CHAPITRE V Le Grilaon sia.pé3?ieT ir* cl'Ezéclaias
/. — Découvertes autour de Mamillah.
Les exigences de la critique historique nous ont conduit à l'ouest de la ville pour y assister au sacre de Salomon. Le récit biblique est inconcevable si on localise la scène du sacre à quelques pas d'Adonias établi au rocher de Zohéleth, en face d'Aïn-Rogel, la fontaine de la Vierge. Le Gihon de Salomon serait donc à chercher à l'occident de Jérusalem ; or le « Gihon supérieur » d'Ezéchias, nous dit-on, s'identifie avec le Gihon de Salomon. Donc vo3'ons si les données bibliques sur le Gihon d'Ezéchias trouvent ici une application satisfaisante. Il s'agit, inutile de le rappeler, des sources de Gihon supérieur qu'Ezéchias avait captées, afin d'assoiffer les Assyriens, tout en pourv03^ant aux besoins des habitants de la Ville sainte. Mais le R. P. Lagrange se hâte de nous avertir que « tout le monde convient qu'il n'y a jamais eu de source à l'occident de la ville actuelle (1 1. »
Malheureusement, grâce à l'étude du terrain et aux découvertes archéologiques, depuis longtemps
(1) Op. n7.,p. 33.
130 i.A vii.t.r: Dic david
déjà, parmi les hommes compétents « à peu près tout le monde convient qu'il y avait autrefois de )i<))nbrcuscs ftoui^ccs à l'ouest de la ville actuelle ». D'ailleurs, le texte de Josèphe le faisait soupçonner, ("ar. nous l'avons dit déjà, il rappelle aux assiégés comment toutes les sources, situées hors de la ville, coulent en telle abondance, que les Romains en ont jusqu'à irriguer les jardins 1 . ()r. durant le siège, on ne voit guère les Romains au fond de la vallée de Cédron, dans le Jardin du Roi, mais plutôt sur les hauteurs, et volontiers on pense aux jardins du nord-ouest, là où une porte, la porte de Gennath ou des Jardins, atteste leur existence, et où la tradition localise le Saint-Sépulcre et le jardin qui l'entourait (2). Les jardins irrigués à l'avantage des assiégeants devaient même s'étendre sur toute la pente du Gareb. et c'est au milieu de leurs haies et de leurs fossés que Titus faillit tomber entre les mains des Juifs, lorsque, avec une poignée d'hommes, il ht une reconnaissance aux environs de la tour de Pséphina (3).
Dans cette même région, nous enregistrons plusieurs constatations intéressantes.
C'est dabord le Birket Mamillah, grande piscine à environ 700 mètres au nord-ouest du mont Sion (4V
(!• Jlp'l. ju,l.. V, IV, 1'. ,
(2) ./or«;(., Xl.\. 41.
( l) Tilii-s, raconle .lusophc (Ucll. ./'"/., V, ii, 2), s'étanl un jour approche d • la lour de Psc^phina, fui à l'improvisle entouré de .luifs. « Titus so trouva ainsi avec peu des siens sépare du pros de l'armée, sans pouvoir avancer, parce que ce n'étaient jusqu'aux murs de la ville ([uc des haies, (les fosses et des clôtures de jardins, h
Cl) ^-lle a environ 1)0 mrtres de lonfiueur, 03 de largeur et (i de profondeur.
i.i'; (Hiio.x sui'KRiKUR i)'i':/,i':ciiiAS l*'!
Son nom arabe Ma-Millah (1 1, Eaux de Miiio, donne d'autant plus à réfléchir qu'il évoque la vieille Beith- Mamîl ou Mémala, que le Talmud de Babylone énumère parmi les eaux de Jérusalem 2 . Or les Juifs de Jérusalem, assure Moudjir ed Dîne, appelaient la Birket Mamillah « l^eith Milloa i'^'\. » VA un document contemporain de la prise de Jérusalem par les Perses en ("jl'i, nous montre 'i^i.ôlS chrétiens << entassés dans un étang appelé Mamillah, à un trait de tlèche à l'occident de la ville, et y périssant tous martyrs de la foi s 4. » Le nom est donc ancien et sans doute signifie cj[uelc|ue chose 5).
