-
(1) m II) Rpg., I, 41.
(2) /// (/) Rpg., I, 45.
(3) /// (/) Rerj., I. 42.
(i) .losèphc Ant. jnd.. VII, .\iv, a) dit que le sacre de Salomon eut lieu hors de la ville près de la source appelée Gihon. .Mais il ne parle ni de vallée, ni de .lardin royal.
GIIION IJ. )
fesseur, comme nous à la recherche de (lihon, conclut qu'il n'était pas loin d'Aïn-Rogel ! Comment cela ? C'est que, contrairement aux textes, il semble croire que les clameurs parviennent à l'oreille d'Adonias non pas de la ville, mais de Gihon. Et encore dans ce cas, ne s'expliquerait-on pas l'ignorance d'Adonias sur leur cause, puisque le cortège de Salomon se serait rangé dans l'étroite vallée à une faible distance de la position dominante occupée par les partisans d'Adonias! 1). Mais « aliquando bonus dormitat Homerus ».
Cependant le Révérend Père en appelle à la tradition. « D'ailleurs, dit-il, la tradition n'hésitait pas à donner le nom de Siloé à la source de Gihon et dans le passage dont nous parlons, le Targum a rendu Gihon par Siloé (2). » Vraiment, on ne s'attendait pas à le voir produire la tradition en cette affaire. A''o3^ons cependant ce qu'elle vaut.
11 y a « Gihon supérieur », c'est le nôtre, et Gihon inférieur » in convalle (3). » D'où, confusion possible, d'autant plus qu'à l'époque du Targum, au ii'^ siècle de notre ère, le canal de Siloé passa pour un Xil en miniature, un petit Gihon.
On connaît le Gihon du paradis terrestre et « qui
(1) Il résulte du récit biblique {111 (/) Rrg., I, 3-9, 19; — II, lu), qu'Adonias avait rassemblé sur le rocher de Zohéleth un très grand nombre de partisans. Salomon fut également accompagné à Gihon par un cortège assez nombreux. Dans la vallée de Cédron, ils auraient dû se rencontrer.
(2) 0/*. ('//., p. 32. — Le docte professeur ne s'explique pas davantage.
(3) Outre le Gihon supérieur, le Gihon do Salomon et dEzéchias, il est dit que Manasscs (( construisit un mur hors de la ville de David à l'occident de Gihon dans la vallée, depuis l'entrée de la porte des Poissons tout autour jusqu'à rOphel. » {II Par., X.XXIII, li). .Nous en parlerons plus loin.
contourne la terre de Kousch 1 . » On sait aussi que les Septante rendirent le mot Sihor, le Nil dans le texte de Jérémie II, 18, par IV.o)v, Gihon. Par suite de cette incorrection, naquit l'opinion parmi les Juifs que Kousch était VEthiopic cifricainc. Voilà pourquoi on lit dans la Vuli>ate : « Et le second fleuve se nomme Géhon : c'est celui qui coule autour de toute la terre d'Ethiopie. » Josèphe '2i, le Targum du Pseudo -Jonathan, saint Ambroisc (3), saint Jérôme ^4:, saint Ephrem, saint Jean Damascène prirent en conséquence le deuxième fleuve du paradis pour le Nil. Ce fleuve, déjà célèbre par sa bienfaisante irrigation, était encore le sujet de nombreuses fables concernant ses sources mystérieuses, à peine explorées au xix'' siècle. Et on appela le canal de Siloé Gihon, le Nil, « soit par ironie à cause de la petitesse de son cours, soit parce qu'il sort de souterrains obscurs comme le Nil. » Voilà ce cju'assure Théodoret d'Antioche, évêque de Cvr en S\Tie, (c. SHIi-^ôSi i5). Donc du Gihon du Targum, nom abusif du canal de Siloé , au Gihon supérieur de la Bible, il y a toute la distance qui sépare une fable juive d'un récit inspiré (()).
(1) « Et le nom du (lcu.\ièmc llcuve est Gihon ; c'cs^t colui qui cnlourc la terre de Kousch. » (icn., II, 13. — Kousch parait èlrc le pays dos Kassi des inscriptions cunéiformes, qui ori^'inairement habitaient dans la Mésopotamie. (Cfr. Geii. X, 8). Plus tard les Chussitcs descendirent aussi en Klhioiiie.
(2) Au!, jitd., I, I, 3.
(3) (( Gcon autcm Nilus, i]ui circuit tcrram .Vcgjpti vel .\ethiopiam. » Dp Vnriidiao, III, l'i.
(4) « Geon, Nilus. » l.or. nom. Iirbr.
ù\) ijinvxlto II III III Ilrr/., Mj-jne, Pntr. gr.-Uit.. t., LXXX, col. 669.
6) Le Tarjjum |)lacc les partisans dAdonias ,'i la fontaine du Foulon, Ro^'cl, (|ui est celle de la Vierge. Il ratante aussi qu'.Adonias et les siens n'avaient rien vu, ni rien entendu de ce (jui se passait à Gihon, avant