(1) l.os indif^ones écrivent ce nom en deux mots. Le mol ar;ibe r.m dérive do l'iiélireu iinitin et signilie comme lui cdiix. En arabe, la racine iiicla, comme l;i racine hébraïiiue ,^^^^ vi'ut, dire rrinjiUr de terre, combler : mais, nous l'avons déjà dit, il est plus vraiscmidable ([ue Millo soit un nom chananéen conserve par les Hébreux. — \oir C. Conder. A'o^'.s- [roni the Meinnirs, F. E. F. (Jiiurl. SI. IS77, p. 21. — Cfr. i:. Picrolli, Jeriisdleiii e.rpinrrd, F.ondres, ISVi. p 2'i.
(2) Voir A. Neubauer, La (jcmjr aphte du Talmud, Paris, ISijS, p. lilî. (.■}) Hifdoire de Jérusalem el d'Ucbroii, éd. Sauvairc, Paris, ISTfi,
p. tiS8. — Cf. Clermont-Ganneau, Arrliœolu'jtcal researches, t. I, Londres, 18:)!), p. 2NI.
(i) Voir Couret, La jirisc de Jénigalein par les Perses, Orléans, IN'.IG, p. 34 et oO. — Cfr. Eulnychius, Annales, Mi;,'nc, l'atr tjr.-lal., t. CXI, col. 1083 et 1083. — .Moudjir cd Dîne veut que les chrétiens aient désigné celte piscine sous le nom de SahtI-Uabila. Ce n'est pas exact. Pu xiv au xv" siècle, il est vrai, un anonyme grec Migne, Pair, gr.-la!., l. CX.WIII. col. 83;!) parle d'un monastère de Saint-Babila situé à cinq stades à l'orient de Sainte-Croix. Il nous ramène aussi ci la piscine Mamiliali. .Mais vers l'an 780 déjà, le moine Hernard le Franc trouva près du réservoir (( l'église de Sainte-.Mamilla où sont enterrés les corps de beaucoup de martyrs tués par les Sarrasins. » illrn., éd. Tobler et .Molinier, Publ. de l'dr. lat , Genève, 1873, p. 318> Celte église ne tenait pas son nom d'une sainte femme, mais d'un sainl lieu, comme Sainte-Croix dans le voisinage. Cet endroit avait été illustré avant l'ère chétienne par le prophète Isaie qui, selon la tradition, y prédit la naissance miraculeuse du iMessic, fils d'une Vierge.
(!)) L(; bassin n'a pas un aspect de grande anliiiuité. L'historien arabe Ibn Ferai raconte, du reste, (jue le sultan .Mouhadzcm lit ruiner en 1228 toutes les piscines de .lérusalem. (.Michaud, Bibltalh. des Croisades, t. II,
Autre observation : Le Birket Hammam el Batrak ^)U piscine des Bains du Patriarche est le réservoir dans lequel « Juifs et Chrétiens de Jérusalem, dit M. Victor Guérin, reconnaissent la piscine inférieure d'Ezéchias (1). » Elle est en partie taillée dans le roc et en partie maçonnée ; mais les anciennes parois sont pour la plupart masquées par des constructions arabes qui l'enserrent de tous côtés. Au nord, on a même établi des habitations sur le fond du réservoir, comme l'ont démontré les fouilles pratiquées pour la reconstruction d'une maison copte i2i, de sorte que le bassin n'offre plus qu'une longueur de 80 mètres sur une largeur de 48. Un pan de mur s'étant écroulé au-dessus du flanc occidental, M. Schick put constater l'existence d'une escarpe rocheuse de 3 mètres, de hauteur divisée en trois grands gradins 3) ; il est probable cj[ue si l'on débla^'ait les décombres accumulés sous les habitations, on retrouverait le rocher à une plus grande hauteur, toujours en retrait 4 . Or cette piscine se trouve construite sur une ligne de communication toute naturelle avec le Birket Mamillah. Un aqueduc entre les deux réservoirs se conçoit sans difficulté.
p. 77tî). y\. Tobler observa en i8o3 que derrière le mur méridional delà piscine, alors fort délabré, existe un mur plus ancien formé de très t,'randcs pierres Topographie von Jeriixdlrin. t. 11, p. 63].
(1) Op. cit., p. 238.
(2) Voir Robinson, Bihlical rraenrches, Boston, 18il, t. 1, p. î88.
(3) The uesl uall nf the pool of Uezeckiah, P. E. F. Quart. St., 1897, p. 107-lOît.
(i) L'année dernière, lors de la reconstruction de l'ancienne chapelle do la Condamnation do .lésus au Lithoslrotos, près du lieu de la Fiagcilation, on a rcmanjué <|uc la piscine creusée sous le dallage était originairement garnie sur tout le liane oriental do grands gradins, (jui servirent à descendre jusqu'à la nappe d'eau.
LH GiiiON sii'i:riei;r d i;/.i;ciiias
Il Y a plus, pareil aqueduc existe, et une branche s'en détache, disent les ingénieurs anglais, pour conduire les eaux de Mamillah dans les citernes de la caserne turque appelée Tour de David. « Après
Plan" des anciens travaux hydrauliqles découverts a l'ouest DE Jérusalem.
avoir passé devant la porte de Jaffa, le canal traverse le fossé sur un mur... Les vestiges d'un aqueduc plus ancien furent retrouvés à cette même place, à quatre mètres au-dessous du canal actuel (1). » Flavius Josèphe rapporte déjà « qu'un aqueduc passait sous la porte de la ville et amenait
(1) Siirveij of W. Palestine, Mcmnirf:, Jcrusalcw, p. 269.
I3'l l.A VILLE Dr: DWII)
l'eau dans la tour Hippicusl . » Dans une autre circonstance, il raconte que le grand prêtre Ananie s'était caché dans l'aqueduc du palais royal de la ville haute 2. On ne conçoit guère un pareil travail pour apporter au palais d'Hérode l'eau de pluie qui abonde partout dans les citernes. Supposez au contraire qu'il s'agit d'eau de source, tout s'explique.
Fit chose plus remarquable encore, plusieurs autres travaux de ce genre existent dans ces parages. A l'occasion de diverses constructions faites au nord-ouest de Jérusalem, à l'intérieur de la ville comme à l'extérieur, M. C. W'ilson 3) et puis M. Schick (4 ont constaté sur dix points dilTérents l'existence d'un ancien canal, qu'ils ont pu retracer depuis le palais du patriarcat latin jusqu'au sanaloi'iuin anglais situé à un kilomètre et demi plus loin, sur la route de JalTa.
En 1899, M. A. Gregg (5 retrouva les vestiges du même aqueduc depuis le .<>anatorium jusqu'à la hutte qui sert de bureau d'octroi à l'administration municipale. Lî'i, dans un terrain des plus fertiles situé vers le midi, il découvrit un curieux travail d'hydraulique, pense-t-il, taillé dans le roc. Bien qu'il n'y ait pratiqué aucune fouille, M. (iregg juge de plusieurs indices qu'en cet endroit devait exister anciennenient une source qu'il prend pour celle de (iihon supérieur. Les raisons qu'il allègue ne sont
(1- Bell.jiul., V, VII, :}, (2 Vell.jufl., Il, XVII. 0.
(3) (irdiKince surrey t)f Jcrusalrin, ISOi). p. 81. 4) IlerrSchicL'ii report, P. E. F. Quart. St., 1891, p. 278-280. (5) The upprr uatcrcourse ofGilioii, P. E. F. (Jnurt. St., i899, p. 64.
Liî (.MiON suPKRiEUR r)'i':/i':cmAS I.'i5
peut-ôtre pas concluantes par elles-mêmes ; mais en tout cas l'aqueduc ne pouvait Lïuère prendre naissance plus loin, parce que la ligne de faite, qui sépare la vallée d'ilinnom du petit vallon (iiii descend à Sainte-Croix, est proche de ce lieu, et au nord commence la vallée de Cédron (I i.
Dernièrement encore, la construction dune nouvelle maison mit au jour un tronçon d'un autre canal, à lîK) mètres au nord-ouest de la porte de Jaffa. M. Sélah Merill, consul général des lùats- Unis, y voit un travail authentique des anciens Juifs et croit qu'il appartient à l'acjueduc du Gihon supérieur exécuté sous le roi Kzéchias (2).
Ce ne sont pas là les seuls travaux de canalisation exécutés anciennement à l'ouest de la ville. Lorsqu'on construisit l'église anglicane dite Christ-Church au mont Sion, à l'est de la Tour de David, on découvrit un autre aqueduc taillé dans le roc et couvert d'une voûte dont les voussoirs sont d'assez grand appareil; de distance en distance, la voûte est munie d'ouvertures ou de puisards. Le canal se dirige vers la vallée large; mais à cause du détritus qui l'encombre, M. Johns. l'architecte de l'église, n'a pu le suivre que sur une longueur de ()8 mètres. H trouva
(1 Cyrille ilc Scylhopoli? ( l'iVr/ S. Sabii\ i-â. Cotclorius, Eccl. gr. mon., t. IM, Paris, lOsC), p. 3;$i), parlant de la scchoressc qui dura cinq ans au commcnrement du vr sièclf, dit que « les oaux de Siloc et des Lucillicnncs, Lucilliannrinn, vinrent à tarir; en outre les sources de Colonia et de Lifta, yephtus. diniinuôrcnt considérablement. » Les eau.x des Lucillienitf's semblent bien avoir formé une des sources de Jérusalem, et il faut la chercher plutôt au nord-ouest de la ville qu'au sud-est, où, d'après le même liistoricn, on a creusé un puits très profond ([ui correspond fort bien au Bir-Ayoùb.
(2) .1 bit of Ihi- aiicieiit Uppcr Gihoit aqnrduct, P. E. F. (junrl. St., 1903, p. 1.j7.
à toute la construction un cachet de grande antiquité l).
Cet aqueduc n'était pas inconnu au mo\'en âge. Vers l'an 1172, Théodoric parle d'une piscine profonde située au nord de l'entrée principale de l'esplanade du temple, de laquelle, dit-il, un passage souterrain conduit à la basilique du Saint-Sépulcre (2). Rien n'a encore été retrouvé de ce passage, à moins qu'il ne soit celui dont parle Moudjir-ed-Dîne trois siècles plus tard. « David, dit l'historien arabe, fit construire un souterrain entre la porte de la Chaîne au Haram) et la citadelle sa demeure, da Tour de David) (3). » Les historiens arabes font remonter tous les anciens travaux à David ou à Salomon. Quant au tunnel de Moudjir-ed-Dîne, il fut retrouvé. M. Wilson. en explorant les abords du viaduc qui reçut son noni, rencontra une piscine appelée El Bourak, d'où monte une galerie voûtée dans la direction de la porte de Jaflfa i/n. C'est sans doute l'extrémité de l'aqueduc découvert devant l'église anglicane, et si l'explorateur ne voit dans la maçonnerie qu'un travail de l'époque romaine, rien n'empêche que son origine ne remonte plus haut. Dans cette ville si souvent bouleversée, ces genres de travaux ont dû être successivement restaurés ou reconstruits.
Enfin, la position même du Birket Mamillah. à faible distance de la ligne de faîte qui partage les
(1) J. W. John*, Thr anglican c/iurrh on Moiint Sion, p. 9-10. — Cfr- Robinson, ypuprr hibl. Fnrschungcii , p. 318.
2) Libellus Tlieodortci, éd. Tobler, Paris, 186:-i, p. 22.
(3) Op. cit., p. 177.
(4) Suney af ]\ . Pal., i]emoin<, Jérusalem, p. 103 et 203-205.
LIO C.IIION SUPHRIliUR d'kZKCHIAS 137
eaux, indique chez ses constructeurs d'antres préoccupations que celle de recueillir les eaux de pluie. MM. llobinson (I), Tobler (2j, Guthe (3), V. Guérin (^ij et d'autres explorateurs avaient déjà noté cette particularité et ne virent dans cette piscine creusée à la naissance de l'IIinnom qu'un réservoir destiné à recueillir les eaux d'une source voisine (5). Les nombreux et terribles tremblements de terre dont il est question dans l'histoire de la Ville sainte, expliquent cohiment les sources ont pu tarir ou trouver un autre cours. Dans un rayon d'une lieue autour de Birket Mamillah, coulent, à un niveau plus bas, plusieurs sources abondantes.
Il résulte donc des découvertes faites autour de la piscine Mamillah, que celle-ci envoyait ses eaux dans la piscine inférieure dite cVEzccIiias, ainsi que sur le flanc septentrional du mont Sion ; d'ici les eaux pouvaient être conduites avec une grande facilité au sein de la ville basse, le Millo ou l'Acra.
Cette eau devait provenir d'une source; autrement on ne s'expliquerait pas pourquoi la piscine a été créée au haut de la vallée d'Hinnom, loin de la ville, et encore moins pourquoi elle était destinée à alimenter le palais d'Hérode.
A une époque, déjà fort éloignée, un canal, taillé dans le roc. amenait les eaux directement de la
(1) Neuere bibl. Forsclnuif/en in PaliPstina, Berlin, 18.')7, p. 318.
(2) Op. cil., t. II, p. 62.
(3) PaUvstina in ISild und Wort, Stuttgard, 1883, t. Il, p. 117.
(4) Jérusalem, Paris, 1S89, p. 237.
(3) Tout le long de U vallée, on pouvait établir des étangs beaucoup plus rapprochés de la ville et bien plus aptes à recueillir les eaux pluviales, comme en témoigne le BirUet es Sultan, au pied du liane occidental du mont Sion.
1,')S i.A xii.i.i'; dp; d.wid
source, de la petite éminence qui domine Mamillah au nord-ouest, dans le bassin en partie creusé dans le roc et que la tradition continue à appeler la <( piscine d'E/échias ». Tout cela nous ferait assez bien comprendre le fameux passage : « C'est Ezéchias qui boucha les sources du Gihon supérieur et lesconduisit en bas à l'occident de la ville de David (I . »
//. — Le chcunp du Foulon.
Le Gihon supérieur, ou la piscine Supérieure, servait d'ordinaire à l'ennemi, semble-t-il, de base d'opération pour l'investissement de la ville. Deux fois, sous Achaz et sous Ezéchias, nous Aoyons les défenseurs organiser la résistance en portant tous leurs efforts vers ce point, et une fois l'armée de Sennachérib y établit elTectivement son camp.
Qui jette les yeux sur une carte de la ville et se rappelle ses principaux sièges, songe tout naturellement au nord, ou au nord-ouest. Mais, comme la piscine Supérieure était située sur le « chemin du chamj) du Foulon ». essa\^ons de préciser l'orientation de ce lieu.
Retournons au temple d'Achaz, au moment où la guerre syro-éphraimite menace Jérusalem.
Isaïe est envoyé vers le roi, chargé de lui faire sa célèbre prophétie d'Emmanuel. Aussitôt il court le trouver « à l'extrémité du canal de la piscine Supérieure, sur le chemin du champ du Foulon i2i.)) C'est
(I) // Far., XXXII. 30.
(*) /s.. VII, .3.
ii: cmoN si;i'i':rif:i:r I)'i';/,i':( uias \'.V.)
là que, remarque le II. P. Condamin, « terrifié à la nouvelle de l'approche des ennemis, Achaz, probablement pour voircommenton pourrait s'approvisionner d'eau en cas de siège, ou pour surveiller les travaux de défense (1), s'était rendu « à l'extrémité du canal de la piscine Supérieure, sur le chemin du champ du houlon >, , peut-être à l'ouest de Jérusalem, peutêtre plutôt au nord de la ville (2). » La déduction est très juste, d'autant plus que les prophètes, et cela paraît bien avoir été le cas ici, s'inspiraient dans leurs oracles des circonstances du moment. Or l'oracle d'Emmanuel engage à ne pas craindre les rois coalisés, et à ne pas recourir aux moyens humains pour sauver un trône et un peuple, dont Dieu lui-même est le protecteur. Le cadre topographique suggéré par le savant Jésuite se recommande, surtout si l'on songe à la position stratégique de la Ville sainte.
Au nord -ouest en effet s'étend une plaine ondulée, autrefois riche en sources, et qui domine légèrement la ville entourée de vallées profondes sur tous les autres côtés. C'était une position choisie pour le déploiement d'un camp ; Romains et Croisés surent en tirer profit. De quelque côté Cj[ue vint l'ennemi, c'était là son débouché naturel ; et cela restait vrai même pour qui venait du sud .'I. En effet
(1) Ou mieux, pour bouclier les sources et en dclourner les eaux, comme le fit son successeur.
(■>) Le livre d'Ixaie, Paris, IOOj, p. GO.
(3) Les Philistins venant du suil-ouost débouchaient toujours dans la vallée de Raphaïm, au sud-ouest de .Jérusalem, pour attirer les Hébreux en rase campagne, un peu loin de la ville. Est-ce peut-iHre à cause de cela qu'Eusébe indique la vallée « des Rcphaim au nord-ouest de la ville », pour rapprocher davantage leur camp de la cite ?
l'ancienne route d'Hébron et de Bethléem, encore la seule au moyen à^e (1), conduit au Birket Mamillah, où apparaît la ville de Jérusalem.
C'est bien par là que passait déjà do son temps le lévite d'Ephraïm, parti de Bethléem pour Gabaa (Djéba^. Or, arrivé « en face de Jérusalem », son domestique lui dit : « Viens et nous nous rendrons dans la ville des Jébuséens, que voilà et nous y passerons la nuit (2). » Paroles incompréhensibles si la cité jébuséenne se fût trouvée sur la colline orientale à rOphel ; car, venant de Bethléem par l'ancienne route, le lévite n'aurait pu l'apercevoir à cause des montagnes c|ui l'entourent au sud et à l'ouest : 3 . Si au contraire elle s'élevait sur le Sion traditionnel, il se trouva « en face d'Urusalim » en arrivant à la piscine Mamillah.
La vaste prairie, un peu concave, qui entoure la célèbre piscine, se recommande en outre pour les foulons et les blanchisseurs >4i, tout comme les
1) Au temps des Croisés, l'unique chemin de Jérusalem ti Bethléem passait prés du Hirket Mamillah, où se trouvait le eimctii-re des chanoines du Saint-Sépulcre, devenu depuis cimetière musulman. (Voir Carluluire des Hospitaliers de S. Jean, éd. Delaville Le Roulx, t. I n° Liji, p. 376. — CariHlaire du S. Sépulcre, éd. Rozirro, p. 234|. Ce chemin qui passe derrière la colline à l'ouest de Jérusalem, et qui laisse la j;are du chemin de fer à droite, est encore fréquenté par les piétons, même par les voitures. .\près le départ des Croisés, l'immense digue que Germain jeta à travers 1 Hinnom pour y établir, sur les ruines d'une ancienne piscine, celle qui porte le nom de Birket es Sultan, fut utilisée comme viaduc, puis le nouveau sentier fut transformé peu à peu en roule carrossable.
(■2)Jiid., XIX, 1013.
(3) Cela resterait vrai même dans l'hypothèse que de Bethléem une route passAt par monts et par vaux à lorient de Jérusalem. De ce côté, les montagnes cachent aussi la vue de l'Ophel.
4) D'après l'interprétation de M. Maspéro {op. cit., t. III). — L'industrie des foulons ne consistait pas seulement à fouler le drap, mais aussi
LE GlIION SUPERIEUR D KZKCHIAS I \ I
sources du voisinage évoquent la piscine Supérieure et l'eau captée à l'approche de l'ennemi. Qu'on se rappelle ce que nous avons dit au paragraphe précédent. Nous n'oublions pas, cependant la cachette des émissaires de David, la fontaine de l'Espion c{ui dans le Targum porte le nom de fontaine du Foulon, ni la piscine du Foulon d'Eusèbe, alimentée par elle dans le voisinage de Siloé, ni le monument du Foulon que Josèphe connaît au nord de Jérusalem. Mais nous préférons chercher le « champ du l^'oulon » à l'ouest de la ville. La raison en est, parce que ces dénominations ne nous paraissent guère attestées pour l'antiquité ; elles sont de dates récentes, tandis que " l'extrémité du canal de la piscine Supérieure, » que la Bible rattache a au champ du Foulon», nous conduit manifestement au nord-ouest de la ville.
Il est assez curieux qu'au vn"^ siècle la porte située au nord de celle de JafFa s'appelait encore « Porta villœ fullonis », comme le rapporte Arculfe (1).
Le champ du Foulon apparaît de nouveau dans
à blanchir les tissus de chanvre et de lin, comme cela ressort du récit de la Transliguration par saint Marc, I.\, 2. « Les vêtements devinrent resplendissants et blancs comme la neiire, tels qu'un foulon sur la terre ne peut les faire de celte blanchrur. n
(1) Le pèlerin énumère les portes de Jérusalem dans l'ordre suivant : (( La première porte est celle de David à l'occident du mont Sien ; la deuxième, la porte de la maison du Foulon ; la troisième, la porte de Saint-Etienne; la quatrième, la porte de Benjamin; la cinquième, la petite porte de laquelle on descend par des degrés dans la vallée de .losaphat ; la sixième, la porte des Théquites. » (Dr» locis sanclis, éd. Tobler et Molinier, Ptibl. de l'Or. Int., p. 143). — Félix Fabri (1180-1483, Hragatorium, éd. Hassler, t. I, p. 28) écrit : « Du mont Sion, nous allAmcb à la Tour de David vers l'occident, et de là nous avancAmes à la porte des Poissons ou des Xégocianls, à l'angle où le mur occidental se joint au mur septentrional. De cet angle nous nous rendîmes au champ du. Foulon où il y a aujourd'hui une mosquée et le cimetière des Sarrasins. )) C'est l'emplacement du Birket .Mamillah.
I iJ i.A \iiij'; Di: D.wii)
l'Ecriture sainte ù l'occasion de l'invasion assyrienne de Sennachérib en Judée. Celle-ci est un épisode de la lutte à mort que se livraient l'KgN'pte et rAss3'rie. La Syrie et plus spécialement la Palestine était leur champ de bataille.
Lorsque en TOI le terrible conquérant tourna ses armes contre le royaume des Pharaons, il songea d'abord à s'assurer du pa\s qu'il traversait. « Il monta contre toutes les villes fortes de Juda et s'en empara (1). » Efïra^'é des rapides succès de l'ennemi, Ezéchias offrit sa soumission et fit porter à Lachis 2, au quartier général de Sennachérib, un tribut considérable exigé par le vainqueur. Celui-ci ne s'en contenta pas et voulut (jue la ville de .lérusalem se rendit à discrétion. Comme E/.échias s'y refusa, Sennachérib envoN^a contre Jérusalem son tartan ou général en chef avec d'autres officiers à la tète de « forces imposantes (3) », pour olitenir la reddition de la ville par intimidation.
En débouchant à Jérusalem, l'armée assyrienne se trouva en face de la ville, comme le lévite d'Ephraïm, après être arrivée au Hirket-Mamillah. Isaïe indique avec soin le lieu choisi par le général en chef pour établir le camp avant de notifier l'ultimatum au roi Ezéchias. « Le Kabsaqè prit position près du canal de la piscine supérieure sur le chemin du champ du foulon (4). » Il n'aurait pu choisir un
(1) Ix., WWI, 2. — Le prismo do Taylor complc d 'i<! villes fortes entourées de murs, et des villes plus politcs sans nombre. » V. J.B. l'ell op. Cit.. i. II, p. 229.
(2) Ville de Juda, au sud-ouest de Jérusalem, à la bifurcation des routes qui mènent en l'alestino, en Egypte et dans le pays des Philistins.
(3) /s.,.\.\XVI, 2
(4) /s.. .X.X.WI. 2. - Cf. IV (II) Rcg., XVIII. 17.
LH (iiiio.N sri'i';iUKiii i.'i':/i';(iiiAs \\'.\
emplacement plus favorable jîour remplir sa mission que le terrain pourvu de sources qui s'étend au nordouest de la ville, et on se ligure aisément entre le Birket-Mamillah et le nord du mont Sion les scènes qui eurent lieu pendant son entrevue avec les représentants du roi de Juda.
Le R. P. Lagrange cependant croit que les bataillons assyriens devaient s'approcher de la ville par la vallée de Cédron; là ils établirent leur camp. Cette opinion étonnera peut-être les stratégistes : s'approcher d'une ville ennemie, qui se prépare à la défense, à travers une gorge profonde dominée par les remparts, alors qu'on a le choix d'une route ouverte et naturelle, où les surprises n'étaient pas à craindre, ne recommande guère le talent militaire des Assyriens, dont «nul ne faiblit, ne chancelle, ne dort ni ne sommeille (li. »
La raison qu'en donne le docte professeur nest guère suggérée par la méthode historique appliquée à l'Ancien Testament (2 1. Il faut que les Assyriens soient arrivés u près du mur de la ville, près du palais, ^jKiSQt/'Z/.s aj^pcllent Le roi 3 . » « Nous sommes toujours ramenés, ajoute-t-il, quand il
(1) /s., VII, 2.1.
{2.) L'opinion du M. P. Latfraniie vonuit d'rtrc lancée un peu auparavant par le Rév. S' Clair, en vue tie soutenir le Sion à l'Ophel. iT/ie FiiLler's licld, P. K. F. Quart . St.. IS'.M, p. ISO . Aussi s'attira-t-il de la part do son collègue, le Rcv. Bircli, champion t\o l'Ophel, cette répliijue un peu vive : « On croit communément, dit le Hov. S' Clair, que la piscine supérieure est la fontaine do la Vioige. — Coinmunémeiit plus une idée est drt'tlatique et plus elle trouve du crédit. Le Rév. S'-Clair oublie d'ailleurs de nous dire quels sont ceux (|ui croient une pareille chose, et pour (inelles raisons, » (T/ie rjuttrr uol iiear the Fullrr'.-< field, P. F. F. (Juurt. St., 1891, p. -lyt.
['.\j Op. cit., p. ;>^ 3'».
lit LA VILLE I)K DAVID
s'agit d'Ezéchias, à la colline orientale (1). »
L'auteur du livre des Rois a une idée plus juste de la situation, lorsqu'à la demande des envo3'és de Sennachérib il fait sortir de la ville pour parlementer avec eux Eliakim, l'intendant de la maison du roi avec le scribe et le mazkir. Ce sont eux qui transmettent au roi les propositions des assiégeants 2).
Josèphe aussi comprend diversement le << vocaverunt regem ». « Lorsqu'ils étaient arrivés à Jérusalem, dit-il, et qu'ils eurent établi leur camp, ils invitèrent Ezéchias, 2^<^^ Ventremise d'un messager, h venir conférer avec eux (3). » 11 est donc inutile de chercher le camp des Ass^^riens sous les fenêtres du palais royal, au fond du Cédron.
Le tartan, s'adressant aux représentants du roi, éleva la voix et parla en langue judaïque, pour se faire comprendre aussi par le peuple qui se tenait sur les remparts 'Vi. M. W. Ewing conclut de là que le champ du Foulon ne doit pas se chercher près d'Aïn-Rogel ou la fontaine de la Vierge, mais vers le Birket-Mamillah, parce que du haut des remparts « le peuple n'aurait pu suivre la conversation engagée au fond de la vallée de Cédron '5;. » Cela ne fut possible qu'à l'angle nord-ouest du mont Sion, qui seul n'était pas protégé par une vallée profonde.
Rien donc n'autorise à placer le champ du Foulon, où campa l'armée de Sennachérib, à l'orient de la ville, et d'y voir un argument décisif en faveur de
(i) Id., Ibul.
(2 ir {II)Rrg., XVIII, 18.
(3) Ant. jud., X, I, 2.
(4) IV{II) Reg., XVIII, 2G.
(o) Haslings, Dic(. of ihe Bible, t. II, p. 72, art. Fullcr's field.
LE GIIION SUr'KRIEUR D KZIXUIAS l'i.)
l'antique Sion à l'Ophel. Loin de trouver (iihon ou la piscine supérieure à la fontaine de la V^ierge, au torrent du Cédron, nous sommes sans cessé ramenés au nord-ouest de Jérusalem, dans le rayon du Birket-Mamillah.
77/. — Les travaux cVEzéchias.
Ezéchias ne se fit pas l'illusion que Sennachérib, tout en cherchant à terrasser l'Egypte, châtierait aussi Juda qui se trouvait sur sa route, el qui par moments s'était ligué contre elle avec sa rivale. Lorsqu'il vit les places fortes de son royaume tomber l'une après l'autre entre les mains du puissant monarc^ue, il comprit que le tour de Jérusalem, la capitale, viendrait et « il tint conseil avec les princes et les hommes courageux pour boucher les sources c^ui étaient hors de la ville, et il assembla une nombreuse multitude et il boucha toutes les sources et le cours d'eau qui courait au milieu du pays 1), disant de peur que le roi d'Assur ne vienne et ne trouve de l'eau en abondance (2). » « Et il boucha les sources de Gihon supérieur et les conduisit en bas à l'ouest de la ville de David (3). » Il emmagasina les eaux du vieil étang dans un réservoir entre les deux remparts (4) ; car non seule-
(1) (( Le cours d'eau qui courait au milieu du pays d doit signifier le filet d'eau, i|ui de la piscine Supérieure s'écoulait librement à travers l'Ilinnom jusqu'au conlluent de la vallée du Cédron et de la vallée centrale, au sud de la piscine de Siloé.
(2) Il Par., XXXII, 3-'i.
(3) // Par., XXXII, 30.
(ij /s., XXII, 11.
I 'iC) (A \ ILl.E DK DAVIT)
nient il détruisit des maisons pour restaurer le mur ruiné et le pourvoir de tours, mais il construisit encore une seconde enceinte extérieure, puis il répara le Millo dans la ville de David et fit des armes et des boucliers 1 .
Nous devons ces renseiu;nements aux anciennes annales du ro3'aume (2 , corroborées par les récits disaïe. Faisant allusion au désarroi où était jetée la ville à lannonce de la marclie victorieuse des Assyriens, il disait :
'■ Et vous regardez, en ce jour.
l'arsenal du palais de la forci ; Et les brèches de la ville de David.
vous voyez qu'elles sont nombreuses.
Vous recueillez les eaux de la piscine inférieure ;
vous comptez les maisons de Jérusalem,
vous en abattez pour fortifier le rempart. Vous faites un bassin entre les deux remparts,
pour recevoir les eaux de la vieille piscine. Et vous ne regarderez pas Celui qui a fait cela 3 . »
Essayons de localiser ces données.
La « piscine inférieure » est selon toute vraisemblance la piscine de Siloé dont les eaux coulaient doucement au temps d'Achaz 'i .
Les sources bouchées, afin de soustraire Teau à l'ennemi , seront à chercher dans la région du nordouest, et la vieille piscine sera le Birket-Mamillah. « Beaucoup pensent, dit le R. P. Knabenbauer, que la pi.sc/ju' ancienne est celle c^ue le même prophète
(1) // Par., xxxii,:;.
(2) // /'«/•., X.WII, 32.
(3) /.s., XXII, !SI1, Irad. P. Conilamin, np. cit., p. liG. ili fs.. VIM, G.